La réforme de l'orthographe

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09 Fév 2016 19:53 - 20 Fév 2016 12:49 #15855 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
Discours de Najat Vallaud-Belkacem ce 9/02/16 : "Réagir face aux théories du complot"


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11 Fév 2016 13:43 - 14 Fév 2016 11:59 #15863 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
Dans le "téléphone sonne" du 11/02/16 , plusieurs interventions consternantes d'Olivier Houdart, correcteur du "Monde".
Parallèle relativiste du présentateur avec Victor Hugo, accusé "d'avoir défiguré la langue française".
Intervention d'une auditrice qui défend une langue "en perpétuelle évolution" : elle doit évoluer "comme tous les êtres vivants". "La belle orthographe n'est pas la garante du beau langage". Une réforme déjà appliquée "par de nombreux instituteurs".
Sauf qu'ici "l'évolution" est tout sauf naturelle. :santa:
Pour Olivier Houdart, le reproche adressé à Najat Vallaud-Belkacem est "subliminal" : "être une femme et être marocaine". :shock:
Pour Olivier Houdart, ce sont les éditeurs qui ont décidé d'appliquer ces rectifications.
Tous d'un coup et en même temps que les programmes eux-mêmes : quel hasard !
Nouveau relativisme à propos de cette "norme", de ce "code qu'il faut apprendre".

Olivier Houdart dit: Je dirais presque que l'orthographe, c'est une sorte de savoir un peu stérile. [...] Personne, absolument personne n'écrit sans faire de faute.

C'est ce discours qui aide les enseignants au quotidien...
Olivier Houdart, défendant la lecture, essaie de montrer que l'orthographe devrait être secondaire. Malheureusement ce discours a été beaucoup entendu...

Olivier Houdart dit: L'orthographe ne s'apprend pas vraiment.

Bernard Pivot montre qu'on est passé d'un extrême à l'autre, du rigorisme au laxisme.

Olivier Houdart dit: L'orthographe, ça permet de discriminer un peu. C'est-à-dire que les gens qui ont un certain savoir, peut-être que inconsciemment ils veulent le protéger parce que ça fait d'eux une espèce d'élite en quelque sorte et ils ricanent en voyant des gens qui ont une mauvaise orthographe ou qui font des fautes de français.

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13 Fév 2016 09:05 - 21 Fév 2016 14:49 #15877 par Loys

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14 Fév 2016 11:58 - 21 Fév 2016 15:11 #15880 par Loys

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14 Fév 2016 20:48 - 22 Fév 2016 21:16 #15881 par Loys

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15 Fév 2016 18:24 - 21 Fév 2016 21:48 #15887 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
15 février 2016
La "Lettre de l'éducation" : "Orthographe  : le déferlement d’un non-événement"
Sur le blog de Philippe Cibois : "Situation de l’orthographe"
Évidemment, Claude Lelièvre ne pouvait que monter au créneau, comme à son habitude : "Les contre-vérités sans fin d'une secrétaire perpétuelle!" . Repris dans le "Café"


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15 Fév 2016 18:46 - 16 Fév 2016 07:44 #15888 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
On ne saurait s'étonner que Claude Lelièvre défende le ministère (voir notre grande autopsie ) contre de vils réactionnaires.

Les contre-vérités sans fin d'une secrétaire perpétuelle !
Hélène Carrère d'Encausse s'étant enferrée dans le déni de l'approbation par l'Académie française de certaines « rectifications orthographiques » en 1990, tente une fuite en avant en proférant des contre-vérités patentes. Peut-on tolérer cela de la part de la secrétaire perpétuelle d'une institution considérée comme vénérable ?
Dans « La Croix » du 13 février, Hélène Carrère d'Encausse réitère son déni en l'accompagnant d'une autre contre-vérité : « Je n'ai pas compris les raisons qui expliquent l'exhumation d'une réforme de l'orthographe élaborée il y a un quart de siècle et où l'Académie n'a eu aucune part à l'inverse de ce que l'on a voulu faire croire ».
Cette seconde contre-vérité (qui vise à faire perdre de vue la contre-vérité initiale, à savoir le déni de l'implication effective de l'Académie française dans les « rectifications orthographiques » de 1990)

Au sujet de la première, on notera que M. Lelièvre se contente, sans aucun argument à l'appui, d'affirmer qu'il s'agit d'une "contre-vérité" (PS "contrevérité" si l'on suit les rectifications...).
Ce point mérite pourtant d'être nuancé. Le rapport de Maurice Druon, certes secrétaire perpétuel de l'Académie française a été présenté devant le Conseil supérieur de la langue française : c'est Michel Rocard qui a créé cette dernière institution en 1989 et lui a commandé des propositions. Celles-ci ont ensuite été adoptées par l'Académie pour être "soumises à l'usage du temps". Selon Maurice Druon, "l’Académie, à l’unanimité, a approuvé les propositions du Conseil" pendant la séance du 3 mai 1990. C'est cette adoption que conteste Mme Carrère d'Encausse : "L'historienne précise qu'en ce qui concerne la réforme de 1990, l'Académie s'était prononcée sur des "principes généraux - un nombre limité de rectifications d'incohérences ou d'anomalies graphiques - mais non sur le projet lui-même, dont le texte était en cours d'élaboration". L'Académie a par la suite "marqué son désaccord" avec le texte."
Voilà ce qu'un historien devrait vérifier.

...c'est l'affirmation selon laquelle il y aurait eu, dans les programmes qui viennent d'être adoptés, « l'exhumation d'une réforme de l'orthographe élaborée en 1990 » alors que ces programmes ne font que reprendre sur ces points précis les indications des programmes de 2008 édictées sous le ministère de Xavier Darcos (devenu depuis un académicien tout à fait reconnu).
C'était, pour les rédacteurs de ces programmes, une pleine continuité et un non événement. En effet, les programmes de 2008 sous le ministère de Xavier Darcos (et sans qu'il y ait eu alors la moindre interpellation ou contestation) s'étaient déjà prononcés sur ces points là.

C'est juste, quoique à nuancer (cf infra)... mais les programmes de 2008 n'appliquaient pas eux-mêmes ces rectifications ! A l'inverse, les programmes de 2016 précisent pour la première fois que : "Les textes qui suivent appliquent les rectifications orthographiques proposées par le Conseil supérieur de la langue française, approuvées par l’Académie française et publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990".

Pour l'école primaire, la page 37 du Bulletin officiel de l'Éducation nationale hors-série no 3du 19 juin 2008 pose comme principe que :« L’orthographe révisée est la référence ». Pour le collège, la page 2, section « Orthographe », du Bulletin officiel de l'Éducation nationale spécial no 6 du 28août 2008 indique que « Pour l’enseignement de la langue française, le professeur tient compte des rectifications de l’orthographe proposées par le Rapport du Conseil supérieur de la langue française , approuvées par l’Académie française » (Journal officiel de la République française du 6 décembre 1990) »

"tenir compte" peut aussi bien signifier que les enseignants peuvent les tolérer ou les exiger !
De ce point de vue, les programmes de 2008 étaient plus lâches dans leurs recommandations. La "référence" ne valait en effet que pour le primaire... et encore : sans donner l'exemple. La plupart des manuels scolaires de 2008 n'appliquaient pas ces rectifications.

Sans doute pour ''noyer le poisson'' (comme on ne dit pas sous la Coupole, car ce serait ''vulgaire '' ; mais on le fait), la secrétaire perpétuelle ajoute dans l'article de « La Croix » du 13 février que, depuis 1990, le contexte a totalement changé : « En 2016, nous sommes devant une situation radicalement différente », avec un système éducatif qui « s'est écroulé » au point « qu'un élève sur cinq quitte l'école sans savoir lire ».
Il ne saurait être question de nier ce drame effectif, et encore moins de l'instrumentaliser comme elle à des fins douteuses. Mais cet argumentaire est également une contre-vérité dans la mesure où il ne s'agit pas (hélas, et cela n'a que trop duré) d'une constatation nouvelle, mais de longue date, qui était déjà faite dans les années 1990 contrairement à ce que prétend Hélène Carrère d'Encausse.

Curieuse logique : rien n'interdit que les choses aient encore empiré depuis plus de trois décennies ! Claude Lelièvre devrait relire Antoine Prost, historien qu'on ne peut soupçonner d'appartenir à la réaction, et sa tribune dans "Le Monde" en 2013 : "Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c'est vrai !"
Mais réjouissons-nous de cette bonne nouvelle : Claude Lelièvre, qui aime à citer Le Niveau monte (de ... 1989) déclare en 2016 qu'"il ne saurait être question de nier ce drame effectif". Son déclinisme est juste un peu en retard... :roll:

Dès mars 1989, le ministre de l'Education nationale Lionel Jospin a assuré une grande publicité au « rapport Migeon » qui évalue à « 20% au minimum » le pourcentage d'élèves qui « quittent l'école sans savoir lire » . Et au congrès de la PEEP du 20 mai 1993, le ministre de l'Education nationale François Bayrou déclare qu' « il n'est pas acceptable qu'un enfant sur cinq, sur quatre ou sur trois , ne sache pas lire en sortant de l'école »

En 2008 la DEPP a montré qu'en 2007, 21% des élèves avaient le niveau des 10% les plus faibles en 1987. Mais peut-être qu'il s'agit d'une "contre-vérité".

Mais la secrétaire perpétuelle n'en a pas fini pour tenter de se sortir de son pas de clerc initial . In fine, « elle remarque que la réforme est tombée en désuétude. Les Français dans leur pratique ne l'ont pas cautionné ». D'où tient-elle cela ? On l'ignore.

De l'observation des usages, comme nous l'avons fait par exemple pour l'accent circonflexe... :santa:
Chose amusante : comme on l'a vu, Claude Lelièvre n'applique pas lui-même les préconisations de 1990...
[ Cliquer pour agrandir ]

Les dictionnaires Larousse 3 et Robert 3 intègrent progressivement « les rectifications orthographiques ». L'édition de 1993 du Petit Robert en comportait déjà autour de 1500 en 1993, principalement comme graphies alternatives. Celle de 2009 a repris un grand nombre d'autres modifications. Dans son édition 2012 (parue en 2011), le Petit Larousse 3 intègre les graphies rectifiées. Le Conseil international de la langue française 3 (CILF) a adopté, pour son dictionnaire des termes officiels, la nouvelle orthographe. L'édition 2009 du Multidictionnaire de la langue française 3 a comme première orthographe 60 % des rectifications ; et les autres modifications sont indiquées sous la forme d'un commentaire en fin d'article.

Que les dictionnaires présentent deux graphies ne signifie certainement pas que les deux graphies sont entrées dans les usages : il s'agit d'informer les utilisateurs de la possibilité de deux graphies... On observe d'ailleurs que seulement une partie des rectifications a été intégrée.

Les correcteurs informatiques, maintenant tous à jour, participent désormais à faire la promotion des « rectifications orthographiques ». Depuis 2002-2003, ProLexis 3, très présent auprès des maisons d'éditions et de la presse en France, permet à l'utilisateur d'employer l'une ou l'autre des deux orthographes. Depuis octobre 2003, la cinquième édition d'Antidote 3, Antidote Prisme 3, intègre l'ensemble de la nouvelle orthographe.

Raison aggravante puisque ce choix n'a massivement pas été suivi...

