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SUJET : "Mais qui sont les assassins de l’école ?" (Carole Barjon)

"Mais qui sont les assassins de l’école ?" (Carole Barjon) 21 Sep 2016 11:38 #17206

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Dans "L'Obs" du 21/09/16 : "Les assassins de l'école habitent la rue de Grenelle"

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"Pourquoi nos enfants ne savent plus lire" (Laurent Joffrin) 05 Oct 2016 18:30 #17327

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Dans "Libé" du 5/10/16 : "Pourquoi nos enfants ne savent plus lire"

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"Mais qui sont les assassins du journalisme ?" par Jean-Michel Zakhartchouk 09 Oct 2016 14:19 #17343

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Dans les "Cahiers" du 7/10/16 : "Mais qui sont les assassins du journalisme ?"

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Et le 10/10/6 : "Criminels sans le savoir ?"

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"Mais qui sont les assassins du journalisme ?" par Jean-Michel Zakhartchouk 10 Oct 2016 22:10 #17360

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Philippe Meirieu écrit:
Je lui envoie, alors, le courriel suivant : « En y repensant, je me suis aperçu que, dans “le feu” de la conversation, j’avais oublié la 5ème raison de la “haine” à l’égard des “pédagos” : je crois que c’est parce que notre société et ses politiques ayant oublié les enjeux de l’éducation et voyant les dégâts provoqués par son oubli, a besoin d’un bouc-émissaire (les pédagos justement, ces nouveaux “joueurs de flûte” qui viennent “emporter les enfants” parce que les adultes ont failli à leur parole) et, comme chaque fois, en regard du bouc émissaire, il y a toujours une “solution miracle” sensée résoudre tous les problèmes : le numérique ! Bouc-émissaire et solution-miracle : voilà de quoi continuer à oublier les vrais problèmes ! ». J’ignorais alors à quel point son livre allait justement être tout entier dans la logique du “bouc émissaire”
C'est d'autant plus vrai que l'école numérique est celle du pédagogisme ! :santa:
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"Mais qui sont les assassins de l’école ?" (Carole Barjon) 11 Oct 2016 09:35 #17365

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Cela dit, je n'irai pas confondre Meirieu avec un "apôtre du numérique". Lors des conférences organisées par Ars Industrialis, j'ai toujours entendu Bernard Stiegler le citer à chaque fois qu'il avait besoin de quelqu'un pour mettre en garde contre l'utilisation incontrôlé des nouvelles technologies à l'école (après, peut-être qu'il a retourné sa veste comme Serge Tisseron sur la télé pour bébés, mais si c'est le cas, j'ignore quand et dans quelles circonstances).

Pour le reste, j'ai aperçu et feuilleté le livre de Carole Barjon en librairie. Effectivement, il frappe fort. Et je pense qu'il fallait en arriver là, même si mon point de vue sur l'utilité de nommer et de dénoncer les "assassins de l'école" en tant que tels est biaisé : pour ma part, je penche beaucoup plus du côté "républicain", en tout cas celui-ci me convainc davantage. Toutefois, même en restant "neutre" et "objectif", on peut constater que ça fait des années que les deux camps s'envoient des noms d'oiseaux, et qu'aucun d'entre eux n'a le monopole des accusations graves. En témoigne les propos de Richard David Precht, pour lequel "notre école est un crime", en témoignent également les reductio ad hitlerum permanentes (à l'opposé, Elisabeth Lévy a affirmé que les pédagogistes, qu'elle considère comme des criminels, étaient la seule catégorie de personne avec laquelle elle refusait de discuter).

De toute manière, il s'agit de l'éducation et de la formation de générations entières, et les décisions prises à leur sujet ont forcément des conséquences importantes, donc les accusations ne peuvent être que graves. Il est donc inévitable qu'à un moment, on laisse les gants et les politesses au vestiaire.

Dernière remarque : ce qui est reproché aux "assassins de l'école", en tout cas pour ce que j'ai lu du livre, ce ne sont pas seulement leurs propos ou leurs idées, mais aussi leur pouvoir, leur influence, leurs actions et les décisions qu'ils ont prises quand ils ont eu accès à des postes importants. Il est donc inévitable qu'ils aient à rendre des comptes sur la situation actuelle.
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"Mais qui sont les assassins de l’école ?" (Carole Barjon) 11 Oct 2016 09:49 #17366

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En tout cas, Jean-Michel Zakhartchouk en rajoute une couche sur son blog : blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchou...-barjon-nous-trumpe/

Et le blog Profencampagne publie la réponse de l'AFEF : www.profencampagne.com/2016/10/l-obs-doi...sins-de-l-ecole.html

Sans oublier le bloc-notes de Philippe Watrelot : www.cahiers-pedagogiques.com/Bloc-Notes-...au-25-septembre-2016
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"Mais qui sont les assassins de l’école ?" (Carole Barjon) 11 Oct 2016 14:41 #17368

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Assez d'accord avec votre analyse : la mise mise au point sur les excès rhétoriques de l'autre camp est très bien vue. :P



De mon point de vue, les outrances ou les dérapages (tout à fait condamnables) desservent malheureusement la cause qu'ils sont censés défendre..

Shane_Fenton écrit:
Cela dit, je n'irai pas confondre Meirieu avec un "apôtre du numérique". Lors des conférences organisées par Ars Industrialis, j'ai toujours entendu Bernard Stiegler le citer à chaque fois qu'il avait besoin de quelqu'un pour mettre en garde contre l'utilisation incontrôlé des nouvelles technologies à l'école (après, peut-être qu'il a retourné sa veste comme Serge Tisseron sur la télé pour bébés, mais si c'est le cas, j'ignore quand et dans quelles circonstances).
Je dirais que Philippe Meirieu (et même Bernard Stiegler) sont assez insaisissables sur ces questions. Tantôt critiques, tantôt enthousiastes. Mais de toute façon ma remarque portait non pas sur Philippe Meirieu mais sur la récupération saisissante des nouvelles technologies par les nouvelles pédagogies, comme on peut facilement s'en convaincre sur LVM : il n'y a pas opposition, mais convergence.
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"Ecole : nous sommes tous des assassins ?" (Jean-Gabriel Carasso) 11 Oct 2016 19:12 #17382

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Sur le blog de Jean-Gabriel Carasso du 11/10/16 : "Ecole : nous sommes tous des assassins ?"

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"Ecole : nous sommes tous des assassins ?" (Jean-Gabriel Carasso) 11 Oct 2016 22:49 #17385

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Passez quarante ans à travailler sur la question éducative. Organisez des associations, des stages, des séminaires, des colloques sur la nécessaire adaptation de l’Ecole au monde qui bouge. Essayez de ternir compte de la démocratisation de l’école qui concerne désormais tous les enfants de ce pays. Soyez un enseignant progressiste, engagé, à la recherche permanente d’une pédagogie adaptée aux enfants qui vous font face. Tenez-compte de l’environnement audiovisuel, et désormais numérique, qui envahit les imaginaires et les esprits des élèves. Ajoutez-y le constat des quartiers dits « sensibles » pour ne pas dire pauvres, du développement des immigrations (parfois 40 nationalités dans la même école), de la faillite des familles et du chômage massif. Préoccupez-vous de ce que voient les enfants des bouleversements du monde : guerre, attentats, terrorisme... de la publicité ravageuse et de ce que cela induit dans leur processus de développement. Ecrivez des articles, des livres, faites des conférences sur ce que pourrait être une pédagogie moderne, ouverte, active, dans l’esprit des toutes les expériences menées depuis un siècle dans le monde par des éducateurs innovants. Participez aux écoles expérimentales, développez le travail en équipe, menez des projets artistiques et culturels avec les élèves. Concevez des partenariats avec des artistes intervenants dans vos classes. Militez pour une école plus libre, plus ouverte, plus juste, plus démocratique... et l’on vous traitera finalement d’assassin !
Oui, l'outrance est toujours condamnable et il vaut mieux porter la contradiction aux personnes (et éventuellement mettre en cause leur responsabilité).

Reste que se désigner comme "innovant" et "progressiste" est peut-être problématique, pas seulement par manque de respect pour les autres professeurs mais surtout parce que le progressisme de cette "pédagogie moderne" est corrélé avec une régression scolaire sans précédent.

A noter que, selon la BNF, M. Carasso, qui juxtapose les mots "éducateurs" et "enseignants", n'est pas tout à fait l'enseignant "engagé" qu'on imagine : il est présenté comme "acteur, metteur en scène, auteur et réalisateur de télévision, diplômé de l'Institut d'études politiques de Grenoble, directeur de l'Association nationale de recherche et d'action théâtrale, ANRAT (en 1997), chargé de cours à l'UFR d'études théâtrales de l'Université de Paris III-Sorbonne nouvelle (en 1997)".

Voici à quoi se complait madame Carole B, journaliste à l’Obs, dans un ouvrage intitulé avec grande subtilité : « Mais qui sont les assassins de l’école ? » Le titre, son outrance, sa violence, font de ce livre un objet dont la nature médiatico-commerciale, mais surtout profondément réactionnaire, l’emporte sur toute autre considération.
La brutalité de l'expression "assassin" fait quelque peu oublier à M Carasso la brutalité tout sauf verbale, par exemple, de la suppression de l'enseignement des langues anciennes, dont personne ne sait exactement qui l'a décidée.

Quel mépris, quelle arrogance pour le travail de ces milliers d’éducateurs engagés, ces enseignants dévoués qui marquent à jamais certains parcours de leurs élèves, grâce non seulement aux savoirs qu’ils transmettent mais aussi à l’attention qu’ils portent au développement de chacun.
Ça fait bien peu, mais heureusement qu'ils sont là, "ces milliers" d'enseignants éclairés comme autant d'Élus de la pédagogie et du progrès. :santa:

Ayons une pensée pour les 800.000 autres enseignants qui n'ont pas "marqué à jamais certains parcours de leurs élèves" et ne portent aucune attention au développement de chacun...

Le parti pris de ce brulot consiste à faire porter la responsabilité principale des difficultés scolaires, notamment dans le domaine de la lecture et de l’écriture – que personne ne nie...
Eh bien précisément ce déni a longtemps existé et existe encore...

