Inégalités... et discrimination

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28 Juil 2015 18:06 #14370 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Loys dit: Vous pouvez commenter ici l'article "Mixité impossible" du 2/07/15 à propos de l'étude du CNESCO sur la ségrégation scolaire.

Un prolongement estival inattendu : le "vademecum" fourni par le MEN pour ouvrir une école privée hors contrat.
"Régime juridique applicable à l'ouverture et au fonctionnement des établissements d'enseignement scolaire privés hors contrat" (17/07/15)

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03 Aoû 2015 11:18 - 04 Aoû 2015 14:34 #14393 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Inégalités... et discrimination
Loys
Je viens de lire ton article (mixité impossible) et c'est excellent, mais j'ai quand même des petites critiques.

Loys dit:

L'enquête confirme le fait que la ségrégation scolaire est, comme en France, plus forte que la ségrégation résidentielle.

L'étude anglaise n'en fait aucune mention. Pour le reste, on sait ce qu'il faut en penser...

Attention, "ségrégation scolaire" a deux sens : ici, il faut le comprendre comme la ségrégation entre les catégories sociales au sein de l'école. Appelons la la "ségrégation scolaire 1". Dans l'article de Ly & Riegert, "ségrégation scolaire" s'oppose à "ségrégation sociale", qui sont deux manières différentes d'analyser la "ségrégation scolaire 1". La "ségrégation scolaire 2" est en fait une "ségrégation scolaire 1" mesurée par l'hétérogénéité du niveau scolaire, parallèlement à la "ségrégation sociale" qu'il faut lire comme une "ségrégation scolaire 1" mesurée par l'hétérogénéité des origines sociales.
C'est assez complexe, d'autant plus que comme les deux mesures se ressemblent, les auteurs ont fait des copier/coller mal nettoyés, et que cela entraîne des scories (un CSP+ qui traîne dans la définition "ségrégation scolaire", p. 6).
A partir de là, et revenant à ton article :

1) Elle suppose que les deux « ségrégations » (sociale et scolaire) « s’ajoutent » l’une à l’autre, comme si elles étaient indépendantes. Il est pourtant évident que la ségrégation scolaire est en grande partie induite par la ségrégation sociale, notamment résidentielle. On sait en effet que, dès le primaire, le niveau scolaire est déterminé par la classe sociale.

Jamais ils ne disent que les deux "ségrégations" sont indépendantes. Comme dit plus haut, ce sont deux mesures d'un même phénomène. Ce qui est indépendant et qui s'additionne, c'est la ségrégation inter-établissement avec la ségrégation intra-établissement.

3)[..] L’étude définit les « bons élèves » (appelés aussi « meilleurs élèves ») à partir des meilleurs résultats au brevet[6]. La conséquence de ce choix est que le niveau des élèves ainsi évalué est relatif, et non absolu : un élève n’est bon que s’il est meilleur.

Je ne comprends pas ta critique. Laisse-tu entendre que le niveau de référence va varier entre deux collèges, à cause du contrôle continu ? Mais la citation que tu donnes dit que le niveau est jugé sur les épreuves finales. Ils auraient certes dû enlever l'HIDA, dont les consignes de correction sont imprécises et la correction elle-même trop locales. Si ce que tu critiques, c'est d'avoir pris un quartile plutôt que d'avoir pris toutes les notes au dessus de 14.78, ton objection ne tient pas : prendre un seuil sur une note ou prendre un seuil sur un quantile ne fait pas de différence tant que tu ne compares pas les années entre elles.

Pour le dire autrement, les « bons élèves », tels que définis par l’étude du CNESCO, caractérisent de façon très insuffisante l’environnement scolaire. Il est regrettable que la « ségrégation scolaire » ne soit pas évaluée en étudiant la répartition des «bons élèves » et des « élèves en difficulté ». Les disparités importantes, évoquées par l’étude[8], seraient bien plus saisissantes, comme nous le verrons avec un exemple concret. On peut évidemment faire le même reproche avec la seule catégorie socio-professionnelle retenue pour caractériser l’environnement scolaire (les enfants dont les parents appartiennent aux CSP+).

Je commence par les CSP+ : ils sont généralement utilisés comme un bon indicateur de la mixité sociale : ce sont eux qui partent en premier. C'est un peu comme les canaries que les mineurs emportaient avec eux dans des cages pour détecter les gaz dangereux au fond de la mine. Par corrélation, je pense que les auteurs te répondraient que les "meilleurs élèves" sont eux-aussi un bon indicateur. Peut-être ont-ils fait une étude de sensibilité, accessible dans une publi scientifique. En tout cas, sur toute cette partie, je ne suis pas d'accord avec ta critique.
D'autres petit détails :

Pour s’en convaincre, faisons ce que l’étude du CNESCO (en définitive très abstraite) ne fait pas,

Cette étude est une "note préliminaire". Il y aura sûrement plus à manger plus tard, sans compter les articles scientifiques. En revanche, on pleurera sans doute longtemps pour avoir les données sur les CSP des parents d'élèves de chaque établissement, sur lesquelles travaillent Li & Riegert.

L'enquête confirme le fait que la ségrégation scolaire est, comme en France, plus forte que la ségrégation résidentielle.

L'étude anglaise n'en fait aucune mention. Pour le reste, on sait ce qu'il faut en penser...

Modulo l'usage du terme ségrégation qui me gêne autant qu'il te gêne, mais dont l'usage est établi dans le monde de la recherche, la ségrégation scolaire est plus forte que la ségrégation résidentielle : c'est un résultat désormais établi par de nombreuses statistiques et plusieurs publications importantes. Il y aurait sans doute beaucoup à en dire et à y critiquer, mais je ne comprends pas ce que tu veux dire par "on sait ce qu'il faut en penser".
Enfin, sur le diagramme en barre des 66 collèges de l'arrondissement de Nanterre, peux-tu me dire sur quel critère les collèges privés sont plutôt à droite et les collèges publics plutôt à gauche du schéma ? Ce point n'est pas clair.
Je rappelle, après toutes ces critiques, que je trouve ton article excellent. Comment as-tu fait l'étude de cas sur l'arrondissement de Nanterre ? Avec quel logiciels ? Quels données ?

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04 Aoû 2015 14:30 - 09 Aoû 2015 11:15 #14397 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

archeboc dit: Attention, "ségrégation scolaire" a deux sens : ici, il faut le comprendre comme la ségrégation entre les catégories sociales au sein de l'école.

Oui mais la confusion est celle de François Jarraud. Pour ma part, je distingue, suivant la méthodologie du CNESCO, ségrégation sociale et ségrégation scolaire (ie par le niveau scolaire) au début de l'article.
Pour la scorie du CSP+ dans l'étude du CNESCO, je l'avais notée également. Précipitation ? A noter que cette étude est parue plus tôt qu'elle ne devait, en pleine polémique sur le collège. Va savoir pourquoi... :devil:

archeboc dit: Jamais ils ne disent que les deux "ségrégations" sont indépendantes. Comme dit plus haut, ce sont deux mesures d'un même phénomène. Ce qui est indépendant et qui s'additionne, c'est la ségrégation inter-établissement avec la ségrégation intra-établissement.

Pourtant, pour autant que je me souvienne, les deux ségrégations, sociale et scolaire, sont bien additionnées dans l'étude et jamais celle-ci n'étudie la relation qui unit l'une à l'autre. Or la scolarité ne commence pas au collège.

archeboc dit:

Loys dit: 3)[..] L’étude définit les « bons élèves » (appelés aussi « meilleurs élèves ») à partir des meilleurs résultats au brevet[6]. La conséquence de ce choix est que le niveau des élèves ainsi évalué est relatif, et non absolu : un élève n’est bon que s’il est meilleur.

Je ne comprends pas ta critique.

J'ai voulu attirer l'attention sur le choix de l'expression "les bons élèves"... qui exclut, par sa méthodologie (20% des élèves obtenant les meilleures notes), des élèves pourtant jugés bons au regard des résultats du brevet. L'étude ne devrait utiliser que l'expression "les meilleurs élèves".
Façon voilée surtout de critiquer la contradiction à utiliser le brevet comme indicateur de niveau... sans totalement lui faire confiance. Il faudrait que je reformule ce passage.

archeboc dit: Je commence par les CSP+ : ils sont généralement utilisés comme un bon indicateur de la mixité sociale : ce sont eux qui partent en premier. C'est un peu comme les canaries que les mineurs emportaient avec eux dans des cages pour détecter les gaz dangereux au fond de la mine. Par corrélation, je pense que les auteurs te répondraient que les "meilleurs élèves" sont eux-aussi un bon indicateur. Peut-être ont-ils fait une étude de sensibilité, accessible dans une publi scientifique. En tout cas, sur toute cette partie, je ne suis pas d'accord avec ta critique.

Je n'ai pas dit que ce n'était pas un bon indicateur, mais qu'il n'était pas suffisant. S'agissant de mixité, on ne considérerait pas identiques un établissement avec une forte proportion d'élèves en difficultés et un établissement avec une faible proportion d'élèves en difficultés. On ne réussit pas de la même manière dans une classe tirée vers le haut par de nombreux bons élèves... ou tirée vers le bas par de nombreux élèves en difficultés.

archeboc dit: ]Cette étude est une "note préliminaire". Il y aura sûrement plus à manger plus tard, sans compter les articles scientifiques.

