"Le changement dans l'éducation passe par des principes éthiques" (Le Monde)

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03 Avr 2013 13:31 #4927 par Loys
A lire dans "Le Monde" cette tribune ébouriffante de Jean Houssay : "Le changement dans l'éducation passe par des principes éthiques" (02/04/13)



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03 Avr 2013 16:18 #4939 par Loys
Une étrange tribune, tout de même...

Le changement dans l'éducation passe par des principes éthiques

Oui, c'est mieux que par des actes immoraux...

Souvent, quand on est responsable politique, petit ou grand, et que l'on veut ou que l'on prétend changer le domaine éducatif, on se demande quelles sont les valeurs qui peuvent ou qui doivent présider aux principes de cette intervention, sachant que l'on est peu ou prou en charge du bien commun.

Ce "peu ou prou" ne laisse pas d'étonner. :scratch:

On cherche alors à s'appuyer sur un ensemble de valeurs ou à se justifier par elles.

"chercher à s'appuyer" sur des valeurs, passons, mais "se justifier par elles", voilà qui est beaucoup plus problématique. :scratch:

Pour notre part, nous pensons que l'éthique de l'éducation doit se référer aux quatre principes suivants :

Arrêter de favoriser ceux qui ont plus.
Faire en sorte que ceux qui ont plus aient moins.
Faire en sorte que ceux qui ont moins aient plus.
Arrêter de défavoriser ceux qui ont moins.

Un catéchisme redondant mais surtout ébouriffant, avec cette phrase extraordinaire : "Faire en sorte que ceux qui ont plus aient moins". Un vrai programme politique et républicain ! Puisque les plus défavorisés ont des difficultés à apprendre à lire et à écrire, faisons en sorte que les plus favorisés aient plus de difficultés eux-mêmes ! Les Shadoks auraient dû y penser ! :cheers:

Plus sérieusement : d'où vient cette affirmation que l'école "favorise ceux qui ont plus" ? :shock:

En lisant cette tribune, on pourrait avoir le sentiment que c'est l'école - à elle seule - qui favorise/défavorise les élèves favorisés/défavorisés.

Bref, seul le principe "Faire en sorte que ceux qui ont moins aient plus" mérite - à juste titre - d'être conservé.

Autrement dit toute réforme ou tout investissement en matière d'éducation doivent se poser ces questions pour être considérés comme "justes", du point de vue de l'intérêt collectif dont le politique est la garant : ces principes sont-ils respectés, favorisés ou, au contraire, sont-ils contrariés, voire bafoués ?

J'ajouterais : ces principes ne sont-ils pas idiots pour les trois quarts ?

Il est clair que notre positionnement s'inscrit dans l'équité et non dans l'égalité, fût-elle républicaine. Sachant que l'égalité s'est avérée souvent contraire à l'équité.

Et après tout ce n'est qu'un principe de la république...

Il ne s'agit pas, en effet, que tout le monde ait les mêmes droits, mais que tout le monde aient les mêmes possibilités en intégrant les inégalités de fait.

Le problème, c'est que les même possibilités sont bien offertes à tous mais que tous ne sont pas égaux pour les saisir.

Déclinons ces principes en nous appuyant sur quelques exemples.

Arrêter de favoriser ceux qui ont plus.

Quand la Cour des Comptes montre que les établissements parisiens disposent de moyens délivrés par l'État beaucoup plus considérables que ceux de la banlieue, il n'est pas besoin d'être grand clerc pour parler d'injustice.

Il faut juste s'intéresser un peu aux statistiques pour comprendre que dans une académie où la moyenne d'âge est supérieure, les salaires - du fait de l'ancienneté - sont supérieurs.

Quand les résultats des admis aux grandes écoles privées ou publiques, fleurons de l'institution scolaire française, notamment par l'intermédiaire des classes préparatoires, continuent à entériner la reproduction, il n'y a pas à s'interroger sur le fait que l'argent de l'État va d'abord aux plus favorisés en matière d'éducation.

L'entrée dans les classes préparatoires ne se fait malheureusement pas sur une sélection sociologique : les critères sont bien ceux du niveau scolaire. Hélas, l'école ne remplissant plus sa mission en amont, grâce aux efforts d'universitaires sdes sciences de l'éducation comme M. Houssaye, on observe ce qui s'apparente effectivement à une sélection sociologique de fait. Le discours bourdieusien sur la "reproduction" n'est d'ailleurs pas étranger aux réformes pédagogiques à l'origine de cet échec.

Bref, la reproduction en classe préparatoire est un symptôme, pas une cause de l'échec scolaire des élèves défavorisés.

Faire en sorte que ceux qui ont plus aient moins.

Ici, il faut bien le dire, nous manquons d'exemples...

Encore heureux...

Précisément parce que le fonctionnement actuel va plutôt dans le sens du principe précédent. Ainsi, des politiques comme celles de la demi-part d'impôts pour les étudiants, quels que soient les revenus, ou de la diminution d'impôts suite aux cours particuliers par le moyen du Chèque Emploi Service Universel, ne font qu'aller à l'encontre de ce principe, même sous un affichage de générosité.

Les revenus des parents ne relèvent malheureusement pas de l’Éducation nationale. Quant au CESU, qui permet un crédit d'impôts, il est autant sinon plus utile pour les familles les plus défavorisées : il est de toute façon assez peu utilisé pour les cours particuliers, me semble-t-il.