Bon, si on sifflait la fin de la partie et d'une semaine de bruits qui n'ont pas grandi leurs auteurs ?A moins que ce ne soit une vraie campagne de désinformation et de manipulation, délibérément provoquée et dûment orchestrée? Mais que ferait là une secrétaire perpétuelle de l'Académie française ? Ce serait vraiment inadmissible !

Claude Lelièvre qui cèderait au complotisme ? On aurait tout vu ! :P
Hélène Carrère d'Encausse a surtout défendu l'Académie française, utilement présentée comme un parapluie pour justifier l'application aberrante en 2016 dans les programmes et dans les manuels scolaires de rectifications qui ne sont jamais entrées dans les usages...

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16 Fév 2016 15:49 - 07 Mar 2016 00:46 #15898 par Loys

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16 Fév 2016 16:11 - 18 Fév 2016 10:00 #15899 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe

L’historien Claude Lelièvre, spécialiste du système éducatif...

Et défenseur perpétuel du MEN lorsqu'il est socialiste...

La polémique sur cette « réforme » de l’orthographe qui n’en est pas une – puisque les rectifications proposées il y a un quart de siècle demeureront, à la rentrée prochaine encore, facultative – vire à la guerre de position. A-t-on connu de pareilles crispations en 1990 ?
On ne peut le nier. A l’époque, déjà, François Bayrou avait fait entendre son opposition aux rectifications orthographiques formulées par le Conseil supérieur de la langue française et défendues par le secrétaire perpétuel de l’Académie, Maurice Druon. M. Bayrou, qui n’était pas encore ministre de l’éducation [il le sera de 1993 à 1997], avait rassemblé autour de lui un petit groupe d’« anti », sous l’appellation « Le Français libre », regroupant des personnalités aussi diverses que Michel Tournier, Alain Finkielkraut… Sur la scène médiatique, d’autres intellectuels – Georges Wolinski, Jacques Vergès – s’étaient aussi positionnés contre. Dans l’autre camp, des acteurs de la francophonie, des associations de traducteurs réclamaient ces simplifications.

Pas de noms ?

Réforme ou « réformette » : comment percevez-vous les changements introduits ?
Le texte approuvé par les Immortels, en janvier 1991, entend sauver l’essentiel des rectifications soumises à un premier vote en mai 1990 (et voté à l’unanimité… des présents), mais avec souplesse et sans obligation : les changements orthographiques ne passeront pas par des mesures coercitives, l’usage devra l’emporter…

Quelle idée saugrenue !

On joue la montre, on donne du temps au temps, soit. Mais l’école peut-elle enseigner du facultatif ? Je doute qu’il soit possible que cela donne des résultats tangibles.

Donc, si l'on suit le raisonnement de Claude Lelièvre, il faut bien imposer les rectifications aux élèves...

Ces « rectifications », portées par les nouveaux programmes – ceux qui, du CP à la 3e, entreront en vigueur en septembre 2016 –, l’étaient en réalité déjà par les programmes de 2008, redéfinis sous la droite…
Et à l’époque, personne ne s’en est indigné ! L’Académie française est prise en flagrant délit de déni de réalité lorsqu’elle affirme qu’on « exhume » aujourd’hui cette réforme : les programmes remis en septembre dernier par Michel Lussault [le président du Conseil supérieur des programmes], qui inspirent les manuels en cours de réécriture globale, ne font que reprendre sur ces points précis les indications des programmes de 2008 édictées sous le ministère de Xavier Darcos – devenu, depuis, un académicien tout à fait reconnu : « L’orthographe révisée est la référence ».

Formule qui concerne seulement le primaire. Et les programmes comme les manuels ne les appliquaient pas

Comment, expliquer, alors, que le débat échappe à la rationalité ?
Si l’étincelle, sur cette question, prend aussi vite c’est que l’orthographe est bien une passion française. Une passion récente, certes – elle remonte au XIXe siècle – mais que nous nous plaisons à entretenir. Bien des ministres de l’éducation, dès l’époque de Jules Ferry, tentent de réduire la place de son enseignement dans le temps scolaire.

C'est à ce genre de considérations qu'on comprend beaucoup de choses sur le naufrage de l'école...
On a divisé par deux le temps scolaire consacré au français depuis 1923 : une grande réussite de notre école !
L'ID du tweet fournit n'est pas valide

En vain. Même Ferdinand Buisson, considéré comme l’un des plus grands réformateurs de l’école, cale sur cette question. Aujourd’hui, nous sommes le seul pays à organiser des championnats internationaux d’orthographe.

Quel rapport avec l'école ? :scratch:

L’un des rares, aussi, à utiliser l’orthographe, la dictée, comme des outils de classement : regardez l’enquête internationale PISA, elle ne s’intéresse pas à ce domaine-ci…

L'orthographe, la dictée "comme des outils de classement" ? :shock:
Le raisonnement de Claude Lelièvre est admirable : PISA ne recourt pas à la dictée ou à l'orthographe, preuve de leur inutilité. C'est vrai que PISA devrait évaluer l'enseignement de la langue française dans les autres pays de l'OCDE. De fait, surtout, PISA n'évalue en rien l'expression écrite. Seulement la "compréhension de l'écrit"... :santa:

En France, même au XXIe siècle, l’orthographe sert à se distinguer socialement : on a le droit de ne pas maîtriser une règle de trois… mais pas de « fauter » en orthographe.

Ne pas savoir calculer n'est pas discriminant socialement ? Bonne nouvelle ! :santa:
Évidemment, cette tarte à la crème sociologique, avatar de la distinction de Bourdieu, oublie que 80% des Français sont opposés aux rectifications orthographiques (voir le sondage Ifop plus haut).
Le discours sur la distinction, sorte de snobisme progressiste, alimente un relativisme orthographique dont les effets sont dévastateurs, notamment pour les publics les plus éloignés de la langue. Mais au fait : en n'appliquant pas ces rectifications, Claude Lelièvre se distinguerait-il ?
Au demeurant, la valorisation de l'oral, comme dans la réforme du collège, prépare une reproduction accrue des inégalités. L'écrit a cette vertu de pourvoir être anonyme dans les examens.

La langue écrite est devenue l’un des deux totems – avec le roman national – constitutif de notre identité.

Amalgame grossier, dont Claude Lelièvre est coutumier...

Mais être français aujourd’hui, est-ce croire qu’on atteint les sommets de la culture quand on s’agrippe à la cime de l’accent circonflexe ? J’en doute.

Présenté ainsi, en effet...
Mais Claude Lelièvre ne parle jamais ici des rectifications elles-mêmes et de leur pertinence.

Peut-on, au vu de cette controverse, imaginer une réforme de l’orthographe plus ambitieuse – celle que certains linguistes appellent de leurs vœux ?
On se crispe déjà sur des petits détails – 2 400 rectifications, certaines déjà en usage… Imaginez ce que ce serait de règles plus importantes. Si l’orthographe a pu évoluer ces dernières années, après avoir été amplement réformée entre les XVIIe et XIXe siècles, c’est seulement à la marge : des « tolérances grammaticales » s’installent. On arrive à admettre qu’on écrive autrement telle ou telle expression. Mais personne ne se hasarderait à affirmer : « Il faut écrire ceci comme cela ».

On se demande surtout pourquoi on demande l'avis des linguistes s'agissant de l'enseignement. Et si on demandait l'avis des enseignants ?

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16 Fév 2016 16:17 - 26 Fév 2016 18:50 #15900 par Kustolovic
Réponse de Kustolovic sur le sujet La réforme de l'orthographe
Sur le sujet, un article intéressant : "J'enseigne en nouvelle orthographe et... tout va bien" par Charivari (4/02/16)


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16 Fév 2016 16:23 - 28 Mar 2016 11:45 #15901 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe

Kustolovic dit: Sur le sujet, un article intéressant : "J'enseigne en nouvelle orthographe et... tout va bien" par Charivari (4/02/16)

Oui mais Delphine Guichard oublie certaines précisions données plus haut.

J'enseigne en nouvelle orthographe et... tout va bien.
Par Charivari dans Idées en vrac le 4 Février 2016 à 23:50

Numérique scolaire , nouveaux rythmes , nouveau jargon grammatical (le prédicat) , nouvelle orthographe : pour Delphine Guichard, qui montre la voie à ses collègues sommés de faire "un effort", toute réforme est bonne à prendre ! :santa:
En l'occurrence, elle a évidemment toute liberté d'enseigner avec l'orthographe rectifiée : le problème n'est pas là... :roll:

Comme énormément de mes collègues de primaire (et la plupart des profs blogueurs), j’écris en nouvelle orthographe et je l’enseigne, depuis sept ou huit ans.

Affirmation non étayée : on pourrait aussi bien affirmer le contraire. D'ailleurs, quand on consulte le compte Twitter de Charivari, on s'aperçoit que le respect des rectifications est très variable : il est vrai que rien ne l'y oblige mais curieux d'applaudir à des rectifications harmonieuses... sans les appliquer soi-même.
Sur le même problème de perspective, on pourrait rappeler que la grande majorité des PE étaient hostiles ]à l'aberrante réforme des rythmes scolaires.

De plus en plus de mes manuels sont déjà à jour.

Affirmation parfaitement subjective : de tous les éditeurs scolaires, seul Hatier a adopté les rectifications à partir de 2010 pour le primaire, et encore : pas dans toutes ses publications !

Cela passe quasiment inaperçu tant ces rectifications sont légères, très loin de l’hystérie collective qui s’est emparée des réseaux sociaux ces jours-ci.

Bien sûr, elles sont minimes. Mais certaines sont aberrantes, parce qu'elles ne respectent pas les usages et parce qu'elles ne sont pas pertinentes en elles-mêmes.

Comme mes collègues (lisez Mistinguette, ici), j’applique les programmes qui, depuis 2007, puis 2008, puis 2015*, demandent aux profs d’adopter comme référence l’orthographe révisée de 1990.

Sauf que les programmes de 2008 ne respectaient pas eux-mêmes l'orthographe de référence. On trouve dans ces programmes plus de 700 rectifications non appliquées. C'est d'ailleurs la raison qui a conduit les éditeurs à rester prudents.

Ce blog est écrit en nouvelle orthographe, depuis 2008, et, soyez honnête, est-ce qu’il vous pique les yeux ? Est-ce que la langue française vous semble défigurée ? Alors on respire un coup, on ne se laisse pas manipuler par les lanceurs de psychodrames, TF1 et autre BFM en tous genres, et on se documente avant de faire une crise d’hystérie... (et ensuite on passe à autre chose parce qu’il y a bien d’autres dossiers plus importants concernant l’orthographe de nos élèves que ces quelques millepattes sur leur nénufar).

Il y a quand même visiblement de quoi écrire un long article de blog. ;)

À l’IUFM, j’ai eu un professeur de français qui nous a expliqué les raisons de ces rectifications. J’ai compris qu’il ne s’agissait pas de simplification, ni de nivèlement par le bas, mais seulement de faire vivre notre langue, comme l’ont fait les académiciens durant les siècles passés.

Drôle de façon de "faire vivre notre langue" en imposant des usages au lieu de les suivre.

En effet, au cours des siècles, l’orthographe française n’a cessé d’évoluer. Par exemple, y a-t-il encore un seul enseignant qui écrirait :
En sortant de la chosrale du collége, les enfans sont allés rue du Roy, pour veoir leur grand’mère et lui ont donné un poëme.
Non, n’est-ce pas ?

