Les sujets de français au brevet depuis l’an 2000

Robert Mingarelli, Marie Rouanet, Anny Duperey, Jean-Claude Izzo, Pierrette Fleutiaux, Claude Seignolle, Régine Detambel, Bruno Crémer, Claude Michelet, Philippe Delerm, Dai Sijie, Jean-Louis Etienne, Pierre Péju, Laurent Gaudé, Patrick Brard et, en 2014, Charlotte Delbo…

On le voit, depuis la mise en place du nouveau brevet, les concepteurs des sujets de français sont résolument tournés vers la littérature la plus récente : plus de la moitié des textes donnés en sujet de brevet depuis 2000 ont en effet été écrits après 1980 et presque un tiers dans les années 2000.

De fait n'est-il pas temps d’abandonner définitivement le reste de la littérature à sa naphtaline ? Quel élève aujourd'hui, en fin de scolarité obligatoire, veut et surtout peut lire, conformément aux programmes de collège, des épopées poussiéreuses de l’Antiquité et autres « textes fondateurs », de vieux romans de chevalerie, des fabliaux du Moyen Âge, d'obscurs textes humanistes, des fables moralisantes, des pièces datées du classicisme ou de soporifiques contes philosophiques des Lumières, sans même parler de la poésie surannée des siècles passés ? Des œuvres – imaginez-vous – écrites avant la naissance des élèves !

C’est sans doute par politesse que les programmes de collège considèrent encore l'héritage encombrant des « œuvres classiques » comme des « références culturelles » et invitent à lire des « textes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles choisis pour leur intérêt culturel » (sic). Mais en vérité qui peut trouver le moindre intérêt littéraire à des romanciers aussi momifiés et éloignés de nous qu’Honoré de Balzac, Théophile Gautier, Gustave Flaubert ou Albert Camus, pourtant tous recommandés par les programmes ? On y trouve même des monuments littéraires universels comme Sophocle, Euripide, William Shakespeare, Hoffmann, Edgar Allan Poe, Pouchkine, Gogol, les sœurs Brönte, Tourgueniev ou Tchekhov !

Heureusement, le jour du brevet, les élèves travaillent sur d’autres géants de la littérature, comme Annie Duperey ou Bruno Crémer. C’est à peine si, de temps en temps, au détour d’un sujet, on rencontre un timide Victor Hugo ou une minuscule George Sand.

A croire que la littérature offre, depuis des siècles, bien peu de choix. C'est une chance que des auteurs plus proches de nous offrent des textes infiniment plus brillants, plus profonds et en même temps plus accessibles aux élèves.

Bien sûr certains ne manqueront pas de souligner l’abîme entre les programmes et ce que le diplôme national du brevet (qui – rappelons-le – doit officiellement sanctionner « la formation acquise au terme du collège ») sanctionne vraiment.

A les en croire, la littérature, parce que de plus en plus inaccessible et étrangère aux élèves, risque bien en effet de rendre cruellement visible le naufrage de l’école.

@loysbonod 

 

 


Annexes

Les textes choisis (en série générale et en métropole) comme sujets de brevet depuis 2000 :

Les textes sont classés par date d'écriture. Les programmes de français ont été réformés en 1995 et en 2008 et par conséquent le brevet a été rénové en 2000 et en 2013.

Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo (1844) en 2000

George Sand, Histoire de ma vie (1854) en 2000 et 2005

Victor Hugo, Les Misérables (1862) en 2000 et 2007

Arthur Rimbaud, Poésies (1870) en 2006

Emile Zola, « Le grand Michu » (1874) en 2008

Guy de Maupassant, Bel-Ami (1885) en 2003

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac (1897) en 2002

Colette, Les Vrilles de la vigne (1908) en 2010

Jean Anouilh, Le Bal des voleurs (1938) en 2001

Jules Supervielle, La Fable du monde (1938) en 2003

Romain Gary, Les Racines du ciel (1954) en 2011

George Brassens, « Jeanne » (1962) en 2006

Claude Seignolle, L'Auberge du Larzac (1967) en 2003

Michel Tournier, Le Coq de bruyère (1978) en 2004

Claude Michelet, Une fois sept (1983) en 2005

Marie Rouanet, Le Crin de Florence (1986) en 2001

Jean-Louis Etienne, Le Marcheur du pôle (1986) en 2005

Jean-Marie Le Clézio, Printemps et autres saisons (1989) en 2002

Michel Tournier, Les Deux Banquets ou la commémoration (1989) en 2012

Pierrette Fleutiaux, Nous sommes éternels (1990) en 2002

Anny Duperey, Le Voile noir (1992) en 2002

Peter Brook, Lettre (1998) en 2000

Philippe Delerm, Petite brocante intime (1999) en 2004

Robert Mingarelli, La Dernière neige (2000) en 2001

Jean-Claude Izzo, Marseille (2000) en 2001

Bruno Crémer, Un certain jeune homme (2000) en 2004

Dai Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise (2000) en 2004

Jean-Marie Le Clézio, L’enfant de sous le pont (2000) en 2009

Charlotte Delbo, Une scène jouée dans la mémoire (2001) en 2014

Régine Detambel, Graveurs d'enfance (2002) en 2003

Pierre Péju, La petite Chartreuse (2002) en 2005

Patrick Bard, La Frontière (2002) en 2006

Laurent Gaudé, Le Soleil des Scorta (2004) en 2006 et 2013