– à quelques individus, chercheurs, conseillers ministériels, pédagogues qui auraient, à eux seuls, induit ou orienté plusieurs générations d’enseignants dans la voie du renoncement à l’excellence, au savoir, à la rigueur notamment orthographique. Parmi eux, mon ami Philippe Meirieu à qui nous devons tant sur la compréhension du monde éducatif et son indispensable évolution.
Sur l'orthographe, pourquoi ce conditionnel ? Le renoncement est avéré et on en trouve de nombreux témoignages....

Cette vision simpliste désigne nommément quelques personnes à la vindicte publique, reléguant au second plan les injustices sociales, la crise économique, le chômage, l’environnement culturel, les difficultés familiales, les technologies nouvelles et leurs conséquences...
Amusant car une des caractéristiques des pédagogistes est précisément de reléguer tous ces facteurs derrière la pédagogie.

Tous ces éléments ne pèsent rien par rapport aux attaques idéologiques contre les seuls « pédagogistes » coupables de toutes les turpitudes. Ils n’ont pas seulement envahi l’école, ils l’ont assassinée ! Si cela était, ils méritent sans doute une peine perpétuelle et pourquoi pas, puisque c’était mieux avant (avant quoi ?), la peine capitale !
Comme quoi, on peut passer d'un excès à l'autre... :rirej

Trêve de circonvolutions* : j’ai dépensé 18€ pour en connaître. J’ai lu, j’ai compris : au prétexte d’un signal d’alarme sur les difficultés manifestes de l’apprentissage de la langue et de l’écriture (20% des élèves ne savent pas lire et écrire correctement à l’entrée au collège nous dit-on.
Ce "au prétexte d'un signal d'alarme" et ce "nous dit-on" fleure bon le scepticisme. D'ailleurs ce constat ne semble guère émouvoir Jean-Gabriel Carasso : en réalité, selon CEDRE 2016, 40% des élèves entrant en 6e maîtrisent principalement des compétences de CE au mieux.

*circonlocutions. Confusion classique.

Mais combien entraient au collège auparavant ? Et les autres, maitrisaient-ils mieux le langage et son expression ?
Après le déni, le relativisme (même si les deux argumentaires s'excluent l'un l'autre en bonne logique : soit une baisse à relativiser, soit… pas de baisse).

Ce relativisme est en réalité dépourvu de sens, puisque le collège unique est en place depuis cinquante ans : la critique porte principalement sur cette période (par exemple la baisse dramatique constatée en 1987 et 2007 par la DEPP en 2008). Citons M. Carasso : "Passez quarante ans à travailler sur la question éducative..." :santa:

Ce livre journalistique confus est atterrant. Et la campagne médiatique qui l’accompagne (Le Point, l’Obs, Libé...) relève probablement autant du copinage entre journalistes que du combat idéologique violent contre tous les éducateurs progressistes (voir, par exemple, l’accueil très favorable de ce livre sur le site « Au cœur du nationalisme ».)
Le déni scolaire ouvre un boulevard aux extrémistes, en effet.

Partant du postulat « ils étaient de bonne foi mais sont devenus criminels », l’auteur s’engouffre en vérité dans le mode de pensée qu’elle déplore. Accordons lui la bonne foi d’une interrogation sur l’évolution de notre système scolaire -mais qui ne s’interroge pas sur ce thème ?- et constatons qu’elle verse aussitôt dans la dénonciation personnelle, dans les explications pseudo-psychanalytiques, dans les attaques ad-hominem, devenant elle-même une « assassine » de la pensée complexe, de la réflexion rigoureuse, du débat démocratique voire de l’éthique journalistique.
Curieux d'utiliser ce que l'on dénonce...

Atterrant vous dis-je ! Si l’on en reste à ce niveau de débat public, tant qu’à nager dans l’excès et la démesure, revendiquons alors avec nos amis pédagogues que...nous sommes tous des assassins !
Assassins, non : mais cette propension à se désigner comme appartenant un petit groupe d'élus ("nos amis pédagogues") détenant la grâce pédagogique n'en reste pas moins curieuse.

PS : Le journal Le Point a cru bon d’ajouter au commentaire élogieux sur le livre la liste des photos des principaux « assassins » cités. Cela n’a pas manqué de rappeler à certains la manière de faire de l’Affiche Rouge. Triste époque !
Nul doute que l'équipe "Le Point" est animée des mêmes intentions que le régime de Vichy. Outrance pour outrance... :roll:

Mais le billet reçoit le soutien de la ministre elle-même :

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"Mais qui sont les assassins de l’école ?" (Carole Barjon) 13 Oct 2016 20:51 #17409

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Au passage, il faudrait que quelqu'un leur dise que "progressiste" n'est plus une marque de vertu, et surtout, surtout, que l''adjectif "réactionnaire" a perdu depuis longtemps toute charge disqualifiante, y compris à gauche. D'ailleurs, c'est une riposte bien molle face à l'accusation d'avoir "assassiné" l'école.

Je constate d'ailleurs (d'après les tweets de Laurence de Cock) que la polémique vient non seulement de la violence de la charge, mais aussi de la couverture plutôt favorable dans des journaux estampillés à gauche comme Libération ou l'Obs (dont Carole Barjon est journaliste).
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"Mais qui sont les assassins de l’école ?" (Carole Barjon) 15 Oct 2016 16:28 #17440

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Salve de Annie Feyfant : perso.ens-lyon.fr/annie.feyfant/?p=380

Une seule réfutation, pas vraiment originale :
Petit exercice à faire à la maison (les devoirs, c’est bien, non ?) pour étayer les propos de Carole Barjon (ou pas) :
Que pensez vous des chiffres suivants issus du rapport « Regards sur l’éducation 2016 » : – en France, au primaire, 37 % du temps est consacré à la lecture, à l’expression écrite et à la littérature (moyenne de l’OCDE : 22%), au secondaire, 15% y sont consacrés en France contre 14% en moyenne pour l’OCDE ou l’Union européenne.
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"Cher Laurent Joffrin" (Laurent Dubet) 18 Oct 2016 12:24 #17455

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Dans "Libé" du 17/10/16 : "Cher Laurent Joffrin" par Laurent Dubet et "Cher François Dubet" par François Joffrin.


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"Cher Laurent Joffrin" (Laurent Dubet) 18 Oct 2016 17:25 #17459

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Sans oublier le "chapeau" de Libération à ce sujet : www.liberation.fr/debats/2016/10/17/crit...-ou-pas-reac_1522524

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C'est bien ce que je pensais : si les pédagogistes se sentent à ce point agressés par le livre de Carole Barjon, et se sentent obligés de répliquer en masse, ce n'est pas uniquement à cause de la gravité de l'accusation, mais surtout parce qu'elle provient de, et qu'elle est relayée par, cette fraction de la gauche qu'ils croyaient pourtant acquise à leur cause.

On me dira, Jean-Paul Brighelli et d'autres venaient eux aussi de la gauche, et les procès en excommunication se sont multipliés à leur encontre. Sauf que là, il s'agit de l'Obs et de Libération, qu'on n'attendait pas forcément sur ce terrain-là. François Dubet le dit en toutes lettres :

François Dubet écrit:
Que cet ouvrage fasse les délices du Figaro, du Point et de la «fachosphère» est dans l’ordre des choses. (...) Le fait que vous en ayez fait l’éloge change un peu la donne. (...) le fait d’écrire dans un hebdomadaire de gauche semble autoriser à reprendre de manière crédible, sans être soupçonnée d’être réactionnaire, les propos de Valeurs actuelles. (...) Je crains que votre soutien à cet ouvrage soit un signe très inquiétant du glissement conservateur de notre société

Il a quand même l'amabilité de préciser que les "propos de Valeurs actuelles (...) ne sont pas faux parce qu’ils sont ceux de Valeurs actuelles, mais tout simplement parce qu’ils sont faux.", mais cette tentative d'ouverture d'esprit me paraît contredite dans le reste de l'article. Il sent la "gauche" lui échapper, donc il l'admoneste avec les mots-clés habituels, "glissement conservateur" et j'en passe. Reste à savoir qui se soucie encore d'être qualifié aujourd'hui de "conservateur", surtout par ces gens-là.

Cela étant, Laurent Joffrin lui-même ne m'inspire pas grand-chose. Lors de la parution du livre de Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde dans lequel il était mis en cause, il n'a pas mieux réagi que François Dubet à propos du livre de Carole Barjon.
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"Une nébuleuse nostalgique d'un ordre scolaire ancien" (Laurence de Cock et Grégory Chambat) 19 Oct 2016 19:05 #17465

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Une tribune dans "Le Monde" du 19/10/16 par Laurence De Cock et Grégory Chambat : "Une nébuleuse nostalgique d'un ordre scolaire ancien étend son influence sans qu'on s'en alarme"

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"Une nébuleuse nostalgique d'un ordre scolaire ancien" (Laurence de Cock et Grégory Chambat) 19 Oct 2016 19:19 #17466

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Article réintitulé : "Education : «La nostalgie d’une école de la ségrégation sociale »"

C'est d'ailleurs curieux car la ségrégation sociale est de plus en plus marquée, avec une école privée qui prospère et recrute des élèves de plus en plus favorisés.

« Une nébuleuse nostalgique d'un ordre scolaire ancien étend son influence sans qu'on s'en alarme »
Ce qui est "nébuleux", c'est de savoir qui est visé par cette tribune et ce qu'elle entend défendre. Derrière la critique salutaire de l'extrême-droite ou des visées libérales sur l'école, la critique de l'anti-pédagogisme et du "déclinisme" au sens large laisse plus que perplexe.

A la veille de la présidentielle, l'offensive du retour à l'ordre...
Les parallèles historiques (type la restauration de l'ordre moral) ont leurs limites. Le problème de l'autorité en classe, compte tenu du climat disciplinaire particulièrement mauvais en France, est un vrai problème, qu'il ne convient pas de laisser à l'extrême-droite.

