Une leçon de démocratie

20150525

La ministre de l’Éducation a cru bon de rappeler, mercredi 20 mai 2015, à ceux pour qui la publication du décret sur le collège 2016 au lendemain d’une journée de mobilisation nationale des enseignants était une provocation, « les règles de la démocratie ».

Najat Vallaud-Belkacem a ainsi déclaré que le décret avait été « adopté à une très grande majorité » par le conseil supérieur de l’éducation, omettant de rappeler que ce conseil est consultatif, qu’il est majoritairement composé de membres sans compétence pédagogique et que les syndicats enseignants représentant 80% des enseignants du secondaire se sont opposés au décret. De son côté la FCPE, favorable à la réforme, occupe les deux tiers des sièges de parents d'élèves... alors qu'elle ne représente que 44% des parents au collège et 14% des parents en primaire. Sa direction nationale a été désavouée de façon cinglante lors du congrès annuel de la FCPE... quatre jours après la publication du décret.

Plus problématique : la ministre a affirmé que ce décret n’était que l’application de la loi :

« La loi de refondation de l’école, adoptée par le parlement, prévoyait la réforme du collège dans tous ses principes : autonomie des établissements, interdisciplinarité, accompagnement personnalisé. »

De fait cette loi a bien été adoptée par le parlement le 9 juillet 2013.

Mais problème : la loi n’indique nulle part que les « projets transversaux et interdisciplinaires » doivent se faire au détriment des enseignements disciplinaires, comme l'indique l'arrêté ministériel du 19 mai 2015. Elle ne fait également aucune mention de la suppression des sections bilangues ou des options de latin et de grec ancien telle qu’elle a été annoncée le 11 mars 2015, lors de la présentation de la réforme du collège.

Quelle instance « démocratique » ou plutôt technocratique, dans un recoin obscur de la rue de Grenelle, a décidé, par exemple, de la suppression brutale des langues anciennes en tant que disciplines d’enseignement, à commencer par la suppression de leurs programmes, puisque le Conseil supérieur des programmes affirme n’avoir pas été saisi de cette demande ?

Prenons donc la ministre de l’Éducation au mot : qu’elle soumette ces dispositions nouvelles à un vote du parlement. Elle appliquera ainsi « les règles de la démocratie ».

@loysbonod