"Comment Blanquer compte s’inspirer de l’enseignement privé pour réformer" (Challenges)

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29 Oct 2017 16:20 - 29 Oct 2017 16:29 #19908 par Loys

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29 Oct 2017 17:02 - 29 Oct 2017 17:11 #19909 par Loys
Quelques commentaires.

"Le vrai ennemi du service public, c'est l'égalitarisme ; son ami, la liberté ", expliquait le ministre de l'Education nationale l'été dernier. Et quoi de mieux, pour voguer vers plus de flexibilité, que de regarder de ce qui se fait du côté de "l'école libre" ?

Une école dont le recrutement des élèves est "libre" mais, comme on va le voir dans l'article, ce n'est pas de cette "flexibilité"-là qu'il s'agit. Elle n'est même jamais évoquée.

Car il est clair, à travers ses livres et ses récentes prises de positions, que l'école privée est l'un des modèles de Jean Michel Blanquer.

Curieux "modèle" puisque elle a des airs d'exception dans le monde : une école qui choisit ses élèves mais est néanmoins financée par l'État. Pas besoin de chercher très loin les raisons de son succès...

D'une prudence de sioux, il évite cependant soigneusement de comparer trop souvent le privé au public. " Le privé, ça reste le diable pour une partie du corps enseignant, c'est un leg de l'histoire, les syndicats sont encore très imprégné de cette idée, explique Bruno Poucet, universitaire, spécialiste de l'enseignement privé.

Maudits syndicats, qui veulent rallumer une guerre scolaire qui n'a pas lieu d'être.

Et pourtant, le ministre le sait, l'enseignement catholique qui scolarise 20 % des élèves français, a le vent en poupe : pour la rentrée 2017, les effectifs du privé sont en hausse de 12 436 élèves et sur 10 ans, ses effectifs ont augmenté de 93 000 élèves. Des chiffres qui l'ont poussé à constater que : "la pression qui pèse sur l'enseignement privé doit être vécue par le secteur public comme une ardente obligation d'évoluer".

Mais pas du secteur privé à évoluer pour accepter tous les élèves. :xx:
Au passage, la pression en faveur du secteur privé ne fait qu'augmenter les effectifs : elle accroît la ségrégation scolaire.

A l'antithèse de la réforme du collège de Najat Vallaud Belkacem qu'il qualifie "de mesures uniformes qui ont cassé l'attractivité des établissements publics". La solution de Blanquer ? Insuffler d'avantage d'autonomie et de souplesse, dans un système ultra dominé par l'administration centrale…

Voilà qui n'a rien d'une "antithèse" : la réforme du collège 2016 visait à instaurer une "autonomie" des établissements (en réalité un renforcement du pouvoir de décision des chefs d'établissement).

...à l'instar de l'enseignement privé qui a adopté l'autogestion dans nombre de domaines.

L'"autogestion" ? "Gestion d'une entreprise assurée par un comité élu par les travailleurs de l'entreprise même" ? :roll:

Donner plus de pouvoir au chef d’établissement (et les laisser recruter les profs sur profil)
Ce qu'a dit Blanquer : "Il est logique que le chef d'établissement ait un rôle à jouer en matière de recrutement. Cela se pratique d'ailleurs dans les lycées français à l'étranger et participe à leur rayonnement. Les professeurs auraient tout à gagner à ces évolutions".

Voilà où est l'origine de tous les maux et où se trouve la "flexibilité" à donner. On ne sait pas ce qu'ils auraient à gagner à un recrutement faisant d'eux des employés soumis au bon vouloir de chefs d'établissement...
Quant à l'exemple des lycées français à l'étranger, il laisse pantois : un public privilégié, des postes très demandés. Quel rapport avec n'importe quel collège de l'éducation prioritaire ?

La situation actuelle : Dans l'enseignement public le chef d'établissement n'a pas le pouvoir de choisir les enseignants. Le professeur est bombardé dans une école en fonction d'un barème (NDLR : le nombre de points qu'il a accumulé en fonction de ses précédentes affections) et il est totalement indépendant du chef d'établissement.