Pas besoin de brandir le drapeau, l'uniforme ou la férule mais juste d'un peu de volontarisme, d'une politique judicieuse pour recruter des chefs d'établissement courageux, allant au contact des élèves et ayant plus à cœur de donner aux enseignants de leur établissement des conditions de travail sereines que de ne pas faire de vagues, des CPE et des surveillants nombreux et enfin l'application des règles et sanctions qui existent déjà.

...dans l'école est telle que ceux qui sont sur le terrain ne peuvent plus réagir que par un haussement d'épaule, déplorent les professeurs Laurence de Cock et Grégory Chambat.
Reste à savoir si tous "ceux qui sont sur le terrain" sont bien d'accord.

En cette rentrée, le débat sur l'éducation est plus que jamais enkysté par les appels au retour à l'ordre moral, à l'autorité et à « l'identité nationale ». Mesures simplistes (port de l'uniforme ou salut au drapeau) et offensives idéologiques (sur le « roman national » ou contre l'enseignement des questions de genre) sont relayées en « une » des magazines ou dans des pamphlets hargneux livrant les prétendus « pédagogistes » à la vindicte populaire.
Oui, des positions réactionnaires assez caricaturales en effet.

Mais la critique du pédagogisme n'est pas propre à l'extrême-droite, heureusement : on peut difficilement accuser Mme Barjon ("Nouvel Obs") ou M. Joffrin ("Libé") de prêter le flanc à ces accusations. La tribune récuse le terme même de pédagogisme, qui mériterait pourtant une réflexion : la tendance, en l'abstraction de toute autre considération, à vouloir faire porter sur la pédagogie (ou plus exactement certaines pédagogies jugées trop traditionnelles) la responsabilité de l'échec de l'école et à proposer à la place une pédagogie sous plusieurs variantes (dont la dernière est le numérisme scolaire) : le progressisme constructiviste.

Celle-ci, de plus en plus imposée dans l'école, ne mérite-t-elle pas de faire l'objet d'une critique légitime ?

Si on oublie le terme "pédagogiste" ou le procédé qui consiste à désigner des coupables, n'y a-t-il rien à reprocher à ceux qui sont ainsi mis en cause ? On comprend par exemple que Philippe Meirieu ait apprécié cette tribune, qui prend sa défense sans le dire :



Sous des aspects plus ou moins folkloriques, c'est la nostalgie d'une école de la ségrégation sociale, du chacun à sa place et de l'entre-soi qui avance masquée. Car ces discours sur le « bon vieux temps » participent d'une offensive réactionnaire qui vise en réalité l'égalité et la démocratie, à l'école et au-delà.
Les compétences en fin de primaire se sont effondrées entre 1987 et 2007 : même le très progressiste Antoine Prost a sonné l'alarme. Dès lors, peut-on sérieusement accuser les gens qui s'inquiètent d'une école qui ne fonctionne plus de "nostalgie" et de "viser en réalité l'égalité et la démocratie" ? :roll:

La perspective de la présidentielle alimente cette course à la surenchère « décliniste ». La présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, ne s'y est pas trompée, consacrant sa première « convention présidentielle » à la question scolaire pour « capitaliser » sur les discours « antipédagogistes » et tenir sa revanche sur « l'esprit de 68 ».
Se faisant - de façon assez amusante quand on connaît son passif à l'égard des enseignants - le défenseur de l'école républicaine (comme celui de la laïcité, avec les mêmes arrière-pensées bien peu laïques), le FN tente de récupérer, parmi les professeurs, les déçus de la droite et de la gauche car ils sont nombreux.

La vraie question est de savoir pourquoi tant de professeurs sont désespérés par la politique éducative d'un ministère de l'éducation socialiste..

Au passage, le pédagogisme n'a pas attendu mai 68 : avec Alain Peyrefitte, le discours pédagogiste s'est imposé même dans le gouvernement de de Gaulle. Car c'est une constante du pédagogisme : il n'est ni de droite ni de gauche, tout comme l'anti-pédagogisme.

Depuis trente ans, les déplorations sur le naufrage de l'école, annonciateur de l'effondrement de la « civilisation »...
Le collège unique a quarante ans : ceux qui déplorent la baisse du niveau "depuis trente ans" ne veulent pas revenir cinquante ans en arrière...



...sont à la fois le socle de la stratégie de reconquête de l'hégémonie culturelle par les droites extrêmes et l'assise idéologique d'un courant national-républicain.
Combattons les dérives constructivistes d'une part et ceux qui sont vraiment réactionnaires d'autre part plutôt que d'amalgamer tous ceux qui le font à la pire réaction ("une nébuleuse nostalgique d'un ordre scolaire ancien")

Nouvelle chasse aux sorcières

« Ayatollahs de la pédagogie », « Khmers rouges », « nouveaux Mao », « barbares », « assassins de l'école », « pédagogiches » ou « pédabobos » : la « guerre civile des mots » des « antipédagogistes » ne semble plus souffrir de limites.
Le terme "réac-publicain" qu'utilisent les auteurs de la tribune est en revanche admis pour désigner ceux qui ne pensent pas comme eux.

Et c'est oublier que le constructivisme utilise une rhétorique aussi brutale : David Precht ("notre école est un crime"), Vincent Cespedes ("L'école dévitalise les enfants"), Idriss Aberkane ("Éducation : c'est Einstein qu'on assassine !") ; Ken Robinson ("L'école tue la créativité" ou "la vallée de la mort de l'éducation"). Récemment, dans la "Lettre de l'éducation", l'école est "un lieu de tourment".

La rhétorique "progressiste" peut être plus subtile : l'appel à une école "bienveillante" laissant supposer qu'elle serait actuellement malveillante, ne provoquant pas l'ennui des élèves (voilà comment était justifiée la réforme du collège) et les rendant actifs (parce qu'ils seraient aujourd'hui passifs).

Du complot des « forces obscures » de Jean-Claude Milner l'inventeur du fumeux concept de « pédagogisme » (De l'école, Seuil, 1984)...
La tribune évite soigneusement de définir ce qui est communément entendu par "pédagogisme", faisant comme s'il n'existait pas un corps de doctrine constructiviste dont les excès ou les dérives apparaissent chaque jour ou presque.

Par ailleurs, les expressions "nébuleuse", "étend son influence", "confusionnisme", "matrice néodroitière" employées par les auteurs de la tribune évoquent au moins autant une forme de complotisme.

....à la campagne de promotion du livre de Carole Barjon (Mais qui sont les assassins de l'école ? , Robert Laffont, 234 p., 18 euros) inspirée des avis de recherche de criminels, il y a une permanence dans le confusionnisme. Désormais, quiconque veut écrire sur l'école peut se passer de toute rigueur d'analyse ou d'enquête de terrain.
On n'est pas obligé de confondre le livre et sa promotion (en effet très malheureuse, à l'image de son titre outrancier) : on voit que la critique de l'ouvrage est expéditive et absolument pas argumentée.

Cette nouvelle chasse aux sorcières concerne toutes celles et tous ceux qui, par leurs pratiques au quotidien et par leurs engagements, ne se satisfont pas de l'école telle qu'elle est trop inégalitaire, ségrégative et conservatrice.
Très malheureuse formulation : est-ce à dire que seuls ceux qui sont désignés comme pédagogistes par Mme Barjon "ne se satisfont pas de l'école telle qu'elle est trop inégalitaire, ségrégative" : et les autres ? :shock:

Et par ailleurs, la ségrégation est surtout subie par l'école et n'a pas grand chose à voir avec l'espace de la classe...

Sociologues, pédagogues, historiens sont les empêcheurs de « régresser en paix », de réformer à reculons de l'histoire, du social, de la justice, de l'égalité.
Il y a malheureusement des sociologues (de Marie Duru-Bellat à François Dubet), des pédagogues (aux "Cahiers pédagogiques") et des historiens (d'Antoine Prost à Claude Lelièvre) dont "l'engagement" aussi institutionnel que médiatique a produit des effets désastreux ou s'évertue à les occulter ou à les relativiser

Tous les sociologues (de Nathalie Bulle à Pierre Merle), tous les historiens, tous les pédagogues ne pensent heureusement pas nécessairement comme eux.

Est-ce que, pour Mme de Cock ou M. Chambat, les sociologues ou les historiens qui promeuvent la réforme du collège sont des progressistes ? La réforme du collège est-elle un progrès ou une régression ? Il est vrai que sur ce point, le collectif "Questions de classe" a une position très nébuleuse.

N'hésitant plus à convoquer les « éléments de langage » forgés par la matrice néodroitière, cette nébuleuse, nostalgique d'un ordre scolaire et social ancien, étend son influence sans qu'on s'en alarme.
L'influence étendue n'existe que par la force de l'amalgame.

Assauts répétés

Car c'est autour de l'école que se nouent ces alliances : par un meeting commun en septembre 2015 pour le député (Debout la France) de l'Essonne, Nicolas Dupont-Aignan et l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, applaudis par le représentant de SOS Education et l'entrepreneur Charles Beigbeder ; lorsque Jean-Paul Brighelli, l'auteur de La Fabrique du crétin (Folio, 2006), salue le programme éducatif du FN (septembre 2015) d'abord, et accepte d'intervenir à l'université d'été du parti frontiste ensuite (septembre 2016).
Grand bien leur fasse, mais quel rapport avec tous les autres ?

Tout récemment, c'est Alain Finkielkraut qui se met à faire l'éloge des écoles privées hors contrat, avant de se reprendre in extremis (« Répliques », du 8 octobre), sachant que ces dernières sont aujourd'hui pour beaucoup chapeautées par la Fondation pour l'école, proche des traditionalistes et de La Manif pour tous.
Grand bien lui fasse, mais les authentiques défenseurs de l'école publique se battent contre cette fondation (et ses liens avec l'iFRAP par exemple)...

On observe inversement de nombreux progressistes qui justifient les expérimentations dans le hors contrat en accusant le public de conservatisme, comme fait Philippe Watrelot : "On peut crier à la « marchandisation » en se réfugiant dans une défense conservatrice de l’École publique telle qu’elle est. Mais on peut aussi voir ce qui se développe aux marges de l’école comme le symptôme d’une réelle difficulté de notre institution à se réformer et à évoluer."