Le travail de l'Académie était relativement différent : il s'agissait de rationaliser des usages hésitants, ce qui est loin d'être le cas dans la plupart des rectifications proposées en 1990.

Si vous n’écrivez plus le français ainsi, c’est parce que l’Académie française a, une fois ou deux par siècle, proposé un "toilettage" de la langue et que les instituteurs de nos grands-parents ont accepté de les appliquer. Ils ont accepté d’écrire désormais voir et non veoir (clic), de remplacer l’apostrophe de grand’mère par un trait d’union (1932), d’abandonner ce joli tréma sur poëme (1878), de changer l’accent aigu de collége (1878) en accent grave, d’écrire enfants et non enfans (1835)...

C'est qu'il y avait deux graphies concurrentes pour "enfant" : on a d'ailleurs gardé celle qui permettait d'établi un réseau lexical à partir du latin. De même, pour les deux usages concurrents de "poème".
Pour "voir", l'Académie n'a fait que suivre l'usage dominant.
Le trait d'union de "grand-mère" a bien été imposé en revanche, mais difficile de voir dans l'apostrophe une marque de sens.
Bref les comparaison choisies ne semblent pas très pertinentes. Il n'y a pas deux graphies concurrentes de "île" aujourd'hui, même si "ile" est autorisé depuis 26 ans.

Aujourd’hui, depuis les rectifications de l’orthographe de 1990, l’Académie française* nous demande :
- d’écrire assoir et non plus asseoir (comme on écrit aujourd’hui voir au lieu de l’ancien veoir)
- d’écrire évènement et non plus événement (comme on écrit collège au lieu de l’ancien collége [1878])
...

La seconde "rectification" suit du moins un usage oral.
PS : l’Académie française ne "demande" pas : elle propose. C'est l'autorité politique qui, précisément, veut imposer ces rectifications.

Certains profs prétextent que ces règles sont peu employées. Cela justifierait, selon eux, qu’ils ne les enseignent pas.
Première chose : ce n’est pas vrai.

Tout dépend des mots considérés. S'agissant des circonflexes, par exemple, les sources imprimées sont sans appel...

Vous utilisez au quotidien l’orthographe rectifiée sans même le savoir. La preuve, ce test du Figaro (qu’on ne peut guère soupçonner de complaisance à l’égard de ces rectifications) dans lequel les lecteurs devaient choisir entre deux graphies pour une dizaine de mots. À la fin du test, le site indiquait s’ils avaient utilisé en majorité l’orthographe traditionnelle ou l’orthographe rectifiée :
Capture d’écran du 20/2/2016 - Quiz "Traditionnelle ou rectifiée ? Testez-vous pour savoir quelle orthographe vous utilisez" Site du Figaro en ligne

Ce quiz porte sur dix mots, toujours les mêmes : les rectifications concernent 2400 mots...
Aucun de ces dix mots ne fait partie des plus fréquents et il n'y a qu'un circonflexe... sur un mot rare. Quatre mots suivent un usage oral ou un usage écrit bien antérieur à 1990. Le quiz ne donne pas le détail par mot (comme si on avait adopté la graphie rectifiée à 100% : quel résultat pour "ognon" par exemple ?) mais le résultat brut, peu nuancé.
Bref le quiz aurait sans doute donné des résultats bien différents avec deux ou trois autres mots. "Une preuve" plus que discutable, en somme. :roll:
Dans le détail, les mots du quiz
- "scénarios" n'a fait que suivre l'usage
- "mille-cent-trente-deux" : ngram viewer montre que la règle est respectée de manière erratique
- "épître" continue de l'emporter largement dans les sources imprimées
- événement" continue de l'emporter largement dans les sources imprimées , mais l'usage oral justifie la nouvelle graphie "évènement".
- "a capella"
- "oignon" : la graphie est tout à fait nouvelle. On aurait d'ailleurs aussi bien pu écrire "onion" : choix purement arbitraire.
- des "après-midi"
- "nous cèderons" cède à l'usage oral.
- "aigüe" est une nouvelle graphie.
- "référendum" : graphie concurrente largement majoritaire depuis les années 40.

Deuxième chose : il est normal que les adultes ne les utilisent pas (toutes). En effet, on ne le leur demande même pas puisque les deux orthographes restent acceptées.

Pas dans les manuels et pour les enseignants. Il s'agit donc de créer un double usage : l'un naturel, l'autre artificiel. Très pratique pour les élèves.

Le correcteur d’orthographe de Word est à jour depuis la version 2007, celui d’OpenOffice également, les dictionnaires commencent à y venir (Hachette depuis 2002, Larousse depuis 2012). Des livres de références comme le Littré, le Grevisse (Du bon usage) ou plus simplement la collection "Les Dicos d’or" font tous référence aux nouvelles règles. Sur le site www.nouvelleorthographe.info , menu 13, on peut voir 150 titres de livres écrits conformément à l’orthographe rectifiée.

On aurait donc dû voir des évolutions dans les sources imprimées... ce qui n'a pas été le cas, comme le montre "boîte" depuis 1990.

Personne n’est obligé d’utiliser la nouvelle orthographe (l’ancienne orthographe reste admise) mais les textes officiels demandent aux professeurs de l’enseigner en classe.

Donc "personne" sauf... les professeurs. :roll:
La formule était plus lâche dans les programmes du secondaire ("Pour l’enseignement de la langue française, le professeur tient compte des rectifications").

Cela vaut le coup, si le sujet vous intéresse, de lire Maurice Druon (secrétaire perpétuel de l’Académie française à l’époque), présentant ces rectifications de l’orthographe au Premier ministre, en 1990 (c’est là : clic). Il disait, notamment :

"Il a été entendu que les propositions des experts devraient être à la fois fermes et souples : fermes, afin que les rectifications constituent une nouvelle norme et que les enseignants puissent être informés précisément de ce qu’ils auront à enseigner aux nouvelles générations d’élèves ; souples, car il ne peut être évidemment demandé aux générations antérieures de désapprendre ce qu’elles ont appris, et donc l’orthographe actuelle doit rester admise. La situation est en fait la même qu’en 1835, quand la graphie oi fut remplacée par la graphie ai conforme à la prononciation d’usage dans les mots j’avais, j’aimais, français. Chateaubriand approuva cet ajustement, tout en continuant d’écrire comme il en avait l’habitude."

Tout est dit.

Dans ce cas précis, la rectification suivait un usage...

On peut approuver le principe d’un toilettage de la langue, sans les appliquer soi-même, mais en laissant aux professeurs le soin d’enseigner les nouvelles règles aux enfants. Les enfants vont les apprendre. Ils grandiront et, dans dix ou quinze ans, ils écriront comme ils l’ont appris. C’est comme cela que les réformes précédentes se sont diffusées, peu à peu.

Les élèves vont surtout apprendre des graphies qui ne sont pas dans les usages...

C’est parce que les enseignants de nos grands-parents ont accepté de jouer le jeu, accepté de ne pas enseigner "comme ils avaient appris"...

Les enseignants du XIXe siècle ont soit suivi des usages (oraux par exemple), soit suivi une rationalisation entre plusieurs usages. C'est sans rapport avec certaines rectifications arbitraires de 1990.

...que notre langue est ce qu’elle est aujourd’hui et que nous la trouvons belle. Aujourd’hui, c’est à nous, professeurs, de faire le même effort.

C'est ici sous-entendre que le refus serait lié à la mauvaise volonté des enseignants, ce qui est assez contradictoire avec l'affirmation préliminaire que les enseignants appliquent déjà ces rectifications. :santa:
L'opposition peut parfaitement être rationnelle, comme nous nous efforçons de le montrer ici. De fait, c'est l'imposition de certaines de ce rectifications qui est irrationnelle, voire idéologique.

De mon côté, comme vous, j’imagine, j’ai eu peur, au début, de participer à une dégradation de la langue, à un nivèlement par le bas. Mais il n’en est rien.
D’abord ces rectifications sont mineures. Il y a encore beaucoup d’occasions de faire des erreurs. Mais surtout ces rectifications ne visent pas la simplicité, elles visent l’harmonie.
Prenons l’exemple des mots souffler et boursoufler. Si on avait vraiment cherché à simplifier, on aurait écrit les deux mots avec un seul f. Au contraire, l’Académie française demande qu’on écrive désormais deux f à boursouffler, pour que l’on retrouve dans ce mot sa famille de souffler : souffle, soufflet, essoufflé… boursouffler.

L'harmonisation est en effet bienvenue ici. A noter que la simplification aurait obligé à changer tant d'autres mots que ce n'aurait pas été une simplification. :P

Toutes les rectifications relèvent de ce même objectif...

Affirmation tout à fait abusive : tous les mots en -aître portent le circonflexe, par exemple. Il s'agit bien d'une simplification (arbitraire).

...tout comme les rectifications des siècles précédents.

On a vu que la comparaison n'était pas pertinente dans de nombreux cas.

À ce titre, elles s’inscrivent vraiment dans l’histoire de notre langue. Une langue plus harmonieuse, c’est une langue qui a plus de « tenue », une langue plus belle.

Curieuse façon d'être plus harmonieuse en privant les mots dont le s est tombé de faire famille avec ceux qui ont conservé le s : goût, dégoût/déguster, gustatif (et l'anglais disgusting).

... et cette remarque vaut même pour nénufar. Savez-vous que ce mot s’est toujours écrit avec un f jusqu’en 1935 ? (Je le prouve : ligne 9 de cette édition originale de Chateaubriand, ou encore ici chez Mallarmé). Ci-dessous, dictionnaire de 1878 (Source : clic)

Dans les usages, "nénuphar" s'est toujours imposé avec ph (fautif étymologiquement mais ce sont les usages). La preuve par les sources imprimées :

Dès lors, affirmer de façon aussi péremptoire que "ce mot s’est toujours écrit avec un f jusqu’en 1935"... :roll:

Oui, Victor Hugo, Monet, Zola... écrivaient nénufar.

Est-ce si sûr ?
Dans la dernière édition des "Châtiments" (édition de 1870) revue et corrigée par l'auteur :

Ou dans "Une farce" (édition de 1888) de Zola :

Il semblerait que ces deux monuments de la littérature aient été enrôlés un peu trop légèrement dans cette polémique...
De même que dans les éditions des œuvres de Chateaubriand on trouve les deux graphies.
Atala, édition de 1801 : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6511552f/...mage.r=n%C3%A9nuphar
Atala, édition de 1830 : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5618942n/...r=n%C3%A9nuphar.zoom
Oeuvres complètes (édition de 1838) : books.google.fr/books?id=dewMAQAAIAAJ&pg...ge&q=nenufar&f=false

Mais en 1935, on s’est trompé en pensant que le mot était de la famille du mot grec nymphéa, alors on a décidé de l’écrire avec ph. Depuis lors, on s’est rendu compte de l’erreur. Le mot vient du persan et le ph n’est pas du tout justifié. On réserve la graphie ph aux mots qui viennent du grec (lettre phi). Donc on écrira nénufar, mais on ne touche pas à éléphant ni à philosophie !

On a surtout suivi les usages (cf supra)...

Et l’accent circonflexe, me direz-vous ? C’est vrai que l’accent circonflexe avait souvent pris la place d’un ancien s, mais cette règle n’était même pas constante. Pourquoi coût et pas coûtume (qui vient pourtant de l’ancien français coustume et du latin consuetudo) ?

