"Pourquoi les jeunes n’aiment plus les livres. L’autorité expliquée à Finkielkraut" (André Gunthert)

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09 Déc 2012 17:24 #2193 par Loys

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09 Déc 2012 17:24 #2194 par Loys

Pourquoi les jeunes n’aiment plus les livres. L’autorité expliquée à Finkielkraut

Quelle sympathique attention. A noter que Finkielkraut a un prénom.

Le duel Alain Finkielkraut/Michel Serres (“Répliques” du 8 décembre) a suscité des réactions de sympathie dans mon cercle d’amis. Résistant à la paranoïa décliniste de l’animateur de France Culture,

...en versant dans le jeunisme sénile et la célébration d'une modernité qui le dépasse et qu'il ne comprend pas lui-même.

...le vieux philosophe s’est tenu ferme au schéma des Anciens et des Modernes...

Une posture bien simpliste et manichéenne, qui interdit tout débat : un bel exemple de terrorisme intellectuel, puisque Michel Serres s'arroge la modernité et la jeunesse. Lui qui vante tant la place des jeunes, que prend-il encore la parole à 82 ans ?

...obligeant le réactionnaire à endosser le costume du “grand-papa ronchon”...

Soyez jeunes comme Michel Serres : montez dans sa poussette ! :mrgreen:

...n’hésitant pas à lui balancer in fine une bombe à fragmentation: tout le raffinement intellectuel de la nation la plus cultivée du monde n’a pas empêché l’Allemagne de sombrer dans la tragédie nazie…

C'est vrai que le nazisme, c'est l'apologie de la culture humaniste... Une belle bombe à eau que voilà. :transpi:

Au delà d’un échange qui doit toute sa saveur au respect imposé de force au plus jeune par les titres du plus ancien, on peut préciser la réponse à la question initiale posée par Finkielkraut, en substance: pourquoi les jeunes n’aiment-ils plus les livres (mais les jeux vidéos et internet)?

Alors que la question est évidemment idiote. Lire, c'est le monde ancien.

Qu’est-ce qui donne envie d’un produit culturel? La qualité de l’œuvre n’est qu’un facteur secondaire. Comme on le voit très bien à partir des pratiques en ligne, le moteur principal du désir culturel est d’ordre social. C’est d’abord l’envie des autres (de ceux que nous aimons ou respectons) qui attire notre attention sur une œuvre.

La logique marketing d'André Gunthert est assez étrangère au monde de l'école et à la culture humaniste.

La consommation d’un produit culturel...

Tout est dit.

... relève fondamentalement d’un partage d’expérience, qui comporte une forte composante d’identification. Pour être pleinement justifié, cet investissement attentionnel doit pouvoir ensuite faire l’objet d’une remise en commun par le biais de manifestations appropriatives (conversation, jugement, citation, réemploi, etc.).

Que de néologismes savants pour un discours bien convenu : on croirait lire un business plan ! :mrgreen:

Au delà de ces considérations amusantes, il faut noter une vision de la lecture tout à fait étonnante. Pour lire, il faut nécessairement partager sa lecture. Le partage, c'est tellement moderne et participatif. Et lire, tellement archaïque et solitaire.

A la différence de la satisfaction des besoins élémentaires, la consommation culturelle est d’autant plus plaisante qu’elle est socialisée.

Dans la société de consommation, M. Gunthert a bien raison.

Qu’en est-il du livre? Après le déclin des formes théâtrales, noyées par le divertissement petit-bourgeois, la métamorphose du feuilleton en œuvre d’art délivre le roman de sa mauvaise réputation et impose la littérature comme le produit culturel phare d’une époque, entre le dernier tiers du XIXe siècle et les années 1960, appuyé sur la rencontre de trois acteurs puissants: l’industrie du livre, la critique journalistique et l’école de la Troisième République.