Suivons le raisonnement : il faut appauvrir les plus riches pour obtenir une école plus juste. La solution était pourtant simple et personne n'y avait songé.

Faire en sorte que ceux qui aient moins aient plus.

Les politiques dites de compensation s'inscrivent souvent dans cette logique. Qu'il s'agisse des RASED, des ZEP, des internats d'excellence, des heures de soutien ou de dispositifs de ce type, on voit bien que l'optique est la même : compenser, au moins pour certains, la discrimination négative dont ils sont victimes. Faire un peu plus pour qu'ils aient un peu moins de moins. Chacun sait que les moyens et les résultats de ces dispositifs sont sujets à réussite et à discussions.

Il y a parfois des dépenses et des dispositifs bien inutiles : la numérification de l'école en est un bon exemple. En revanche, j'ai pu constater que les moyens en heures d'enseignements n'étaient pas toujours à la hauteur d'une telle compensation.

Arrêter de défavoriser ceux qui ont moins.

Évidemment il est délicat d'afficher vouloir favoriser un tel principe... Il n'empêche. Tout ce qui ôte des moyens, même compensatoires, aux zones défavorisées par exemple, ne peut que contrecarrer ce principe. Créer des filières nouvelles, dévalorisées institutionnellement, sert de poudre aux yeux pour contrebalancer les inégalités de fait.

De quels moyens retirés ou de quelles filières nouvelles s'agit-il ?

Envoyer systématiquement les personnels les plus jeunes encadrer ces enfants et ces jeunes ne fait que renforcer le mécanisme de dévalorisation.

Personne ne les "envoie systématiquement" avec cette intention supposée : à l'inverse bien peu d'enseignants souhaitent rester dans des établissements difficiles et dans des académies lointaines. C'est bien compréhensible. Si ce paramètre changeait en rendant par exemple la vie plus supportable dans ces établissements, en restaurant par exemple un semblant d'autorité...

Seulement, nous dira-t-on, quatre principes, n'est-ce pas trop ou, tout au moins, vont-ils tous dans le même sens ? Dès lors que les principes sont pluriels, quelle hiérarchie faut-il respecter ?

:pendu:

Nous aurions tendance à dire que tout dépend de la société dans laquelle nous vivons. Plus la société est de fait inégalitaire (même sous des proclamations inverses) et plus la hiérarchie des principes se doit d'aller du premier au dernier.

M. Houssaye pense que les problèmes de l'école peuvent être résolus par une politique de répartition non seulement des moyens mais des richesses, sur un mode soviétique. :shock:

Si le troisième "principe" peut influer sur l'égalité des chances (au départ, s'entend, pourvu que ces moyens soient utilisés rationnellement), il serait naïf de croire qu'une réforme profonde de ce qu'est devenue l'école est dispensable.

L'enjeu actuel est bien de confronter toute réforme ou tout investissement éducatifs à l'aune du premier principe. Il s'agit bien, en tout premier lieu, d'arrêter de donner plus à ceux qui ont plus. Puis de donner moins à ceux qui ont plus.

L'imposition ne "donne" pas plus, elle retire moins, ce qui est très différent. :shock:

C'est là que se dégagent les instruments et les moyens d'action. Ce n'est pas d'abord de vouloir "sauver" ceux qui ont moins. On ne trouvera les marges de manœuvre qu'en inversant la logique en place qui est de favoriser, sous couvert d'égalité, ceux qui ont plus...

Ce qui est donc faux...

...et de faire "un petit quelque chose" médiatiquement favorisé pour ceux qui ont moins ou plutôt pour une petite frange de ceux qui ont moins.

Je ne suis pas sûr de comprendre cette phrase.

En second lieu, il s'agit aussi de ne pas oublier que toute mesure s'inscrit dans un fonctionnement systémique.

Je dirais même plus : un fonctionnement systémique opérationnel. :doc:

Et que ce mécanisme devient pervers quand, au nom d'un principe supérieur, on en vient à accentuer la négativité d'un principe inférieur.

J'ai mal à la tête...

Ce qui signifie que tout changement doit être jugé en tout premier lieu au regard de ce qu'il produit sur les principes inférieurs. Prenons quelques exemples fort actuels : l'assouplissement de la carte scolaire, les internats d'excellence et les réseaux qui lient les lycées de zones défavorisées aux établissements d'élite répondent bien au troisième principe (donner plus à ceux qui ont moins), mais ils ne font qu'accentuer les dommages du quatrième principe (arrêter de donner moins à ceux qui ont moins), puisque, pour "sauver" les meilleurs élèves des zones défavorisées, ils laissent la majeure partie des jeunes de ces zones encore plus démunis.

Curieuse logique. Rien n'oblige à ce que le troisième principe aille à l'encontre du quatrième. :scratch:

Une éthique du changement en éducation et quatre principes à respecter. Et un principe des principes : ne juger de l'opportunité morale d'une réforme ou d'un investissement que s'il permet, en tout premier lieu, d'arrêter de défavoriser ceux qui ont moins.

Ravi d'apprendre que l'école a elle-seule a les moyens "d'arrêter de défavoriser ceux qui ont moins".

Ce qui requiert beaucoup de courage... Les politiques n'en auraient-ils pas ?

Jean Houssaye, sciences de l'éducation Université de Rouen

Dans l'intérêt de ceux qui ont moins, je propose la fermeture des si nombreux UFR de sciences de l'éducation dans toute la France : à l'économie réalisée s'ajoutera une chance de renouveau pour l'école.

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