Peu importe en l'occurrence : aucun autre mot français de la famille de coutume n'a conservé le s. Ce qui importe dans le circonflexe, c'est moins de rappeler une étymologie que de faire réseau.

Pourquoi jeûner mais déjeuner, dûment mais éperdument, grâce mais gracieux, fantôme mais fantomatique, mêler mais mélange, bête mais bétail (...) ?

On remarquera que les trois derniers exemples ne sont pas "rectifiés"... :santa:
La graphie "déjeûner" (même étymologie que "dîner") a été abandonné dans les usages au début du XIXe siècle, ce qui n'est pas le cas des mots concernés par la réforme. L'exemple est d'ailleurs mal choisi car précisément l'accent circonflexe de "jeûne" est conservé...
Le circonflexe de "dûment" n'est pas lié à un s. Le mot n'a aucun rapport étymologique avec "éperdument".

Pourquoi pas moûche (qui vient de musche et musca) ni soûtenir (qui vient de sustinere) ?

Tel est l'état de la langue aujourd'hui...
Hasard ? Il y a très peu d'autres mots de la même famille en français ("sustenter").

Pourquoi les mots drôle, extrême, théâtre, symptôme (...) portent-ils un accent alors qu’il n’y avait aucun s dans leur mot d’origine ? Décidément, rien de constant dans cet accent.

Pour d'autres raisons, comme pour "dûment". Et encore une fois ces mots ne sont pas concernés par les "rectifications". Donc, quand le circonflexe fait sens sur le î ou le û, on le supprime, et quand il ne fait pas sens sur d'autres lettres on le conserve : belle "harmonisation" en effet !

C’est pourquoi le Conseil Supérieur de la Langue française propose de le retirer sur les i et les u (sauf lorsqu’il y a risque de confusion), c’est à dire sur les lettres où ces accents ne se prononcent pas.

Le "c'est pourquoi" est ici très mystérieux. :santa:

J’écris aussi, désormais, un millepatte, même si la bébête a beaucoup de pattes, tout comme vous écrivez aujourd’hui un portefeuille ou un millefeuille, parce qu’il n’y a qu’un seul objet, qu’un seul gâteau. D’ailleurs, cette règle de l’orthographe des noms composés était terrible : un chausse-pied ou un chausse-pieds ? On chausse un pied à la fois, mais on a deux pieds, alors... -s ou pas ? Même les grands auteurs se contredisaient. Désormais, unijambiste ou pas, j’écris un chausse-pied, des chausse-pieds.

Pourquoi pas, en effet.

Certains ont peur que les élèves soient perturbés d’apprendre une orthographe et d’en lire une autre dans leurs revues ou romans. C’est oublier que nos élèves ont bien d’autres chats à fouetter en orthographe, et surtout que beaucoup de mots avaient déjà deux orthographes possibles, même dans mon enfance, sans que personne n’ait été empêché de dormir (clé/clef, pic-vert/pivert, cuillère/cuiller, lys/lis, saouler/soûler, tsigane/tzigane, gaiement/gaîment, resto/restau [il y en a beaucoup d’autres]...

Dans ce cas, pourquoi imposer une graphie ? :shock:
A noter que c'est très différent dans le cas qui nous occupe : il s'agit de créer des doublons artificiels...

Rassurez-vous, nous sommes très nombreux, dans les classes de primaire, à enseigner ces nouvelles règles et cela se passe vraiment sans aucun souci. Quand, dans le meilleur des cas, un élève remarque deux graphies différentes, cela donne l’occasion de parler un peu de l’histoire de la langue et de son évolution.

Donc les élèves ne seraient pas perturbés par deux graphies différentes mais ne pourrait pas apprendre celle qui correspond aux usages ?

On lit aussi, ici et là, que certains éditeurs rechigneraient à appliquer la nouvelle orthographe sur les textes classiques. Pourtant, même ces éditeurs-là publient déjà aujourd’hui les textes classiques dans une orthographe différente de celle que l’auteur avait utilisée, puisque d’autres réformes de l’orthographe ont été, elles, appliquées.

En attendant ils ne le font pas. Pire, comme l'annoncent certains éditeurs : dans les manuels, on peut rencontrer l'orthographe traditionnelle quand il s'agit de textes littéraires...

Jugez plutôt de ce que donnerait une fable de La Fontaine en orthographe d’origine :
La Cigale ayant chanté
Tout l’Esté
Se trouva fort dépourveuë
Quand la Bize fut venuë.
[Non, non, il n’y a pas d’erreur, il s’agit bien de l’édition originale ! Voir ici]

D'une époque où l'orthographe n'était pas fixée. La première édition du Dictionnaire de l'Académie date de 1694 : elle est postérieure à cette fable...

Cela ne choque personne que l’on ne publie pas les fables de la Fontaine telles que le fabuliste les avait écrites. Les élèves, même lycéens, ne lisent ni Ronsard, ni Hugo, ni Maupassant dans leur orthographe d’origine. Alors, si on applique bien les réformes précédentes sans sourciller, pourquoi faudrait-il refuser d’appliquer la dernière ? Pourquoi faudrait-il figer la langue dans son état de 1935 [date de la réforme précédente) ?

La vraie question est différente : pourquoi changer des graphies sans aucune nécessité et selon des choix arbitraires ?

On peut, bien sûr, publier Victor Hugo en nouvelle orthographe. Les modifications, en plus, seront tellement minimes que peu d’élèves s’en apercevront.

On a vu qu'il écrivait "nénuphar"...

Car oui, ces modifications sont minimes. Antoine Fetet (l’auteur de la méthode Cléo, aux Éditions RETZ) a compté : Dans son Cléo CE1, qui fait 128 pages, 21 mots ont été touchés par la réédition en nouvelle orthographe. Seulement 21 mots sur 128 pages de manuel... C’est dire si la nouvelle orthographe ne "défigure" en rien la langue française.

Argument contradictoire avec celui de "l'harmonisation" nécessaire.

Rien à voir avec le "langage SMS" ou une transcription phonétique, comme on le lit parfois.

Effectivement...

En conclusion ? Pour tous les visiteurs de ce blog qui ne sont pas professeurs, soyez rassurés : on peut faire confiance à l’Académie française pour défendre la langue.

Sauf quand elle "défend la langue" en soulignant que les graphies autorisées ne sont pas rentrées dans les usages depuis un quart de siècle... :santa:

Et pour tous mes lecteurs enseignants qui n’ont pas encore sauté le pas, un peu de courage. Osez le changement, faites confiance aux experts de la langue et enseignez ces quelques règles.

L'argument du "changement" laisse pantois : l'innovation pour l'innovation, en somme.

Cela se fait très facilement, en configurant, par exemple, le correcteur de votre traitement de texte pour qu’il n’accepte que les nouvelles règles (clic pour la procédure pour Microsoft Word).

La procédure ne laisse pas le choix des formes.

J’ajoute un dernier mot à l’intention de nos IEN : quand j’ai commencé à enseigner, en 2008, notre IEN avait rappelé à tous que le programme était le programme et qu’il attendait donc que nous adoptions comme référence ces fameuses rectifications de l’orthographe ("dans les leçons des cahiers, au tableau et sur vos affichages"). Il n’en avait pas fait une montagne non plus (même à cette époque, il y avait bien d’autres sujets à traiter)...

Comme quoi.

... mais nous avait demandé de faire passer le miniguide de l’orthographe recommandée dans tous les cahiers de liaison. Cette directivité assumée nous a, finalement, facilité la tâche. Aux parents grognons ou inquiets, il nous était plus facile de répondre "c’est le programme, et l’Inspecteur qui y tient" que si nous avions eu à assumer et justifier une décision individuelle.

C'est tellement mieux d'enseigner contre les usages...
Mais comment se fait-il que des parents aient été "grognons" contre des modifications aussi minimes et harmonieuses : "J'enseigne en nouvelle orthographe et... tout va bien" ? :santa:

Il me semble que, si le sujet a autant de mal à passer, c’est aussi que les consignes n’ont pas partout été aussi explicites.

C'est le moins qu'on puisse dire... Et surtout qu'une grande partie des "rectifications" sont en réalité aberrantes. On notera à ce sujet que Delphine Guichard ne formule AUCUNE critique, si minime soit-elle, des rectifications.

D’ailleurs, ce n’est pas un service à rendre aux IO que de laisser entendre que leur application serait optionnelle, à mon avis.

En somme, tout le monde aurait le choix, élèves compris... mais pas les enseignants !
On notera la contradiction avec le caractère facultatif des rectifications comme argument rassurant.

(*) Puisque certains disent que l’Académie française ne serait pas d’accord avec ces rectifications, je redonne le lien que tout le monde peut aller lire : clic

Les rectifications ont été proposées par le CSLF, sur demande politique : elles ne sont pas le fait de l'Académie qui a d'ailleurs soumis les nouvelles graphies "à l'usage du temps". On a vu ce qu'il en était depuis un quart de siècle...
En résumé, que d'affirmations gratuites, des généralisations abusives, d'informations erronées ainsi que de contradictions dans ce long billet ! Et surtout un regard critique... dans une seule direction : quand Delphine Guichard critique les circonflexes, elle oublie de signaler qu'une grande partie d'entre eux sont conservés.

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16 Fév 2016 23:52 - 16 Fév 2016 23:53 #15910 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe

Le Monde dit: A la longue, dans l’orthographe, l’usage triera ce qui est secondaire et ce qui relève de l’immarcescible

Le tri aurait déjà pu être fait, depuis 26 ans... D'ailleurs les rectifications étaient déjà censées entériner en 1990 des usages qui n'existent pas.

Mais rien d’essentiel n’est ici en jeu et, d’ailleurs, rien n’est vraiment obligatoire : « l’ancien » coexistera avec le nouveau.

Pourquoi dès lors les manuels se l'imposent-ils ?

Plus que de cet ajustement mineur, on devrait s’inquiéter de la permanence d’une forme d’illettrisme, de la dégradation générale de la langue écrite et parlée ou de la progression des anglicismes (notamment dans ces colonnes). Voire, comme l’écrit dans Le Figaro, l’académicien Marc Fumaroli, de « l’angoisse existentielle » que révèle le débat provoqué dans le pays par cette mini-réforme (ici, on gardera le tiret, mais pas à chauvesouris ni à croquemonsieur).

Parce que c'est un tout. Ces rectifications aberrantes s'ajoutent à bien d'autres réformes scolaires idéologiques en 2016.

Du XVIIe siècle, qui vit le premier dictionnaire de la langue française, au XXe, la langue et son orthographe n’ont cessé d’évoluer, le plus souvent sous la pression de l’usage plus que de l’Etat. C’est le propre d’une langue vivante.

Sauf que c'est précisément l'inverse ici...

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17 Fév 2016 16:59 - 20 Fév 2016 12:41 #15921 par Loys

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18 Fév 2016 14:26 - 25 Fév 2016 19:14 #15931 par Loys

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19 Fév 2016 14:52 #15939 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet La réforme de l'orthographe
Pour mémoire : un député d'opposition a été sanctionné d'un retrait de salaire pour n'avoir pas pratiqué la politique linguistique décidée par la majorité de gauche, et avoir dit "Madame le ministre".
A partir de là, quoi d'étonnant ?