Pour son retour dans la rue, le mouvement contre le mariage homosexuel élargit d'ailleurs son combat aux questions éducatives. On en vient à se demander qui sont alors les dangereux fossoyeurs de l'école publique.
En toute rigueur, "fossoyeurs" ne vaut guère mieux qu'"assassin". Mais surtout on peut se demander dans quelle mesure ces groupuscules extrémistes auraient la moindre influence sur les réformes, les programmes puisque c'est ce dont il est question.

On nous rétorquera que non, le récent succès de librairie de Céline Alvarez, Les Lois naturelles de l'enfant (Les Arènes, 464 p., 22 euros), prônant la rencontre des neurosciences et de la méthode Montessori, prouve la résistance de la pédagogie à ces assauts répétés.
Céline Alvarez, "réac-publicaine" ? On peut lui faire de nombreux reproches, mais celui-ci semble étrange. :shock:

D'une manière générale d'ailleurs, quel sens a d'appeler "réac-publicains" ceux qui ne défendent pas l'école républicaine ? L'expression - déjà outrancière - devient de plus en plus vide de sens...

Nébuleuse « réac-publicaine »

S'il n'est nullement question de comparer cette expérience aux plumitifs confortablement isolés du terrain qu'ils fustigent, il n'en reste pas moins que ce livre est aussi une attaque en règle de l'école publique et de ses enseignants, comme en témoigne sa promotion sur le dos du travail ordinaire et invisible de milliers de professeurs des écoles.
Bien d'accord, mais quel rapport entre la pédagogie Montessori et "une nébuleuse nostalgique d'un ordre scolaire ancien" ?

La démarche est donc faussement généreuse et porte en creux le même anathème que les hérauts de l'« antipédagogisme » : ringardiser le service public, le travail enseignant et la perspective de justice sociale portée par la pédagogie.
Nouvel amalgame : la critique du pédagogisme comme refus de la pédagogie. Jean-Claude Milner le disait : "La Corporation ne prétend pas seulement détenir la science pédagogique ; elle prétend aussi en avoir le monopole".

Si l'on voulait être de mauvais esprit, on dirait pourtant que le constructivisme n'est par définition pas une péd-agogie. :devil:

Si l'on voulait être d'encore plus mauvais esprit, on pourrait dire qu'une partie de ce qui est reproché à Céline Alvarez pourrait l'être... à Célestin Freinet : ringardiser l'école publique, le travail enseignant...

Trop longtemps, les militantes et les militants pour une autre école se sont contentés de hausser les épaules et de ne pas répondre à ces éructations délirantes. Résultat, petit à petit, cette nébuleuse « réac-publicaine » et ses supplétifs néolibéraux s'arrogent le monopole de la contestation de l'institution scolaire et renvoient leurs adversaires à la seule posture « défensive » de l'institution.
Par définition ceux qui se réclament de la République et de son école ne peuvent avoir "des supplétifs libéraux" et vouloir "ringardiser le service public" : il faut leur trouver un autre nom.

Inversement, comme le signale le collectif Attac, on observe de curieuses convergences de pensée entre les "progressistes" entre guillemets (mieux que les pédagogistes) et tous les tenants de la libéralisation de l'école : l'institut Montaigne, l'enseignement catholique ou l'OCDE approuvant la réforme du collège 2016, par exemple. Convergences qui ne sont nullement mentionnées dans cette tribune.

Pour nous, au contraire, l'heure est à l'offensive, non seulement contre les tentations et les tentatives réactionnaires...
Attaquer ceux qui attaquent Philippe Meirieu, François Dubet etc., c'est-à-dire les défendre ?

...mais aussi contre les injustices sociales du système et ses impasses. La crédibilité de nos luttes et de nos pratiques pédagogiques est à ce prix.
Problème : les pédagogistes ne voient de problème et de solution que dans l'école.

Pour une « pédagogie critique »

Parce que, à la différence des éditocrates et des pamphlétaires de l'« antipédagogisme », nous vivons au jour le jour la réalité des établissements scolaires ; parce que nous nous battons, avec nos syndicats, nos collectifs, pour des conditions de travail et d'enseignement à la hauteur des enjeux...
A ce stade, il faudrait clarifier la position de M. Chambat :




Ces questions n'ont pas obtenu de réponse.

Cette tribune n'évoque guère la réforme du collège, d'ailleurs : serait-elle salutaire puisque décriée par les réactionnaires ?

Comme Grégory Chambat le dit lui-même, depuis longtemps existe "une partie du corps des professeurs très réac", via livres, syndicats, manifs : c'est normal et logique mais il existe "une autre culture pédagogique". On comprend qu'échappent au qualificatif "réactionnaires" seulement ceux qui partagent la culture pédagogique de Grégory Chambat.

Malheureusement, les professeurs du secondaire sont à une majorité écrasante contre la réforme du collège... :rirej

...parce que nous sommes les témoins des effets destructeurs de la crise économique et sociale sur les élèves et leurs familles, nous savons que la question éducative est d'abord et avant tout une question sociale.
Relisons Philippe Watrelot la même semaine dans les "Cahiers pédagogiques" : "« Changer la société pour ne pas changer l’école » peut être une nouvelle version de « tout change pour que rien ne change »..."

Nous savons qu'une école émancipatrice ne se construit pas sur le repli identitaire, sur la légitimation des inégalités ni sur le dressage ou le câblage des corps, des cerveaux et des esprits.
Le "dressage" : un terme qui rappelle la promotion du constructivisme. :?

Mais nous savons aussi, après cinq années de refondation de l'école, sans perspective sociale et égalitaire, que ce n'est pas « d'en haut » que viendront les transformations de l'école.
A transmettre à Philippe Meirieu et à tous ceux qui soutiennent la réforme du collège... :santa:

A l'instrumentalisation de la pédagogie par les gestionnaires du système au service du libéralisme triomphant...
D'une certaine pédagogie (celle que les auteurs refusent d'appeler "pédagogisme". Et avec le consentement de ceux qui la promeuvent, ce dont la tribune ne se fait pas l'écho en accusant un seul camp. :shock:

...nous répondons par une « pédagogie critique » qui s'efforce, au jour le jour, de construire les outils dont pourront se saisir nos élèves pour s'émanciper individuellement et collectivement.
Difficile de faire plus vague.

A la différence des nostalgiques de l'école d'hier, nous ne réduisons pas nos ambitions éducatives au « b.a.ba » de l'instruction minimale, comme au temps de Jules Ferry. Lire, écrire, compter, oui ; mais aussi penser, s'exprimer, créer
Ces trois fondamentaux ne concernent aujourd'hui, comme à l'époque de Jules Ferry, que l'école primaire. Personne ne peut souhaiter que l'instruction obligatoire se limite à eux... En revanche, on peut s'inquiéter quand l'école ne parvient pas à s'en acquitter en primaire, voire au collège, ce que les auteurs, trop occupés à fustiger les "déclinistes", ne font pas dans leur tribune, même s'ils se défendent de pratiquer le déni.



Ils veulent bien reconnaître des inégalités dans l'école, mais pas une dégradation : il ne s'agirait pas de devenir décliniste.

« Révolutionner » l'enseignement

Le niveau de démocratie d'un système ne se mesure pas au nombre de dominés à qui l'on accorde le privilège de rejoindre le camp des dominants. Une école démocratique et émancipatrice doit se fixer comme horizon la capacité de permettre à chacun et chacune de transformer le monde pour le rendre plus juste et plus vivable.
Le problème, c'est que d'une certaine manière, cet idéal a été accompli avec la réussite artificielle du baccalauréat par exemple : et il est bien décevant...

Il y a tout juste cinquante ans disparaissait Célestin Freinet, en butte à la haine des réactionnaires et de l'extrême droite d'alors.
Se revendiquer de Freinet, ne serait-ce pas un peu "nostalgique" ? :P

Bon, la référence finale à Freinet résume bien la tribune : une pédagogie (en grande partie constructiviste) et une seule, et sa critique digne du fascisme des années 30. Il faut pourtant rappeler que la pédagogie Freinet a fait l'objet de nombreuses critiques venant... des communistes eux-mêmes. :santa:

Nous nous revendiquons toujours de son héritage, celui d'un engagement militant, dans et hors de la classe, contre « l'école, fille et servante du capitalisme ».
Drôle de façon de défendre l'école...

L'école ainsi désignée ainsi par Freinet en son temps n'a de toute façon plus grand chose à voir avec notre école moderne.

Autre sujet d'amusement, Freinet aurait-il soutenu la réforme du collège ?



Son projet éducatif et politique est aussi le nôtre non plus « développer, améliorer, réformer l'enseignement, [mais] le révolutionner ». Il reste toujours en chantier et met plus que jamais en rage les tenants de l'ordre établi. C'est bon signe, continuons !
"Révolutionner l'enseignement", mais sans dire comment. Voilà qui est aussi ambitieux que vague. Céline Alvarez emploie la même expression. Mettons cet envol sur le compte de la péroraison de fin d'article. ;)

Et concluons pour nous-mêmes : entre ceux qui ne voient pas de mal et ceux qui ne voient pas de remèdes, il y a les vrais défenseurs de l'école publique.

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"La victoire à la Pyrrhus des « anti-pédagos »…" (Philippe Meirieu) 21 Oct 2016 09:16 #17477

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Dans le "Café" du 21/10/16 : "Philippe Meirieu : La victoire à la Pyrrhus des « anti-pédagos »…"

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"La victoire à la Pyrrhus des « anti-pédagos »…" (Philippe Meirieu) 21 Oct 2016 10:55 #17480

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C'est qui, Pyrrhus ? :spider:

La critique de la pédagogie, de son laxisme délétère et de ses dispositifs technocratiques, de son humanisme niais et de son jargon scientiste, de son agitation marginale et de sa toute-puissance institutionnelle, est particulièrement à la mode par les temps qui courent.
Le ton est donné : critiquer Philippe Meirieu, c'est critiquer "la pédagogie". Comment reconnaître les pédagogistes ? Facile : ils s'autodésignent comme seuls détenteurs de la pédagogie !