Quelle audacieuse histoire de la littérature, pleine de raccourcis et de d'étrangetés ! A chaque fois que M. Gunthert parle de "produit culturel" à propos du livre, je crois entendre une publicité de la FNAC ! :transpi:

La critique de la petite-bourgeoisie, propre à cette brillante analyse sociologique, est d'autant plus amusante que M. Gunthert fait au fond la promotion de la société de consommation dont l'horizon est si platement bourgeois.

Nul hasard à ce que l’ancien prof de français se souvienne avec nostalgie de l’autorité que lui conférait l’enseignement de la matière par excellence: les destinées de l’école et de la littérature doivent leur croisement à une convergence d’intérêts qui a fait un temps leur fortune, portée par l’appropriabilité économique...

Encore un néologisme : c'est à ce genre de détails qu'on reconnaît une pensée puissante. J'aime beaucoup cette idée que "les destinées de l’école et de la littérature doivent leur croisement à une convergence d’intérêts qui a fait un temps leur fortune". Ce "un temps" remonte en effet à la plus haute antiquité : c'est même ce qu'on appelle les humanités. :mrgreen:

...et sociale du codex, vecteur rêvé d’une culture nationaliste unitaire et d’un idéal de promotion par le mérite.

Bien sûr ! La république des lettres, pendant les Lumières (bien avant le XIXe siècle, j'en ai peur), en sont un bon exemple ! :mrgreen:

La perte d’influence de la forme livre dans l’espace culturel n’est pas due, comme le pense le radiosophe...

Encore un ! Et M. Gunthert, comment l'appeler ? :scratch:

...à la substitution technique de l’écran au codex ou de l’image au texte. Elle est causée principalement par l’affaiblissement de la prescription du livre, symptôme de son déclin économique au profit d’autres formes culturelles...

Lesquelles ? On ne le saura pas.

Amusant, ce renversement qui trahit une certaine conception du monde : c'est le déclin économique du livre qui occasionne son déclin culturel, et non l'inverse bien sûr.

...mais aussi par la perte d’autorité des instances liées à la culture savante.

Enseigner l'orthographe élémentaire et donner une culture littéraire commune, c'est évidemment vouloir imposer une "culture savante". On retrouve la vulgate bourdieusienne habituelle de l'école ennemie de classe.

Devenue le prescripteur quasi exclusif de la ressource littéraire, l’école est passée du statut d’allié à celui de pire ennemi de l’édition, l’entraînant avec elle dans le discrédit qui affecte les instruments ruinés de l’Etat-providence.

Avec le soutien actif de gens comme M. Serres.

Un prof qui regrette l’affaissement de son autorité tout en continuant à imposer le miroir d’une société disparue n’a pas compris grand chose à l’histoire de la culture depuis un demi-siècle.

Heureusement que M. Gunthert a tout compris, lui. A quelques approximations près.

Dans cette évolution, le numérique n’est que la cerise sur le gâteau, qui a confirmé aux jeunes l’autonomie de pratiques de plus en plus impénétrables pour les maîtres.

On aimerait bien savoir lesquelles ? Des exemples concrets ?

C’est parce que l’école a refusé depuis longtemps de s’adapter à la culture des nouveaux médias...

Que M. Gunthert, professeur à l'EHESS en "histoire visuelle, visual culture, media studies", enseigne : quelle chance !

... (à commencer par le disque et la télévision dès les années 1960) qu’elle a perdu progressivement le prestige et l’autorité qui fondent l’efficacité d’une prescription.

C'est vrai que les disques ou les émissions télé des années 1960, 1970 ou 1980 ont imposé une culture totalement dominante aujourd'hui, que revendiquent d'ailleurs pleinement les digital natives ! :mrgreen:

Dans cette histoire, avant de devenir la victime du désintérêt des élèves, le livre est d’abord celle de l’inconséquence des maîtres.

Renverser les rôles : c'est aussi jubilatoire intellectuellement que d'inventer des mots savants.