En tout cas, l'omission de toute considération sur la ségrégation sociale ou scolaire occasionnée par l'enseignement privé est une grave lacune, que rien ne peut excuser d'un point de vue scientifique.

archeboc dit: En revanche, on pleurera sans doute longtemps pour avoir les données sur les CSP des parents d'élèves de chaque établissement, sur lesquelles travaillent Li & Riegert.

Les données sur l'enseignement privé (proportion de CSP+ ou de "meilleurs élèves") à tout le moins... Mais on pourrait ajouter bien d'autres choses, comme je le déplore dans l'article.
S'agissant de l'étude anglaise, que j'ai rapidement parcourue :

archeboc dit: Modulo l'usage du terme ségrégation qui me gêne autant qu'il te gêne, mais dont l'usage est établi dans le monde de la recherche, la ségrégation scolaire est plus forte que la ségrégation résidentielle : c'est un résultat désormais établi par de nombreuses statistiques et plusieurs publications importantes.

Je dis bien dans l'article que cette acception du terme "ségrégation" est sociologique (avec la définition). Et que ce terme est problématique puisque source de confusion lorsqu'il est utilisé hors du champ de la recherche.
Pour le reste, quel sens donnes-tu à "ségrégation scolaire" ici ? Peux-tu reformuler très explicitement ce que tu veux dire par "la ségrégation scolaire est plus forte que la ségrégation résidentielle" ?
Nous sommes d'accord que la ségrégation résidentielle est la première cause de ségrégation sociale (la seconde étant vraisemblablement l'enseignement privé) ? Et donc scolaire (au sens du niveau scolaire), indirectement ? Mon propos soulignait surtout la responsabilité limitée des établissements dans l'ensemble de la ségrégation (inter et intra-établissements).

archeboc dit: Enfin, sur le diagramme en barre des 66 collèges de l'arrondissement de Nanterre, peux-tu me dire sur quel critère les collèges privés sont plutôt à droite et les collèges publics plutôt à gauche du schéma ? Ce point n'est pas clair.

Oui tu as raison de poser la question : il faudra que je le précise sur la graphique.

archeboc dit: Je rappelle, après toutes ces critiques, que je trouve ton article excellent. Comment as-tu fait l'étude de cas sur l'arrondissement de Nanterre ? Avec quel logiciels ? Quels données ?

Pour l'étude de cas, c'est de l'artisanal. Avec un simple tableur et un logiciel de graphisme : j'y ai passé du temps.


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09 Aoû 2015 10:36 - 09 Aoû 2015 11:23 #14408 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Après vérification les établissements sont classés par proportion d'élèves admis avec mention. Graphique édité avec la précision. J'ai également légèrement édité l'article sur le point 3 de la méthodologie.

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22 Aoû 2015 00:20 #14451 par Hervé
Réponse de Hervé sur le sujet Inégalités... et discrimination
Je rejoins Loys sur la critique de l'utilisation des notes du Brevet comme indicateur de "ségrégation" :
- considérer comme "bons" les 25% qui ont eu les meilleures notes laissent penser que les autres sont "mauvais", même si une grande majorité a obtenu son brevet. C'est en outre faire l'impasse sur un phénomène que bon nombres de collègues de 3e décrivent : les élèves qui ayant obtenu leur brevet par le seul contrôle continu ne se foulent pas pour réussir des épreuves finales qu'ils estiment sans enjeu.
Les meilleures notes au brevet mesurent alors moins un niveau scolaire qu'une stratégie sociale : par exemple la pression des parents qui veulent que leur enfant réussissent au brevet par principe, par émulation, pour montrer de quoi ils sont capables, etc. Dans ce sens, il y aura sans nul doute corrélation avec la répartition par CSP+, ce qui fait que la mesure des ségrégations scolaires et sociales n'est pas indépendante l'une de l'autre.
De ce fait, il aurait été beaucoup plus intéressant d'étudier la répartition des élèves n'ayant pas obtenu leur brevet et voir s'ils se concentrent ou non dans les mêmes établissements et les mêmes classes..
- l'autre point - d'ailleurs soulevé dans l'étude - est de mesurer un parcours (l'étude a suivi la cohorte entrée en 6e en 2007) à partir d'une mesure fixe. Pour être plus clair, il faut bien comprendre (c'est pas forcément évident si on n'y fait pas attention) que la ségrégation dans les classes de 6e a été mesurée par leur réussite au brevet 4 ans plus tard. Cela postule une fixité des niveaux scolaires qui devrait être démontrée et qui surtout, si elle existe, n'est pas non plus indépendante des situations sociales.

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25 Aoû 2015 13:46 - 25 Aoû 2015 13:56 #14471 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Oui nous sommes bien d'accord.
Dans le "Café pédagogique" du 25/08/15 : "Des charters schools à la française ?"


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25 Aoû 2015 13:55 #14472 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Encore un sociologue qui ne semble pas savoir que presque un quart des élèves du secondaire sont dans le privé...

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25 Aoû 2015 15:46 - 25 Aoû 2015 19:37 #14475 par Hervé
Réponse de Hervé sur le sujet Inégalités... et discrimination
Dans "Télérama" de cette semaine, nouvel article sur le sujet "ma mixité va craquer".
Le truc a été fait à la va-vite et n'est pas du tout fouillé. On y trouve les poncifs habituels et notamment les attaques récurrentes et insidieuses sur les enseignants eux-mêmes...
"les deux tiers des enfants d'enseignants ou de cadres obtiennent un diplôme supérieur contre seulement 12% d'enfants d'ouvriers non qualifiés" (je reviens plus bas sur ce point).
"à commencer par les enseignants, deux fois plus nombreux à scolariser leurs enfants dans un collège public autre que celui de leur secteur"
""les bonnes raisons" qu'ont les familles de fuir certains établissements, ceux ou pas un enseignant n'imaginerait scolariser son enfant".
J'aimerai bien savoir d'où viennent les chiffres sur la scolarisation des enfants d'enseignant. Je ne conteste pas la réalité de la pratique mais je pense que les raisons sont bien plus équivoques que l'évitement social. Ainsi la volonté de mettre son enfant dans un collège non-sectorisé peut aussi relever de raisons pratiques. Ensuite si des enseignants "fuient" leur collège de secteur, c'est au moins qu'ils vivent dans ce secteur... voire y travaillent.

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25 Aoû 2015 16:58 - 25 Aoû 2015 19:37 #14476 par Loys

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25 Aoû 2015 19:14 - 25 Aoû 2015 19:32 #14479 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Une note qui tombe à point puisque publiée le matin même de la conférence de rentrée ministérielle.

...le niveau de l’élève à l’entrée au collège reste un élément décisif, ce qui signifie que l’avenir scolaire de l’enfant est fortement déterminé dès la sixième.

On peut conclure, comme fait le ministère, qu'il faut réformer le collège... ou au contraire que c'est déjà trop tard. Si la réforme n'est pas efficace (comme on peut le craindre) pour les élèves les plus en difficultés, les écarts se creuseront encore davantage. :|

...le collège ne parvient pas à atténuer les inégalités sociales

C'est-à-dire qu'il n'y a pas UN collège, mais deux types de collèges : le public et le privé (plus d'un élève sur cinq), qui recrute sur dossier scolaire. Mais curieusement la note n'en parle pas. Pourtant la ségrégation est encore plus marquée au collège qu'en primaire.
Rien d'étonnant sur l'importance déterminante des habitudes de lecture : www.laviemoderne.net/forum/les-nouveaux-...nesse?start=60#14478

À l’inverse, le temps passé devant la télévision est lié négativement à la réussite, les perfor- mances des élèves déclinant à mesure que la fréquence d’écoute augmente.

Mais fournir des produits de divertissement comme les tablettes ne produira pas les mêmes résultats. :fur

Sur la mémoire encyclopédique, cette remarque frappante :

Le recouvrement partiel des deux distributions de scores indique que plus d’un quart des élèves de sixième maîtrise déjà le vocabulaire scolaire qu'un tiers des élèves de troisième est seulement en voie d'acquérir.

Des écarts faciles à rattraper ! :shock:

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01 Sep 2015 10:15 - 01 Sep 2015 10:16 #14535 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Confirmation que les classes de niveau sont un non-problème... par le CNESCO lui-même.

84 % des chefs d’établissement jugent que les classes de niveau ne sont pas pertinentes.

www.cnesco.fr/rentree-2015-comment-les-c...les-ete-constituees/

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01 Sep 2015 17:45 - 06 Sep 2015 12:14 #14537 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
En cette rentrée 2015, François Dubet est partout. Il faut dire qu'il présente un livre.
- Dans "L'Humanité" du 27/08/15 : "Les enseignants sont comme écrasés par l'imaginaire d'un âge d'or"



- Dans "Libération" du 30/08/15 : "François Dubet «Ce sont ceux qui tirent parti des inégalités qui résistent au changement»" (abonnés)
- Sur "France Inter" dans "Le Téléphone sonne" du 31/08/15 : "Doit-on changer l'école ?"
- Dans "Telerama" du 31/08/15 : "Ecole : ma mixité va craquer"



- Dans "Les Echos" du 1/09/15 par Daniel Fortin : "Mais non, mais non, l'école n'est pas finie"



- Sur "France Culture" du 6/09/15 : débat "La politique peut-elle changer l'école?"

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01 Sep 2015 19:10 - 01 Sep 2015 19:23 #14539 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Commentons certains aspects de l’article de "Télérama".

