"Égalité des chances : la démocratisation impossible ?" (EducPros)

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31 Aoû 2013 09:11 - 31 Aoû 2013 09:11 #7272 par Loys

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31 Aoû 2013 09:50 - 31 Aoû 2013 09:55 #7273 par Loys

Égalité des chances : la démocratisation impossible ?

Tout est dit : l'égalité des chances est conçue comme une démocratisation, c'est à dire un accès pour tous à ce qui est supposée être la réussite, l'accès à un diplôme du supérieur. Comprendre que l'obtention d'un bac professionnel est donc un échec.

L'égalité des chances en quête d'un second souffle

Comprendre qu'après la massification extraordinaire de l'accès au Bac (multiplié par trois entre 1980 et 2012), il faut s'attaquer à l'enseignement supérieur.

Le choix d'illustrer cette réflexion par une photographie de l'entrée de Sciences-Po est symptomatique d'une certaine conception des "chances" très particulière.
On peut imaginer que "Sciences Po", avec sa convention Éducation Prioritaire, est ainsi prise en exemple de démocratisation, ce qui est assez amusant quand on réalise que ce dispositif sert surtout de trompe-l’œil pour les 90% des élèves qui entrent à Sciences-Po par concours. Et pour les 10%, il ne fait qu'inscrire dans le marbre l'échec de l'égalité des chances à l'issue du lycée puisque les élèves de ZEP sont considérés comme ne pouvant pas entrer à Sciences-Po par le concours..

Initiés il y a plus de dix ans, les dispositifs "Égalité des chances" ont essaimé dans la plupart des établissements de l’enseignement supérieur, universités et écoles, en lien avec des lycées et collèges. Sous le label des "Cordées de la réussite", ils concernent aujourd’hui quelque 50.000 élèves. Mais malgré leur succès et un effet d’essaimage dont témoigne par exemple le lycée Feyder, à Épinay-sur-Seine (93), ces dispositifs ne suffisent pas à contrer la faible démocratisation de notre système éducatif.

Comme pour Sciences-Po, ces dispositifs sont des cautères sur des jambes de bois. C'est à l'issue de la scolarité obligatoire que se mesure l'égalité des chances en France. On ne crée pas artificiellement de l'égalité des chances, malheureusement.

Le ministère de l’Enseignement supérieur veut ouvrir de nouvelles pistes avec la loi ESR votée au printemps 2013.
Les chiffres sont têtus. En 2012, 31 % des enfants d’employés et d’ouvriers ont obtenu un diplôme d’enseignement supérieur contre 61 % des enfants de cadres et professions intermédiaires. De même, les effectifs en classes prépas, qui sont passés en une décennie de 70.000 à 80.000 élèves, n’ont quasiment rien changé à la composition sociale de ces filières les plus sélectives et les mieux dotées en moyens : 15 % d’enfants d’ouvriers et employés qui représentent pourtant la moitié de la population active…

La tendance s'est même accentuée avec le naufrage organisé de l'école.

"En trente ans, l’égalité des chances entre les enfants favorisés et défavorisés n’a pas du tout progressé, ce qui interroge notre système éducatif", rappelle le sociologue Camille Peugny dans son dernier ouvrage, Le Destin au berceau - Inégalités et reproduction sociale (éditions du Seuil).

Ça interroge surtout les évolution de notre système éducatif. :evil:

341 cordées en 2012-2013
Les chiffres sont têtus… mais ils masquent une réalité : la question de l'égalité des chances est désormais au cœur du paysage de l'enseignement supérieur avec quelque 50.000 lycéens et collégiens issus de quartiers populaires qui ont bénéficié directement de dispositifs d’accompagnement et de soutien pour entrer dans des filières d’excellence. Ces "Cordées de la réussite" sont déployées par environ 200 établissements du supérieur en partenariat avec plus de 1.900 lycées et collèges. 341 cordées en 2012-2013 contre 326 en 2011-2012 et 254 en 2010-2011…

Il est symptomatique de l'échec du système scolaire que la "réussite" ne puisse plus passer que par du soutien et une sélection artificielle.

Même s’il n’est plus en phase d’accélération, le moteur n’est pas en panne, contrairement à ce qu’annonçait un article du Monde qui a mis en émoi le microcosme des experts ès égalité des chances. "Beaucoup reste évidemment à faire, mais une véritable dynamique s’est engagée depuis 2005 et les regards ont changé", constate Claude Boichot, inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale et initiateur des Cordées de la réussite.

Plus les cordées de la réussite sont nécessaires et plus le système éducatif se dévoile comme inégalitaire.