Résumons : pour être "conséquents", les professeurs auraient dû étudier ABBA ou Champs-Elysés de Michel Drucker. Car voilà ce qui intéresse les élèves en 2012.

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15 Déc 2012 22:35 #2413 par Loys
Cette réaction de M. Gunthert :

Le billet ci-dessus a eu l’honneur d’être commenté par Loys Bonod, professeur de français et célébrité médiatique pour avoir saboté volontairement Wikipedia.

On est un peu déçu de constater que la méthode tant vantée par le parangon du commentaire de texte se borne à un découpage en rondelles, assorti du pointage des néologismes (toujours un mauvais signe…) et de sarcasmes un peu plats. Bonod ne reconnaît évidemment pas son Lagarde et Michard dans mes “raccourcis” et appelle à la rescousse les certitudes rassurantes de l’histoire littéraire pour ridiculiser des propositions qu’il ne comprend pas (comment! appeler un Livre un “produit culturel”, quelle honte! on se croirait à la FNAC…).

Il ne viendrait pas à l’esprit du professeur qu’un historien de la culture puisse employer une telle expression au terme d’une réflexion approfondie… Eh oui, le livre est un produit culturel! Voilà une affirmation qu’il est plus facile de railler que de contredire – et dont la négation même est l’illustration parfaite du principe de Distinction décrit par Bourdieu (pour valoriser un objet culturel, il faut commencer par prétendre l’extraire des contingences communes). Y réfléchir deux secondes risquerait de faire naître une interrogation sur la mythologie littéraire… L’ignorance, le conformisme et le préjugé restent donc les principaux instruments du commentaire de texte à la Bonod. Je le remercierais presque pour son concours édifiant à ma démonstration – n’était l’amertume que j’éprouve à l’idée de voir ces tristes méthodes inculquées à des lycéens…

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15 Déc 2012 22:48 #2414 par Loys

Le billet ci-dessus a eu l’honneur d’être commenté par Loys Bonod, professeur de français et célébrité médiatique pour avoir saboté volontairement Wikipedia.

Vous en avez pris votre part, à l'époque. Avec un article déjà peu aimable pour la profession enseignante.

On est un peu déçu de constater que la méthode tant vantée par le parangon du commentaire de texte se borne à un découpage en rondelles, assorti du pointage des néologismes (toujours un mauvais signe…) et de sarcasmes un peu plats.

Ça s'appelle une analyse au fil du texte. Rien de mieux pour démonter un à un les éléments d'un discours ou d'une idéologie. Et rassurez-vous, quand le sujet le mérite, j'en fais un article.

Bonod ne reconnaît évidemment pas son Lagarde et Michard dans mes “raccourcis” et appelle à la rescousse les certitudes rassurantes de l’histoire littéraire pour ridiculiser des propositions qu’il ne comprend pas (comment! appeler un Livre un “produit culturel”, quelle honte! on se croirait à la FNAC…).

Mais si, M. Gunthert, j'ai très bien compris, la culture littéraire est un produit culturel très relatif, sans aucune universalité ou intemporalité, ancré dans une période historique qui remonte... à la plus haute antiquité, enfin pour autant que je puisse en juger. Et les professeurs ont la responsabilité morale, de par leurs certitudes vaines et ridicules, de n'avoir pas compris que cette culture stérile avait passé la date de péremption.

Il ne viendrait pas à l’esprit du professeur qu’un historien de la culture puisse employer une telle expression au terme d’une réflexion approfondie… Eh oui, le livre est un produit culturel! Voilà une affirmation qu’il est plus facile de railler que de contredire – et dont la négation même est l’illustration parfaite du principe de Distinction décrit par Bourdieu (pour valoriser un objet culturel, il faut commencer par prétendre l’extraire des contingences communes).

Ah ! si Bourdieu l'a dit, alors... C'est vrai qu'aucune littérature, quand on y réfléchit bien, ne mérite d'être "extraite des contingences communes", contrairement à la pensée de Bourdieu.

