Pour un choix de la raison

On le voit, dans ce débat, tout doit nous engager à la circonspection.

Non bien sûr, pour l’école, le venin n’est pas dans le code, mais dans ce qu’on veut lui adjoindre en l’imposant comme enseignement obligatoire précoce.

L’école n’a pas besoin d’incantations, d’injonctions ou de précipitation. Le temps de l’école est et doit rester celui de la lenteur : elle a besoin de patience, de recul critique, de réflexion. Notamment parce qu’il devient important de ne pas précipiter davantage son naufrage.

Par bien des aspects, ce récent débat sur l’enseignement du code informatique semble non seulement bien inutile, mais il occulte les vrais problèmes de l’école et surtout constitue une inquiétante porte d’entrée pour une transformation insidieuse de notre école, non souhaitée et non souhaitable.

On ne pouvait, jusqu’ici, que se féliciter des atermoiements du ministère de l’Éducation nationale : malheureusement celui-ci semble désormais être revenu sur sa décision de renoncer à l’enseignement de l’informatique pendant le temps scolaire en primaire : celui-ci est désormais annoncé pour la rentrée 2016.

Non, réaffirmons-le en toute sérénité : l’enseignement du code informatique n’a absolument pas sa place dans l’enseignement obligatoire en primaire, ni même au collège, où les enseignants soucieux de faire progresser leurs élèves ont des priorités autrement plus importantes, à commencer par le vrai code en primaire : le code alphabétique.

Qu’on laisse en revanche aux enseignants volontaires la possibilité, entre autres activités, de faire découvrir ponctuellement la pensée algorithmique ou le code informatique. Et qu’à ce titre, on inclue progressivement dans le plan académique de formation un véritable programme à l’intention de ces volontaires.

Plutôt que de réécrire pour la énième fois les programmes de mathématiques et de technologies au collège, ne serait-il pas plus avisé, comme l’envisageait la Direction générale de l’enseignement scolaire, de proposer dans quelques années, à partir de la classe de quatrième par exemple, une option d’enseignement non pas du code mais de la science informatique, une option comme il en existe d’autres en somme, avec un horaire fixe et un programme propre ? Et effectivement d’offrir aux enseignants qui le souhaitent la possibilité d’une certification complémentaire, en leur proposant une vraie formation, intelligemment pensée, patiemment élaborée et qualifiante (et non une formation non reconnue comme celle de la spécialité ISN).

Cette option pourrait ensuite être poursuivie à l’entrée au lycée, avec du collège au lycée de vrais programmes structurés et progressifs et des objectifs plus restreints mais plus ambitieux qu’un simple survol, superficiel et illusoire.

Mais, pour toutes les raisons que nous avons vues, il semble non seulement inutile et même, dans une certaine mesure, très hasardeux de vouloir généraliser l’enseignement du code informatique à l’école.

Le monde numérique dans lequel nous entrons nous échappe en grande partie par l'omniprésence d'objets et de réseaux d'une très haute technicité que nous ne pouvons contrôler par nous-mêmes. Au lieu de faire participer l'école à cette fuite en avant, continuons de lui assigner des buts solides et durables dans un monde mouvant.

L’école porte le projet d’une instruction générale commune. L’enseignement de l’informatique n’y entre certes pas, mais la bonne nouvelle, c’est qu’une telle instruction générale – c’est là sa vertu quand elle est réussie – permet d’entrer dans n’importe quelle autre formation.

C’est donc à cette instruction avant tout que nous devons nous atteler, et à vrai dire le travail ne manque pas.

 

@loysbonod

Merci à tous mes patients relecteurs.

Article édité le 1er mars 2015.

Cet article assez long peut désormais être téléchargé et lu sous la forme d'un livre numérique (175 pages) au format pdf :

 In coda venenum ?