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SUJET : "Philippe Meirieu : Autonomie des établissements : de quoi parle-t-on ?" (Café pédagogique)

"Philippe Meirieu : Autonomie des établissements : de quoi parle-t-on ?" (Café pédagogique) 22 Mai 2016 09:51 #16499

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Dans le "Café" du 20/05/16 : "Philippe Meirieu : Autonomie des établissements : de quoi parle-t-on ?"

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"Philippe Meirieu : Autonomie des établissements : de quoi parle-t-on ?" (Café pédagogique) 22 Mai 2016 16:15 #16501

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Ce texte, pas inintéressant, me semble représentatif des contradictions de son auteur.

Avec les échéances électorales qui approchent, les positions sur l’école s’exacerbent, sans, pour autant, beaucoup se renouveler. [...]. Il y a là, de toute évidence, le signe que l’enseignement public ne sait pas – ne sait plus – être suffisamment porteur de promesses pour apparaître comme le lieu par excellence d’une réussite personnelle et collective, d’un apprentissage nécessaire de la citoyenneté, de l’expérience décisive du « vivre ensemble » et du « faire ensemble »

Je suis à peu près entièrement d'accord avec le constat : le projet éducatif républicain traditionnel est fondé sur la différence des postures et l'inégalité des résultats : le maître n'est pas l'élève, l'obligation de résultats n'est pas possible. Or cela est de moins en moins acceptable dans le monde libéralo-démocratique dans lequel nous sommes.

Quand les écoles sous tutelle directe de l’État s’avèrent incapables de se réformer dans un projet authentiquement éducatif, il ne faut pas s’étonner qu’émergent des projets alternatifs.(3)

Ah ! Ca se gâte et on à là un bon exemple de retournement dialectique. Les évolutions actuelles sont mauvaises, nous dit Meirieu, et le fait que l'école publique ne propose pas un "projet authentiquement éducatif" conforte paradoxalement ces évolutions C'est oublier que PM est l'un des principaux (parfois à sa pensée défendante) concepteurs de ces évolutions qui se présentent toujours comme "authentiquement éducatifs".
Meirieu feint d'opposer un projet "authentiquement éducatif" et un projet libéral pour l'école, alors que ce qui marque les réformes depuis des années, c'est alliance objective de ces deux tendances, "libéralo-libertaire", l'alliance objective du medef et du sgen, la volonté de démolir une école "oppressive" et coûteuse.
Ne voit-il donc pas que la réforme de collège participe de fait à cette tendance ?
Soyons jacobins sur les finalités et girondins sur les modalités

La formule, séduisante à première vue, se révèle reposer une une contradiction oiseuse. Ce que PM appelle de ses voeux - un Etat qui fixe des grands objectifs et renvoie au local (collectivités, établissements ? ce n'est pas dit) les modalités pratiques, c'est EXACTEMENT le modèle libéral qu'il dénonce par ailleurs. C'est le "mieux d'Etat" des libéraux, cache-sexe pour le "moins d'Etat".

Car dans le modèle qu'il promeut, comment assurer l'égalité ? Comment empêcher la concurrence effrénée et destructrice du bien commun qu'il dénonce ? Si l'Etat se contente de grands principes vagues, il ne pourra empêcher que ces grands principes, peut-être incontestables (encore que), ne soient appliqués, réellement et concrètement, de façon différentes selon les établissements, non pas en fonction de son rêve de primauté des dynamiques locales (le fumeux "travail en équipe"). Les différences de "réussite" entre les écoles ne dépendent que très médiocrement de la qualité du travail des enseignants, et bien plus des différences sociales, économiques, culturelles locales. Et c'est le but de l'Etat de chercher à en limiter l'impact, non pas en culpabilisant les enseignants qui n'arriveraient pas à en contrebalancer l'effet, non pas par une autonomisation qui aboutirait à accroître le poids des différences locales, mais en cherchant à assurer une meilleure égalité des territoires, ce qui dans une large mesure dépasse la seule politique éducative.
En clair, laisser les établissements "libres" de décider de l'affectation d'une part de leur DHG n'a aucun sens si cette DHG est de fait insuffisante.
Ses responsables nationaux doivent fixer pour cela, sous le contrôle du parlement, un ensemble de finalités qui s’imposent à tous les établissements et doivent constituer, en sus des programmes nationaux, autant de « chapitres obligés » de leur projet : mixité sociale dans le recrutement, palette d’orientations complémentaires non hiérarchisées, information et accueil des familles, construction d’un cadre éducatif cohérent, travail en équipe des enseignants, entraide entre élèves, formation à la recherche documentaire et à l’usage du numérique, politique artistique et culturelle, mise en œuvre de projets collectifs, différenciation pédagogique, mise en place d’une évaluation par validation des acquis, formation des délégués d’élèves, etc.(5) Ces finalités une fois définies, il reviendrait aux établissements de travailler pour élaborer les modalités qui, dans un contexte donné, en fonction des contraintes et ressources locales, pourraient permettre de les incarner.