Sinon, comment expliquer les records d'injustice que bat la France ? Notre système éducatif est l'un des plus inégalitaires de l'OCDE. Rares sont les pays développés où les résultats scolaires des élèves sont aussi fortement déterminés par leur origine sociale. Oui, cette prouesse froisse sévèrement notre ego républicain. Elle laisse pantois, aussi : qu'a-t-on fait pour produire cela ?

La ségrégation résidentielle et le financement de l’enseignement privé ségrégatif ? :santa:

Non seulement notre école est largement gratuite...

Pas dans un collège sur quatre.

...mais depuis trente ans, la politique d'éducation prioritaire est censée redoubler d'efforts dans les territoires où se concentrent les difficultés. Pourtant les faits sont là : les deux tiers des enfants d'enseignants ou de cadres obtiennent un diplôme supérieur, contre seulement 12 % d'enfants d'ouvriers non qualifiés.

Parce que les enseignants savent ce qu'il faut faire et qu'on devrait précisément les écouter davantage au lieu de les accuser ?

Et chaque année cent quarante mille élèves, très majoritairement de milieu modeste, sortent du système sans diplôme du tout.

Non, moins de 60.000...

Un système à plusieurs vitesses
Or si les dés sont pipés, les perdants le savent. « Rien ne serait pire pour l'unité d'une classe d'âge et sa capacité à vivre ensemble qu'une dérive irrépressible et irréversible des exigences et des contenus scolaires », mettent en garde les sociologues François Dubet et Marie Duru-Bellat dans un petit livre percutant (1).

:shock:

Cela reviendrait à entériner, de façon plus ou moins tacite, un système à plusieurs vitesses selon les populations, principe difficilement défendable et par conséquent choquant. La mixité sociale ne constitue donc pas un choix parmi d'autres mais une nécessité. C'est la condition sine qua non d'une école plus juste, mais aussi plus performante.

Curieuse nécessité qui s’accommode d'une ségrégation institutionnelle.

Le meilleur moyen de relever le niveau général ? Toutes les études sont formelles, il faut mélanger les élèves, comme le font les Scandinaves...

Pas d'enseignement privé en Finlande. La Norvège et la Suède ne sont pas des modèles, si l'on en croit PISA.

...ou les Canadiens : les plus faibles éléments d'une classe sont bien davantage tirés vers le haut que les plus forts ne le sont vers le bas. Il s'agit également de former les enseignants à l'art délicat d'œuvrer dans des salles disparates, en favorisant la collaboration plutôt que la compétition.

Il n'y a pas de "compétition" au collège... :roll:

“Chacun de nous préfère l'inégalité dès qu'il s'agit de ses propres enfants”
Si tout est si clair, où est le problème ? Il y a que les parents sont des animaux un rien ambivalents. « Même si nous sommes collectivement très attachés à l'égalité scolaire, chacun de nous préfère l'inégalité dès qu'il s'agit de ses propres ­enfants », expliquent Dubet et Duru-Bellat. Parce que nous « stressons » terriblement. C'est la crise, bon sang ! Les cancres d'aujourd'hui pourraient bien faire les chômeurs de demain, pas question de risquer l'avenir du rejeton au nom de la cohésion nationale. Résultat, une proportion toujours plus importante de parents remuent ciel et terre pour inscrire leur progéniture dans la « bonne » école. Pas forcément celle flambant neuve ou dotée d'une cantine quatre étoiles, mais assurément celle qui accueille le « bon » type d'élèves, c'est-à-dire des enfants irradiés à la maison d'ondes culturellement positives, jugées propices à l'apprentissage.

Et où les trouve-t-on majoritairement ? :devil:

Rectifions : toute la France n'est pas engagée dans une quête effrénée de l'établissement socialement compatible. Dans les beaux quartiers, où l'on vit en vase clos, la carte scolaire — qui contraint les élèves à intégrer l'école de leur secteur — préserve de toute « invasion barbare ». A l'autre bout du spectre, dans les « ghettos », cet « apartheid territorial, social, ethnique », selon les mots de Manuel Valls — lors des vœux à la presse en janvier dernier —, on croit encore au mythe républicain d'une même école pour tous, vouée à élever les plus « méritants ».

Qu'a donc fait l'Etat pour lutter contre la ségrégation résidentielle, qui n'est pas du ressort de l'Ecole ?

Mais surtout on maîtrise mal les combines qui permettent de contourner les règles.

Avec plus d'un élève sur cinq, la ségrégation de l'enseignement privé est d'autant plus intolérable qu'elle est financée par l'Etat

En milieu rural, enfin, lorsqu'un seul établissement se profile à trente kilomètres à la ronde, on fait avec.
Tiraillés par un dilemme
C'est dans les territoires où se côtoient ouvriers, profs et cadres que la question de la mixité sociale se pose le plus. Les classes moyennes supérieures sont passées maîtres en stratégies d'évitement : déclaration d'une fausse adresse ou achat d'un studio près de l'école convoitée, inscription dans le privé ou, plus radical, déménagement de toute la famille.

Des stratégies d'évitement diverses : mais il serait facile de contrer l'une d'entre elle.

« Près d'un enfant sur trois échappe au collège public de son quartier, constate Arnaud Parienty, professeur et auteur d'un ouvrage sur les dérives de notre système éducatif (2) . Et ces moyennes sont largement dépassées dans certains endroits. La ville de Montreuil, qui jouxte Paris à l'est, ne compte par exemple que vingt-deux classes de seconde, alors que cette commune de cent mille habitants en recenserait le double si tous les jeunes y étaient scolarisés. Où sont passés les élèves manquants ? » Dans la capitale, sans doute, qui offre une palette de collèges et de ­lycées autrement fréquentés.
Mais comment en vouloir à ces parents « resquilleurs » ? Comme l'explique la sociologue Agnès Van Zanten, nombreux sont ceux tiraillés par ce dilemme : « soit je suis un bon parent, je privilégie la réussite individuelle de mon enfant en le plaçant dans le meilleur établissement possible ; soit je suis un bon citoyen, je le mets dans l'école du quartier quitte à sacrifier sa scolarité ». Dramatisent-ils quelque peu la situation ? Reste que leur choix est vite fait — à commencer par les enseignants, deux fois plus nombreux à scolariser leurs enfants dans un collège public autre que celui de leur secteur.

Il faut dire qu'inscrire son enfant dans l'établissement où l'on enseigne... Et par quel passe-droit ? :scratch:

« Ils sont aidés par le palmarès des lycées, publié chaque ­année par le ministère en mars, note ­Arnaud Parienty. Que Le Figaro traduit de manière limpide par ce titre : "Où faut-il habiter pour réussir à l'école ?" »

Le lycée n'est pas le collège... :roll:

Qu'il est ambigu, ce système éducatif qui d'un côté classe les établissements, provoquant la fuite des meil­leurs éléments des zones où ils sont précieux ; et qui de l'autre appelle de ses vœux la mixité ­sociale. Comme s'il n'avait jamais vraiment tranché entre ses deux vocations : développer les talents des plus doués et offrir un bon niveau d'éducation à toutes ses ouailles. « Le problème n'est pas que l'école ait le souci, légitime, de former une élite, affirment Dubet et Duru-Bellat...

Un peu quand même puisque l'exigence est l'ennemi.

...mais qu'elle oriente tout son fonctionnement en ce sens, en disqualifiant ceux qui n'excellent pas dans les disciplines qu'elle privilégie. »

En quoi "disqualifie"-t-elle plus que les parents ou la société ? Au contraire, de nombreux enseignants sont attentifs à valoriser des compétences qui ne sont pas nécessairement académiques.

Apprentissage au rabais ?
C'est pourtant pour favoriser la réussite du plus grand nombre que dans le cadre de la réforme du collège (appliquée à la rentrée 2016) Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education, a souhaité supprimer les sections bilangues, européennes, et les options latin et grec.

Bel aveu ! :shock:

Près de la moitié des collèges de France proposent l'une ou l'autre de ces « filières cachées », comme disent les chercheurs.

Ces chiffres sont totalement faux. Le latin n'a rien d'une "filière" : 81% des latinites ne sont pas regroupés dans une classe de latinistes, avec le grec ancien, le latin est proposé à tous les élèves dans 93% des établissements défavorisés. Il exige du travail supplémentaire et des heures de cours en plus : en quoi cette exigence est-elle cachée ? :fur

« Ces classes porteuses de ségrégation sont particulièrement répandues parmi les écoles publiques ayant un établissement privé parmi leurs deux plus proches concurrents », souligne un rapport (3) de l'Institut des politiques publiques sur la mixité en Ile-de-France.

Parler de "classes" de latinistes, c'est déjà se tromper. Et elles sont "répandues" partout. :fur
On note que le problème est bien la présence du privé : mais on en propose de traiter que la question des options... :santa:

Alors que faire : conserver ces classes de niveau...

Le CNESCO l'a dit lui-même : la ségrégation intra-établissement est "faible au collège". Parler de classes de niveaux et les associer de plus aux options de langues anciennes est une aberration.

... une école à l'intérieur de l'école certes, mais qui a l'avantage de retenir les meilleurs éléments ? Ou jouer la carte de la mixité, avec le risque de provoquer un exode massif vers le privé ?

Dans l'esprit de "Télérama", la mixité doit se régler sans tenir compte du privé... Au moins, il y a un peu de réalisme dans les conséquences envisagées.