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24 Fév 2016 14:59 - 25 Fév 2016 19:53 #15978 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
22 février
"The Conversation" : "Réforme ou rectification de l’orthographe ? Le point sur la question"




25 février 2016
Dans "La Fabrique de l'Histoire" ("France Culture") : "Débat historiographique : « Réformer l’orthographe : toute une histoire »"

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28 Fév 2016 13:11 #16004 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
27 février 2016
"Secret des sources" du "France Culture" : "Réforme de l'orthographe : les journalistes sont-ils pro-circonflexe ?"

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28 Fév 2016 22:00 #16006 par Hervé
Réponse de Hervé sur le sujet La réforme de l'orthographe
Je me pose une simple question : si les enseignants doivent utiliser et faire apprendre les nouvelles graphies, quel va être le statut de la "faute d'orthographe" sur les mots rectifiés ? Une application rigide semble bien difficile... Un élève n'a pas les mêmes enseignants dans toute sa scolarité, il sera confronté à des "anciens" et des "modernes"; ces propres parents seront peut-être attachés aux anciens usages; lisant des livres il verra souvent les anciennes graphies et l'on sait à quel point l'orthographe est souvent affaire de mimétisme. Bref, il semble difficile de lui faire reproche de l'ancienne graphie.
Mais si l'ancienne graphie est conservée, on n'a rien simplifié, on n'a que complexifié... apprendre qu'il existe deux orthographes, c'est plus compliqué que d'en apprendre une, me semble-t-il. Et si on dit : "libre choix", alors c'est la fin d'une certaine idée de la norme linguistique (déjà bien mise à mal à vrai dire). Après-tout si "nénufar" est plus logique, régulier, simple, moderne, swag que "nénuphar", pourquoi pas "fare" (pour phare) ?
Il me semble donc que l'incertitude est la pire des solutions. Quitte à proposer les nouveaux usages, il faut les imposer avec plus de forces que ce que l'on fait en ne cessant d'osciller entre contrainte et tolérance. Mais comme la contrainte est difficile à tenir, alors... c'est une mauvaise réforme.
Mais pendant qu'on parle de ça, on ne parle pas d'autre chose.

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01 Mar 2016 21:11 #16018 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
1er mars 2016
Jean-Marie Rouard, académicien, dans "Paris match" : "La guerre de l’orthographe n’aura pas lieu"


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05 Mar 2016 23:26 #16070 par Beniamino Massimo
Réponse de Beniamino Massimo sur le sujet La réforme de l'orthographe
Bonjour. Je suis arrivé sur ce forum par l'intermédiaire de Neoprofs, où nous avons déjà eu l'occasion d'échanger à propos de certains aspects des modifications orthographiques de 1990 (je persiste à ne pas appeler cela une « réforme », malgré le titre du fil et de la plupart des articles consacrés au sujet). J'ai lu ces pages avec attention, et je dois dire que j'y trouve beaucoup de réflexions très pertinentes, à la fois de la part de Loys et de Typhon, notamment.
J'arrive un peu comme les carabiniers, mais je me permets d'ajouter une référence qui complète ce que j'avais dit à Loys sur Neoprofs à propos de « l'usage ». Il y a quelque chose qui me gêne dans l'utilisation que vous en faites pour refuser certaines modifications de 1990.
Pour être tout à fait clair, je précise avant tout que je ne suis pas favorable à l'ensemble de ces rectifications, loin de là. J'aurais laissé de côté les modifications sur l'accent circonflexe (en contradiction avec les mots de Druon sur « les scories de la langue qui ne servent ni la pensée ni l'imagination »), sur le pluriel des noms composés (là aussi, l'orthographe traditionnelle a à voir avec la pensée, quoique de manière incohérente parfois), sur la soudure de certains mots comme pot-pourri ou haut-parleur, sur la francisation de certains mots étrangers (je pense aux peu élégants diésel et allégro) et sur le participe passé de laisser suivi d'un infinitif.
J'ai retrouvé sur Wikisource un texte d'Émile Faguet de 1905 qui exprime très clairement ce que je pense du concept d'usage appliqué aux modifications de 1990. Voyez plutôt :

L’édition de 1878 fit quelques concessions à cet avis : rythme au lieu de rhythme, phtisie pour phthisie, etc. ; mais en petit nombre. L’Académie, depuis le XIXe siècle, est très timide, pour une raison bien simple : c’est que depuis le XIXe siècle l’orthographe est devenue une superstition ; on écrit d’après le Dictionnaire de l’Académie avec scrupule. Dès lors l’Académie ne peut pas s’appuyer sur l’usage pour réformer. L’usage lui permettant de réformer n’était tout simplement qu’un certain nombre de désobéissances à ses propres ordres ; donc depuis qu’on ne lui désobéit plus, elle ne peut pas s’autoriser des rébellions pour s’amender. Elle est comme un souverain constitutionnel qui serait devenu absolu ; elle dit : « Je ne puis pourtant pas être plus révolutionnaire contre moi-même qu’on ne l’est contre moi. Je suis toute prête à autoriser les réformes que le suffrage universel aura faites ; mais encore, qu’il les fasse. Or il n’en fait aucune ». — L’autorité acquise par l’Académie a pour effet singulier, mais naturel, de lui lier les mains.

(texte complet disponible ici )
De plus, il n'y a pas grand chose à tirer, selon moi, des statistiques que vous avez faites à partir des sources imprimées : comme je l'ai écrit sur l'autre forum, le refus d'élaguer les î et les û et quelques autres absurdités de 1990 ont conduit les éditeurs à ne pas adopter les rectifications les plus sensées, pourtant utilisées allègrement par bien des francophones.

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06 Mar 2016 00:07 - 06 Mar 2016 09:19 #16071 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
Intéressante citation. J'expliquerais pour ma part les réticences de l'Académie par la relative stabilité de la langue depuis que l'essentiel a été fait pour construire une norme.
Notez que le fil de discussion n'est pas consacré aux rectifications, d'où son titre.

De plus, il n'y a pas grand chose à tirer, selon moi, des statistiques que vous avez faites à partir des sources imprimées : comme je l'ai écrit sur l'autre forum, le refus d'élaguer les î et les û et quelques autres absurdités de 1990 ont conduit les éditeurs à ne pas adopter les rectifications les plus sensées, pourtant utilisées allègrement par bien des francophones.

Peut-être. Il n'en reste pas moins que ces usages éditoriaux sont bien restés les mêmes, et rien ne permet de penser qu'ils ne correspondent pas aux autres usages : les sources imprimées sont bien, pour limité qu'il soit, notre meilleure indice des usages. Les discordances des usages dans l'édition avec les autres usages (si tant est que ceux -ci se soient imposés) doivent être peu nombreuses et pourraient se recenser ici.
Il est intéressant de noter, au sujet des éditeurs, ce point dans la réponse du Premier ministre en 1990 :

Michel Rocard dit: Mais l’enseignement ne saurait être le seul lieu où ces rectifications s’utilisent. Je demande donc à Monsieur le ministre délégué chargé de la francophonie de réunir, conjointement avec le vice-président du Conseil, l’ensemble des responsables des dictionnaires, de la presse écrite et de l’édition, ainsi que les correcteurs professionnels et tous les spécialistes concernés pour envisager avec eux les moyens de faire passer ces aménagements de l’orthographe dans l’usage ordinaire. Afin que chacun puisse en prendre connaissance, le texte définitif du rapport sera publié au Journal officiel et au Bulletin officiel de l’éducation
nationale.

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06 Mar 2016 10:20 #16073 par Beniamino Massimo
Réponse de Beniamino Massimo sur le sujet La réforme de l'orthographe

Loys dit: J'expliquerais pour ma part les réticences de l'Académie par la relative stabilité de la langue depuis que l'essentiel a été fait pour construire une norme.

Absolument, et il me semble que cela va plutôt dans le sens de ce qu'écrit Faguet dès 1905. Tout son texte, d'ailleurs, est d'une limpidité et d'une honnêteté touchantes.

Loys dit: Notez que le fil de discussion n'est pas consacré aux rectifications, d'où son titre.

C'est vrai.

Merci pour la citation de Michel Rocard. Il faut bien reconnaître que l'objectif qu'il se fixait n'a pas été atteint. :P

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06 Mar 2016 11:39 - 06 Mar 2016 13:54 #16075 par Beniamino Massimo
Réponse de Beniamino Massimo sur le sujet La réforme de l'orthographe
Je me retrouve beaucoup dans ce qu'a écrit Typhon il y a quelques pages. Peut-être pas dans le contexte où il l'a écrit, mais c'est très bien dit :

Typhon dit: Je reproche à un système justifié par l'étymologie de faire apparaître une parenté inexistante, et de dissimuler des parentés étymologiques existantes, parce que c'est en contradiction avec la logique qui sous-tend supposément ce système.

Or, tout cela a été gommé dans le récent débat sur l'adoption des rectifications de 1990 par les manuels. Je ne défends pas nécessairement une orthographe qui reflète toujours rigoureusement l'étymologie grecque ou latine, mais j'aurais apprécié que les linguistes et les « lettrés » qui sont intervenus soient plus honnêtes dans leur opposition. On n'a pas assez souligné que non seulement le français est complexe et tordu, mais que sa subtilité peut être en quelque sorte une menace pour elle-même. Je ne vais prendre qu'un seul exemple, mais je crois qu'il est assez révélateur d'une certaine paresse intellectuelle :
Regardez ce débat entre les linguistes Alain Bentolila et Bernard Cerquiglini sur LCI, notamment à partir de 15:50 :

J'en ai voulu à Cerquiglini d'avoir touché au circonflexe, mais il s'est quelque peu repenti depuis et j'ai presque envie de le défendre contre les sous-entendus de Bentolila. C'est encore une fois l'exemple de ce pauvre nénufar qui est évoqué à partir de 15:50, mais je crois qu'il y a un enjeu plus général autour de la question du « système ». J'ai l'impression que Bentolila fait semblant de ne pas comprendre que, si on remplace -ph- par -f- dans ce mot, c'est au contraire pour renforcer la distinction générale ph/f fondée presque à 100% sur l'étymologie (attention, je sais qu'il y a des f qui pourraient être des ph en français mais, au moins, quand il y a un ph, on sait à peu près à quoi s'en tenir). Son exemple de phare est très mal choisi et ce qu'il dit ensuite sur « le système » est ahurissant ! Comment peut-il ne pas voir sa propre contradiction ? Je trouve Cerquiglini d'une patience remarquable, pour le coup, encore que je ne voie pas très bien où il veut en venir avec son far breton. Encore une fois, je sais qu'il n'y a pas correspondance parfaite entre rh/th/ph et l'étymologie grecque, mais nénufar va précisément dans le sens du sous-système ph/f. Il ne s'agit pas de gommer tous les ph... Le message d'Ivan Rioufol qu'on aperçoit dans la vidéo est tout aussi navrant.
Ainsi, donc, quand on voit que la plupart des opposants à la « réforme » de 1990 se piquent de défendre l'histoire de la langue, de défendre le bon vieux circonflexe « pierre tombale du s » (Bernard Fripiat dans le texte, sic), on comprend mal pourquoi ils ne s'extasient pas devant le sort réservé à notre chère plante aquatique.
Je suis un peu peiné de voir que des spécialistes de la langue se complaisent dans l'opposition simpliste entre « défenseurs du bon vieux français comme on l'a appris à l'école, du bon vieux temps » et « vilains réformateurs qui veulent niveler par le bas et gommer les traces du passé ». Qu'on y ait droit sur TF1, YouTube et les réseaux sociaux, cela ne me surprend pas, mais j'attendais autre chose de gens comme Bentolila. J'avais un peu d'estime parfois pour la prose de Rioufol, mais le voir céder à la moutonnerie facebooko-twitterienne avec son #JeSuisCirconflexe me désole.

