Hommage à Fabienne et Pierre

Ce sont deux drames qui n’ont sans doute rien à voir l’un avec l’autre mais telle est la force de l’esprit qu’on ne peut s’empêcher de les rapprocher, de les confronter, de les faire se répondre.

L’année scolaire vient en effet de se fermer comme elle s’était ouverte : avec la mort brutale d'un enseignant, et dans la même indifférence générale qui est celle d'une nation occupée à des choses bien plus importantes.

Le 1er septembre 2013, à Marseille, un professeur d’électronique de 55 ans s’est suicidé la veille de la rentrée dans son lycée en laissant une longue lettre, terrible et lucide. Une lettre où il expliquait que « le métier tel qu'il est devenu » ne lui était « plus acceptable en conscience ».

Le 4 juillet 2014, à Albi, dans la matinée de son dernier jour de classe, une jeune maîtresse d’école a succombé à sa blessure dans sa salle : une mère d’élève déséquilibrée l’a poignardée devant ses propres élèves.

Peu importe : l'une sera oubliée demain comme l'autre l'a été hier.

Dieu sait pourtant que ces deux morts au seuil de l'année scolaire sont terriblement symboliques, si l'on veut bien entendre les symboles. Elles résonnent comme l'expression d'un deuil plus profond et plus sombre, elles sont comme deux coups d'une inexplicable brutalité, parmi des milliers d'autres plus petits, portés à l'âme fragile de l'école, celle que nous voulons pour nos enfants : un lieu de la transmission sereine, de l'écoute, de la confiance dans les maîtres. Un lieu à part, non pas sacré car il appartient à tous, mais protégé, respecté et même encore un peu admiré.

Nombreux sont ceux qui garderont la mémoire de ces deux enseignants car, avec eux, c’est une certaine école qui est en train de mourir. Et pour nous tous, rien ne devrait être plus important.