Le choix est d'autant plus cornélien qu'il est explosif. La suppression des options latin et grec, en particulier, échauffe furieusement les esprits, et bien au-delà des cercles conservateurs. Pourquoi diable, s'écrie-t-on, amputer la jeunesse de cette part de nous-même, de cet héritage antique qui fonde la langue française, notre identité européenne, et nous forme à l'exercice de la critique et à la relativité des moeurs ? La ministre a beau assurer que, avantage de sa réforme, les langues et les cultures de l'Antiquité seront désormais enseignées à tous les élèves, nombreux sont ceux qui n'y voient qu'un apprentissage au rabais.

Mais non : un enseignement de "langues et cultures de l'antiquité" sur un mini-horaire, pendant une seule année, avec un projet pratique, sans langue et dispensé par n'importe quele professeur est une bonne nouvelle pour les langues anciennes ! :santa:

Convaincre plutôt que de contraindre
Quoi qu'il en soit, il faut agir, et avec force, avertit un rapport (4) du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) publié en juin dernier. Dénonçant « un quasi-­immobilisme des politiques publiques sur la mixité sociale à l'école en France depuis quarante ans », il préconise en particulier : de réajuster la carte scolaire dans certains territoires, de former les enseignants aux classes hétérogènes, d'inciter le privé sous contrat à accueillir un public plus divers...

Incitons, incitons... :santa:
Le problème date de 1959 et de la loi Debré.

Il assure par ailleurs : « une politique de mixité sociale ne fonctionne que si les parents y adhèrent ».
De fait, n'est-il pas vain de vouloir contraindre le choix de ceux qui vivent comme une injustice cette injonction de scolariser leurs enfants dans une école qu'ils jugent n'être « pas à la hauteur » ? Dubet et Duru-Bellat suggèrent de concentrer les efforts sur l'offre scolaire.

Voilà. Un beau renoncement sociologique : ne rouvrons pas la guerre scolaire !
Et "les efforts sur l'offre scolaire", c'est donc de la mutiler.

« Assurer une égalité de la qualité de la scolarisation et des chances de réussir dans tous les établissements est la meilleure manière de tuer dans l'œuf les "bonnes raisons" qu'ont les familles de fuir certains établissements, ceux où pas un enseignant n'imaginerait scolariser son enfant. »

C'est exactement l'inverse qui va se produire.

Facile à dire ? Des établissements expérimentaux (lire notre reportage) montrent peut-être le chemin à suivre.

Là aussi il y aurait beaucoup à dire, notamment sur l'expérience Clisthène.

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02 Sep 2015 17:17 #14546 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Inégalités... et discrimination

Loys dit:

Sinon, comment expliquer les records d'injustice que bat la France ? Notre système éducatif est l'un des plus inégalitaires de l'OCDE. Rares sont les pays développés où les résultats scolaires des élèves sont aussi fortement déterminés par leur origine sociale. Oui, cette prouesse froisse sévèrement notre ego républicain. Elle laisse pantois, aussi : qu'a-t-on fait pour produire cela ?

La ségrégation résidentielle et le financement de l’enseignement privé ségrégatif ? :santa:

Une autre explication provient du fait que les populations d'origine immigrée, qui constituent désormais massivement les classes populaires, ont un niveau scolaire fortement inférieur à ce que l'on constate dans les pays comparables, phénomène attesté par les statistiques de l'OCDE. Il ne semble pas aberrant qu'il y ait alors un effet statistiquement exponentiel d'enfermement culturel (pauvreté+immigration+illettrisme) alors que les comparaisons internationales (PISA en tout cas) n'envisagent que des effets cumulatifs.

Le meilleur moyen de relever le niveau général ? Toutes les études sont formelles, il faut mélanger les élèves, comme le font les Scandinaves...

Pas d'enseignement privé en Finlande. La Norvège et la Suède ne sont pas des modèles, si l'on en croit PISA.

Surtout, il y a ici une confusion entre "relever le niveau général" et "relever le niveau des plus faibles". Je ne connais pas d'étude fiable permettant d'affirmer que mélanger les élèves permet de relever le niveau général. Il y a bien quelques articles (dont un de Duru-Bellat) datant de plusieurs années et portant sur des années encore plus vieilles, mais ils souffrent tous d'une difficulté épistémologique fondamentale.
Il est en effet très difficile de dire ce qu'est le niveau général d'une classe d'age : si je permets à Jean de passer au dessus de la moyenne à une dictée d'un vieux recueil du certificat d'étude, est-ce que je peux le rendre commensurable, dans le niveau générale, avec le fait que Jacques devient capable de lire Ovide en VO ? La moyenne PISA est déjà très problématique, même si les comparaisons y ont un sens, mais comment dire que monter de dix points les 10% les plus faibles équilibre une baisse de 10 points des 10% les plus forts ?
De toute façon, les quelques études récentes que j'ai pu lire évitent de traiter sérieusement la perte de chance que constituent les mauvais élèves pour leurs condisciples, pour estimer si ces pertes sont compensées par un gain.

Rectifions : toute la France n'est pas engagée dans une quête effrénée de l'établissement socialement compatible. Dans les beaux quartiers, où l'on vit en vase clos, la carte scolaire — qui contraint les élèves à intégrer l'école de leur secteur — préserve de toute « invasion barbare ».

Totalement faux. Plusieurs résultats, déjà anciens, montrent le contraire. L'optimisation scolaire règne à Rueil, ou à Paris VIIIe, et bien plus rigoureusement qu'ailleurs.

Mais surtout on maîtrise mal les combines qui permettent de contourner les règles.

Avec plus d'un élève sur cinq, la ségrégation de l'enseignement privé est d'autant plus intolérable qu'elle est financée par l'Etat

Ce qui la rend accessible au plus grand nombre. Faudrait-il ne l'autoriser qu'aux riches ?

C'est dans les territoires où se côtoient ouvriers, profs et cadres que la question de la mixité sociale se pose le plus. Les classes moyennes supérieures sont passées maîtres en stratégies d'évitement : déclaration d'une fausse adresse ou achat d'un studio près de l'école convoitée, inscription dans le privé ou, plus radical, déménagement de toute la famille.

Des stratégies d'évitement diverses : mais il serait facile de contrer l'une d'entre elle.

Tu voudrais la supprimer, mais les parents y sont massivement attachés : même pour des parents d'enfants scolarisés à 100% dans le public, le privé apparaît comme une sécurité, la bouée de sauvetage si le système public devient trop inhumain.

« Près d'un enfant sur trois échappe au collège public de son quartier, constate Arnaud Parienty, professeur et auteur d'un ouvrage sur les dérives de notre système éducatif (2) . Et ces moyennes sont largement dépassées dans certains endroits. La ville de Montreuil, qui jouxte Paris à l'est, ne compte par exemple que vingt-deux classes de seconde, alors que cette commune de cent mille habitants en recenserait le double si tous les jeunes y étaient scolarisés. Où sont passés les élèves manquants ? » Dans la capitale, sans doute, qui offre une palette de collèges et de ­lycées autrement fréquentés.

Dans la capitale, mais dans le public ? Ou bien dans les établissements privés ?

nombreux sont ceux tiraillés par ce dilemme : « soit je suis un bon parent, je privilégie la réussite individuelle de mon enfant en le plaçant dans le meilleur établissement possible ; soit je suis un bon citoyen, je le mets dans l'école du quartier quitte à sacrifier sa scolarité ».

Il y en a un paquet qui disent : je suis un bon citoyen, puisque je mets mon enfant dans le privé, à l'abri des délires du MEN. Assurer l'avenir de mon enfant, c'est aussi travailler au bien commun.

Dramatisent-ils quelque peu la situation ?

Plusieurs fois l'année dernière, mon fils est rentrée du collège disant : "papa, aujourd'hui, en cours de XXX, c'était scandaleux".
Il a les moyens de compenser, mais pour une large frange de la population, la fuite est une option plus que raisonnable. Curieusement, Télérama s'abstient de répondre à cette intéressante question.

Reste que leur choix est vite fait — à commencer par les enseignants, deux fois plus nombreux à scolariser leurs enfants dans un collège public autre que celui de leur secteur.

Il faut dire qu'inscrire son enfant dans l'établissement où l'on enseigne... Et par quel passe-droit ? :scratch:

"Autre que celui de leur secteur", je pense que c'est celui de leur secteur d'habitation.

Le problème n'est pas que l'école ait le souci, légitime, de former une élite, affirment Dubet et Duru-Bellat [..] mais qu'elle oriente tout son fonctionnement en ce sens, en disqualifiant ceux qui n'excellent pas dans les disciplines qu'elle privilégie. »

En quoi "disqualifie"-t-elle plus que les parents ou la société ? Au contraire, de nombreux enseignants sont attentifs à valoriser des compétences qui ne sont pas nécessairement académiques.

Plus fondamentalement, l'école du socle a cessé de viser à former une élite. Dubet et Duru-Bellat sont ici dans le mythe.

« Assurer une égalité de la qualité de la scolarisation et des chances de réussir dans tous les établissements est la meilleure manière de tuer dans l'œuf les "bonnes raisons" qu'ont les familles de fuir certains établissements, ceux où pas un enseignant n'imaginerait scolariser son enfant. »

C'est exactement l'inverse qui va se produire.