Que j'aime les penseurs comme M. Gunthert qui stigmatisent la "distinction" à coup de néologismes savants d'une cuistrerie déconcertante. :mrgreen:

Y réfléchir deux secondes risquerait de faire naître une interrogation sur la mythologie littéraire…

M. Gunthert ne devrait pas imaginer que son cas personnel s'applique à autrui : comme la plupart de mes collègues de lettres, je n'accède pas à la littérature par le Lagarde & Michard mais... par la lecture des œuvres, source pour moi d'une éternelle admiration et jubilation. Vous devriez essayer pour voir.

L’ignorance, le conformisme et le préjugé restent donc les principaux instruments du commentaire de texte à la Bonod.

Cette manie d'invectiver au moyen du nom de famille... C'est sans doute le propre d'une grande pensée universitaire, impartiale et objective.

Je le remercierais presque pour son concours édifiant à ma démonstration – n’était l’amertume que j’éprouve à l’idée de voir ces tristes méthodes inculquées à des lycéens…

Je m'inquiète tout autant pour vos étudiants, astreints à écouter votre vulgate bourdieusienne paradoxalement dispensée avec l'autorité d'un maître sur l'élite de la Reproduction.

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15 Déc 2012 23:18 #2416 par Typhon

Loys dit: Ça s'appelle une analyse au fil du texte. Rien de mieux pour démonter un à un les éléments d'un discours ou d'une idéologie.


Ou une réponse point par point. Je suis amené à en faire à nouveau sur ce forum, puisque vous en faites, et qu'une réponse point par point engendre naturellement une réponse point par point.
Et pour paraphraser Bouddha "Si une réponse point par point répond à une réponse point par point, comment le débat finira-t-il ?"
La réponse est, bien souvent "par un point Godwin", et plus généralement par devenir progressivement de moins en moins structuré, jusqu'à ce que plus personne ne sache de quoi on parle.
Un bon débat devrait être constitué de réponses synthétiques se focalisant sur son objet principal.
Tout ça pour dire que je me sens sale d'avoir cédé à cette facilité.
Pardon pour cette remarque qui est elle même hors-sujet, du coup.

Pour revenir dans le sujet, la question que pose Monsieur Gunthert n'est pas pertinente. D'abord "les livres", c'est un ensemble qui regroupe aussi bien Les Fleurs du Mal, Le Maître et Marguerite que le dernier Marc Lévy ou Gérard de Villiers, c'est dire si c'est vague. Mais bon, cette remarque résulte sûrement d'une vision du monde de poujadiste-à-oeillères.

Ensuite, "les jeunes", ça ne veut pas dire grand chose non plus (Il aurait pu dire "les lycéens" ou "les adolescents", c'eut été plus précis).
Ensuite, il reste à prouver que "les jeunes" n'aiment plus "les livres", autrement dit, il faut prouver tout d'abord qu'ils ne les aiment pas maintenant, et qu'il les aimaient avant.

Sur ce dernier point, je crois pouvoir affirmer que M. Gunthert se trompe. Les gens n'aiment pas lire, c'était déjà le constat que faisait Orwell en 1946 : http://www.netcharles.com/orwell/essays ... rettes.htm .
Il démonte l'idée que la lecture est réservée à une élite, en faisant observer que lire des livres ne coûte pas plus cher que fumer ou boire, activités incomparablement plus populaire, et alors même que tout le monde sait lire et écrire en Grande-Bretagne. Je suppose que déjà, c'était la faute d'Internet.

Typhon

« There are two kinds of fools: one says, "This is old, therefore it is good"; the other says, "This is new, therefore it is better." »
(William R. Inge)
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15 Déc 2012 23:30 #2417 par Loys

Typhon dit: Ou une réponse point par point. Je suis amené à en faire à nouveau sur ce forum, puisque vous en faites, et qu'une réponse point par point engendre naturellement une réponse point par point.
Et pour paraphraser Bouddha "Si une réponse point par point répond à une réponse point par point, comment le débat finira-t-il ?"
La réponse est, bien souvent "par un point Godwin", et plus généralement par devenir progressivement de moins en moins structuré, jusqu'à ce que plus personne ne sache de quoi on parle.