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06 Mar 2016 15:35 - 08 Mar 2016 13:55 #16076 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
Je n'ai pas tweeté #JeSuisCirconflexe même si je suis attaché aux circonflexes et j'ai bien conscience de ce que ce débat orthographique peut avoir d'obscène face à d'autres questions. Il n'empêche que ces rectifications s'imposant autoritairement dans les manuels scolaires sont révélatrices de bien des choses. D'ailleurs, si contester ces rectifications peut sembler futile, que penser de ceux qui ont voulu les imposer soudainement quand il y a tant d'autres urgences, ne serait-ce que s'agissant de l'École ? :fur
Le débat sur "nénuphar" est agaçant d'abord :
- parce que c'est un mot peu fréquent.
- parce que c'est un cas très particulier qui occulte des rectifications plus problématiques comme les circonflexes
- parce que les promoteurs de la rectification "nénufar" font fi des usages : certes le mot ne devrait pas comporter de -ph-... mais il comporte un dans l'usage établi depuis bien longtemps ! L'Académie n'a pas inventé cet usage en 1935.

Encore une fois, je sais qu'il n'y a pas correspondance parfaite entre rh/th/ph et l'étymologie grecque, mais nénufar va précisément dans le sens du sous-système ph/f. Il ne s'agit pas de gommer tous les ph...

La correspondance est remarquable, au contraire (voir sur ce post ). Pour le reste, bien sûr qu'il ne s'agit pas de gommer tous les -ph- avec ces rectifications mais notez que certains en parlent régulièrement. C'est le cas de Linguisticae par exemple , mais de bien d'autres encore.
J'admets volontiers la contradiction à vouloir conserver un -ph- qui ne soit pas étymologique (au nom des usages !) mais j'observe surtout que les détracteurs de l'étymologie dans l'orthographe justifient précisément la nouvelle graphie "nénufar" par l'étymologie. En somme, les mêmes qui refusent que l'Académie impose des usages veulent en imposer un. :santa:

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06 Mar 2016 16:13 - 06 Mar 2016 18:55 #16077 par Beniamino Massimo
Réponse de Beniamino Massimo sur le sujet La réforme de l'orthographe

Loys dit: Le débat sur "nénuphar" est agaçant d'abord :
- parce que c'est un mot peu fréquent.

Nous sommes d'accord. Je dirais comme Faguet au début de son bref essai : « Je commence par dire, comme je l’ai dit ailleurs, que j’attache très peu d’importance à cette question ». :P

Loys dit:

Encore une fois, je sais qu'il n'y a pas correspondance parfaite entre rh/th/ph et l'étymologie grecque, mais nénufar va précisément dans le sens du sous-système ph/f. Il ne s'agit pas de gommer tous les ph...

La correspondance est remarquable, au contraire (voir sur ce post ).

Non, non, ce n'est pas ce que je veux dire. J'ai lu tous vos posts, Loys, et c'est justement sur vos statistiques (pour lesquelles je vous remercie, au passage) que je m'appuie. Je sais très bien que la correspondance est remarquable, mais j'ai bien écrit « pas correspondance parfaite », ni dans un sens ni dans l'autre (c'est-à-dire, ni pour passer du mot grec à th/ph/rh en français, ni pour remonter de th/ph/rh en français à un mot d'origine grecque). La modification de 1990, humblement, ne touche qu'au domaine où la correspondance est la plus proche d'être parfaite, à savoir la remontée de -ph- en français au phi grec. Et je trouve cela louable, en conformité avec le principe de Sainte-Beuve cité par Faguet :

Émile Faguet dit: il ne faut pas, comme l’a très bien dit Sainte-Beuve, si hardi, vous l’avez vu, mais qui est le bon sens même, « introduire d’un seul coup trop de différences entre les textes déjà imprimés et ceux qu’on réimprimerait à nouveau » ; il ne faut pas trop étonner. Encore Sainte-Beuve. Il n’y a que lui : « L’Académie, après avoir écrit phantôme, phrénésie, phantastique, a osé écrire fantôme, frénésie, fantastique. Osera-t-elle, appliquant la même réforme à d’autres mots, écrire nimfes, ftisie, diftongues ? Je vois d’ici l’étonnement sur tous les visages… Ce sont des questions de tact et de convenance où il importe d’avoir raison avec sobriété ».

Nous sommes tous d'accord pour dire qu'au fond nous discutons du sexe des anges depuis des semaines. Dans le domaine de l'éducation, il est évident que l'essentiel des efforts doit porter sur la syntaxe, sur les relations entre les mots, sur leur sens précis, sur leur découpage au sein de la chaîne écrite. Mais précisément, je trouve que de corriger quelques incohérences lexicales sans intérêt, de tenter quelques insurrections contre l'esbrouf(f)e à la Robert Estienne, de réduire peut-être d'un degré l'arbitraire de la langue, cela permet de se concentrer sur le plus important, et de réduire l'impression parfois justifiée que « de toute façon, le français est un n'importe quoi élitiste savamment entretenu par des pignoufs qui n'ont rien d'autre à faire ». Les corrections des listes E et H, par exemple, renforcent la cohérence d'un système déjà suffisamment subtil à mon goût.

Émile Faguet dit: Et maintenant je vais m’occuper de choses un peu plus sérieuses

:P

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06 Mar 2016 19:41 - 06 Mar 2016 20:22 #16078 par Beniamino Massimo
Réponse de Beniamino Massimo sur le sujet La réforme de l'orthographe
Je ne suis toujours pas convaincu, pardon, par votre référence constante aux sacro-saints « usages ». Si la citation de Faguet ne vous suffit pas, peut-être que la suivante de l'imprimeur Firmin-Didot (autre ardent réformiste) en 1868 pourra mieux vous montrer ce que je veux dire :

Jusqu'au commencement de ce siècle, son Dictionnaire [celui de l'Académie], moins répandu, n'avait pas acquis l'autorité dont il jouit universellement ; de sorte qu'il restait à chacun quelque liberté pour modifier l'orthographe, soit dans le manuscrit, soit dans l'impression. C'est ainsi qu'avaient pu et que pouvaient encore se faire jour les préférences en matière d'écriture de ceux qu'on nommait alors « les honnêtes gens » et dont la manière était désignée sous ce nom : l'Usage.
Mais l'Usage, que l'Académie invoquait jusqu'en 1835 comme sa règle, n'a plus aujourd'hui de raison d'être ; le Dictionnaire est là qui s'oppose à tout changement : chaque écrivain, chaque imprimerie, s'est soumis à la loi : elle y est gravée ; les journaux, par leur immense publicité, l'ont propagée partout ; personne n'oserait la braver. Ainsi tout progrès deviendrait impossible, si l'Académie, forte de l'autorité qu'elle a justement acquise, ne venait elle-même au devant du vœu public en faisant un nouveau pas dans son système de réforme


Non seulement certaines rectifications correspondent à des usages bien ancrés (j'ai déjà donné quelques exemples), mais même sans cela, vous négligez l'auto-censure du francophone qui, face au doute, tremble de passer pour un plouc et se précipite dans le dictionnaire pour vérifier que oui, serpillière « s'écrit bien avec un i après les deux l ». « Ça s'écrit avec deux i » parce que le dictionnaire le dit, mais si l'Académie avait été un peu plus loin dans son travail d'harmonisation au fil des siècles, nous n'en serions pas là. En ce sens, il y a d'ailleurs un certain culot à dire que « ce n'est pas au pouvoir politique ou à l'Académie d'imposer des usages » : l'Académie a progressivement contribué à donner sa cohérence au français, c'est elle qui a façonné la norme, et je ne vois pas bien pourquoi elle devrait s'arrêter en si bon chemin pour ce qui est de l'élimination des incohérences les plus aberrantes. Encore une fois, je ne parle pas du circonflexe, qui était une erreur, ni du pluriel des noms composés, dont la complexité reflète en partie celle du réel lui-même.

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06 Mar 2016 23:23 - 08 Mar 2016 13:54 #16079 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet La réforme de l'orthographe
Peu importe que les usages soient en référence au dictionnaire ou non : ce sont les usages. Et l'affirmation de Firmin-Didot n'est précisément pas recevable puisque les rectifications de 1990 sont proposées depuis longtemps dans de nombreux dictionnaires.
Les incohérences les plus aberrantes, pour reprendre vos termes, sont assez peu nombreuses, non ? Il serait intéressant d'en dresser la liste. Les aberrations les plus faciles à identifier sont celles qui ont trait à un écart entre la prononciation et la graphie ("oignon"). Mais même dans ce cas, que n'écrit-on pas "solan(n)el" ou "fa(m)m(e)" !
Le problème est que, sur ce qu'il faut considérer comme aberrant, il y aurait matière à discussion.
1) Parce que ce qui peut sembler aberrant se discute : pourquoi "île" serait-il aberrant et pas "âne" ou "tôt" ? Pourquoi la cohérence serait-elle uniquement dans la graphie quand la cohérence peut l'être dans le réseau lexical (dans notre langue et avec les langues étrangères) ?
2) Parce que la "rectification" (mot si mal choisi) peut elle-même paraître aberrante.
Prenons l'exemple des verbes en -eler ou -eter, un vrai casse-tête orthographique puisque la plus grande part de ces verbes suivent un modèle de conjugaison (appeler et jeter) mais qu'existent de nombreuses exceptions (geler/acheter).
Avec les "rectifications", les exceptions... deviennent la règle. Mais pourquoi n'avoir pas aligné les exceptions sur le modèle le plus répandu afin de ne pas "trop étonner" (pour reprendre Faguet) ? Pourquoi "il renouvèle" ou "il chancèle" plutôt que "il halette" ou "il modelle" (quatre exemples choisis à dessin pour nous heurter)? Le rapport de 1990 justifie d'une façon qui ne laisse pas d'étonner : "la graphie avec è présente l’avantage de ramener tous ces verbes au modèle de conjugaison de mener" qui n'est pas un verbe en -eler/-eter. Certes une aberration est supprimée (un modèle et de nombreuses exceptions) mais en réalité le choix pour harmoniser la langue semble lui-même très contestable. Aberration supplémentaire : ce choix maintient des exceptions avec les anciens modèles (appeler, jeter) et leurs composés, qui sont des verbes très courants !
Autres exemples, pris au hasard : On francise l’orthographe des mots étrangers pour respecter la prononciation avec une cohérence variable : "babyboumeur" mais "football". Dans ce dernier cas, on ne considère pas "foot" comme une anomalie puisque "On tiendra compte cependant du fait que certaines graphies étrangères, anglaises en particulier, sont devenues familières à la majorité des utilisateurs du français". Comme quoi l'usage familier "à la majorité" peut-être respecté (...mais pas pour "nénuphar").
Pire : avec "jazzmans", on crée tout simplement deux prononciations pour une même graphie en français (mamans, caïmans, musulmans, romans, ottomans, talismans d'une part, rugbymans, caméramans, gentlemans, barmans d'autre part). Drôle d'harmonisation, non ?

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09 Mar 2016 21:56 - 14 Mar 2016 18:45 #16099 par Beniamino Massimo
Réponse de Beniamino Massimo sur le sujet La réforme de l'orthographe

Loys dit: Peu importe que les usages soient en référence au dictionnaire ou non : ce sont les usages.

