À des années des Lumières

20150107

Plus de deux siècles après les Lumières et après Voltaire, voilà qu'en France on tue encore au nom de Dieu. Pire : on tue aujourd'hui ceux qui sont les héritiers de l'esprit de dérision à l'égard du fanatisme et de l'esprit d'irrévérence à l'égard des religions.

On entend aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C’est une maladie de l’esprit qui se gagne comme la petite vérole. Les livres la communiquent beaucoup moins que les assemblées et les discours. On s’échauffe rarement en lisant : car alors on peut avoir le sens rassis. Mais quand un homme ardent et d’une imagination forte parle à des imaginations faibles, ses yeux sont en feu, et ce feu se communique; ses tons, ses gestes, ébranlent tous les nerfs des auditeurs. Il crie : « Dieu vous regarde, sacrifiez ce qui n’est qu’humain ; combattez les combats du Seigneur ! » et on va combattre.

Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère.

Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances ; il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu. [...]

Il n’est d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent, pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. [...]

Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre.

Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?

Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. [...]

Voltaire, Dictionnaire philosophique portatif (1764),

article "Fanatisme", section II.

C'est sans doute Voltaire qu'on assassinerait aujourd'hui, pour nous faire trembler tous.

Eh bien ne tremblons pas, prenons la relève de ceux qui sont morts et face à ces obscurantismes qui gangrènent à nouveau les cerveaux, renouons avec l'esprit téméraire, joyeux et généreux d'un Voltaire. Et plus que jamais, puisque cette maladie est « presque incurable », n'attendons pas : c'est dans les esprits des plus jeunes, au sein de toutes nos écoles républicaines, qu'il faut mener le combat contre « l’Infâme ». D'où qu'il vienne.

 

@loysbonod