Quand la baudruche du miracle éducatif chinois se dégonfle

20161211

C’est la principale information à retenir de PISA 2015 et pourtant elle est passée inaperçue dans la plupart des médias.

On se souvient qu’en 2009 et en 2012, alors au sommet du classement PISA, la Chine − enfin plus exactement une toute petite partie de la Chine : Shanghai − avait été donnée en exemple au monde entier par l’OCDE pour son système scolaire ultra-performant (des élèves avec jusqu’à trois ans d’avance sur les élèves français !) et en même temps son équité sociale hors du commun, déclassant même la Finlande, dont le déclin ne faisait que commencer.

C’était sans doute trop beau, comme nous l’avions montré ici, et la dernière livraison de PISA 2015 est très éclairante à ce sujet. Shanghai est désormais incluse par l'OCDE dans un nouvel ensemble de quatre provinces chinoises relativement privilégiées : le P.S.J.G. (Pékin, Shanghai, Jiangsu et Guangdong). Un tel changement rend évidemment complexe toute réflexion sur la réussite de la Chine dans PISA.

Il n'en reste pas moins que, quand on compare la performance du P.S.J.G. avec la performance de Shanghai en 2012, l'écart est sidérant : 73 points de moins en moyenne dans les trois domaines d'évaluation1, soit l'équivalent de presque deux années scolaires. Les résultats restent très bons en culture mathématique (531 pts) et en culture scientifique (518 pts), mais bien moins impressionnants : en compréhension de l’écrit (494 pts), ils sont même largement inférieurs à ceux de la France (505 pts). Et encore : ces provinces côtières pratiquent elles-mêmes le hukou, cette ségrégation institutionnelle à l'égard des migrants chinois, sans compter que la plupart des autres provinces chinoises restent toujours oubliées par PISA, dans le cadre de l'accord spécifique de l'OCDE avec la Chine.

Plus édifiant encore : la Chine n'est plus donnée en modèle d'équité par l'OCDE en 2016… bien au contraire ! En culture scientifique, par exemple, le pourcentage (18%) de la variation de la performance en sciences expliqué par le statut socio-économique des élèves (PISA 2015 I. 6.2) est assez proche du pourcentage du système éducatif français (20%), jusqu'ici considéré comme l'un des pires de ce point de vue. En somme, entre deux sessions PISA, la Chine serait passée d'un extrême à l'autre…

Bien sûr, l'OCDE n'a guère communiqué sur ces écarts saisissants et on comprend bien pourquoi : c'est la démontration éclatante que, pendant six ans, un modèle éducatif factice a été donné en exemple au monde entier, assorti de toutes les préconisations libérales convenues. Et en passant sous silence tout ce qui pouvait mettre en cause ce modèle, à commencer par la pratique du hukou (nulle part mentionnée jusqu'ici dans les gros volumes de PISA). Certains journaux attardés continuent d'ailleurs en 2016 de donner Shanghai en exemple2.

Pour donner le change en 2016, Andreas Schleicher, directeur éducation du programme PISA de l’OCDE, a d'ores et déjà désigné un nouveau modèle : Singapour, petite cité-état de cinq millions d'habitants à peine plus grande que le territoire de Belfort. Malheureusement, selon l'enquête PISA elle-même, l'équité n'y vaut guère mieux qu'en France3.

Tout ceci prouve combien les évaluations (et les modèles éducatifs) de l'OCDE sont à considérer avec précaution.

@loysbonod


[1] Pour comparer les performances :

On notera que dans PISA 2015, tout le haut du tableau est en nette régression.

[2] « L’Obs » du 7 décembre 2016 : « Pisa : voici ce que les pays bien classés ont à nous apprendre »

[3] Le pourcentage de la variation de la performance en sciences expliqué par le statut socio-économique des élèves (PISA 2015 I. 6.2) est de 17%. La probabilité pour les élèves défavorisés d’obtenir une faible performance en sciences, par rapport à leurs pairs non défavorisés est même inférieure en France (PISA 2015 I. 6.9).