Le pire, c'est qu'il y a des moyens d'inverser la tendance, sans démolir l'enseignement privé. Si en particulier toutes les options étaient réservées au public, cela équilibrerait avec le privé. Le gros problème, c'est que les parents bardés de diplômes, de relations et de décorations, parents d'enfants scolarisés dans le privé, vont faire pression pour augmenter la dotation horaire de leurs établissements, et qu'ils l'obtiendront plus facilement que les parents du public.
Je fais actuellement le pari que le collège privé de mon coin sauvera beaucoup plus facilement ses bilangues que les collèges publics qui l'entourent. Pourquoi ? Parce qu'il fait commencer les bilangues en primaire.
En attendant, la ruée vers l'enseignement privé a commencé - article du parisien relayé sur néoprofs :

Le Parisien dit: Un enseignement plus personnalisé, des établissements plus autonomes... Cela pourrait être le slogan de la réforme du collège engagée par la ministre de l'Education nationale, mais c'est avant tout ce qui incite toujours plus de parents à se tourner vers l'enseignement privé. Mardi prochain, il y aura quelques milliers d'élèves supplémentaires à faire leur rentrée dans une école, un collège ou un lycée privé. Une augmentation constante « depuis une dizaine d'années », selon Claude Berruer, secrétaire général adjoint de l'Enseignement catholique.

m.leparisien.fr/societe/education-le-pri...-08-2015-5045151.php

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05 Sep 2015 10:39 - 05 Sep 2015 10:43 #14561 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

archeboc dit: Une autre explication provient du fait que les populations d'origine immigrée, qui constituent désormais massivement les classes populaires, ont un niveau scolaire fortement inférieur à ce que l'on constate dans les pays comparables, phénomène attesté par les statistiques de l'OCDE. Il ne semble pas aberrant qu'il y ait alors un effet statistiquement exponentiel d'enfermement culturel (pauvreté+immigration+illettrisme) alors que les comparaisons internationales (PISA en tout cas) n'envisagent que des effets cumulatifs.

Je n'ai pas de chiffres à ce sujet. Une chose est sûre : la ségrégation existe bien dans l'accueil des migrants !

Sur les 16 up2a de l'arrondissement de Nanterre, aucune dans l’enseignement privé (22% des élèves).
Ajoutons que les conditions d'accueil, quand elles existent, sont largement insuffisante, en durée et en qualité.

De toute façon, les quelques études récentes que j'ai pu lire évitent de traiter sérieusement la perte de chance que constituent les mauvais élèves pour leurs condisciples, pour estimer si ces pertes sont compensées par un gain.

C'est une question terrible pour les "bons élèves" de l'éducation prioritaire, ces ghettos de la difficulté scolaire. C'est pour cela que je regrettais que l'étude du CNESCO ne prenne en compte que les "bons élèves" pour évaluer la ségrégation.

archeboc dit:

Loys dit: Avec plus d'un élève sur cinq, la ségrégation de l'enseignement privé est d'autant plus intolérable qu'elle est financée par l'Etat

Ce qui la rend accessible au plus grand nombre. Faudrait-il ne l'autoriser qu'aux riches ?

Question pertinente. Notez que, dans les établissements d'élite, cette ségrégation est de fait réservée aux plus riches tout en étant financée par l'Etat (cf les exemples de l'école EAB ou de certaines sections internationales ).

archeboc dit: Tu voudrais la supprimer, mais les parents y sont massivement attachés : même pour des parents d'enfants scolarisés à 100% dans le public, le privé apparaît comme une sécurité, la bouée de sauvetage si le système public devient trop inhumain.

Non, la liberté scolaire doit pouvoir exister, mais pas au prix d'une dégradation de l'école publique comme c'est le cas actuellement. Il y a un rééquilibrage à faire.

archeboc dit:

« Près d'un enfant sur trois échappe au collège public de son quartier, constate Arnaud Parienty, professeur et auteur d'un ouvrage sur les dérives de notre système éducatif (2) . Et ces moyennes sont largement dépassées dans certains endroits. La ville de Montreuil, qui jouxte Paris à l'est, ne compte par exemple que vingt-deux classes de seconde, alors que cette commune de cent mille habitants en recenserait le double si tous les jeunes y étaient scolarisés. Où sont passés les élèves manquants ? » Dans la capitale, sans doute, qui offre une palette de collèges et de ­lycées autrement fréquentés.

Dans la capitale, mais dans le public ? Ou bien dans les établissements privés ?

Oui, ce serait intéressant de le savoir.
Sur le "bon citoyen", pas d'accord : bon parent, je veux bien.

archeboc dit: Plusieurs fois l'année dernière, mon fils est rentrée du collège disant : "papa, aujourd'hui, en cours de XXX, c'était scandaleux". Il a les moyens de compenser, mais pour une large frange de la population, la fuite est une option plus que raisonnable. Curieusement, Télérama s'abstient de répondre à cette intéressante question.

C'est juste, mais ce serait poser des questions inconvenantes sur le climat de discipline...

archeboc dit:

Loys dit:

Reste que leur choix est vite fait — à commencer par les enseignants, deux fois plus nombreux à scolariser leurs enfants dans un collège public autre que celui de leur secteur.

Il faut dire qu'inscrire son enfant dans l'établissement où l'on enseigne... Et par quel passe-droit ? :scratch:

"Autre que celui de leur secteur", je pense que c'est celui de leur secteur d'habitation.

Ma question est pertinente : par quel passe-droit ?
Quelle étude sociologique confirme cette affirmation par ailleurs ? Je serais curieux de la consulter.

archeboc dit: Le pire, c'est qu'il y a des moyens d'inverser la tendance, sans démolir l'enseignement privé. Si en particulier toutes les options étaient réservées au public, cela équilibrerait avec le privé.

C'est le genre de solutions auxquelles on devrait songer. Et ouverture dans le privé de sections pour traiter la difficulté scolaire.

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06 Sep 2015 00:27 #14562 par Hervé
Réponse de Hervé sur le sujet Inégalités... et discrimination

Loys dit:

archeboc dit:

Loys dit:

Reste que leur choix est vite fait — à commencer par les enseignants, deux fois plus nombreux à scolariser leurs enfants dans un collège public autre que celui de leur secteur.

Il faut dire qu'inscrire son enfant dans l'établissement où l'on enseigne... Et par quel passe-droit ? :scratch:

"Autre que celui de leur secteur", je pense que c'est celui de leur secteur d'habitation.

Ma question est pertinente : par quel passe-droit ?

Sur ce point précis : on peut obtenir (facilement) une dérogation (et non pas un passe-droit parce que c'est une procédure légale, connue et ouverte) auprès de l'Inspection d'Académie pour faire venir ses enfants dans l'établissement où l'on travaille. C'est d'ailleurs mon cas, la raison principale (et celle qui justifie la dérogation) étant une gestion plus simple des allers-retours familiaux. Je sais que de nombreux collègues sont dans mon cas, ce qui se comprend dans un département très rural où les collèges peuvent être très éloignés les uns des autres. Je précise d'ailleurs que le collège de mon secteur d'habitation, auquel j'ai "échappé", recrute sur le centre-ville et n'est absolument pas un collège réputé "difficile".
Maintenant j'aimerais assez savoir d'où vient le chiffre évoqué dans l'article.

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08 Sep 2015 21:33 - 08 Sep 2015 23:39 #14603 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Dans "La Vie des idées" du 8/09/15 : "L’école française, démocratique ou élitiste ?" par le sociologue Pierre Merle.


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08 Sep 2015 23:31 - 09 Sep 2015 10:26 #14605 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Difficile de tout commenter.
Si dans l'ensemble le constat sociologique de la ségrégation est frappant, l'analyse de ses causes est pour partie problématique et les remèdes proposés au mieux vains et inutiles, au pire catastrophiques...
S'appuyant sur l'étude du CNESCO (voir notre analyse de ses graves limites) , Pierre Merle n'observe pas que (contrairement à lui) cette étude fait abstraction de l'enseignement privé et il oublie de plus qu'elle porte sur l'ensemble du secondaire. La ségrégation scolaire intra-établissement étant "faible au collège" (avec peu de classes de niveau), il est aberrant de la désigner (et donc avec elle les sections bilangues) comme principale cause de ségrégation au collège. Dans les réformes approuvées par Pierre Merle, rien ne concerne l'enseignement privé ou la politique de la ville : le problème reste donc entier ! La ségrégation risque même de s'aggraver avec de moins bonnes conditions d'enseignement dans le public.

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09 Sep 2015 10:25 - 09 Sep 2015 16:25 #14610 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

Les comparaisons internationales permettent de présenter un second constat. Suite aux premières évaluations PISA, plusieurs pays ont mené dans les années 2000 une politique volontariste pour améliorer leur système scolaire initialement fortement ségrégué et moyennement performant. L’Allemagne a réduit la place des filières courtes de scolarisation (Realschule, Förderschule et surtout la voie professionnelle Hauptschule), au profit d’une scolarité commune des élèves dans des Gesamtschule, incluant notamment les élèves du premier cycle du Gymnasium (Merle, 2012).

Précisément l'Allemagne ne fait que suivre l'exemple français quarante ans plus tard... Si le modèle est celui de la seule "scolarité commune", l'Allemagne est encore très en retard vis à vis de la France : c'est un comble de la donner en modèle de scolarité non ségrégative ! :roll:
D'ailleurs les cursus sont toujours différents d'un Land à l'autre.

La Pologne a suivi une politique de même type avec la création d’un collège unique – la création d’un gimnazjum équivalant d’un lower secondary – et une orientation en second cycle repoussée d’un an (Le Donné, 2014).

