Les valeurs transmises à l’école "profondément inadaptées à la civilisation numérique" (Eric Verhaeghe)

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03 Jui 2014 20:19 - 03 Jui 2014 23:59 #10758 par Loys

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03 Jui 2014 23:53 - 04 Jui 2014 00:13 #10765 par Loys

Eric Verhaeghe : “Les valeurs actuellement transmises à l’école sont profondément inadaptées à la civilisation numérique”

C'est toujours aimable. Au moins cette fois l’Éducation nationale" n'est plus "autiste du web" ...

Face aux défis que représente la "révolution numérique", l'école a un rôle capital à jouer, tant pédagogique que dans les valeurs transmises.
Entretien avec Eric Verhaeghe, essayiste français, en marge de l’événement “Le Printemps du Numérique” qui se tient ce jeudi à Compiègne. Après un parcours dans le service public, notamment à la Ville de Paris et au ministère de l'Éducation nationale, Eric fonde Parménide, un cabinet d'innovation sociale spécialisé dans l'élaboration de réseaux sociaux.

Un "cabinet d'innovation sociale"... à l'état d'ébauche à ce jour. Citons sa présentation :
[ Cliquer pour agrandir ]

Vous estimez que l’école est l’un des défis majeur, sinon le défi principal que la société française doit relever pour traverser les bouleversements liés au numérique. Dans quelle mesure et pourquoi cela doit-il commencer dès l’école ?
On oublie trop souvent que le premier rôle de l'école est de transmettre des valeurs. Valeurs que je crois profondément inadaptées à la civilisation numérique.

Quelles valeurs ?

Je pense par exemple à la solitude de l'élève devant sa dissertation...

C'est vrai que la pensée et la culture personnelles, c'est profondément inadapté comme "valeur". :doc:

...la non-coopération dans la construction du savoir...

Car l'élève "construit le savoir", qu'on se le dise. :doc:

... le primat du stylo et du papier sur le clavier.

C'est une "valeur", ça ? :scratch:

Dans le monde de demain, l'honnête homme sera celui qui sait partager ses sources, qui pratique l'intersubjectivité, le dialogue, qui coopère à tous les stades du savoir.

L'école empêche les élèves qu'elle forme de ressembler à cet "honnête homme" aux facultés quelque peu limitées ("savoir partager ses sources"... :P )
Mais au fait pourquoi ce qu'un énarque, pur produit de l'élitisme républicain le plus traditionnel comme M. Verhaeghe, a réussi à faire, d'autres ne le pourraient pas ? :scratch:

Dans l'école de demain, l'acte de coopérer sera la valeur essentielle, ne serait-ce que coopérer dans une troupe théâtrale ou dans une association d'aide aux plus démunis.

Ou dans une startup de consulting social.
L'exemple de la troupe de théâtre, dont M. Verhaeghe semble avoir une conception quelque peu naïve, est assez amusant : quel rapport avec la coopération ou la construction du savoir, au juste ? Au fait le théâtre ne serait-il pas lui-même "profondément inadapté à la civilisation numérique" ? :santa:

Autant d’engagements trop absents du parcours scolaire français actuel.

Dommage que M. Verhaeghe ne vienne pas montrer l'exemple en enseignant lui-même.

L’appréhension cette révolution technologique à l’école doit-elle démarrer dès le primaire?

Effectivement, on peut avoir certaines appréhensions. :P

Et même avant probablement.

:rirej

Beaucoup d’États d’Amérique du Nord ont abandonné l'apprentissage de l'écriture cursive. Le clavier la rend secondaire. Pas inutile, mais secondaire.

Rien que cette phrase suffit à discréditer notre expert qui confond visiblement écriture cursive et écriture manuscrite, laquelle n'est pas près de disparaître aux Etats-Unis... :rirej

Cela signifie que l'enseignement nord-américain est en train de se concentrer sur des compétences essentielles pour la civilisation numérique, alors qu'en France le corps enseignant reste obsédé par l'honnête homme de l'Ancien Régime, qui parcourait le monde avec un carnet de notes et un crayon à mines.