"laxisme délétère" : pas de remarque de Philippe Meirieu sur le climat de discipline officiellement déplorable en France ?
"dispositifs technocratiques" : pas de remarque de Philippe Meirieu sur les atteintes à la liberté pédagogique dans la réforme du collège ?
"son humanisme niais" : pas de remarque de Philippe Meirieu sur les régressions scolaires engendrées par la généreuse idéologie pédagogiste ?
"son jargon scientiste" : pas de remarque de Philippe Meirieu sur le vocabulaire des nouveaux programmes par exemple ?
"son agitation marginale et de sa toute-puissance institutionnelle" : : pas de remarque de Philippe Meirieu sur l'opposition sidérante entre le MEN (soutenus par deux syndicats ultra-minoritaires et les "Cahiers pédagogiques") et l'ensemble des enseignants sur la réforme du collège ?

À vrai dire, tout cela n’est pas très nouveau. Déjà, dans les années 1890, Brunetière, intellectuel organique et médiatique, antidreyfusard acharné au nom de « l’honneur de la France », fustigeait Marion, à qui Jules Ferry avait confié le premier cours de « science de l’éducation » pour les enseignants : « Ayons des professeurs qui ne songent qu’à professer. Moquons-nous de la pédagogie. Et débarrassons-nous de ceux qui, au nom de la pédagogie, empêchent nos professeurs de professer ! ».
La critique du constructivisme triomphant assimilée, dans un amalgame grossier, à la haine de la pédagogie et même à l'antidreyfusisme, en toute mesure ! :shock:

Mais on peut remonter encore plus loin. Les intellectuels français n’ont jamais aimé les pédagogues : ils vénèrent Voltaire et son alacrité, méprisent Rousseau, compliqué et besogneux. Ils admirent le savoir mais se gaussent de ces inventions ridicules que quelques illuminés imaginent pour en favoriser l’accès aux « inéducables ». Itard et ses puzzles, qui bricole dans son coin avec son « idiot congénital », ne fait pas le poids face à l’intelligentsia littéraire et philosophique de l’époque. Il a beau être le créateur d’un matériel pédagogique promu par Maria Montessori et encore largement utilisé de nos jours, celui-là même qui a ouvert la voie à l’éducation des enfants handicapés, il n’en reste pas moins une sorte d’image pieuse vieillie qui inspire au mieux la sympathie, au pire la compassion, pour son « dévouement ».
Procès évasif des "intellectuels français" sans qu'on qu'on sache de quels intellectuels il s'agit ou quels propos ont été tenus. D'une manière générale, est-il vraiment bien avisé de faire le procès des intellectuels ? Le mot "intellectuel" a précisément été inventé par MM. Brunetière et Barrès pour fustiger l'engagement d'écrivains dreyfusards comme Zola. :santa:

Par ailleurs, quel rapport entre la pédagogie en général et l'éducation pratiquée par un médecin avec des "inéducables" ? Dans l'esprit de Philippe Meirieu, les enfants en difficulté seraient-ils des enfants sauvages ? :shock:

Tout et son contraire…

Aujourd’hui, les choses se font plus dures. Chez les « intellectuels » comme dans les médias, à droite comme à gauche, on dénonce les « assassins »… de l’école, des savoirs, de la culture, et même de la France ! Le procédé n’est pas spécifique au champ éducatif : il participe du populisme ambiant qui, sur des questions comme l’immigration ou le chômage, préfère désigner des coupables à la vindicte publique plutôt que d’analyser les responsabilités dans leur complexité.
Toute critique de l'action ou de la pensée de Philippe Meirieu serait donc disqualifiée parce qu'une journaliste a employé une expression outrancière ?

Quand Philippe Meirieu a condamné, en soutien au ministère, les options des langues anciennes, il ne désignait pas des coupables à la vindicte publique ? :fur

La théorie du complot fait aujourd’hui florès et beaucoup de ceux qui la dénoncent chez les autres n’hésitent pas à l’utiliser pour s’exonérer d’une analyse sérieuse comme de la recherche inventive de solutions.
La critique du constructivisme ne relève pas de "la théorie du complot" : elle dénonce l'alliance objective des pédagogistes et des libéraux.

Que reproche-t-on aux pédagogues ?
...aux pédagogistes...

D’être entêtés. Oui, ils le sont : ils ne se résignent jamais à l’échec et à l’exclusion.
Contrairement à tous ceux qui ne pensent pas comme Philippe Meirieu.

D’évoluer. Oui, bien sûr : comme tous les chercheurs, ils avancent progressivement et ne prétendent jamais – heureusement – détenir des solutions définitives…
Mais pourtant ils les imposent à tous dans les écoles de formation ou désormais par décret : la pédagogie de projet s'impose désormais aux enseignants.

On les considère aussi, tout à la fois, comme dogmatiques et inconstants. Simplement parce qu’ils sont fermes sur leurs finalités et inventifs sur les modalités. Ils le doivent à leur éthique personnelle. Ils le doivent, surtout, aux enfants et adolescents pour lesquels et avec lesquels ils travaillent…
Contrairement à tous les autres enseignants...

On voit en eux, tour à tour, des zélotes ringards de vieilles doctrines obsolètes et des techniciens fascinés par les gadgets de la modernité.
C'est-à-dire qu'il peut y avoir quelques petites contradictions à se revendiquer de l'héritage de Freinet et à promouvoir l'équipement des élèves en tablette. :santa:

C’est qu’ils ne négligent en rien le patrimoine éducatif et ses immenses richesses.
L'innovation des ces enseignants "inventifs" est pourtant une valeur cardinale du pédagogisme...

Mais qu’ils n’excommunient pas, pour autant, comme jadis le pape Pie IX, dans le Syllabus, et aujourd’hui quelques « philosophes » hors sol drapés dans leur suffisance, « la civilisation moderne »…
S'arroger la "pédagogie" ou le nom de "pédagogue", c'est bel et bien excommunier. Imposer une pédagogie au mépris de la liberté pédagogique, c'est pire encore car chacun est libre d'écouter le Pape.

On connaît d'autres penseurs de l'école ou promoteurs des réformes qui n'enseignent plus ou n'ont jamais enseigné...

On leur prête un pouvoir tout aussi occulte qu’immense, mais on ne les laisse guère s’exprimer...
Comme on peut le constater... :P

Philippe Meirieu est omniprésent médiatiquement.

...et ce sont leurs pourfendeurs pamphlétaires qui font la « une » des médias et sont donc, logiquement, en tête de gondoles.
Philippe Meirieu préfère réduire ses contradicteurs à des organes de presse ou à des éditorialistes : ils sont pourtant très nombreux parmi les enseignants.

Les pédagogues pourraient répondre à tout cela par quelque pamphlet bien tourné. Ils en ont parfois la tentation et, après tout, au regard des textes ce ceux qui les attaquent, la chose n’est pas si difficile. Rassembler quelques citations tronquées et quelques confidences, rouvrir de vieux dossiers et exhiber quelques anciens courriers, ressortir quelques maladresses de formulation pour dresser les bûchers de l’inquisition est à la portée de quiconque sait manier la plume. Mais ils ne le feront pas. Les pédagogues ne sont pas pamphlétaires et ne veulent pas l’être. Ils y mettent un point d’honneur. Non qu’ils aiment, par penchant masochiste, recevoir des coups sans y répondre, mais parce qu’ils refusent d’utiliser des méthodes en contradiction avec ce qu’ils veulent promouvoir dans l’éducation pour laquelle ils travaillent : des débats sereins portés par l’exigence de précision, de justesse, de rigueur et de vérité.
Car les "pédagogues" constructivistes sont bons. :doc:

Curieux, car nombreux parmi ceux qui sont présents sur les réseaux sociaux (dont des membres des "Cahiers pédagogiques" ou des responsables du SE-Unsa) n'ont jamais hésité à me mettre en cause personnellement, à m'insulter, à me dénoncer, à me diffamer. Faut-il quelques exemples ?

Attention : Spoiler ! [ Cliquer pour agrandir ]


Et quand Philippe Meirieu dénonce dans les options de langues anciennes "un enseignement élitiste réservé à quelques privilégiés", son propos est beaucoup plus policé mais tout aussi brutal (et faux...) pour quelqu'un qui prône "des débats sereins portés par l’exigence de précision, de justesse, de rigueur et de vérité".

"Rassembler quelques citations tronquées et quelques confidences, rouvrir de vieux dossiers et exhiber quelques anciens courriers" : pourquoi cette volonté d'amnésie ? Et M. Meirieu ne pratique-t-il pas lui-même la citation honteusement tronquée pour asseoir sa pensée, comme il l'a fait avec Gaston Bachelard à l'occasion du dernier "Forum des enseignants innovants" ?

À droite et à gauche : tous perdants !

La droite, dans la surenchère électorale à laquelle elle se livre, n’en finit pas de regarder dans le rétroviseur : entre le retour à la discipline et la restauration du « roman national identitaire », le combat contre le collège unique – qui, d’ailleurs, reste à faire...
Un timide constat d'échec, mais qui ne va pas jusqu'à évoquer la dégradation des résultats. Il est vrai que Philippe Meirieu a longtemps été l'un des plus fervents défenseurs du "Niveau [qui] monte".

– et l’exaltation des « rituels républicains », elle s’installe délibérément dans la pensée magique : il suffirait de décréter l’apprentissage et le respect des règles, d’afficher que « les professeurs doivent enseigner » – comme s’ils voulaient faire autre chose – pour que tous les problèmes soient résolus.
Laissons les réactionnaires à leurs lubies de drapeaux et d'uniformes.

Oui, les professeurs doivent pouvoir enseigner : c'est à partir de cette affirmation qu'on pourra peut-être reconstruire l'école.

Mais la pensée magique ne fonctionne pas et nous ne sommes pas à « l’école des sorciers ».
Un petit peu quand même !

On a beau s’époumoner en haut lieu sur la nécessité de l’ordre, cela ne résout pas, dans les classes, le problème de la mise au travail en silence. On peut exalter les valeurs de la République, cela ne dit pas comment les faire vivre au quotidien. On peut « sauter sur son siège comme un cabri » en disant « les savoirs, les savoirs ! », cela ne permet pas de les transmettre miraculeusement à ceux et celles qui « ne veulent rien entendre ».
Nous voilà au cœur du pédagogisme : la pédagogie, comme solution à tout. Pour pallier le manque de CPE et de surveillants, pour pallier le manque de soutien hiérarchique, pour pallier la construction de collèges à taille inhumaine dans des zones d'éducation prioritaire, la ségrégation résidentielle, la ségrégation institutionnelle (concentration des dispositifs particuliers dans les établissements les plus défavorisés, financement des écoles privées qui choisissent leurs élèves)...