En Pologne le collège commence à 13 ans et se termine par un important examen de sélection à 16 ans, l'âge des tests PISA.
A noter qu'en Pologne de nombreuses écoles privées ne sont pas subventionnées par l'Etat et que le financement ne peut dépasser 50%.
www.eurorai.org/PDF/pdf%20seminar%20Karl...LEN_definitiv_FR.pdf

En Allemagne et encore plus en Pologne, ces politiques dites d’inclusion, c’est-à-dire d’homogénéisation des cursus scolaires, ont produit des effets bénéfiques. De 2003 à 2012, l’école polonaise recueille les fruits de sa réforme avec une baisse de sa proportion d’élèves peu performants (passant de 22 % à 14%), une augmentation de sa proportion d’élèves très performants (passant de 10% à 17%) (Pisa, 2012).
Les inégalités scolaires ne sont pas des fatalités. Scolariser les élèves de niveaux scolaires différents dans des cursus communs ne provoque pas un « nivellement par le bas », dénoncé à tort, mais une hausse des performances moyennes et une réduction des inégalités sociales d’accès.
L’école suédoise est un contre-modèle instructif. Elle s’est éloignée du modèle nordique du collège unique pour favoriser la différenciation des cursus scolaires, notamment grâce au développement des écoles privées financées par des vouchers (des chèques éducation dont bénéficient les parents). L’esprit de la réforme était d’adapter les établissements à « la diversité des talents » de chaque élève. Cette politique éducative de différenciation des cursus est un échec. Le niveau moyen des élèves suédois a baissé, l’origine sociale détermine plus souvent qu’auparavant le destin scolaire, les élèves des milieux défavorisés ont été particulièrement pénalisés (graphique 3). En matière éducative, la liberté se construit contre l’égalité des chances [3]. Tout comme l’école suédoise, l’école française constitue un contre-modèle caractérisé par des phénomènes d’élitisation.

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09 Sep 2015 18:18 - 09 Sep 2015 18:22 #14621 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Inégalités... et discrimination
Cette étude de Pierre Merle est principalement un résumé de son livre de 2012, "la ségrégation scolaire".
www.cairn.info/la-segregation-scolaire--...07171160.htm#summary
Il a juste ajouté un petit couplet de soutien à la réforme.
Ce livre de 2012 est intéressant, d'abord parce qu'il tente de donner une base théorique solide à la critique de la notion de mérite, et qu'il y échoue magnifiquement. Je ne résiste pas au plaisir de donner cet extrait :

La référence à des différences naturelles interindividuelles est une des spécificités de cette idéologie qui jalonne, avec constance, les discours d'une partie des élites politiques : « Il naît des hommes, il naît des femmes, il naît des filles uniques et des familles de dix enfants, il naît des enfants doués pour les études et d'autres doués pour les travaux manuels. Ce ne sont pas des inégalités de la Nature, ce sont des disparités, des différences neutres par rapport à tout sentiment de justice ou d'injustice. Trente ans après leur naissance, certains travaillent de leurs mains, d'autres s'occupent de leur foyer, d'autres accèdent à des postes de commandement, d'autres tournent des films, d'autres enseignent à la génération nouvelle. Leurs vies sont différentes, leurs modes de vie sont différents : là encore, des disparités sont inévitables » [Valéry Giscard d'Estaing, 1970, cité par Merllié, 1975].
Les « inégalités de nature », censées distinguer les « enfants doués pour les études » de ceux qui ne le seraient pas, constituent une façon de légitimer les inégalités scolaires de réussite [Bourdieu et Passeron, 1964]. Cette explication naturaliste des inégalités de réussite est invalidée par les travaux des psychologues [Monteil, 2010] et les spécialistes des neurosciences [Dehaene, 2003].

En rabattant les dispositions de chaque enfant sur des "inégalités de nature", au passage en faisant dire au texte de VGE le contraire de ce qu'il dit (voir les deux passages que j'ai mis en gras), Pierre Merle donne un coup d'épée dans l'eau. La vérité est que malgré l'égale dignité des futurs citoyens, les enfants de 3 ans qui entrent à la maternelle n'ont pas les mêmes dispositions : ils ont déjà des histoires différentes. Le fossé se creuse petit à petit au cours de la scolarité, et il advient un moment où il devient pédagogiquement intenable pour tous les acteurs du système, en dehors évidemment des hiérarques et des experts.
Plusieurs autres points intéressants dans ce livre méritent d'être référencés ici :
- A côté de la mixité sociale des élèves, la mixité de niveau dans une classe s'appelle, dans le vocabulaire OCDE, "mixité académique". Il faudrait systématiquement préférer ce terme à celui de "mixité scolaire", utilisé par Li&Riegert et portant à confusion.
- les effets de pairs, qui nous sont vendus avec enthousiasme (les bons élèves tirent vers le haut les mauvais), sont difficiles à vérifier. Il semblerait en particulier que si on met des bons élèves avec des mauvais élèves, sans élèves moyens au milieu pour faire le liant, la mixité est sans effet.
- un chapitre entier sur le secteur privé : vous devinez ce qu'il y a dedans. On y retrouve en particulier les exemples et les figures de l'article de la vie des idées.
- une conclusion qui propose de moduler les ressources des établissements en fonction de leur mixité, sur le modèle de la loi SRU (explicitement cité).

Pour favoriser la mixité sociale, il serait possible de moduler les dotations financières et en personnels des établissements selon les caractéristiques de leur recrutement. Les établissements scolarisant des élèves d'origine aisée et d'un bon niveau scolaire feraient l'objet de dotations moindres compte tenu d'une population d'élèves qui rend les apprentissages scolaires plus accessibles. En conséquence, le nombre d'élèves par classe serait accru dans ces établissements favorisés et, en contrepartie, le nombre d'élèves par classe serait réduit dans les établissements qui scolarisent des élèves au recrutement populaire et d'un niveau scolaire faible.

L'inconvénient de cette proposition, c'est sa faisabilité. Pour la loi SRU, la densité de HLM peut être assez facilement calculée et vérifiée par l'administration. Pour la mixité sociale à l'école, c'est plus difficile. Dans le meilleur des cas, l'administration fiscale fera le lien entre les enfants et le dossier fiscal de leurs parents. Les enseignants échapperont alors largement au classement en CSP+. Ce qui est sûr, c'est que si on conserve le mode déclaratif actuel, certains CDE truqueront leur déclaration comme ils peuvent truquer aujourd'hui les validations de compétences.
- Au sujet de l'Allemagne, dont tu dis, Loys "D'ailleurs les cursus sont toujours différents d'un Land à l'autre.", Pierre Merle en conclut : "Cette croissance de la Gesamtschule est d'autant plus remarquable qu'elle n'est pas une politique nationale mise en œuvre dans tous les Länder qui disposent d'une grande autonomie en matière de politique éducative".
- Malgré son chapitre sur le secteur privé, Pierre Merle classe la France dans la catégorie "carte scolaire avec dérogations", et non pas dans la catégorie "libre choix peu ou non régulé". Il me semble que le libre choix concerne en France des effectifs plus importants (20% d'élèves dans le privé, plus tous les élèves du public qui ont été refusés par le privé ou qui, ayant le choix, ont fait celui du public) que l'usage de la dérogation (" seulement 8 % à 20 % d'entre eux, selon les contextes scolaires locaux, ont sollicité une dérogation au collège de leur secteur").
- Quant à la catégorie "carte scolaire sans dérogation", il précise qu'elle inclut des pays qui pratiquent "des dérogations limitées et encadrées, par exemple par des examens d'entrée". On aimerait en savoir plus sur ces systèmes élitistes.

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09 Sep 2015 19:28 - 09 Sep 2015 19:36 #14622 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Inégalités... et discrimination
J'avais du retard dans mes réponses sur ce fil. Avec toutes mes excuses.
On fait un papier scientifique avec tout cela ?

Loys dit:

archeboc dit: Attention, "ségrégation scolaire" a deux sens : ici, il faut le comprendre comme la ségrégation entre les catégories sociales au sein de l'école.

Oui mais la confusion est celle de François Jarraud. Pour ma part, je distingue, suivant la méthodologie du CNESCO, ségrégation sociale et ségrégation scolaire (ie par le niveau scolaire) au début de l'article.

Il faudrait s’entendre sur une terminologie :
Ségrégation scolaire : tout ce qui se passe à l’école. On la décompose en :
Ségrégation sociale : le mélange des classes sociales
Ségrégation académique : le mélange d’élèves de niveaux différents.

Loys dit:

archeboc dit: Jamais ils ne disent que les deux "ségrégations" sont indépendantes. Comme dit plus haut, ce sont deux mesures d'un même phénomène. Ce qui est indépendant et qui s'additionne, c'est la ségrégation inter-établissement avec la ségrégation intra-établissement.

Pourtant, pour autant que je me souvienne, les deux ségrégations, sociale et scolaire (= académique), sont bien additionnées dans l'étude et jamais celle-ci n'étudie la relation qui unit l'une à l'autre. Or la scolarité ne commence pas au collège.

Non, là tu te trompes. Au contraire, ils disent bien que les deux ségrégations sont corrélées.
(Du moins il me semble).
Le gros problème, c’est que lorsqu’on arrive à les décorréler, en 2nde à Paris avec la procédure AFFLENET, en améliorant fortement la mixité sociale, ils continuent à considérer que la ségrégation de niveau scolaire (la ségrégation académique selon l’OCDE) est un problème. Autrement dit, pour eux, même si toutes les classes sociales sont correctement mélangées dans chaque classe (du secteur public, évidemment), le fait qu’il y ait des classes de niveau leur pose un problème.

Loys dit:

archeboc dit:

Loys dit: 3)[..] L’étude définit les « bons élèves » (appelés aussi « meilleurs élèves ») à partir des meilleurs résultats au brevet[6]. La conséquence de ce choix est que le niveau des élèves ainsi évalué est relatif, et non absolu : un élève n’est bon que s’il est meilleur.