Application par l'exemple. Comme si tous ces objectifs - dont certains sont par ailleurs très contestables - seront appliqués de la même façon partout. PM se contentant d'évoquer "les contraintes et ressources locales". Mais c'est bien là que le bât blesse.
On va faire (malheureseument sans doute) des EPI dans les collèges REP et dans les collèges à recrutement CSP+. Mais seront-ce les mêmes ?
voilà la stratégie. Inviter les acteurs, quelle que soit leur place dans la hiérarchie, à parcourir sans cesse dans les deux sans la chaîne qui va des finalités aux modalités, s’interroger sur la manière de concrétiser les finalités et se demander obstinément si les modalités mises en œuvre incarnent les finalités affichées : voilà la démarche authentique de professionnalisation des acteurs sociaux dans une société post-taylorienne. Démarche tout à la fois rigoureuse et subversive : rigoureuse car la cohérence des finalités et des modalités est la clé de toute réussite. Subversive car nous avons souvent la tentation de nous endormir dans la ouate institutionnelle en juxtaposant des finalités générales et généreuses avec des modalités qui se reproduisent au moindre coût… Au point que celui qui ose dire « Mais pourquoi ne ferions-nous pas ce que nous annonçons ? » est, bien souvent considéré comme un « empêcheur d’enseigner en rond ».

Mais finalement, pour Meirieu, les problèmes économiques et sociaux n'existent pas. Son texte est censé dénoncer les propositions libérales des candidats de la Droite, mais pas un mot n'est dit sur les risques de a libéralisation et de la mise en autonomie - donc en concurrence - des établissements.
Ce qui empêche la réalisation de la promesse républicaine, ce n'est pas les "contraintes et ressources locales" mais la mauvaise volonté des enseignants, leur conservatisme, leur refus de se mettre en cause, d'innover... D'où la justification de les y contraindre.
La proclamation de redonner aux "acteurs" (les enseignants) toute leur place, sert à justifier paradoxalement le caporalisme.

Car, à l'inverse de la plupart des enseignants, PM sait la vérité et ne doute pas (il faut dire qu'il est chercheur en sciences de l'Education !). Il sait ce qui est bon pour les élèves, les enseignants, les élèves. Il sait que les EPI, l'évaluation par compétences, etc. sont les moyens de résoudre les problèmes de l'école, de réduire les inégalités d'accès au savoir et à la formation.

En fait, sa fausse opposition "jacobinisme/girondisme" ne sert que de justification du caporalisme et de la haine des disciplines.
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"Philippe Meirieu : Autonomie des établissements : de quoi parle-t-on ?" (Café pédagogique) 23 Mai 2016 00:39 #16506

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Il est double : redonner à l’École un sens pour la Nation et susciter l’initiative pédagogique des professionnels de terrain. Renforcer l’identité de l’institution scolaire, lui rendre sa promesse, et sortir ses cadres et ses enseignants du processus de prolétarisation dans lequel ils sont enfermés depuis plusieurs années. Replacer l’État dans son rôle, non pas « régalien » – l’État n’est pas « propriétaire » de la Nation et ne règne pas sur des « sujets » – mais « républicain » – garantissant les valeurs qui unissent les citoyens et leur permettant de les mettre en œuvre. Rendre aux acteurs la responsabilité de leur travail, faire en sorte que, dans le cadre d’un projet national, ils ne soient plus les serviteurs dociles de la « machine école », mais des inventeurs obstinés et heureux de ce qui unit et ce qui libère, de ce qui permet à leurs élèves de s’intégrer et de s’émanciper.

Inverser la relation entre les modalités et les finalités : voilà l’urgence. Cesser de multiplier les chantiers techniques nationaux et définir quelques priorités claires sur lesquelles les enseignants peuvent se mettre au travail : voilà la stratégie. Inviter les acteurs, quelle que soit leur place dans la hiérarchie, à parcourir sans cesse dans les deux sans la chaîne qui va des finalités aux modalités, s’interroger sur la manière de concrétiser les finalités et se demander obstinément si les modalités mises en œuvre incarnent les finalités affichées : voilà la démarche authentique de professionnalisation des acteurs sociaux dans une société post-taylorienne.
Il y a là en effet des paradoxes étonnants.

C'est précisément toute l'injonction paradoxale à l'"autonomie" contrainte qui est la colonne vertébrale de la réforme du collège. Avec son cadrage pédagogique faisant du professeur un simple exécutant (équipe, horaire, thème, pédagogie, évaluation etc.), bien à rebours de la "société post-taylorienne". Philippe Meirieu est gêné aux entournures car cette "autonomie" libératrice est précisément un crédo de la droite : Jean-Pierre Raffarin a déclaré, quand il était premier ministre, que l’autonomie des établissements scolaires était "la clef de toutes les autres réformes".

Pour mémoire, quand la réforme a été présentée au public :

Les enseignants ne se saisiraient pas suffisamment de la liberté pédagogique, assure le ministère, qui veut par conséquent leur imposer un «cadre»
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