C’est pourquoi la pratique de l’injonction politique sans accompagnement pédagogique est condamnée au développement de la contention et de l’exclusion. Contention car, quand rien ne relie plus les élèves au projet de leur institution, seule la contention permet d’éviter l’explosion. Et exclusion, car les systèmes de contention ont toujours besoin d’exclure les « réfractaires » pour affirmer leur pouvoir et se pérenniser. Contention et exclusion qui gangrèneront la société française et l’entraîneront vers des soubresauts tout aussi contradictoires avec « l’identité heureuse » qu’avec « l’unité nationale ».
L'exercice de l'autorité scolaire, parce qu'il faut parfois exclure un élève d'une classe ou d'un collège dans l'intérêt de tous, est donc ici présenté comme responsable de tous les maux, de façon caricaturale ("affirmer leur pouvoir"), avec un discours tout aussi catastrophiste ("gangrèneront la société française et l’entraîneront vers des soubresauts") que celui qui est dénoncé chez les réactionnaires.

Faut-il interdire ces odieuses "exclusions" ne correspondant qu'à des changements d'établissement, et qui sont souvent nécessaires compte tenu de la gravité des faits ?

La réalité, que ne semble guère connaître Philippe Meirieu, c'est que ces exclusions sont réduites à la portion congrue depuis longtemps, même dans les établissements les plus difficiles, par application de ce "progressisme" ravageur. Que les rapports de comportement s'accumulent inutilement, que les professeurs cessent même parfois d'en écrire, que les élèves renvoyés de cours y sont parfois reconduits par les CPE ?

Le redoublement a longtemps été présenté comme une exclusion : mais le passage automatique d'élèves n'ayant pas le niveau requis, d'année en année, dans un corridor de l'échec, n'est-il pas la pire des exclusions ?

Évidemment, la droite a une carte dans sa manche et ne manque pas une occasion d’en jouer : la promotion du « mérite » contre toutes les formes d’assistanat. La Région Auvergne-Rhône-Alpes est, à cet égard, un laboratoire intéressant : son nouveau président, Laurent Wauquiez, a supprimé d’un trait de plume les crédits affectés aux institutions et associations travaillant avec les élèves « décrochés » tout en attribuant une « bourse », sans critères sociaux, aux élèves ayant obtenu la mention « très bien » au baccalauréat. Entendez : les impôts du contribuable n’ont pas à aller à des jeunes qui n’ont pas fait l’effort de travailler en classe… ils doivent, au contraire, récompenser les « élèves méritants ». Le propos est efficace électoralement et flatte la classe moyenne. Mais il est terriblement méprisant à l’égard des jeunes cabossés par la vie et qui n’ont pas trouvé leur panoplie de bon élève au pied de leur berceau.
Hors sujet : cette anecdote n'a aucun rapport avec la réflexion sur le pédagogisme. Elle permet même d'occulter la vraie question : comment un tel décrochage est-il possible dans l'école moderne et réformée ? Pourquoi 40% des élèves entrants en 6e n'ont-ils principalement (et au mieux) que des compétences de CE1 ?

Il est, surtout, politiquement irresponsable : en abandonnant les « décrochés » à leur sort, on laisse s’installer la désespérance et on entretient le terreau sur lequel va se développer le radicalisme que l’on prétend combattre. On veut la « sécurité » des Français, on débloque des fonds pour installer des tourniquets dans les lycées, mais on abandonne nos jeunes aux recruteurs les plus dangereux.
Le hors sujet glisse vers l'amalgame : refuser la "pédagogie" prônée par Philippe Meirieu, ce serait… nourrir le Jihad.

On pourrait se poser la question exactement inverse : n'a-t-on pas, avec le constructivisme, édifié un enseignement de la défiance ?

Non, décidément, en sonnant l’hallali contre les pédagogues...
...contre les pédagogistes...

...la droite ne rend pas service à la France !
Mais la droite est tout aussi capable de pédagogisme que la gauche...

Mais une certaine gauche, tout aussi « anti-pédago », fait-elle mieux ?
Preuve que l'antipédagogisme, comme le pédagogisme, n'est ni de droite ni de gauche.

Elle dénonce une « réforme de l’apprentissage de la lecture » qui n’a jamais existé...
Nous sommes donc en plein déni ici... :shock:

Pourquoi une citation sans source ?

...et méprise les praticiens et chercheurs qui, loin de tout éclat médiatique, avancent vers un apprentissage plus démocratique et maîtrisé.
Ils "avancent" mais l'apprentissage de la lecture recule. :santa:

Si l'apprentissage est "plus démocratique" (formulation qui peut rappeler le lyssenkisme : une science génétique meilleure parce que communiste), c'est bel et bien qu'il est transformé...

Quel mépris pour la « piétaille » ! Elle voue aux gémonies les « innovateurs irresponsables »...
A valoriser l'innovation comme vertu pédagogique...

...qui, en « mettant l’élève au centre du système », auraient entraîné l’institution scolaire vers « l’enseignement de l’ignorance » et sapé les « valeurs républicaines ».
Déni de la dégradation du niveau des élèves...

Que ne voit-elle pas monter la lame de fond d’une éducation familialiste et naturaliste qui, avec beaucoup moins de scrupules et beaucoup plus de publicité que les pédagogues...
La communication ministérielle est pourtant une arme redoutable. :devil:

...est en train d’imposer sournoisement l’idée que l’école n’a pas besoin d’être un « service public »...
L'école n'est pas un service public : c'est une mission républicaine.

Cet abaissement a conduit le président de la FCPE, censée être "progressiste", à déclarer en 2013 que "les ensei­gnants sont là au ser­vice des enfants comme la cais­sière est là au ser­vice des clients"

... et qu’elle peut – doit même, disent certains ! – se dissoudre pour laisser la place à une multitude de « services au public » ?
Ceux qui s'inquiètent à gauche de l'état de l'école seraient donc plus responsables que ceux qui en sont la cause ou sont dans le déni de cet état ?

Il faut regarder d’un peu près ce qui se passe là et dépasse, de très loin, le phénomène de « l’éducation en famille » et du développement des « écoles privées hors contrat » (dont le nombre d’élèves a quand même plus que doublé en quatre ans) : car, là, ce n’est plus « l’élève » – celui que l’on élève et qui doit s’approprier les savoirs – qui est au centre du système mais bien le mythe de l’enfant-roi, objet de satisfaction de ses parents ébahis.
Prolongement du pédagogisme, donc...

Ainsi, en boutant la pédagogie hors de l’école publique, la gauche anti-pédago....
La gauche critique le constructivisme, pas la pédagogie. Cette confusion volontaire et permanente est-elle moins brutale que la métaphore des "assassins" de l'école ?

...prend-elle le risque considérable de la voir revenir, réduite à quelques lieux communs naturalistes sur la bienveillance, dans une myriade d’initiatives privées.
Curieuse mise en garde.

La pédagogie de l'enseignement hors-contrat est très variée, du traditionnalisme le plus ridicule (façon lever de drapeau) au progressisme le plus radical (façon Summerhill). Le point commun, derrière toutes ces façades, c'est bien de cultiver l'entre-soi et les meilleures conditions d'enseignement, et de garantir ainsi autant que possible la réussite scolaire : la pédagogie n'y est pas pour grand chose...

Il ne faut pas minimiser ce danger, quels que soient les résultats électoraux. Les élites se mettront à l’abri là où la pédagogie la plus naïve fonctionne toujours et cautionne les inégalités, laissant l’école publique désarmée, se clivant, de plus en plus, entre établissements pour privilégiés – de statut public, mais en réalité, privatisés – et établissements-garderies pour le tout-venant.
Philippe Meirieu ne saurait-il pas que c'est déjà le cas ? Avec des pédagogies moins "naïves", non seulement l'école publique est devenue moins efficace mais les conditions d'enseignement elles-mêmes se sont dégradées. Le pédagogisme a occulté des questions beaucoup plus importantes pour l'enseignement, comme la ségrégation résidentielle, la ségrégation institutionnelle, les moyens d'encadrement...

Ses mises en garde bien tardives et sa promotion de "la" pédagogie (constructiviste) semblent ahurissantes : le mal pour guérir le mal, en somme.

Non, décidément, ni la droite ni la gauche ne voient les dégâts qu’elles peuvent provoquer en s’attaquant à la pédagogie !
...au pédagogisme.

Philippe Meirieu, lui, ne voit pas les dégâts déjà produits par la pédagogie qu'il promeut.

Alors, bien sûr, notre école et notre société seront atteintes, mais la pédagogie, elle, ne mourra pas.
Toujours ce catastrophisme : on dirait du déclinisme ! :P

Elle se réfugiera, comme elle l’a fait plusieurs fois déjà dans l’histoire, dans des espaces moins visibles qui n’intéressent les élites que quand leur propre progéniture est directement concernée : avec les enfants handicapés ou totalement marginalisés, dans les institutions à l’abandon, comme les classes uniques, chez des militants syndicaux ou pédagogiques, ou encore parmi les acteurs de l’Éducation populaire. Elle se réfugiera, surtout, dans la réalité des classes où s’élaborent au quotidien, avec des enseignants passionnés, les modalités d’une transmission exigeante et qui ne se résigne jamais à rejeter quiconque hors du cercle de l’humain.
La pédagogie se réfugierait dans les classes : est-ce à dire qu'elle serait ailleurs aujourd'hui ? :scratch:

On comprend que seule la pédagogie selon Philippe Meirieu "ne se résigne jamais à rejeter quiconque hors du cercle de l’humain".

A vrai dire, en étant moins grandiloquent, on peut affirmer que le constructivisme n'aide pas les plus défavorisés.