Dommage que cette profonde réflexion, pleine de nuances, parte d'une information totalement fausse... :P

Notre retard exigera de nous un ajustement sans doute un peu brutal, y compris en termes d'emplois pour les enseignants.

En même temps la brutalité commence déjà avec le sens du dialogue social de M. Verhaeghe ! :cheers:

Concrètement, nous n'avons plus besoin de l'école comme lieu de transmission du savoir: Internet le fait infiniment mieux dans tous les cas de figure.

:lol:

En revanche, nous avons besoin de l'école comme lieu de construction d'une personnalité. Apprendre à apprendre, apprendre à se repérer dans les sources, à trier, à analyser, voilà ce qui fera la mission de l'enseignant demain.

Apprendre à trier, c'est construire sa personnalité. :doc:

Les écoles ont commencé à se connecter et se numériser : écrans numériques à la place des écrans noirs et la craie, ordinateurs plutôt que cartables, MOOC… Ces ressources suffisent-elles et sont-elles bien utilisées actuellement ?
C'est évidemment un bon début. Toutefois, l'effort du numérique ne doit pas se limiter à accompagner la pédagogie. Il doit en être le cœur et celle-ci doit en exploiter toutes les possibilités. Par exemple, il paraîtrait assez naturel que l'enseignement mathématique aujourd'hui soit épaulé par le numérique, voire centré dessus. Je ne parle évidemment pas des cours d'histoire et de géographie qui se prêtent merveilleusement à l'utilisation du numérique.

M. Verhaeghe est aussi concepteur de programmes scolaires toutes matières confondues : quel talent !

L’éducation numérique doit-elle davantage porter sur les usages et les métiers ou plutôt sur les appareils?
Forcément sur les deux. Mais sur ce point, je voudrais faire preuve de prudence. Nous n'avons qu'une vision tronquée et fragmentaire de l'enseignement numérique futur.

Quelle déception...

Par exemple, je suis convaincu qu'Internet ouvre la porte d'une nouvelle rhétorique.

:santa: (un exemple de "nouvelle rhétorique")

S'exprimer sur le net suppose le respect de figures de style qui ne s'improvisent pas et se codifient peu à peu. Cet apprentissage aurait évidemment beaucoup de sens. Il n'est pas achevé, mais il souligne que le numérique remettra à l'honneur, sous une forme renouvelée, des matières ou des disciplines aujourd'hui oubliées par les courants pédagogiques qui étaient perçus comme les plus modernes il y a vingt ou trente ans.

Restons dans le vague le plus complet. :scratch:

En même temps, maîtriser parfaitement les outils scientifiques purs en physique ou en chimie aurait beaucoup de sens pour adapter l'enseignement scientifique aux exigences contemporaines.

En tout cas certainement plus que de ne pas les maîtriser. :doc:

Quels obstacles cette révolution pédagogique fait –elle surgir? Sont-ils idéologiques ou matériels?
Le premier obstacle est celui de la réticence du corps enseignant, imbu de la certitude qu'il est là pour transmettre un savoir.

Toujours ce sens de la mesure, du dialogue social chez M. Verhaegue, spécialiste des ressources humaines.

L'image de l'enseignant en France est encore tributaire du fantasme selon lequel un agrégé est un expert de sa discipline, et qu'il fait sa légitimité sur son autorité scientifique. De là le sentiment de malaise répandu chez les enseignant face à des élèves qui mettent en doute l'autorité scientifique de l'enseignant notamment en puisant des informations (parfois mal comprises) dans Internet.

C'est vrai que n'importe quel agrégé de mathématiques peut aujourd'hui recevoir des leçons d'un lycéen connecté, d'autant que sa matière est essentiellement informationnelle.