Il n'y a pas eu encore de point Godwin sur LVM et pourtant dieu sait que je me suis livré à l'analyse point par point de nombreuses fois. C'est vrai, il arrive que la discussion semble sans fin, mais il arrive aussi assez souvent que le nombre de points discutés, pour peu qu'il y ait une vraie discussion, diminue peu à peu, à la satisfaction des débatteurs.

Un bon débat devrait être constitué de réponses synthétiques se focalisant sur son objet principal.

Répondre point par point empêche l'approximation et oblige à la rigueur. Mais la synthèse est également appréciable : dans ce cas, je rédige un article.

Tout ça pour dire que je me sens sale d'avoir cédé à cette facilité. Pardon pour cette remarque qui est elle même hors-sujet, du coup.

:rirej

Le problème de la lecture est un vrai problème actuel ( source ). Bien sûr qu'une fraction de la jeunesse a jamais été séduite par la lecture mais il semblerait que nous atteignons le point critique où la littérature n'existe tout simplement plus ou presque.

Et franchement, même quand on a lu Candide trois fois, c'est effrayant. :|

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16 Déc 2012 00:07 #2420 par Typhon
Je ne pense pas que le degré de rigueur ait un énorme lien avec les réponses point-par-point.
En ce qui me concerne, en tout cas, j'ai pu observer que les réponses point-par-point encouragent surtout la dispersion.
Être synthétique, outre que ça rend plus lisible, permet de se forcer à se focaliser sur le point central, donc d'atteindre plus vite les hauteurs de la hiérarchie du désaccord .

il semblerait que nous atteignons le point critique où la littérature n'existe tout simplement plus ou presque.


Nous vivons à une époque où n'importe quel imbécile peut diffuser ses crétineries et les rendre potentiellement accessibles aux trois milliards de personnes qui ont un accès à internet.
Une époque où il est possible de lire les grands maîtres sans même devoir dépenser les prix dont parlait Orwell.
Ou de redécouvrir en quelque clics des poètes oubliés , le tout sans bouger de chez soi.

S'il n'y a plus de littérature, plus de gens qui lisent ou écrivent des textes qui vaillent la peine d'être lus, qui aient de la valeur, c'est que notre culture est gravement malade.

Typhon

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16 Déc 2012 15:31 #2448 par mlepoivre
M. Gunthert semble être le fils spirituel de Michel Serres et propage cette idéologie du tout-numérique, selon laquelle tout ce qui passe par les nouveaux médias est nécessairement de meilleur aloi. Tous les usages numériques sont bons en tant qu'ils sont numériques. Autre postulat: les digital natives, avec leur nouveaux comportements et usages, sont dans le vrai , en avance sur ce ringard de prof: ils inventent l'intelligence de demain.
Il y a là une rage de numérisation qui finit par disqualifier tous les éléments et représentants du passé (c'est à dire période pré-numérique) que précisément les enseignants sont aussi chargés de transmettre. Prônerait on un monde comme Oceania, la société totalitaire imaginée par Orwell dans 1984, fondé sur ce principe de liquidation du passé. De là cet argument consistant à désacraliser le livre, médium fondamental il est vrai de l'enseignement traditionnel et de la littérature, mais médium obsolète désormais et rabaissé au rang de produit culturel. Certes, mais cette grandiose analyse médiologique et marketing oublie de dire qu'il ne s'agit pas d'une marchandise comme les autres. C'est un objet matériel contenant un bien spirituel. On parlait naguère d'exception culturelle et cela a donné lieu d'ailleurs à des mesures économiques comme la fameuse loi Lang sur le prix unique du livre.
Bref, ce discours se voulant moderniste et éclairé sombre dans une sorte de fureur iconoclaste ( qui rappelle le futurisme à la Marinetti) et en vient à prôner une forme de barbarie anti-culturelle. Livre imprimé, et donc littérature, et enseignement sont mis dans le même sac encombrant du passé obsolète.
Ajoutons enfin que l'échange Gunthert/Bonod est assez cocasse. En effet, la rhétorique technophile et anti-ringard du premier se trouve un peu court-circuitée et tourne à vide dans la mesure où M. Bonod s'avère un excellent utilisateur du numérique, autant que peut l'être M Gunthert.