Elle survivra et continuera même à enrichir un patrimoine qui, de Comenius à Itard, de Pestalozzi à Ferrer, de Makarenko à Freinet, constitue un pan essentiel de la culture humaine et nourrit l’espérance de millions d’humains, dans notre hexagone, pourtant perclus de rhumatismes idéologiques aigus, comme aux quatre coins du monde, partout où l’enthousiasme pour une éducation authentiquement émancipatrice est vivace.
Critiquer Freinet ou sa déformation, ce n'est donc pas promouvoir "une éducation authentiquement émancipatrice".

Elle survivra à des soubresauts nauséabonds mais pas très nouveaux.
Un adjectif bien peu mesuré (comme la référence à Brunetière), s'agissant de la nécessaire et salutaire critique du contructivisme pédagogique. Finalement, Philippe Meirieu récuse le pamphlet mais en emprunte volontiers la rhétorique.

Et la victoire des « anti-pédagos » sera, au bout du compte, une victoire à la Pyrrhus. C’est-à-dire leur défaite ! Haut les cœurs !
"ni la droite ni la gauche ne voient les dégâts qu’elles peuvent provoquer en s’attaquant à la pédagogie" : quels dégâts, donc si tout va bien ? Le lyrisme de cette péroraison laisse perplexe. :scratch:

A noter que Philippe Meirieu reste très évasif sur les victoires de la pédagogie : la réforme du collège qu'il a défendue vaillamment contre l'écrasante majorité des enseignants, un progrès donc ? Soyons flous...
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"La victoire à la Pyrrhus des « anti-pédagos »…" (Philippe Meirieu) 21 Oct 2016 20:08 #17483

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Bonsoir.

Ph. Meirieu sonne la charge contre les contempteurs du pédagogisme. Dès les premières lignes, une escobarderie saute aux yeux : c'est celle qui réside dans le fait de présenter toute critique du pédagogisme comme critique de la pédagogie en général, oubliant sciemment de préciser que sa conception de la pédagogie n'est qu'une parmi tant d'autres dans le "marché" de l'enseignement. Au nom de quoi considère-t-il ses thèses comme représentatives de la pédagogie ?

Cette première lecture de sa diatribe m'a également laissé entrevoir un sophisme dans son argumentaire, dans la mesure où il établit une corrélation entre les critiques du pédagogisme et des velléités populistes, comme si la remise en question du socio-constructivisme, de l'approche par compétences, de la pédagogie de projet, bref, de l'enfant au centre du dispositif pédagogique, n'avait d'autres arguments que des relents populistes, comme si la critique du pédagogisme n'avait aucune référence intellectuelle et théorique à faire valoir.

In fine, Ph. Meirieu, se drapant de l'étoffe de la victime par un procédé rhétorique peu glorieux, déplace la controverse relative à l'apprentissage et à ses méthodes, de la sphère intellectuelle au champ du politique. Que répondrait-il alors à ceux qui voient des motivations bassement financières et non réellement pédagogiques, dans des billevesées pédagogistes, comme la politique des cycles et la différenciation pédagogique, pour justifier la suppression du redoublement, ainsi que l'aversion quasi pavlovienne à l'égard de la note chiffrée et à toute volonté de mettre le savoir, et non l'élève, au centre des préoccupations de l'enseignement ? Que répondrait-il à ceux qui pensent, comme Marcel Crahay, Henri Nivesse, Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, ou encore Hervé Boillot et Michel Le Du, que toutes ces "trouvailles" ne visent qu'à camoufler des considérations purement économistes et idéologiques, faisant allégeance aux cénacles de la mondialisation et qui, pour sauver les apparences, tentent, sous couvert d’innovations pédagogiques, de l’habiller d’un argumentaire intellectuellement fallacieux ? Est-ce le populisme qui préside à la pensée critique de cette pléiade d'intellectuels ?

Bien à vous.
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"La victoire à la Pyrrhus des « anti-pédagos »…" (Philippe Meirieu) 22 Oct 2016 11:58 #17486

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S'en prendre aux intellectuels, ne serait-ce pas un peu populiste ? :rirej

A lire ce billet de réponse à Philippe Meirieu : orbisterraeconcordia.wordpress.com/2016/...-des-belles-lettres/
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"L'émancipation n'est pas une marchandise" (Amélie Hart-Hutasse & Christophe Cailleaux) 23 Oct 2016 17:03 #17506

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Billet de Christophe Cailleaux et Amélie Hart-Hutasse : "L'émancipation n'est pas une marchandise" sur Mediapart du 23/10/16.

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"Quelle mouche a piqué Carole Barjon ?" (Jean-Claude Sallaberry) 28 Oct 2016 16:52 #17544

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Dans "Educavox" du 28/10/16 : "Quelle mouche a piqué Carole Barjon ?" par Jean-Claude Sallaberry.

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"Une réponse au livre de Carole Barjon : « Le mépris et l’ignorance ne servent pas le débat sur l’école »" (Le Monde) 10 Nov 2016 09:05 #17684

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Tribune dans "Le Monde" du 9/11/16 (abonnés) : "Une réponse au livre de Carole Barjon : « Le mépris et l’ignorance ne servent pas le débat sur l’école »"

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Des extraits sur cet autre fil : www.laviemoderne.net/forum/le-naufrage-d...u-pas?start=60#17694
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[LVM] "Mais qui sont les déclinistes ?" 13 Nov 2016 19:41 #17705

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Réponse à une tribune parue dans "Le Monde" : "Mais qui sont les déclinistes ?" (13/11/16)
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[LVM] "Mais qui sont les déclinistes ?" 16 Nov 2016 19:49 #17732

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Bonsoir.

Voici un petit hendécasyllabe accouché d'une inspiration récente pour exprimer une pensée à l'égard des caciques de cette doxa.

Attention : Spoiler ! [ Cliquer pour agrandir ]
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"Education : Carole Barjon, une lanceuse d’alerte" (Cécile Revéret) 22 Nov 2016 21:15 #17774

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Vous êtes cruel. :rirej

Sur son blog du 14/11/16, Cécile Revéret : "Education : Carole Barjon, une lanceuse d’alerte"

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"Les discours passéistes sur l’école sont déconnectés du terrain"(Pierre Merle) 24 Nov 2016 00:35 #17798

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Dans "AlterEco" du 23/11/16 : "Les discours passéistes sur l’école sont déconnectés du terrain" avec Pierre Merle.

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"Les discours passéistes sur l’école sont déconnectés du terrain"(Pierre Merle) 24 Nov 2016 01:10 #17799

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A part la réflexion (effrayante) à la fin de l'entretien sur l'enseignement privé, un article qui montre une certaine déconnexion de Pierre Merle avec la réalité enseignante...

Livres polémiques, propositions nostalgiques… l’école occupe une place importante dans le débat en vue de l’élection présidentielle. Entretien avec le sociologue Pierre Merle.

A la rentrée 2016, le débat éducatif a pris une tournure particulièrement vive avec l’ouvrage « Mais qui sont les assassins de l’école ? »1, paru en septembre dernier…

Le débat éducatif est souvent vif en France. Il est cependant des ouvrages qui, plus que d’autres, révèlent une incapacité à discuter d’une façon argumentée et honnête. Ce livre en particulier se situe dans la tradition bien française du pamphlet polémique. Une recette réalisée toujours avec les mêmes ingrédients : nostalgie du passé, phobie de la nouveauté. Fidèle à cette tradition, son auteure, Carole Barjon, fustige « ces nouveaux contenus, ces nouvelles pratiques, ces nouvelles méthodes ».
Le jugement est aussi polémique qu'expédié : aucun argument précis...

Mais les discours passéistes de préservation du grec, du latin, de l’orthographe, de la discipline, de la tradition sont anciens.
Où l'on apprend donc que l'orthographe ou la discipline relèvent de "discours passéistes". Quant au latin et au grec ancien, nécessairement puisque ce sont des langues anciennes !

Des considérations qui interviennent au moment où on constate une chute brutale des compétences orthographiques des élèves. :fur

Ces essais polémiques sont d’autant plus étonnants que nous ne sommes pas en ce moment face à une révolution scolaire à l’image de l’allongement de la scolarité jusqu’à 16 ans, du collège unique ou de la création du bac professionnel, mais dans des transformations nécessaires pour adapter les enseignements à ces grandes réformes de démocratisation.
Curieuse "démocratisation" qui nécessite des "transformations"...

Les commentaires d’intellectuels auto-proclamés comme Alain Finkielkraut...
Voilà qui n'est pas du tout polémique, par exemple... :roll:

...sont des discours hors sol, qui révèlent que ces personnes n’ont aucune connaissance de ce qui se fait sur le terrain et du vécu des enseignants. Ce discours nostalgique d’un modèle très classique de l’école, relayé souvent par le Figaro, est aussi repris par certains enseignants et parents déboussolés.
L'immense majorité des enseignants opposés aux rythmes scolaires ou à la réforme du collège sont donc tout simplement "déboussolés". Pas sûr que M. Merle ait lui-même une bonne "connaissance de ce qui se fait sur le terrain et du vécu des enseignants"...

On a même pu entendre des hommes politiques comme Jean-François Copé proposer d’établir un examen à la fin du CP ! Une proposition qui n’a guère de sens quand on sait que le redoublement ne favorise pas du tout les apprentissages à ce niveau d’études.
Amalgame grossier. Quel rapport avec l'opposition à la réforme du collège ?

Ces fausses solutions...
M. Merle n'a présenté que celle, ridicule, de M. Copé...

...consistent à écarter de fait du système les élèves les plus en difficulté. Elles déboucheraient sur une croissance du nombre des non-diplômés, qui sont déjà trop nombreux...
Un sociologue qui ne semble pas très au fait de l'évolution saisissante de la diplomation ou du décrochage en France...

...et entraîneraient des difficultés encore plus grandes pour que ces jeunes trouvent un emploi.
Car c'est bien la principale mission de l'école. :doc:

Parmi les propositions des candidats de droite, il y a également l’idée de consacrer 50 % du temps scolaire au français… Est-ce la bonne technique pour apprendre les fondamentaux ?