Je ne comprends pas ta critique.

J'ai voulu attirer l'attention sur le choix de l'expression "les bons élèves"... qui exclut, par sa méthodologie (20% des élèves obtenant les meilleures notes), des élèves pourtant jugés bons au regard des résultats du brevet. L'étude ne devrait utiliser que l'expression "les meilleurs élèves".

OK. Je comprends, mais cette critique me semble moins essentielle que les autres.

Loys dit:

archeboc dit: Je commence par les CSP+ : ils sont généralement utilisés comme un bon indicateur de la mixité sociale : ce sont eux qui partent en premier. C'est un peu comme les canaries que les mineurs emportaient avec eux dans des cages pour détecter les gaz dangereux au fond de la mine. Par corrélation, je pense que les auteurs te répondraient que les "meilleurs élèves" sont eux-aussi un bon indicateur. Peut-être ont-ils fait une étude de sensibilité, accessible dans une publi scientifique. En tout cas, sur toute cette partie, je ne suis pas d'accord avec ta critique.

Je n'ai pas dit que ce n'était pas un bon indicateur, mais qu'il n'était pas suffisant. S'agissant de mixité, on ne considérerait pas identiques un établissement avec une forte proportion d'élèves en difficultés et un établissement avec une faible proportion d'élèves en difficultés. On ne réussit pas de la même manière dans une classe tirée vers le haut par de nombreux bons élèves... ou tirée vers le bas par de nombreux élèves en difficultés.

Expérience de terrain difficilement accessible au statisticien.

Loys dit:

archeboc dit: En revanche, on pleurera sans doute longtemps pour avoir les données sur les CSP des parents d'élèves de chaque établissement, sur lesquelles travaillent Li & Riegert.

Les données sur l'enseignement privé (proportion de CSP+ ou de "meilleurs élèves") à tout le moins

Pas seulement. Tout leur jeu de données est une mine statistique, de laquelle ils vont pouvoir faire plusieurs articles qui fera briller leur CV d’un éclat renouvelé. Lis leurs remerciements.

Loys dit:

archeboc dit: Modulo l'usage du terme ségrégation qui me gêne autant qu'il te gêne, mais dont l'usage est établi dans le monde de la recherche, la ségrégation scolaire est plus forte que la ségrégation résidentielle : c'est un résultat désormais établi par de nombreuses statistiques et plusieurs publications importantes.

Je dis bien dans l'article que cette acception du terme "ségrégation" est sociologique (avec la définition). Et que ce terme est problématique puisque source de confusion lorsqu'il est utilisé hors du champ de la recherche.
Pour le reste, quel sens donnes-tu à "ségrégation scolaire" ici ? Peux-tu reformuler très explicitement ce que tu veux dire par "la ségrégation scolaire est plus forte que la ségrégation résidentielle" ?

De nombreux résultats montrent que la mixité sociale d’un établissement (la mixité des catégories sociales dans un établissement) est inférieure à la mixité sociale des résidents de son bassin scolaire. Les gens acceptent plus facilement d’habiter dans la même zone que de mélanger leurs enfants au collège.

Loys dit: Nous sommes d'accord que la ségrégation résidentielle est la première cause de ségrégation sociale (la seconde étant vraisemblablement l'enseignement privé) ? Et donc scolaire (au sens du niveau scolaire), indirectement ? Mon propos soulignait surtout la responsabilité limitée des établissements dans l'ensemble de la ségrégation (inter et intra-établissements).

Oui, je crois que oui. Le problème, c’est que c’est aussi une ségrégation à l’échelle des régions, et pas seulement à l’échelle des quartiers. Il faudrait reprendre les chiffres de Li&Riegert pour affiner cela.

Loys dit:

archeboc dit: Je rappelle, après toutes ces critiques, que je trouve ton article excellent. Comment as-tu fait l'étude de cas sur l'arrondissement de Nanterre ? Avec quel logiciels ? Quels données ?

Pour l'étude de cas, c'est de l'artisanal. Avec un simple tableur et un logiciel de graphisme : j'y ai passé du temps.

Et passer par un SIG ? Tu connais QGIS ?



Loys dit:

archeboc dit: Une autre explication provient du fait que les populations d'origine immigrée, qui constituent désormais massivement les classes populaires, ont un niveau scolaire fortement inférieur à ce que l'on constate dans les pays comparables, phénomène attesté par les statistiques de l'OCDE. Il ne semble pas aberrant qu'il y ait alors un effet statistiquement exponentiel d'enfermement culturel (pauvreté+immigration+illettrisme) alors que les comparaisons internationales (PISA en tout cas) n'envisagent que des effets cumulatifs.

Je n'ai pas de chiffres à ce sujet.

L’enquête OCDE sur le niveau scolaire des migrants s’appelle DIOC
www.oecd.org/els/mig/databaseonimmigrant...ecdcountriesdioc.htm
Il faut agréger les données pour obtenir la proportion d’allochtone dans la catégorie la moins éduquée.
Pour l’indice de niveau social de l’OCDE, il s’appelle SESC. Il faudrait se pencher dessus.

Une chose est sûre : la ségrégation existe bien dans l'accueil des migrants !

Encore une très belle carte !

Loys dit:

archeboc dit: Tu voudrais la supprimer, mais les parents y sont massivement attachés : même pour des parents d'enfants scolarisés à 100% dans le public, le privé apparaît comme une sécurité, la bouée de sauvetage si le système public devient trop inhumain.

Non, la liberté scolaire doit pouvoir exister, mais pas au prix d'une dégradation de l'école publique comme c'est le cas actuellement. Il y a un rééquilibrage à faire.

Cela, c’est le principe. Le réalisme commande de ne pas affronter de front le secteur privé. Pour les raisons susdites, toute tentative de châtrer le secteur privé est vouée à l'échec. Le taxer selon le mode SRU serait politiquement plus facile.

Loys dit: Sur le "bon citoyen", pas d'accord : bon parent, je veux bien.

Pas d’accord. Si tu considères que le MEN fait une politique néfaste pour l’avenir du pays, en particulier une politique qui va le priver de ses cadres, il est citoyen d’aller-là contre, et mettre tes enfants à l’abri n’est pas seulement un acte de bon père de famille, c’est aussi celui d’un citoyen soucieux de l’avenir du pays.

Loys dit: Quelle étude sociologique confirme cette affirmation par ailleurs ? Je serais curieux de la consulter.

Grâce à [Merle 2012], j’ai trouvé :
www.orientation-paysdelaloire.fr/mediath...php?explnum_id=21195
Les chiffres trouvés dans cette note se retrouvent dans le livre de Merle, mais avec quelques petites imprécisions (assimilation « d’enfant d’enseignant » à la catégorie donnée par la profession du chef de famille, et confusion entre enseignant et enseignant du secondaire). Mais le principal est là.

Loys dit:

archeboc dit: Le pire, c'est qu'il y a des moyens d'inverser la tendance, sans démolir l'enseignement privé. Si en particulier toutes les options étaient réservées au public, cela équilibrerait avec le privé.

C'est le genre de solutions auxquelles on devrait songer. Et ouverture dans le privé de sections pour traiter la difficulté scolaire.

Plus difficile sans rallumer la guerre scolaire.

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30 Sep 2015 21:47 - 31 Aoû 2017 21:45 #14786 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
J'ai oublié de te répondre...
A lire sur du 24/09/15 sur le site du Centre de l'observation de la société : "Pourquoi les enfants d’ouvriers réussissent moins bien à l’école ?"


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30 Sep 2015 21:47 - 30 Sep 2015 22:08 #14787 par Loys

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01 Oct 2015 14:59 #14794 par Hervé
Réponse de Hervé sur le sujet Inégalités... et discrimination
Cette conférence (je me suis contenté de lire le power point annexé) se place clairement dans la suite logique de l'étude dont on a parlé plus haut.
Le postulat (implicite) de base est une syllogisme digne de "Rhinocéros"
1. Les classes ne sont pas faites au hasard
2. Il y a des différences de niveaux entre les classes
3. Donc les classes sont faites POUR être de niveaux.
Enfin, on voit arriver une notion tout aussi curieuse qui n'apparaissait pas dans l'étude, c'est celle de la diversité "culturelle", différente donc des question de "ségrégation" sociale et scolaire. Les chefs d'établissement devraient donc prendre en compte cette diversité culturelle. Mais qu'est-ce que la diversité culturelle et comment la prend-on en compte ? Je n'ose exprimer les non-dits de cette idée.

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02 Oct 2015 09:58 #14797 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Inégalités... et discrimination

Hervé dit: Cette conférence (je me suis contenté de lire le power point annexé) se place clairement dans la suite logique de l'étude dont on a parlé plus haut.

Oui, mais non. Le diaporama met l'accent en conclusion sur des problèmes qui n'était abordés que de manière adventice dans l'étude d'origine :

* La ségrégation intra-établissement peut être vue comme un moyen de lutter contre la ségrégation inter-établissements : comment arbitrer entre deux maux ?
* La simple suppression des options n’est pas une réponse suffisante : la nature compétitive du système scolaire encourage à trouver de nouveaux mécanismes
* La déségrégation doit s’accompagner d’une démarche pédagogique

Sur le premier point, on aimerait avoir la réponse a priori de la CNESCO, et surtout savoir s'il existe des étude évaluant les effets de l'arbitrage sur la mixité sociale.
Le deuxième point est une prise de position finalement intéressante en ces périodes de laminage des options.
Le troisième point ouvre la porte a des surcroits d'absurdité : puisque cela ne fonctionne pas, on augmente la dose.
Mais l'un dans l'autre, par rapport à l'étude papier, ce diaporama pose des questions intéressantes. Évidemment, rien sur l'enseignement privé, mais il ne faut pas désespérer.

