L'enquête EPODE 2018

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14 Juil 2020 16:56 - 14 Juil 2020 16:57 #22924 par Loys
L'enquête EPODE 2018 a été créé par Loys
www.education.gouv.fr/epode-enquete-peri...seignement-2018-6881

L'enquête EPODE (Enquête PériODique sur l'Enseignement) a pour objectif d'analyser, pour la première fois, les processus généraux d'enseignement en France, c'est à dire de fournir une photographie des pratiques professionnelles des enseignants des 1er et 2nd degrés, dans leur diversité et selon leurs différents contextes de travail. L'enquête, reconduite tous les trois ans, permettra aussi d'apprécier leur évolution.

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14 Juil 2020 16:57 - 16 Juil 2020 10:16 #22925 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet L'enquête EPODE 2018
Note d'Information de la DEPP n° 20.23 de juin 2020 : "Premiers résultats de l’enquête sur les pratiques d’enseignement, EPODE, en 2018 au collège"

Deux réactions le 12/07/20 sur les réseaux sociaux qui méritent quelques commentaires :


Guillaume Caron dit: Cette note de la DEPP sur les pratiques enseignantes au collège est tout à fait intéressante. Elle montre que la pratique dominante, assez largement, est l'Enseignement Explicite, utilisée fréquemment par 81%. C'est bien plus que ce que les auteurs de la note nomment "pédagogies actives" (54%). Cela met à mal l'argument consistant à dire que si tout va mal, c'est justement à cause des pédagogies "actives" et que l'Instruction directe résoudrait tout. NOn l'instruction directe est bien la pratique dominante.

Philippe Meirieu dit: Oui, attribuer la baisse de niveau aux méthodes actives, c'est se tromper d'adversaire. "Active" ou "directe", ce qui fait la valeur d'une méthode pédagogique c'est l'exigence dont elle est porteuse et qu'elle fait intérioriser par l'élève. [...] Les méthodes actives restent donc largement marginales.


Il y a au moins quatre problèmes de logique dans ces propos d'un formateur ou d'un théoricien soucieux de défendre les "pédagogies actives" (d'inspiration constructivistes ou socio-constructiviste) qu'ils ne cessent de promouvoir eux-mêmes :

1) On ne peut pas considérer ces "pédagogies actives" pratiquées, selon les auteurs de l'étude, par 54% des enseignants de collège comme minoritaires ou même "marginales"...

2) On ne peut que s'étonner de chiffres contradictoires : 81% des enseignants qui seraient des tenants de l'enseignement explicite, 54% des "pédagogies actives". L'explication est simple et tient du passe-passe : voir plus bas.

3) Cette enquête ne porte que sur le secondaire. On peut imaginer, en attendant la confirmation par une nouvelle publication, que ces "pédagogies actives" sont bien plus répandues dans le primaire. Si tel est bien le cas, leur absolution "si tout va mal" ("la baisse de niveau") est assez problématique...

4) Cette enquête récente (2018) est la première du genre : la grave dégradation des compétences des élèves est... bien antérieure de plusieurs décennies (voir par exemple les études de la DEPP sur la lecture, le calcul, l'orthographe ). Inversement, comme on va le voir, l'enseignement explicite, d'origine nord-américaine, est d'importation très récente en France : Guillaume Caron le mentionne publiquement pour la première fois en 2015 seulement.

A ces quatre problèmes de logique élémentaire s'ajoute un cinquième point concernant justement la définition de ce que l'on appelle l'enseignement explicite.

L'ouvrage de référence Enseignement explicite de chercheurs canadiens (Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et alii) est paru en 2007 en France.

En 2014, le référentiel de l'éducation prioritaire invite à "enseigner plus explicitement les compétences que l’école requiert pour assurer la maîtrise du socle commun". En 2015, les programmes de primaire et de collège mentionnent l'adverbe "explicitement" à 286 reprises et l'adjectif "explicite" à 386 reprises (cycles 2-3-4), sans qu'il soit fait référence nulle part à l'enseignement explicite comme méthode d'enseignement.