Le français ne s’apprend pas seulement en français ! Il s’apprend aussi en sciences, en mathématiques, car comprendre un énoncé permet de perfectionner son vocabulaire, mais aussi ses compétences en orthographe, en grammaire, en syntaxe.
Certainement mais c'est exactement ce discours interdisciplinaire qui a permis de réduire continument l'horaire de français en primaire et au collège, avec des résultats à l'écrit ou en lecture que M. Merle a la pudeur de ne pas évoquer.

De même, la musique aide les jeunes enfants à perfectionner des qualités auditives utiles à l’apprentissage des langues.
Quand un sociologue s'improvise pédagogue tout-terrain... :scratch:

Certes, il faut encore perfectionner l’acquisition des fondamentaux en primaire.
Doux euphémisme, vu la chute brutale des compétences des élèves par exemple sur la période 1987-2015. :santa:

Mais la réflexion nécessite de partir de la mise en œuvre effective des programmes. On sait que les professeurs des écoles réalisent leurs enseignements en étant influencés par leurs spécialités disciplinaires. Ils font plus souvent des apprentissages en français s’ils ont fait des études littéraires (idem pour les mathématiques ou les autres disciplines). Pour cette raison, la formation des maîtres doit être approfondie, y compris dans la maîtrise des savoirs à transmettre.
La plupart des PE sont davantage compétents en français qu'en mathématiques...

Les recherches montrent aussi qu’augmenter le temps d’apprentissage en français ou en maths débouche assez vite sur des effets de saturation.
Quelles recherches ? Et le diminuer (le diviser par deux entre 1923 et 2007 en français par exemple), y a-t-il de savantes recherches à ce sujet ?

L’école primaire ne peut pas être un lieu où l’orthographe et les dictées seraient une occupation centrale ! Notre monde n’est pas celui du XIXe siècle.
C'est comme la lecture : une compétence dépassée !

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que nous vivons dans une société où le zapping est omniprésent, où les hommes politiques eux-mêmes sont parfois incapables d’écouter leurs adversaires plus de cinq minutes sans leur couper la parole ! Les enfants sont imprégnés de ces modèles. Ils sont moins capables de concentration et les pédagogies actuellement mises en œuvre essaient de contourner cette difficulté en les rendant plus actifs.
Aveu candide... :rirej


De toute façon, quel que soit l’âge, l’ennui et la passivité ne sont pas favorables aux apprentissages.
La récréation non plus... D'ailleurs rien ne montre que les élèves s'ennuient. : encore un préjugé utile...

Quel regard portez-vous sur la loi de refondation de l’école et la réforme du collège ?

C’est une bonne réforme sur plusieurs plans. L’interdisciplinarité qui était déjà pratiquée par de nombreux enseignants, parfois de manière assez développée, a désormais un cadre avec les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires. Les programmes ont été transformés pour mieux correspondre aux exigences du socle commun de connaissances et de compétences.
Mais pas à l'interdisciplinarité. :xx:

Evidemment M. Merle n'avance aucun argument en faveur de l'interdisciplinarité ainsi pratiquée.

Un des problèmes de la réforme tient au fait que les programmes ont été rénovés sur les quatre niveaux à la fois, de la 6e à la 3e.
De la maternelle à la 3e, en fait.

Aussi, beaucoup d’enseignants qui intervenaient sur trois niveaux n’interviennent plus, pour mettre en œuvre les nouveaux programmes, que sur deux niveaux d’enseignement, ce qui leur impose un travail important.
:scratch:

Quant à la modification des pratiques d’évaluation, elle devrait intervenir progressivement afin de donner plus de cohérence à la réforme. Les nouvelles pratiques d’évaluation consistent à évaluer les progressions des élèves en termes de niveaux de maîtrise de compétences scolaires regroupés dans un certain nombre de grands domaines.
A peu près dépourvus de sens et incompréhensibles pour les élèves, les parents et parfois les professeurs !

Si les notes chiffrées traditionnelles sont encore possibles, elles devraient tenir moins de place. Dans le processus d’apprentissage, ce n’est pas la note qui doit être centrale mais les conseils apportés aux élèves. Certes, certains enseignants sont attachés aux notes à l’ancienne, parce qu’ils ont l’habitude de procéder ainsi depuis des années. Il s’agit pour eux d’un élément de leur liberté pédagogique. Dans les faits, cette évaluation ne permet pas de connaître précisément les compétences maîtrisées par les élèves.
L'évaluation par compétences, encore moins...

Les nouveaux programmes et une évaluation par compétences exigent des enseignants de construire en partie autrement leurs séquences de cours afin de mieux relier celles-ci aux évaluations des compétences présentées dans le socle commun.
De manière totalement factices, les cours doivent se plier à des compétences absurdement définies. Un progrès en effet.

Les notes sont susceptibles d’être remplacées par une évaluation par des couleurs, et les professeurs auront recours à des grilles d’évaluation plus resserrée, avec quatre ou cinq niveaux maximum. Cette nouvelle pratique d’évaluation délaisse la hiérarchisation des élèves...
Elle ne l'empêche pas du tout...

...nécessaire seulement dans le cadre d’un examen ou d’un concours, et centre le travail d’évaluation sur les conseils utiles aux élèves pour que ceux-ci comprennent leurs lacunes et puissent y remédier.
C'est vrai que jusqu'ici les élèves n'étaient pas informées par les commentaires, les barèmes, les appréciations sur les copies...

Mais les devoirs, interdits en primaire, continuent à creuser les inégalités…

Nous savons que les devoirs creusent les inégalités entre les enfants des milieux favorisés et les autres car les premiers peuvent se faire plus facilement aider par leurs parents que les seconds. Il faut trouver un moyen pour que les enfants qui ne peuvent pas travailler chez eux, pour des raisons parfois liées au bruit ou à la présence des écrans, puissent lire, écrire, étudier, se documenter ou s’entraîner à des exercices en dehors des heures de cours.
Tout à fait. Mais rien n'est prévu par la réforme en ce sens, et en supprimant les devoirs comme en primaire, les écarts se creusent davantage.

L’aide personnalisée a été créée pour cette raison. Elle permet aux élèves d’être à l’école en travaillant de façon différente, en étant encadrés et aidés par des personnels enseignants.
La démonstration que M. Merle ne sait pas de quoi il parle : il n'existe pas d'"aide" personnalisée, mais un "accompagnement personnalisé" (AP) qui a lieu sur le temps scolaire et en classe entière. UN vrai encadrement différent ! :santa:

Vous pensez également qu’il faut aller plus loin dans la politique d’éducation prioritaire dont le principe est de donner plus de moyens à ceux qui sont les plus en difficulté…

La différence de moyens accordés aux collèges qui sont classés en réseau d’éducation prioritaire (REP ou REP +) par rapport aux autres collèges est trop faible pour compenser la faiblesse du niveau scolaire des élèves scolarisés dans ces établissements. Il y a actuellement à peine deux élèves en moins par classe dans les REP ou REP +. Or, l’étude de Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire démontre qu’il existe un réel bénéfice en termes de réussite scolaire dans les établissements populaires quand on compte au moins cinq élèves en moins par classe, alors que pour les élèves des catégories sociales favorisées, le nombre d’élèves par classe exerce peu d’effet sur leur apprentissage, comme le montre notamment le succès des établissements privés où les effectifs par classes sont en moyenne plus élevés que dans le public.
D'accord sur ce point.

L’un des éléments d’une réforme à venir devrait être à cet égard de repenser les rapports entre les établissements privés et publics. Nous assistons à une dualisation progressive des deux secteurs d’enseignement. Le secteur privé français se spécialise de fait dans l’accueil des bons élèves d’origine aisée. Ce secteur privé qui scolarise environ 20 % des collégiens est l’un des plus importants d’Europe, juste derrière les secteurs privés belge et espagnol. Ce n’est pas un problème en soi, si ce n’est que les modalités de fonctionnement du secteur privé accentuent les problèmes de ségrégation sociale et scolaire préjudiciables aux progressions des élèves faibles. Cette situation est d’autant plus paradoxale que l’école privée, en France, est financée par l’Etat. Elle devrait donc, en toute logique, assumer sa mission de service publique et accueillir les élèves de tous niveaux et de toutes catégories sociales. Sélectionner les élèves pour garder préférentiellement ceux qui ont le plus de chance de réussite est moralement condamnable.
Mais la suppression des options de langues anciennes n'est pas une "fausse solution" et M. Merle ne constate pas que les réformes en cours accélère la fuite vers le privé des meilleurs éléments. L'enfer est pavé...
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"Ces organisations qui bloquent depuis des années les réformes de l'École commettent un crime" (François Fillon) 24 Nov 2016 09:01 #17801

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A noter la phrase de François Fillon sur les "pédagogues prétentieux", qui a eu beaucoup de succès lors du dernier débat du premier tour des primaires de la droite et du centre, le 17/11/16, et reprise lors de son meeting de Lyon le 22/11/16 :

François Fillon écrit:
Ces organisations qui bloquent depuis des années les réformes de l'École commettent un crime contre la jeunesse et elles devraient en répondre devant la société française. Ce n'est pas la compétence et le dévouement des enseignants qui est en cause ; c'est la démission de l'État devant les syndicats, c'est la dictature d'une caste de pédagogistes prétentieux, et ce sont des réseaux de pouvoir au sein de l'Éducation nationale qui sont responsables de ce désastre.

On voit que "crime" fait écho aux "assassins" de Carole Barjon, mais le crime est ici imputé aux syndicats enseignants ("Ces organisations qui bloquent depuis des années les réformes de l'École"), ce qui est curieux puisque les syndicats se sont mobilisés contre une réforme pédagogiste, celle de collège 2016. Il est vrai que l'ouvrage de Carole Barjon a une forte tonalité anti-syndicale.

Il est d'ailleurs amusant de constater les contradictions à ce sujet :
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"Modestes remarques sur le rôle des « pédagogues prétentieux »" (Philippe Meirieu) 25 Nov 2016 20:32 #17815

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Dans le "Café" du 25/11/16 : "Philippe Meirieu : Modestes remarques sur le rôle des « pédagogues prétentieux »"

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"Modestes remarques sur le rôle des « pédagogues prétentieux »" (Philippe Meirieu) 25 Nov 2016 20:32 #17816

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