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03 Oct 2015 17:25 - 27 Sep 2016 16:39 #14800 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination

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12 Oct 2015 15:53 - 12 Oct 2015 16:01 #14894 par Loys

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12 Oct 2015 19:33 #14897 par archeboc
Réponse de archeboc sur le sujet Inégalités... et discrimination

Leur objectif : que leurs enfants gardent à l’école les copains avec qui ils jouent dans le quartier où subsiste une certaine mixité sociale.
[..]
Les membres du collectif ont aussi beaucoup parlé autour d’eux pour inviter aux deux réunions, l’une sur le collège Maurice Utrillo, l’autre sur Hector Berlioz, ce samedi de 10 heures à midi.

Première mesure à prendre : faire en sorte que tous les élèves d'une école aille dans le même collège. Pour certaines écoles, les enfants sont envoyés sur trois collèges différents. Aujourd'hui, nul besoin du privé pour séparer les enfants qui jouent ensemble : la carte scolaire le fait très bien.
A noter qu'en dehors de Paris, décentralisation aidant, la carte scolaire du primaire n'est pas gérée par le même échelon que celle du collège.

Plusieurs parents proches du collectif sont venus témoigner qu’au collège Berlioz, leurs enfants se sentent bien et que s’il y a parfois des incidents, ce n’est pas l’enfer.

Des parents d'une école privée auraient pu témoigner que dans la classe de leur enfant, il n'y a pas d'incidents.

Najat Vallaud-Belkacem a évoqué la possibilité d’expérimenter des secteurs multi collèges – qui permettraient de répartir plus équitablement les élèves de milieux défavorisés et d’éviter ainsi les collèges-ghettos.

Et toi, parent inquiet, tu feras comment pour te renseigner un an à l'avance sur ton collège public de rattachement ? Bah, tu pourras pas. Tu visiteras le collège privé, et c'est celui-là que tu choisiras.
Tu le feras peut-être avec un peu de remord, mais tu te diras en même temps : "mon enfant n'est pas un cobaye".

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19 Oct 2015 08:47 - 19 Oct 2015 08:50 #14944 par Loys

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19 Oct 2015 09:14 - 21 Oct 2015 10:14 #14945 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Inégalités... et discrimination
Un article qui ne fait aucune différence entre collège et lycée, alors que la "ségrégation" intra-établissement y est très différente, pour des raisons structurelles...

Le sujet a longtemps fait débat, les études récentes arrivent toutes à la même conclusion : la mixité a des effets positifs ou neutres sur les résultats scolaires de l’immense majorité des élèves. A l’exception d’une toute petite élite, qui réussit un peu moins bien scolairement quand elle se retrouve mélangée à des élèves différents.

Peu importe : cette toute petite élite est bien à l'abri...

Mais je ne parle là que de l’impact sur les résultats scolaires. Si l’on regarde les effets de la mixité en termes de cohésion sociale, là, tous les élèves sans exception y gagnent. Même le haut de l’échelle ! La petite élite a tout intérêt à être entourée d’élèves ne venant pas du même milieu, au risque, sinon, de porter un handicap social les pénalisant dans leur vie professionnelle future.

Curieux argument utilitariste de la mixité qui, au lieu de défendre l'intérêt collectif, défend l'intérêt individuel. Soyons pragmatiques : si la scolarité sans mixité constituait un "handicap social" dans la vie professionnelle, la mixité serait recherchée depuis longtemps...

Par mixité, vous entendez hétérogénéité dans les classes ou au sein des établissements ?
Les deux ! Il faut être très vigilant à lier les deux. Le risque serait de ne mener qu’une politique de mixité entre les établissements, en renforçant dans le même temps la ségrégation à l’intérieur, avec des classes de niveau. Or, les effets de l’absence de mixité dans les classes sont encore plus dévastateurs psychologiquement que la ségrégation entre établissements.
Pourquoi ?
Tout simplement parce que la ségrégation saute encore plus aux yeux des élèves.

On pourrait voir une forme de cynisme dans ce raisonnement : la ségrégation la plus grave est heureusement celle qui se voit le moins pour les élèves...
"L'absence de mixité dans les classes" (sic) n'existe de toute façon pas au collège.

Les enfants qui sont dans des classes de moins bon niveau se perçoivent comme cantonnés dans des «classes poubelles», avec le sentiment que tous les enfants des bobos sont ensemble.

De la sociologie de haut vol. Dans les collèges les plus faibles, il n'y a pas d'"enfants de bobos". :roll:

A-t-on une idée précise du nombre d’établissements ségrégués ?
Quand le Cnesco a été créé, en 2013, nous avons décidé de nous attaquer d’emblée à ce chantier. Notre enquête révèle que 10 % des élèves de troisième sont dans un collège ghetto, avec plus de 60 % d’enfants d’ouvriers, au chômage ou inactifs.

Collèges tous publics...

Et quand bien même le collège serait mixte, un principal sur deux pratique les classes de niveau en regroupant les élèves qui ont les meilleurs résultats.

Il est totalement faux de laisser croire que les bons élèves sont tous regroupés dans la même classe au collège : la ségrégation scolaire est "faible au collège", a relevé le CNESCO. La ségrégation scolaire "active" n’atteint au maximum que 9% en 3e et ne concerne donc au pire... que quelques élèves.

Si les bienfaits de la mixité sont si certains, pourquoi y a-t-il tant de résistances ?
D’abord, parce que les parents ne savent pas. Ces études scientifiques sont très peu connues du grand public. Dans le doute, les parents se disent que leurs enfants s’en sortiront mieux dans un établissement plus favorisé.

C'est surtout que les établissements "mixtes" sont bien peu nombreux. L'alternative est : favorisé ou défavorisé.
On sait d'ailleurs que là où la mixité sociale pourrait exister, l'enseignement privé l'empêche . :fur

Ensuite, la petite élite, qui a la sensation de perdre avec la mixité, pèse sur le politique. Sous-estimer le poids de ce lobby serait une erreur.

La "petite élite" est bien à l'abri, encore une fois, soit grâce à la ségrégation résidentielle, soit grâce à l'enseignement privé (un collégien sur cinq) : elle n'a rien "à perdre"...

Enfin, je pense que les professeurs ne sont pas suffisamment formés pour enseigner dans des classes mixtes, avec des différences de niveau entre les élèves. Cela nécessite des compétences pédagogiques adaptées.

Bien sûr, c'est un problème de formation uniquement : pas de taux d'encadrement ou de taille des classes. La formation a bon dos...

C’est d’ailleurs l’un des points ressortis de notre étude menée auprès des principaux de collège : 80 % sont favorables à la mixité, mais seulement la moitié pensent que les enseignants sont efficaces devant une classe hétérogène.

Curieux puisque, selon Nathalie Mons, "un principal sur deux pratique les classes de niveau en regroupant les élèves qui ont les meilleurs résultats".

Il y a un déficit de formation des enseignants. Et des chefs d’établissement également. Peu savent par exemple qu’il faut de la mixité dans les classes mais pas avec des écarts scolaires trop importants. Si vous mettez des très bons élèves avec des très mauvais, cela ne fonctionnera pas. Pour que la mixité soit efficiente, la recherche a montré qu’il faut que les élèves moins bons puissent s’identifier à leurs pairs ayant un niveau scolaire plus élevé mais atteignable.

Ceci constitue donc une apologie des classes de niveau. :shock:

Ne faut-il pas revenir à une carte scolaire plus stricte, en limitant les possibilités de dérogations pour éviter le collège de secteur ?

Bien sûr : le vrai problème, ce sont les (rarissimes) "dérogations"...
Mais au fait, quelle "dérogation" est institutionnelle mais n'est jamais évoquée par cette sociologue ? L'enseignement privé. :cheers:

Malheureusement, c’est une proposition politique qui peut paraître simple mais est peu efficace. Avant l’assouplissement de la carte scolaire en 2007, les phénomènes de ségrégation étaient déjà présents et puissants. Obliger les parents est vain, il y aura toujours des stratégies de contournement.

Surtout si l'enseignement privé est financé comme l'enseignement public, et que ces "stratégies de contournement" reçoivent la bénédiction de l’État.
Il faut croire qu'il existe un autre "lobby"...

Le défi de la mixité ne pourra s’atteindre qu’avec la volonté des parents. L’enjeu, c’est de sortir du discours moralisateur «il faut mettre son enfant dans le collège de secteur pour être un bon citoyen». Et convaincre les parents qu’ils ont individuellement un intérêt à mettre leur enfant dans le collège du quartier, pourtant défavorisé. Par exemple, avec un projet pédagogique présentant la mixité comme un plus. Aux Etats-Unis, de plus en plus d’écoles proposent un programme entièrement bilingue anglais-espagnol en disant aux parents blancs favorisés : «Certes, vos enfants vont côtoyer dans l’école des enfants socialement moins favorisés que vous, mais dans la cour de récréation, ils parleront espagnol avec les petits Latinos bilingues.» Beaucoup ont sauté le pas, séduits.

J'aimerais bien avoir la source d'une telle affirmation...
En faisant comme si l'enseignement privé n'existait pas en France, cet article ne fait pas honneur à la sociologie.

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