J'ai le sentiment que vous bottez en touche, mais je n'insiste pas sur le problématique concept d'usage car nous pourrions tourner en rond pendant longtemps. En outre, vous ne semblez pas prendre en compte la possibilité pour l'Académie (ou le CSLF...) d'aller ponctuellement contre un usage précis hérité de ses propres erreurs, pour mieux assurer la cohérence générale de la langue et limiter les variantes d'un même mot.

Loys dit: Et l'affirmation de Firmin-Didot n'est précisément pas recevable puisque les rectifications de 1990 sont proposées depuis longtemps dans de nombreux dictionnaires.

Je préfère déjà cet argument, mais je parlais aussi du cas général avec cette citation, pas seulement de 1990 — et même pour 1990, il faut prendre en compte la grande auto-censure entretenue par les dictionnaires : pardon pour la référence, mais je lis ici que Le Petit Robert 2010 ne donne que 61% des graphies rectifiées, et Le Petit Larousse 39%... Vous chercheriez en vain serpillère, modification non dénuée de bon sens, dans le dictionnaire en ligne Larousse, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres. Sans compter que dans les dictionnaires comme Littré ou celui de l'Académie, beaucoup de graphies de 1990 ne sont pas présentées en entrée principale mais reléguées au rang de simples variantes, ce qui contribue à laisser entendre qu'il y a, au fond, une « bonne » orthographe et une « mauvaise » qu'on peut à la rigueur tolérer pour faire plaisir aux petits-nenfants-qui-nont-du-mal-à-écrire. Idem pour certains correcteurs d'orthographes, qui oublient des modifications intéressantes alors qu'ils décapitent sans vergogne les î et les û...
Tout cela me fait aussi penser à un texte de Marie-Anne Paveau dont vous aviez donné le lien il y a quelques années sur un autre fil. Le mot auto-censure prend tout son sens à la lecture de ces lignes : « Quand j’ai ouvert mon premier blog, je me suis posé la question des rectifications. Mais on sait à quel point les commentaires sur les fautes de langue sont nombreux dans les commentaires, quel que soit le thème abordé : qu’il s’agisse de blogs de shopping ou de littérature, de politique ou de course à pied, les commentaires finissent toujours par trouver le chemin de la grammaire, de l’orthographe, ou du vocabulaire. Langue et métalangue alternent constamment. J’aurais eu constamment des commentaires de ce type, donc j’y ai renoncé. Pour l’instant je n’envisage pas d’appliquer les modifications dans mes écritures en ligne ». J'ai lu vos commentaires sur cet article, mais je pense que ce passage précis apporte de l'eau à mon moulin.

Loys dit: Les incohérences les plus aberrantes, pour reprendre vos termes, sont assez peu nombreuses, non ? Il serait intéressant d'en dresser la liste.

C'est un peu ce que nous faisons depuis quelques jours, au fond. :) Je n'ai pas dit qu'elles étaient nécessairement très nombreuses. Je crois qu'avec ce que j'ai écrit jusqu'ici, vous entrevoyez plus ou moins la « réforme » que j'aurais souhaitée, qui n'est pas celle de 1990 mais qui la recoupe en partie. Je tiens en particulier à la plupart des modifications des listes D, E et H, qui reposent essentiellement sur des séries désaccordées relativement simples à harmoniser et déjà dans le viseur en 1975 voire bien avant (mais je garde eczéma) ; à la régularisation du tréma (oui, je trouve que « gageüre » a de l'allure : notez qu'on rajoute ici des accents, contrairement à l'image que la regrettable règle 4 a donnée à la « réforme » dans son ensemble) ; à la généralisation du trait d'union dans les numéraux, non pas parce que la règle traditionnelle est difficile (ce n'est pas le cas), mais rien que pour ne plus voir ces irritants « vingt et un », « trente et un » et ainsi de suite, qui selon moi ne vont pas dans le sens de la langue (un nombre comme 21 est presque un concept à part entière, ce n'est pas seulement « vingt » et « un » reliés par « et » : il n'a pas à être dilué ainsi dans la chaîne écrite comme « Philippe et Martine » ou « ma tante et ma sœur », et je préfère donc le voir soudé comme vingt-deux) ; à la fusion des mots composés avec des préfixes latins comme extra-ou infra- (extraterrestres était donné comme exemple censément horrifiant dans certains reportages sur le sujet le mois dernier, mais je ne vois pas ce que cette variante a de choquant ; au fond, on s'en moque pas mal, de ce point, les formes avec et sans trait d'union pouvant cohabiter sans problème pour bien des mots) ; et à quelques autres modifications que je n'ai plus en tête au moment où j'écris.

Loys dit: Les aberrations les plus faciles à identifier sont celles qui ont trait à un écart entre la prononciation et la graphie ("oignon"). Mais même dans ce cas, que n'écrit-on pas "solan(n)el" ou "fa(m)m(e)" !

Je ne vais pas vous faire l'injure de croire que vous ignorez pourquoi on touche plus facilement à oignon qu'à d'autres mots où subsiste un décalage entre la graphie et la prononciation. C'est encore une histoire de série brève à harmoniser sans bouleverser le système, sans « ébouriffer » (cf. Faguet). Les -e- de femme ou de solennel s'inscrivent dans une configuration bien plus complexe. Je n'ai entendu personne, sur les ondes, rappeler l'histoire pourtant délicieuse du trigramme -ign-. C'est d'une certaine manière la même chose pour nénuphar. Évidemment, il était plus simple pour les Finkielkraut, les Fripiat, les Zemmour, les Enthoven, les Onfray et les Rioufol de se complaire dans l'idée bien confortable qu'ils défendaient le bon vieux françois contre les vils partisans de « l'écriture phonétique »... Il y a eu entourloupe. Qu'on adopte la modification ou non, elle avait le mérite de rouvrir une belle page d'histoire de la langue que ces zintellectuels ont préféré refermer en prenant les gens pour des poires, en glorifiant l'attachement superficiel du « peuple » à l'apparence tout sauf éternelle des mots, plutôt que de rappeler quelques évidences sur les errements du français à travers les siècles.
Onfray, France Culture, 5 février : « j'entends bien les arguments, nénuphar avec ph c'est compliqué » ( lien ) : ça, c'est malhonnête. A-t-il au moins lu le rapport de 1990 ? Il s'agit plus, pour la liste H, d'harmonisation que de simplification ou de retrait de lettres (on en rajoute à sotie, persiflage, innomé...).

Loys dit: Parce que ce qui peut sembler aberrant se discute : pourquoi "île" serait-il aberrant et pas "âne" ou "tôt" ? Pourquoi la cohérence serait-elle uniquement dans la graphie quand la cohérence peut l'être dans le réseau lexical (dans notre langue et avec les langues étrangères)

S'il vous plaît, j'ai déjà dit clairement que les modifications sur le circonflexe me laissaient perplexe. Vous prêchez un converti. :P Si je suis intervenu, c'est justement pour discuter de ce qui est aberrant et de ce qui ne l'est pas. Cela dit, si vraiment il faut revenir sur le cas du châââpôôô (imaginez Bernard Fripiat en train de parler), j'ai envie de dire : rajoutons-en. Rajoutons des circonflexes pour harmoniser les séries désaccordées autour de grâce, fantôme, infâme... Ce que ne font pas les ajustements de 1990, comme vous l'aviez fait remarquer quelque part.

Loys dit: Avec les "rectifications", les exceptions... deviennent la règle. Mais pourquoi n'avoir pas aligné les exceptions sur le modèle le plus répandu afin de ne pas "trop étonner" (pour reprendre Faguet) ? Pourquoi "il renouvèle" ou "il chancèle" plutôt que "il halette" ou "il modelle" (quatre exemples choisis à dessin pour nous heurter)? Le rapport de 1990 justifie d'une façon qui ne laisse pas d'étonner : "la graphie avec è présente l’avantage de ramener tous ces verbes au modèle de conjugaison de mener" qui n'est pas un verbe en -eler/-eter. Certes une aberration est supprimée (un modèle et de nombreuses exceptions) mais en réalité le choix pour harmoniser la langue semble lui-même très contestable. Aberration supplémentaire : ce choix maintient des exceptions avec les anciens modèles (appeler, jeter) et leurs composés, qui sont des verbes très courants

La modification des verbes en -eler et -eter n'est pas celle qui me convainc le plus, en effet. Je n'aurais peut-être pas touché à cette catégorie. Il faut néanmoins remarquer deux choses : à la rigueur, on peut considérer que l'Académie serait là dans son rôle d'arbitre entre des graphies concurrentes (le rapport précise que les dictionnaires ne sont pas d'accord sur certains verbes), et que deux exceptions à une règle uniformément appliquée par ailleurs valent mieux que l'anarchie ; et sur le fait que ce soit deux verbes très courants qui fassent exception, il me semble que c'est justement parce qu'ils sont très fréquents qu'on n'y a pas touché. Mais encore une fois, ce n'est pas moi qui cautionnerais une telle modification si on me demandait mon avis.

Loys dit: Autres exemples, pris au hasard : On francise l’orthographe des mots étrangers pour respecter la prononciation avec une cohérence variable : "babyboumeur" mais "football".

Et où voyez-vous babyboumeur dans le J.O. ? On le trouve peut-être dans des « guides de la nouvelle orthographe », mais concernant les manuels 2016, les textes ne disent que ceci : « l'enseignement de l'orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990 ».
Cela dit, comme je l'ai déjà écrit, je ne suis moi-même pas toujours convaincu par la francisation des mots étrangers. Il y aura toujours des incohérences, tous les termes venus d'ailleurs n'ayant pas le même degré d'intégration à la langue.

Loys dit: Pire : avec "jazzmans", on crée tout simplement deux prononciations pour une même graphie en français (mamans, caïmans, musulmans, romans, ottomans, talismans d'une part, rugbymans, caméramans, gentlemans, barmans d'autre part).

La différence de prononciation est assez dérisoire en comparaison de l'harmonisation générale des pluriels étrangers, d'autant qu'elle ne fait que reproduire une différence qui existe déjà au singulier (un barman vs. un caïman)... Le tout est qu'il y ait harmonie à l'intérieur du sous-système. Personne ne prétend proposer une harmonisation à la fois de toutes les prononciations et de toutes les graphies d'un même ensemble de mots. Le rapport est assez modeste et honnête sur ce point.
Au passage, en tant qu'angliciste, je me passerais bien de certains de ces faux emprunts en -man, au singulier comme au pluriel (tennisman :scratch: ).
Mais encore une fois, vous comprenez que je me fais advocatus diaboli, pour reprendre le nom d'une de vos rubriques, et que je n'aurais pas été aussi loin que le rapport de 1990. Je m'étais déjà formé un avis il y a très longtemps sur ces modifications orthographiques et ce n'est plus vraiment le sujet de mes interventions. Depuis le mois dernier, je réagis davantage à la façon dont les différents acteurs de la vie publique ont traité la question : je ne partage pas l'ardeur réformatrice (ni la façon de s'exprimer) de Linguisticae, que vous évoquez plus haut, mais il a entièrement raison d'insister sur le ridicule de la tempête médiatico-politique déclenchée début février. Je sais que votre « combat » à vous, Loys, est ailleurs, et je comprends que pour des questions de lisibilité idéologique vous préfériez diriger vos critiques avant tout contre ce que vous voyez comme un enfumage de la part des institutions ; mais il faut bien avouer qu'il y a un autre combat à mener : contre la paresse (voire la malhonnêteté) intellectuelle de certains qui, par peur d'être associés de près ou de loin aux pédagogistes ou au « nivèlement » par le bas, ont hurlé avec la meute, jeté en pâture un pauvre ognon et un nénufar au peuple en manque de francitude et entretenu les confusions entre orthographe, intelligence et « génie de la langue ». J'ai découvert jour après jour l'ampleur de la moutonnerie et je n'en reviens toujours pas.
Encore une fois, il y a de quoi se mordre les doigts qu'Encrevé & co. aient touché à notre chevron adoré. Ma conviction est que sans cela et quelques autres modifications difficiles à justifier, l'impression de nivellement n'aurait pas été aussi forte ; l'étêtement de î et û a entaché tout le reste d'un soupçon de mépris pour la subtilité et la francité de la langue, alors que la rectification des anomalies va le plus souvent dans le sens de l'étymologie et a le mérite d'attirer l'attention sur l'histoire des mots. Je vois de plus en plus le circonflexe non comme un chapeau, mais comme un boomerang que le CSLF a lancé au loin et qui nous revient maintenant en pleine tête. Quelle histoire.