Cette odieuse "indépendance" a un nom : la liberté pédagogique. Pour le reste, le professeur n'est pas "totalement" indépendant puisqu'il est évalué par son chef d'établissement chaque année et que sa progression de carrière dépend en partie de cette évaluation.

"Dans le privé c'est différent, explique Bernard Toulemonde, ancien recteur et directeur de l'enseignement scolaire, le chef d'établissement a une liste de candidats et il a un droit de véto. On s'assure que l'enseignant que l'on veut recruter adhère pleinement au projet d'établissement. Si le professeur n'est pas d'accord, il ne vient pas".

"il ne vient pas" ? Il n'est pas recruté plutôt... Cette "adhésion au projet d'établissement" est une plaisanterie : le professeur est recruté pour sa compétence d'une part et sa complaisance d'autre part.

Ce " profilage " des enseignants existe dans le public, mais à la marge (en établissement REP+, les plus difficiles) et est régulièrement dénoncé par les syndicats, comme le SNES FSU. Pour la secrétaire générale du syndicat majoritaire Frédérique Rolet, cela reviendrait à "favoriser les établissement les plus favorisés, qui se serviraient en premier".

De fait, comment feraient les chefs des établissements les plus difficiles pour recruter des professeurs "adhérant au projet d'établissement" ? Mais cette question ne semble pas se poser pour "Challenges".
Le système ECLAIR existe déjà en éducation prioritaire : son échec est retentissant...

La culture du "contrat d’établissement"
Ce qu'a dit Blanquer : Dans son livre, publié il y a un an, L'école de demain Jean Michel Blanquer, insiste sur l'importance du concept de "contrat d'établissement", qui permet à chaque directeur de fixer une politique générale sur plusieurs années en association avec les professeurs.
La situation actuelle : Le contrat d'établissement et son pendant, le projet pédagogique, sont issus de la culture de l'enseignement privé. Le rappel des valeurs, la discipline, l'accueil des élèves…

Des "valeurs" catholiques (à rebours de toute charité chrétienne compte tenu du recrutement sélectif) ?

Dans la plupart des écoles privées, ces sujets sont l'objet d'une discussion systématique avec les professeurs, et les administratifs explique Bruno Poucet. "Cela facilite l'installation d'une culture commune. C 'est un instrument de travail qui pourrait être fécond dans le public ", explique-t-il. Or tous les travaux de l'OCDE montrent que c'est une des lacunes de notre système scolaire, rappelle Bernard Toulemonde dans son livre Et si on tuait le Mammouth. La direction pédagogique, très insuffisante en France (notre pays est avant-dernier sur 34) et le "leadership" sont des facteurs indispensables à l'amélioration de l'efficacité des établissements ".

Difficile de comprendre le lien entre ce brumeux "contrat d'établissement" et la notion de "direction pédagogique". :scratch:

Une école qui éduque (autant qu'elle instruit)
Ce qu'a dit Blanquer : Dans son livre l'Ecole de demain, le ministre évoque "la nécessaire autorité du maître sur l'élève", un vocabulaire à la fois audacieux et suranné à l'heure où la transmission de savoir est davantage envisagé comme un partenariat de bonne volonté entre le professeur et l'élève.

:shock:
Amusant de constater que pour améliorer "l'autorité" de l'enseignant, il faille que celle-ci soit soumise à une direction pédagogique.

La situation actuelle : "Dans le privé, l'éducation reste importante. C'est un héritage historique, des congrégations religieuses, qui avaient plus pour mission d'éduquer que d'instruire", indique Bruno Poucet. Les parents sont donc beaucoup plus présents via des associations...

Par essence, les parents de l'enseignement privé sont nécessairement plus impliqués dans la scolarité de leur(s) enfant(s) : c'est même l'une des raisons qui explique la ségrégation que crée l'école privée.

...et la discipline fait parti des pré-requis du contrat d'établissement. Au contraire, dans le public, on pense que c’est par l’enseignement qu’on va réussir à éduquer.

:shock:
Le "pré-requis" de l'école privée, c'est de ne pas recruter ou garder les élèves posant des problèmes de discipline.

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16 Sep 2019 21:34 - 16 Sep 2019 21:34 #22269 par Loys

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