Bien-être et discipline dans PISA 2012

Petite climatologie scolaire

Suite de notre feuilleton PISA, avec de nouvelles découvertes très instructives.

A l’occasion de ses vœux ministériels pour 2014, le ministre de l’Éducation a souhaité, parmi les trois grandes orientations de cette année, assurer enfin le « bien-être à l’école »[1]. Une orientation très consensuelle... en apparence du moins.

A vrai dire ce crédo est celui de Vincent Peillon (et de bien d’autres) depuis longtemps : les élèves français seraient « ceux qui souffrent le plus, avec les petits Japonais »[2]. Nous avons déjà démontré qu’une telle affirmation — à vrai dire assez étonnante — n’est absolument pas fondée.

Avec les tout nouveaux chiffres 2012 fournis par l’OCDE à l’occasion de son enquête trisannuelle PISA nous avons même l’occasion d’approfondir quelque peu la question.

 

Le « sentiment d’appartenance »

C’est à partir notamment de cette donnée de PISA que les pédagogistes construisent le mythe utile d’une école française source de mal-être pour nos élèves.

Observons seulement ce tableau :

Le sentiment d'appartenance

On observe que, sur les neuf questions posées aux élèves, deux obtiennent un mauvais résultat en France. Or le plus mauvais d’entre eux résulte d’une traduction fautive[3]. Même avec cette grave erreur et ce résultat catastrophique (47,4% contre 81,3% en moyenne dans l'OCDE), la moyenne de la France, s’agissant du sentiment d’appartenance des élèves dans son ensemble, se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE : c'est dire si les élèves français sont plus malheureux qu'ailleurs !

Six questions sur neuf classent même la France parmi les pays où les élèves se sentent le mieux à l’école, avec des écarts parfois spectaculaires : si 81,5% des élèves français sont satisfaits de leur école et 80,4% considèrent que tout s’y passe très bien, ce n’est plus le cas que de 72,5% et de 53% des élèves dans les dix « pays » les mieux classés de l’OCDE. A titre d’exemple seuls deux élèves finlandais sur trois se sentent bien à l’école et un sur deux considère que tout s’y passe très bien. Moins d'un tiers des élèves japonais considère même que tout s’y passe très bien. Les pays de la réussite ne sont pas nécessairement ceux du bien-être des élèves !

Pour le ministre, qui ne s’embarrasse pas de telles considérations, il ne fait nul doute que le mal-être des élèves français ne peut que provenir d’un manque de « bienveillance » de la part de l’école, et donc des enseignants et de leur pédagogie, ce qui ne laisse pas d’étonner dans un pays qui a mis l’élève au centre du système depuis un quart de siècle. Et le ministre d’annoncer sa détermination à mettre en place l’orientation choisie, à remettre en cause les notes, à limiter les redoublements, etc. Des orientations pédagogistes qui présentent l’inestimable avantage d’être aussi généreuses qu’économiques !

Il est vrai que passer sans en avoir le niveau dans la classe supérieure est bien moins violent que de se voir proposer le redoublement.

Le ministre ne fait que reprendre en chœur le crédo d'une fédération de parents d'élèves très militante et œuvrant depuis longtemps « pour une école bienveillante et prévenante » :

L'angoisse née de l'échec et de l'exclusion ne peut constituer une bonne base pour des apprentissages sereins. Comme à chaque fois depuis sa première édition, PISA montre que les systèmes éducatifs qui réussissent le mieux sont ceux qui excluent le moins les élèves et ont le tronc commun le plus long, sans orientation précoce et sans redoublement.

Malheureusement les pays les mieux classés dans PISA n'appliquent pas nécessairement les méthodes censément "progressistes" : les pays asiatiques accordent une importance démesurés aux notes et aux examens. Même en Finlande, pays merveilleux de la réussite éducative, la sélection sur niveau (dossier ou examen) est cruciale à la sortie de l'école fondamentale. Sans oublier que rares sont les pays, même en haut du classement PISA, dont tous les enfants sont inscrits dans le secondaire comme en France : une toute autre vision de l'inclusion et de la « bienveillance », en somme !

Il y a en revanche un autre résultat PISA 2012 dont on n’entend assez peu parler et dans lequel la France obtient un record peu flatteur.

 

Le « climat de discipline »

La France, pour le climat de discipline en cours, est classée parmi les pires pays de PISA : en moyenne 58ème sur 64. Dans sa note sur la France, l'OCDE observe que « la France se classe parmi les pays de l’OCDE où la discipline est le moins respectée. »

Climat de discipline

Quelle coïncidence extraordinaire : les pays qui réussissent le mieux scolairement sont ceux qui offrent aux élèves le meilleur climat de discipline !

Compte tenu de ces chiffres, il n'est en effet guère étonnant, par ailleurs, que tant d'élèves français se sentent à l'école « chez eux » et que le ministre lui-même s'inquiète également dans ses vœux du bien-être... des professeurs.

Un élève français sur deux estime que les élèves ne peuvent pas bien travailler en classe, contre moitié moins dans les dix pays les mieux classés de PISA 2012 : à la lecture de ce tableau on peut se demander dans quelle mesure le mal-être de certains élèves français ne pourrait pas plutôt trouver sa source dans un si mauvais climat de discipline.

Mais non : fadaises que tout ceci ! Dans son dernier éditorial, Paul Raoult, le président de la FCPE n'en démord pas : « il est temps que le gouvernement engage une vraie réflexion sur la question disciplinaire dans les établissements ». Et de dénoncer, sans crainte du ridicule, les procédures disciplinaires et une école française « devenue un système d'exclusion »...

@loysbonod

 

[1] « Peut mieux faire », blog hébergé du « Monde » le 22 janvier 2014 : « Le service après-vente des réformes 2013, priorité 2014 de Vincent Peillon »

[2] Vincent Peillon sur Europe 1 le 8 juin 2012 : « Les sociologues disent, concernant les enfants français, [que] ce sont ceux qui souffrent le plus, avec les petits Japonais. On ne peut pas en être fiers collectivement, il y a le plus de stress, de souffrance et même de suicides en France, il n'est pas interdit d'apprendre et d'être heureux et même, pour être motivé à apprendre, il faut avoir un peu de plaisir »

[3] Au passage les quatre premières questions en doublon (« je me sens comme un étranger (hors du coup) »/« je me fais facilement des amis » ; « je me sens chez moi »/« je me sens mal à l’aise, pas à ma place ») confirment l’incohérence des résultats. On peut faire l’hypothèse que la traduction de « outsider » par « étranger » en français est également problématique.