Les sections bilangues sacrifiées... au nom d'un curieux égalitarisme

20150627

La réforme du collège supprime donc les sections bilangues, de plus en plus nombreuses, gratuites,  et présentes dans de nombreux établissements défavorisés. Par exemple, dans le collège Robert-Doisneau de Clichy-sous-bois, dont Zyed et Bouna étaient élèves. Les ouvertures de sections ne sont, de fait, limitées en nombre... que par l’institution scolaire.

Mais, en revanche, la réforme se garde bien de supprimer d’autres dispositifs, autrement plus élitistes. La circulaire d’application donne ainsi cette précision : « en ce qui concerne les classes à horaires aménagés (classes à horaires aménagés musique, danse et théâtre et sections sportives) ainsi que les sections internationales, les dispositions horaires restent identiques aux conditions actuelles. »

Qu'on se rassure : les classes CHAM ou les sections internationales des collèges (par exemple, dans l’ouest parisien, de La Celle-Saint-Cloud, de Sèvres, du Pecq, de Buc, de Saint-Germain-en-Laye ou de Rueil etc.) ne sont en rien menacées par cette réforme égalitaire !

Il est bon de savoir que ces sections internationales sont parfois payantes : au lycée international de Saint-Germain-en-Laye (public), particulièrement élitiste il est vrai, les frais de scolarité s'élèvent à 6.193€ (hors restauration) pour la section britannique (3.538€ pour celles qui ne sont pas aidées par les entreprises). La simple demande d’inscription coûte 250€, non remboursables. Et quand ces sections internationales sont gratuites, leur recrutement élitiste sur un excellent niveau de bilinguisme ne correspond pas moins à une sélection sociale, en particulier dans les sections anglophones et germanophones.

Quant aux CHAM, si elles sont nécessaires, elles peuvent malheureusement être un moyen utile, pour certains publics favorisés, de contourner la carte scolaire avec une dérogation (ce que ne permettent pas les sections bilangues).

Le privé en redemande

Ajoutons qu’avec la suppression des sections bilangues dans le public, les écoles bilingues privées peuvent se frotter les mains. Avec la bénédiction du Ministère de l'Éducation nationale d’ailleurs, qui assure même la promotion de ces écoles privées pour publics fortunés. Ainsi Florence Robine, directrice générale de l’enseignement scolaire, vient-elle de visiter l’Ecole Active bilingue pour y étudier les méthodes efficaces d’un enseignement précoce des langues étrangères.

En réalité, l’efficacité de cette école privée, aux abords du parc Monceau, tient moins à la précocité de son enseignement qu’à sa sélection sociale et à ses conditions d’enseignement privilégiées (par exemple des professeurs native speakers, diplômés dans leur pays d’origine). Il faut dire que les frais de scolarité pour un collégien s’inscrivant dans cette école (sous contrat d’association, c’est-à-dire dont les professeurs et une partie des frais de fonctionnement sont payés par l’Etat) s’élèvent pour les familles à presque 10.000€ par an (restauration comprise) : heureusement, les plus défavorisés peuvent apporter leur propre repas mais cette simple autorisation est facturée 1.125€ par an !

On le voit : avec cette réforme, l’égalité progresse à grand pas dans l'école républicaine.

En vérité, le discours moralisant du ministère, fustigeant des sections bilangues « élitistes », a pour vocation de faire accepter une réforme qui fait des économies sur le dos des plus défavorisés.

@loysbonod

Merci au collègue qui m'a inspiré cet article !

Edition du 23 octobre 2015 : précision ajoutée sur les deux tarifs de la section britannique du lycée de Saint-Germain.