Quoi qu'il en soit, je tenais à vous dire que j'apprécie beaucoup de pouvoir échanger avec vous de cette manière. Quand d'autres préfèrent clore tout débat, ne même pas lire l'extrait du J.O. concerné, compter comme une faute pure et simple « évènement » dans les copies de leurs élèves et bloquer les membres d'un forum qui ont l'audace de nuancer leurs propos, on est soulagé de voir que tout le monde n'a pas l'esprit aussi obtus. Je vous titille sur des vétilles, mais c'est plus par intérêt pour la langue et pour le débat qu'autre chose.
Dites-moi, Loys, que vous grimacez autant quand vous voyez la vidéo suivante que quand vous lisez « maitre » ou « connaitre »... s'il vous plaît. :(

(J'ai cru à une parodie mais non, ce monsieur aspire bel et bien à des responsabilités politiques).

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13 Mar 2016 11:23 - 13 Mar 2016 13:06 #16131 par Beniamino Massimo
Réponse de Beniamino Massimo sur le sujet La réforme de l'orthographe
Je trouve certaines des critiques que vous utilisez plus haut contre l'article de Delphine Guichard assez curieuses. Je pense que vous n'en avez pas besoin pour réfuter son argumentation. Comme elle n'est apparemment pas ici pour se défendre, je me permets de vous demander quelques précisions :

Loys dit:

Ce blog est écrit en nouvelle orthographe, depuis 2008, et, soyez honnête, est-ce qu’il vous pique les yeux ? Est-ce que la langue française vous semble défigurée ? Alors on respire un coup, on ne se laisse pas manipuler par les lanceurs de psychodrames, TF1 et autre BFM en tous genres, et on se documente avant de faire une crise d’hystérie... (et ensuite on passe à autre chose parce qu’il y a bien d’autres dossiers plus importants concernant l’orthographe de nos élèves que ces quelques millepattes sur leur nénufar).

Il y a quand même visiblement de quoi écrire un long article de blog. ;)

Elle prend le temps de préciser le sens de sa démarche, même si elle sait que le sujet est, au fond, assez dérisoire : c'est tout à son honneur, quoi qu'on pense de son choix, pourquoi laisser entendre qu'il y aurait contradiction ?

Loys dit:

Certains profs prétextent que ces règles sont peu employées. Cela justifierait, selon eux, qu’ils ne les enseignent pas.
Première chose : ce n’est pas vrai.

Tout dépend des mots considérés. S'agissant des circonflexes, par exemple, les sources imprimées sont sans appel...

On en revient bien souvent aux circonflexes.

Loys dit:

Vous utilisez au quotidien l’orthographe rectifiée sans même le savoir. La preuve, ce test du Figaro (qu’on ne peut guère soupçonner de complaisance à l’égard de ces rectifications) dans lequel les lecteurs devaient choisir entre deux graphies pour une dizaine de mots.

Ce quiz porte sur dix mots, toujours les mêmes : les rectifications en concernent 2400 mots. Aucun de ces dix mots ne fait partie des plus fréquents et il n'y a qu'un circonflexe... sur un mot rare. Quatre mots suivent un usage oral ou un usage écrit bien antérieur à 1990. Le quiz ne donne pas le détail par mot (comme si on avait adopté la graphie rectifiée à 100% : quel résultat pour "ognon" par exemple ?) mais le résultat brut, peu nuancé. Bref le quiz aurait sans doute donné des résultats bien différents avec un autre choix de mots...
Dans le détail, les mots du quiz
- "scénarios" n'a fait que suivre l'usage
- "mille-cent-trente-deux" : ngram viewer montre que la règle est respectée de manière erratique
- "épître" continue de l'emporter largement dans les sources imprimées
- événement" continue de l'emporter largement dans les sources imprimées , mais l'usage oral justifie la nouvelle graphie "évènement".
- "a capella"
- "oignon" : la graphie est tout à fait nouvelle. On aurait d'ailleurs aussi bien pu écrire "onion" : choix purement arbitraire.
- des "après-midi"
- "nous cèderons" cède à l'usage oral.
- "aigüe" est une nouvelle graphie.
- "référendum" : graphie concurrente largement majoritaire depuis les années 40.

Cela commence tout de même à faire un certain nombre de rectifications qui suivent « les usages »...
"oignon" : la graphie est tout à fait nouvelle. On aurait d'ailleurs aussi bien pu écrire "onion" : choix purement arbitraire.
Non. La graphie n'est pas « tout à fait nouvelle » (voyez la section prononciation et orthographe du TLFi et les occurrences d'ognon dans de vieux ouvrages sur Google Livres) et le choix du -gn- n'a rien d'arbitraire, bien qu'aujourd'hui -gnon et -nion aient la même prononciation chez la plupart des locuteurs : les mots ayant eu le trigramme -ign- ont évolué vers -gn- (montagne, rognon, cogner...).

Loys dit:

C’est parce que les enseignants de nos grands-parents ont accepté de jouer le jeu, accepté de ne pas enseigner "comme ils avaient appris"...

Les enseignants du XIXe siècle ont soit suivi des usages (oraux par exemple), soit suivi une rationalisation entre plusieurs usages. C'est sans rapport avec certaines rectifications arbitraires de 1990.

Vous allez un peu vite en besogne. Les ph et th étymologiques rajoutés de manière aléatoire en 1835, c'était de la rationalisation ? Les asyle, aphthe et autre diphthongue ? J'ai sous les yeux un mémoire de recherche (qui vaut ce qu'il vaut, ce n'est certes qu'un mémoire), où je lis ceci : « Selon cette idée de retour aux sources, l’Académie s’attache à revenir, dans sa sixième édition (1835), à un « étymologisme outrancier » C’est peut-être la première réforme de l’orthographe qui va résolument contre l’usage, et qui joue la carte de l’élitisme. »

Loys dit:

...que notre langue est ce qu’elle est aujourd’hui et que nous la trouvons belle. Aujourd’hui, c’est à nous, professeurs, de faire le même effort.

C'est ici sous-entendre que le refus serait lié à la mauvaise volonté des enseignants, ce qui est assez contradictoire avec l'affirmation préliminaire que les enseignants appliquent déjà ces rectifications. :santa:

Pour être tout à fait honnête, il n'y a pas nécessairement contradiction : Delphine Guichard peut très bien dire qu'il y a des professeurs qui appliquent déjà les rectifications et regretter qu'il n'y en ait pas plus.

Loys dit:

... et cette remarque vaut même pour nénufar. Savez-vous que ce mot s’est toujours écrit avec un f jusqu’en 1935 ? (Je le prouve : ligne 9 de cette édition originale de Chateaubriand, ou encore ici chez Mallarmé). Ci-dessous, dictionnaire de 1878 (Source : clic)

Dans les usages, "nénuphar" s'est toujours imposé avec ph (fautif étymologiquement mais ce sont les usages). La preuve par les sources imprimées :

Dès lors, affirmer que "ce mot s’est toujours écrit avec un f jusqu’en 1935"...

Oui, Victor Hugo, Monet, Zola... écrivaient nénufar.

Est-ce si sûr ?

Il est faux de dire que nénuphar s'est toujours écrit avec un f jusqu'en 1935, mais il est assez vain de s'acharner à prouver que Hugo n'a pas toujours écrit nénufar. Il faut et il suffit que de grands auteurs comme Proust aient employé cette forme pour qu'on puisse se permettre de la favoriser, quand bien même elle ne serait pas majoritaire, au nom du principe étymologique qui a poussé le français à se doter de cet attirail de ph-. La forme nénufar ne sort pas de nulle part. Un peu de bon sens ne nuit pas.

Loys dit:

Et l’accent circonflexe, me direz-vous ? C’est vrai que l’accent circonflexe avait souvent pris la place d’un ancien s, mais cette règle n’était même pas constante. Pourquoi coût et pas coûtume (qui vient pourtant de l’ancien français coustume et du latin consuetudo) ?

Peu importe en l'occurrence : aucun autre mot français de la famille de coutume n'a conservé le s. Ce qui importe dans le circonflexe, c'est moins de rappeler une étymologie que de faire réseau.

En êtes-vous sûr ? Pourquoi coutume ne pourrait-il pas « faire réseau » avec costume ? Ou avec la variante désuète consuétude, ou les lointains cousins mansuétude et... désuet, descendus eux aussi de la racine indo-européenne -s(u)e ? Lointains, trop lointains, me direz-vous.
Quid, alors, de moutarde avec moût, dont il est directement dérivé ? Ou, puisque vous rappeliez l'existence de réseaux avec les langues étrangères, avec le mostarda des langues romanes ? Sans cautionner la modification de 1990, on peut tout de même le dire clairement : il est bien dommage qu'il n'y ait pas de correspondance univoque sur ce point non plus.

Loys dit:

Car oui, ces modifications sont minimes. Antoine Fetet (l’auteur de la méthode Cléo, aux Éditions RETZ) a compté : Dans son Cléo CE1, qui fait 128 pages, 21 mots ont été touchés par la réédition en nouvelle orthographe. Seulement 21 mots sur 128 pages de manuel... C’est dire si la nouvelle orthographe ne "défigure" en rien la langue française.

Argument contradictoire avec celui de "l'harmonisation" nécessaire.

Pas vraiment. L'harmonisation, comme nous l'avons vu avec le texte de Faguet, peut se concevoir comme une succession de petites retouches dont aucune ne doit défigurer la langue aux yeux d'une génération donnée. Impossible de tout harmoniser d'un seul coup « sans ébouriffer ».

Loys dit:

Et pour tous mes lecteurs enseignants qui n’ont pas encore sauté le pas, un peu de courage. Osez le changement, faites confiance aux experts de la langue et enseignez ces quelques règles.

L'argument du "changement" laisse pantois : l'innovation pour l'innovation, en somme.

Là encore, je trouve que vous lui faites dire ce qu'elle ne dit pas : ce n'est pas parce qu'elle utilise le mot changement qu'elle recourt à l'argument du changement pour le changement, même si vous la soupçonnez (peut-être à raison, je n'en sais rien) d'être une moderniste partisane de l'innovation pour l'innovation.

En dehors de tout cela, je regrette comme vous l'absence de recul critique vis-à-vis des modifications dans l'article de Charivari.

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