ou le vrai nombre d'admissibles

Animal Farm

A la suite du dernier communiqué du Ministère de l’Éducation nationale, journaux, radios et télévisions, s’extasiant devant la recrudescence des candidats admis ou admissibles, ont célébré unanimement ou presque la fin de la crise de recrutement dans l'Éducation nationale.

Mais est-ce si sûr ?

Il est vrai que le nombre de postes offerts au premier concours de 2013 était supérieur de 44% à 2012 mais l'augmentation du nombre d'admis n'a été que de 39% par rapport à un nombre déjà insuffisant de postes pourvus en 2012. Les résultats, qui viennent d’être publiés ce 12 juillet 2013, indiquent une tendance tenace et même aggravée : un poste de Capes sur six n’a pas été pourvu malgré la crise économique qui frappe le pays[1]. En mathématiques la situation est encore plus grave, avec un poste sur trois non pourvu au Capes. Ne parlons pas des lettres classiques, avec deux postes sur trois non pourvus, puisque ce Capes sous sa forme actuelle est voué à disparaître, ce qui permettra de publier à l’avenir des chiffres plus présentables.

De même, les seuils d’admission au concours pour devenir professeur des écoles se sont effondrés, notamment dans les académies déficitaires parisiennes. A Créteil, le seuil d’admission est descendu à 4,1/20 de moyenne au concours (contre 9/20 l’an passé).

Fort heureusement les résultats d’admissibilité au second concours exceptionnel de 2013[2] ont permis de faire oublier quelque peu ces résultats catastrophiques. Ainsi les listes d’admissibles sur Publinet montrent une nette tendance à la hausse des admissibilités. « Le Monde » souligne ainsi des taux de « surbooking » (sic) exceptionnels : il y aurait beaucoup plus d’admissibles que de postes en mathématiques (20%), en anglais (52%) et en lettres (47%) etc.

Il n’en pas fallu davantage pour que les média s’enthousiasment, à commencer par « Le Monde » qui, à la suite du communiqué du Ministère, y a vu « un vrai regain d'intérêt pour le métier »[3].

Or les listes des admissibles au concours exceptionnel publiées incluent ─ pour une raison inexplicable  ─ tous les doublons, c'est-à-dire tous les admis du premier concours de la même année. Et ceux-ci sont très nombreux, les candidats ayant dû s'inscrire aux deux concours, ce qui avait déjà permis au Ministère de se féliciter plus tôt dans l’année du nombre de candidats, les mêmes causes produisant les mêmes effets[4].

Par conséquent ces chiffres victorieux doivent être quelque peu revus à la baisse.

Ainsi en anglais, comme nous l’avons vérifié personnellement, il n'y a pas 1916 admissibles mais 1455 admissibles environ pour 1260 postes. Soit un taux de « surbooking » chutant de 52% à 15%, ce qui est en réalité très faible et même inquiétant. Au premier concours ce taux était de 17% et moins des trois-quarts des postes ont été pourvus.

En lettres, il n'y a pas 1708 admissibles mais 1201 admissibles environ pour 1160 postes. Soit un taux de « surbooking » chutant de 47% à 3%...

En mathématiques, la situation serait encore plus dramatique puisque ce ratio passerait de +20% à… -20%. Il risque, en vertu de ce chiffre catastrophique, d'y avoir encore moins d'admis au concours exceptionnel qu'au concours régulier, ce qui risque de constituer un record de postes non pourvus dans cette discipline en 2014.

Pourquoi les listes n’ont-elles pas été expurgées des doublons avant publication ? On ne le voit que trop bien : il s’agit avant tout d’une opération de communication savamment orchestrée.

Car il suffit de s’en convaincre : la crise de recrutement est derrière nous !

Et le métier d’enseignant étant redevenu engageant comme par magie, il sera bientôt temps de « réformer » le statut des enseignants et leurs obligations de service, ainsi que le Ministre l’a annoncé à la suite de la publication de ces résultats[5].

Ce qui ─ n’en doutons pas ─ ne manquera pas de rendre le métier plus « attractif » encore…

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[2] En vertu de la nouvelle mouture du concours, le nombre d’admis ne sera connu qu’en 2014, après les oraux de juin.

[4] voir notre article « Piège à con(cour)s » du 25 février 2013

[5] « VousNousIls » du 18/07/13 : « Statut des enseignants : Peillon convoque un groupe de travail sur le sujet »