La suppression du redoublement, un vrai miracle éducatif

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C’est une très curieuse note d’information que vient de publier la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), l’organe statistique de l’Éducation nationale, qui montre que la baisse du redoublement a « un impact positif sur la réussite des élèves »1. Voilà qui tombe à pic puisqu'un décret ministériel vient de le supprimer très officiellement, et sans que rien ne soit véritablement mis en place pour le remplacer.

Il est de coutume que nos réformateurs les plus avisés (récemment « France Stratégie ») fustigent le manque d’efficacité (et surtout le coût…) du redoublement. Mais, avec cette nouvelle note d'information, la DEPP va beaucoup plus loin : à l’en croire, le redoublement produirait… de l’échec scolaire. Il était temps de s'en rendre compte, en effet !

De doctes experts, confondant quelque peu cause et conséquence, avaient déjà savamment démontré que les élèves ayant redoublé étaient plus exposés à l’échec scolaire que les autres, ce qui est effectivement très étonnant.

Une surprenante réussite au bac

Mais la DEPP, prenant acte de son caractère de plus en plus exceptionnel2 (la DEPP parle pieusement de « baisse » ou de « diminution »), constate, non sans émerveillement, que les résultats scolaires de l’ensemble des élèves restent stables au brevet et même progressent spectaculairement au bac sur la même période.

Pour illustrer son propos, la DEPP fournit ce graphique comparant le taux de retard des élèves en troisième depuis 2004 et le taux de réussite au baccalauréat général et technologique quatre ans après : les deux courbes s'opposent miraculeusement, en effet.

On se demande bien d'ailleurs, face à une réussite aussi éclatante, pourquoi il est si important de « refonder l’école ».

Une réalité moins chantante

En vérité, on ne peut que s’étonner du choix des indicateurs de réussite retenus par la DEPP. La réussite au bac procède de la même « politique volontariste » que la suppression du redoublement (ou le passage en seconde générale).

Il suffit pour s'en convaincre de prendre l'exemple de la voie professionnelle (curieusement ignorée par la DEPP pour mesurer la « réussite des élèves » : serait-elle considérée comme un échec ?). De fait, bien que le cursus des élèves de cette voie ait été réduit à trois ans au lieu de quatre depuis 2008, la proportion d’une génération obtenant le bac professionnel est miraculeusement passée de 12,4% à 23,7% en 2014 : une « réussite » qu'il suffisait de décider, en somme !

D’autres indicateurs, plus précis et plus pertinents, ne sont prudemment pas évoqués par la DEPP : la baisse notable des performances des élèves les plus faibles dans PISA 2012 par exemple. Dans les trois domaines d’évaluation, le score moyen des élèves français est resté stable mais en revanche le score des élèves les moins performants s’est nettement dégradé depuis douze ans : il s'agit bien des élèves les plus susceptibles de se voir proposer le redoublement.

Soyons plus irrévérencieux encore : partons des propres chiffres de la DEPP en comparant le taux de redoublants en CM2 et l’évolution alarmante du niveau des élèves les plus faibles pour le même niveau. La corrélation (à défaut d'une causalité démontrée) montre en effet une grande réussite :

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De ces chiffres on peut sans doute tirer des conclusions bien différentes sur la pertinence de la suppression du redoublement… mais également sur le niveau d’exigence de nos diplômes du secondaire et leurs records actuels !

Le concept moderne de « taux de retard », on le voit, ne concerne pas le retard scolaire mais le retard d'âge des élèves qui ne sont pas « à l'heure » (sic). Dans une école vraiment soucieuse de la réussite de ses élèves, notamment les plus faibles, lequel des deux est vraiment important ?

On savait déjà à qui profite la suppression du redoublement. Maintenant on sait à qui elle ne profitera pas.

@loysbonod


[1] Note d'information de la DEPP : « Forte baisse du redoublement : un impact positif sur la réussite des élèves » (6 novembre 2014)

Extrait :

Une baisse du redoublement accompagnée d’une meilleure réussite des élèves

On a longtemps pensé que le redoublement permettait d’offrir à l’élève une chance supplémentaire de maîtriser les compétences attendues. Pour apprécier les effets produits par la baisse du redoublement, on doit s’interroger sur son impact, en particulier sur les itinéraires des élèves qui auraient redoublé en l’absence de cette politique. Comment les parcours des élèves « à l’heure », nettement plus nombreux qu’avant du fait de cette diminution, ont-ils évolué ? Si l’on étudie la réussite aux examens, on s’aperçoit que le pourcentage d’élèves « à l’heure » reçus au diplôme national du brevet (DNB) est resté constant sur les six dernières années, de l’ordre de 92 %, et que le taux de mentions obtenues par ces élèves est également stable. Sur la même période, le passage en seconde générale et technologique des élèves de troisième « à l’heure » a légèrement progressé, passant de 79,8 % en 2008 à 81,9 % en 2013. De plus, la proportion d’élèves de seconde « à l’heure » obtenant le baccalauréat « à l’heure » a connu une importante progression. Alors qu’elle était de 67 % pour la session de juin 2006, elle s’est élevée à 77,4 % à la session 2013. Enfin, le taux de réussite au baccalauréat général et technologique, quel que soit l’âge des candidats, est en constante progression. Ainsi, il apparaît que la politique de diminution du redoublement a permis d’atteindre une meilleure fluidité des parcours, sans affecter la réussite des élèves qui a globalement progressé.

[2] Voir notre infographie exclusive :