Des concours réservés pour la diversité sociale dans la haute fonction pblique

Plus d'informations
07 Oct 2020 07:51 - 07 Oct 2020 10:39 #23015 par Loys
Dans "Le Monde" du 7/10/20 : "Amélie de Montchalin : « La haute fonction publique a perdu en diversité sociale »"




Le titre de l'entretien prête évidemment lui-même à sourire : Mme de Montchalin (8e arrondissement, père cadre supérieur, lycées Hoche et Sainte-Geneviève à Versailles, mari noble) incarne la reproduction sociale. Il est d'ailleurs intéressant de constater le peu de diversité sociale dans une instance dans laquelle les membres ne sont pas choisis par un concours : le gouvernement, les candidats de la majorité à la députation. Dans l'Assemblée de 2017, cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 76 % des élus...

Ce paradoxe explique sans doute une volonté d'afficher une ouverture sociale dont le modèle est la CEP de Sciences-Po : un pur affichage. De fait, si l'ouverture sociale à Sciences-Po avait été réelle, elle aurait été étendue ou, du moins, se serait traduite par une ouverture sociale à l'ENA à laquelle Sciences-Po prépare...

On note par ailleurs une certaine confusion dans "l'ouverture" souhaitée :

Mais Emmanuel Macron est depuis longtemps persuadé qu’il faut en passer par là pour ouvrir la haute fonction publique, dont il dénonçait en 2017 les « protections hors du temps » et les réflexes de « caste ».

Au-delà du fait que M. Macron incarne également lui-même la reproduction sociale en France, ouvrir la haute fonction publique est ici compris dans un autre sens : la précariser. Mme de Montchalin le dit d'ailleurs ingénument : "L’idée, c’est de lutter contre une progression linéaire [...] votre carrière est toute tracée". Il s'agirait donc d'offrir des carrières plus aléatoires aux jeunes issus de la diversité sociale ? Pire en réalité : "Nous devons aller chercher des cadres de talent dans toutes les fonctions publiques, mais aussi dans le privé, à un âge plus avancé de leur carrière" : voilà qui, au delà des confusions fâcheuses entre intérêt public et intérêts privés, ne revient guère à ouvrir des places à la diversité sociale...

Le président de la République a démissionné de l’Inspection générale des finances. Bruno Le Maire a démissionné du Quai d’Orsay. C’est, pour moi, un choix clair : faire de la politique au plus haut niveau, c’est prendre son risque.

Un risque mesuré : le candidat Macron n'a démissionné que le 17 novembre 2016, après l'annonce de sa candidature (centre d’apprentissage à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, "une banlieue populaire pour un ancien banquier d’affaires") et fort d'opinions favorables (50%) et de sondages très encourageants (15%). Il avait d'ailleurs été critiqué jusque là pour son cumul par... M. Le Maire !

C’est dans notre pays que les inégalités de destin se reproduisent le plus. Quand vous êtes pauvre, il faut six générations pour atteindre la classe moyenne. C’est un énorme signal d’alarme. Nous devons lutter contre cela, c’est une urgence. Il faut remettre en route l’ascenseur social. [...] La haute fonction publique a perdu en diversité sociale et territoriale. Dans la promo 2019-2020 de l’ENA, 76 % des élèves ont un père exerçant une profession dite « supérieure » ; 1 % d’entre eux ont un père ouvrier – c’était 4 % en 2006.

Remettre en route l'ascenseur social... de façon artificielle. On note qu'aucune analyse n'est proposée à cette régression. Il s'agit non pas de traiter les causes mais de rendre moins visibles les symptômes.

Quand on est boursier, qu’on a passé son bac dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, dans une zone de revitalisation rurale, on a vocation à candidater. Il y a aussi des élèves qui n’entrent pas dans ces critères mais dont le mérite, le parcours de vie justifient qu’ils puissent passer ces concours.

Des critères très flous (bac seulement, voire pas de baccalauréat ?) qui risquent de produire les mêmes effets que dans les "lycées Sciences-Po" : le critère géographique à la place du critère social, avec le refus de la "discrimination positive".

On peut créer un "tronc commun" entre différentes écoles de la fonction publique à moindres frais :

Ceci dit, on peut sans doute le faire de manière plus souple, via le numérique, qu’en créant une école qui accueillerait physiquement tous les élèves.

Connexion ou Créer un compte pour participer à la conversation.

Temps de génération de la page : 0.085 secondes
Propulsé par Kunena