Dès lors, faut-il s'étonner que, trois ans plus tard, en 2018, 81% des enseignants de collège déclarent, dans l'enquête EPODE, appliquer les exigences ainsi martelées par les programmes : enseigner explicitement ?

Plus problématique encore : la définition que donne cette enquête EPODE de l'enseignement explicite :

S’agissant des pratiques en classe, les professeurs plébiscitent l’enseignement explicite, c’est-à-dire un mode d’enseignement caractérisé par une démarche directe, structurée et fortement guidée. Ainsi, 81 % d’entre eux font fréquemment reformuler les consignes par les élèves pour s’assurer qu’ils les ont bien comprises et 73 % proposent fréquemment des outils (méthodologie, guidage, ressources, etc.) pour la résolution de tâches ou situations complexes.

On voit mal en quoi "faire reformuler les consignes" ou "proposer des outils" serait caractéristiques de l'enseignement explicite (le constructivisme s'accompagnant bien de consignes et plus encore de "ressources"). Il s'agit bien d'une acception très lâche, voire totalement erronée, de l'expression "enseignement explicite", ce qui explique la contradiction apparente des chiffres de l'enquête : on peut utiliser une "pédagogie active"... de façon explicite !

De fait, vu le caractère récent de l'importation de l'enseignement explicite, on pouvait douter qu'il fût devenu en quelques années "une pratique dominante" chez les enseignants français...

On retrouve dans l'enquête la même ambiguïté que dans les programmes scolaires. De fait, cette confusion entre "enseignement explicite" et "enseigner explicitement" a parfaitement été identifiée puis exploitée par les tenants du constructivisme qui voyaient en lui une menace.

Ainsi Guillaume Caron affirme d'abord en 2015 que "l'enseignement explicite n'est pas une méthode" : "Le souci, c'est que "enseignement explicite", c'est vague". Il relaie d'ailleurs , dès 2016, une synthèse du centre Alain-Savary montrant combien "le vocable "pédagogie explicite" est utilisé par plusieurs courants de recherche au risques de malentendus" ( "Enseigner plus explicitement" ).

Après la critique face à la menace que constitue cette nouvelle nouvelle pédagogie se voulant plus efficace, l'exploitation de ce supposé "malentendu". En 2016 dans le "Café pédagogique" , Philippe Meirieu, à propos de la formation d'adultes (!), rappelle l'opposition ancienne entre les pédagogies libertaires qui "favorisent l'implicite" et (pour reprendre les termes de de Bourdieu et Passeron) une "pédagogie rationnelle" (débouchant, selon Philippe Meirieu, sur l'approche actuelle par compétences...), opposition qu'il réfute : "Gardons-nous donc de ces attitudes exclusives [...] Les pratiques pédagogiques sont condamnées à faire dialoguer situations d'immersion et situations d'explicitation.". En 2017, dans les "Cahiers pédagogiques" , Sylvain Connac est plus explicite : il affirme que l’enseignement explicite n'est pas nécessairement "en opposition aux théories constructivistes et socioconstructivistes". Enfin, en 2019, un numéro des "Cahiers pédagogiques" est même intitulé "Expliciter en classe" . Philippe Meirieu lui-même ne condamne pas explicitement l'enseignement explicite, comme on a pu le voir plus haut.

Les tenants de l'enseignement explicite ont, bien entendu, dénoncé en 2019 cette "technique de camouflage" permettant "à certains chercheurs français d'orientation plutôt constructiviste et socioconstructiviste de continuer à prôner des méthodes par découverte en utilisant simplement le label « Enseigner plus explicitement »".

Tout est bon pour sauver le constructivisme !

Bonus : dans "Le Figaro" du 14/07/20, la superficialité de l'analyse et l'incompréhension du sujet conduisent même à conclure que "l'enseignement explicite" en France serait... une pédagogie "très traditionnelle" !

www.lefigaro.fr/actualite-france/la-peda...ditionnelle-20200714

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