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16 Déc 2012 18:25 #2451 par Loys
Vous parlez d'or, mlepoivre. Et merci pour le compliment. :topla:

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16 Déc 2012 22:19 #2455 par DM
Je voudrais juste poser une petite question : quelle connaissance ont André Gunthert, Michel Serres et Alain Finkielkraut du monde des adolescents d'aujourd'hui ? Alain Finkielkraut explique, par exemple, qu'il parle d'Internet en ne le connaissant qu'indirectement... Tout ceci n'est-il pas un débat décalé de la réalité ?

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16 Déc 2012 22:29 #2457 par Loys
Alain Finkielkraut a au moins cette honnêteté de dire qu'il n'est pas un usager d'Internet. Mais il cite Nicholas Carr ou Bernard Stiegler : c'est le principe même de la philosophie d'étudier une discipline sans la pratiquer. Pensez à Socrate interrogeant un à un les Athéniens.

Michel Serres est lui ne comprend pas grand chose à Internet ou au numérique, dont il en parle qu'en termes très vagues et très allusifs, mais dont il se prétend familier. La preuve, il est persuadé qu'un enfant qui sait se servir d'un smartphone est forcément hyper-intelligent.

Il n'a même pas compris que l'essence du numérique commerciale est son accessibilité, sa simplicité, son caractère intuitif :

www.dailymotion.com/video/xddya1_clement...l-ipad-a-20-moi_tech

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16 Déc 2012 22:51 #2459 par DM
J'ai un peu peur, voyez-vous, du commentaire de commentaire de commentaire. Nicholas Carr commente l'évolution d'Internet et émet des théories à ce sujet ; il me semble d'ailleurs que ses écrits ont plus la forme d'essais que d'études scientifiques de sociologie ou cognition, et donc constituent déjà une sorte de commentaire de la réalité. Alain Finkielkraut commente ce commentaire.

C'est un peu comme si je voulais parler avec autorité des écrits de Platon, non pas en les lisant moi-même, mais en me basant principalement sur une thèse orientée à leur sujet. On me reprocherait sans doute pareille légèreté intellectuelle.

Sur le fond de l'affaire : comme certains l'ont dit, quels jeunes et quels livres ? Est-ce qu'un San Antonio ou un roman de gare compte dans les livres ? (*) Même problème que lorsqu'on déplore la baisse de la presse papier au détriment d'Internet : est-ce que lire Gala est intrinsèquement mieux que lire Médiapart, car imprimé sur papier ?

De même, ne se focalise-t-on pas sur le roman, les œuvres de fiction, au détriment de tout le reste ?

(*) Je dis cela parce que j'ai eu un camarade de collège qui me disait que ses parents lisaient beaucoup... et effectivement, ils avaient des rayonnages entiers de San Antonio et de romans policiers. Ce n'est sans doute pas à cela que mon éminent collègue pense en parlant de lecture.

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16 Déc 2012 23:02 #2461 par Loys

DM dit: Alain Finkielkraut commente ce commentaire.

Non, il s'appuie sur différentes analyses, c'est quand même très différent. On peut évidemment lui reprocher, si on réfute ces analyses, mais cela ne doit pas le disqualifier pour autant.

Je n'ai pas de mépris particulier pour les romans populaires, et parmi les romans policiers on trouve parfois des œuvres de génie.

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