Les enseignants doivent, comme les autres salariés français, accepter de changer de métier sous l'effet du numérique.

Et si l'acte d'enseigner était irréductible à la technique ?

Ils ne pourront plus rivaliser avec Internet.

:mrgreen:

En revanche, ils devront, dans une autre posture, aider les élèves à se forger une personnalité dans un monde connecté.

En triant. :doc:

Ils devront les aider à chercher leur chemin et trouver leur voie.

Voilà une belle phrase qui fixe de beaux objectifs, claires, précis et modernes.

La société française a-t-elle suffisamment opéré sa transition numérique pour penser à refonder l’école de manière aussi radicale?
Nous sommes l'un des pays du monde les mieux équipés en Internet. Notre problème n'est pas celui de l'infrastructure, mais de la superstructure. Nous avons le matériel, mais nous ne savons pas optimiser son utilisation. Et sur ce point, le rôle de l'école est fondamental. L'école doit accélérer la transformation numérique, la précéder, au lieu de la retarder.

Eh oui, c'est pressé.

Concrètement, comment imaginez-vous l’école dans 10 ans, puis dans 20 ans ? L’école existera-t-elle toujours ou bien suffira-t-il de rester chez soi devant son ordinateur à regarder des tutoriels et écouter des enseignants virtuels ?

Radieuse perspective. :mrgreen:

On aura toujours besoin d'enseignants IRL (in the real life), mais ils auront un rôle différent. Les classes de 30 élèves passifs attendant la vérité qui sort de la bouche du prof sont vouées à disparaître.

C'est vrai qu'apprendre à problématiser, à rédiger ou à poser une équation ou résoudre un problème par exemple, ça n'a rien à voir avec le métier d'enseignant. L'enseignant est une machine à délivrer de "l'information", une sorte de présentateur de journal télévisé en somme. :doc:

En revanche des séances d'apprentissage en petits groupes collaboratifs seront indispensables pour préparer les élèves à leur vie future.

Car si on ne sait pas à quoi ressemblera l'école du futur, on sait en revanche à quoi ressemblera la vie future.

Au-delà de l'école, où se situent les autres défis liés à la révolution numérique?
Pardonnez-moi d'être un peu stratosphérique, mais il me semble que le principal défi à relever est celui du sens dans une construction intersubjective.

En tout simplicité "stratosphérique". :rirej

C'est, au fond, le sujet Wikipédia: la vérité, ou les hypothèses de vérité, ne se trouveront plus dans un livre prestigieux, mystérieux, inaccessible, mais dans une somme d'articles construits de façon collaborative.

C'est effectivement un bon résumé : "Wikipédia : L’important, c’est de participer"

Cette construction collective permanente supposera une capacité à produire un sens universellement acceptable. Ce sujet est important pour les sciences pures, mais surtout pour les sujets humains et sociaux. La production collective du sens exigera une éthique de la délibération qui soit transparente, respectueuse des libertés publiques et des droits fondamentaux.

Et si possible respectueuse des enseignants bien qu'ils soient "autistes du web" et "imbus de certitude". Rappelons également d'autres termes employés par M. Verhaeghe à propos de moi-même ou des enseignants : "autiste", "sadique", "âneries", "obscurantisme", "effrayante bêtise", "vicieuse", "décadente", "brontosaures cléricaux et pervers".

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04 Jui 2014 17:03 - 04 Jui 2014 17:04 #10770 par N°6
Je viens de ce pas d'aller jeter le gant à ce fâcheux au bas de son propre article... :transpi:
Il ne lui reste qu'à se :pendu:
:mrgreen:

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04 Jui 2014 17:13 - 13 Jui 2014 00:19 #10771 par Loys
Effectivement, vous m'avez bien fait rire. :mrgreen:



Repris évidemment dans "EducaVox" à titre d'"éditorial" ( :shock: ) : www.educavox.fr/editorial/article/eric-verhaeghe-les-valeurs

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