Un brevet de niveau très primaire

20160623

Chaque année, avant l’épreuve de français du DNB, les élèves s’inquiètent : vont-ils être interrogés sur les subordonnées circonstancielles de concession ou d’opposition, sur les classes grammaticales de « que », sur le discours indirect libre, sur les modalisateurs, sur le subjonctif passé, sur l’emploi modal du conditionnel dans le système hypothétique, sur les genres et registres littéraires, toutes notions au programme de troisième ?

De fait, en 2016, les questions du brevet étaient encore une fois d’une redoutable complexité.

Deux questions (deux points sur quinze environ) portaient en effet sur des points ardus du programme de collège. Il fallait identifier, dans un beau texte de Maurice Genevoix, le présent comme temps dominant, ainsi que le radical d’un mot[1]. Des compétences particulièrement techniques, qui s’acquièrent en primaire[2], sont revues en sixième. Rien sur les programmes de 5e, 4e ou 3e[3].

Les six autres questions (treize points sur quinze) étaient des questions de relevé ou d’impression (« Comment ressentez-vous…. », « Comment comprenez-vous… »), ne demandant aucune préparation : les élèves pouvaient réussir « au talent ».

Certes, tant pis pour les élèves travailleurs, notamment les plus faibles qui espéraient pouvoir mettre à profit leurs efforts : la bienveillance moderne exige de ne pas trop exiger de tous les élèves.

Ainsi les élèves battront-ils sans doute de nouveau les taux de réussite et de mentions records déjà atteints l’an passé[4]. Dans ces conditions, on se demande bien pourquoi réformer le collège. Comme le résume une candidate assez lucide à la veille des épreuves :

Par précaution, mieux vaut quand même réformer le brevet en 2017, avec l'espoir de nouveaux miracles.

@loysbonod


[1] Voir le sujet de brevet 2016 :

4. « Dégouttelantes » (ligne 11) : comment ce mot est-il construit ? Quel sens lui donnez-vous ? (1,5 point)

[…]

6. Quel est le temps verbal dominant dans le texte ? Quel est l’intérêt de son emploi dans ce récit ? (1 point)

A noter que la question sur l’emploi du présent est ouverte et ne semble même pas nécessiter de connaître les valeurs des temps.

[2] « identifier le présent » en CE1 ou « Connaître et utiliser oralement le vocabulaire concernant la construction des mots (radical, préfixe, suffixe, famille » en CM1).

[3] Les questions portaient sur une part importante des programmes de français au collège, comme on peut le constater en survolant le graphique ci-dessous :

Les 14 pages des programmes français au collège

[3] 87% de réussite et 60% de mentions en série générale, deux records en 2015 que la DEPP oublie de signaler. A lire ou relire sur le même sujet : "Miri est contente" (2012) et "Le collège en gibelote" (2015)