Au commencement étaient… deux modèles
Souvenons-nous. En 2001, sous l’impulsion de son directeur, Richard Descoings, Sciences po Paris lançait les CEP (conventions éducation prioritaire). L'institut donnait le ton en proposant une procédure d’entrée spécifique pour des élèves sélectionnés au niveau d’établissements partenaires de quartiers défavorisés. En dix ans, un millier d’élèves issus d’une centaine de lycées ont intégré l’école de la rue Saint-Guillaume.

Et en dix ans combien d'élèves issus de milieux favorisés sont entrés à Sciences-Po ? :devil:
Même avec la CEP, par ailleurs injuste, la proportion d'élèves issus de milieux défavorisés est inférieure à celle des classes préparatoires.

Un an après Sciences po, l’ESSEC mettait au point son programme "Une grande école pourquoi pas moi ?", dit "PQPM". L’intention d’ouverture sociale est la même. Le procédé diffère radicalement. L’effet aussi. Sur les 500 lycéens accompagnés, pas un seul n’a intégré l’ESSEC. Mais là n’est pas l’objectif. Pas question d’un concours spécifique, ni même d’une préparation ciblée sur l’entrée dans cette prestigieuse école supérieure de commerce. "Le programme ESSEC est du tutorat étudiant qui vise à encadrer des élèves, un millier en 2012, pour travailler la motivation, la culture générale et l’ambition scolaire…", explique son initiatrice, Chantal Dardelet, responsable du pôle Égalité des chances de l’ESSEC qui a inspiré pas moins de 80 écoles et universités.

Ce n'est malheureusement pas au lycée que se joue l'égalité des chances (si les "chances", c'est d'accéder à une "grande école") compte tenu du nombre d'élèves affectés dans les séries technologiques ou professionnelles.

Des dispositifs qui essaiment…
Aujourd'hui, la plupart des établissements du supérieur ont leur dispositif "Égalité des chances", de l’ENA à l’école du Louvre en passant par Paris-Dauphine, la Femis ou encore les IEP de région avec le dispositif IEPEI.

Une vraie mode du politiquement correct.

Qui touche tous les domaines de formation. Par exemple, depuis 2009, l’ESJ Lille, avec le Bondy Blog, encadre une classe préparatoire aux concours des écoles de journalisme ouverte à une vingtaine de jeunes boursiers titulaires d’une troisième année de licence à l’université. Taux de réussite : de 65 à 75 %.

Grandes écoles, journalisme : on voit que la "réussite" est conçue de manière très particulière. Un CAP et le métier auquel il prépare seraient donc des échecs ? :fur

De même, avec le soutien de la fondation Culture & Diversité, les grandes écoles des domaines artistiques et culturels s’y sont mises. Ainsi, la Femis prépare chaque année une quinzaine d’élèves boursiers dans ses ateliers Égalité des chances. Depuis 2008, six d’entre eux sont entrés dans cette prestigieuse école de cinéma. De même, le programme Égalité des chances de l’école du Louvre a permis d’intégrer en 2013 sept élèves. Et si la prépa à l'ENM (École nationale de la magistrature) a permis depuis 2008 d’intégrer une dizaine d’élèves, celle de l’ENA ne peut pas en dire autant : pas un seul intégré via son dispositif.

De tout petits chiffres au lieu de pourcentages, mais ce qui compte c'est qu'on puisse les mettre en avant ensuite. :devil:

Les entreprises s'y sont mises, à l'exemple de l'institut Télémaque et de Passeport Avenir. "Plus de 4.000 jeunes issus des milieux populaires bénéficient chaque année d'accompagnement de professionnels du monde de l'entreprise", note Benjamin Blavier, délégué général de Passeport Avenir.

Voilà où en l'école publique : c'est au secteur privé de venir pallier ses échecs. :|

… Et disséminent au niveau des lycées
Au-delà de ces parcours que les cordées ont favorisés, l’effet de dissémination au niveau des établissements est aujourd’hui interrogé. "C’est une raison d’être de ces dispositifs qui, par essence, ne peuvent cibler directement qu’un nombre limité d'élèves", note Chantal Dardelet de l'ESSEC, qui constate que "l’ambition des élèves est à la hausse dans tous les lycées partenaires".

Mais pas vraiment dans les lycées non partenaires. :fur
Le cynisme est presque perceptible ici : on n'ouvre pas grand les portes à ces élèves accueillis en "nombre limité" mais on compte sur "l"effet de dissémination" (sic).

Sur place, comme nous avons pu le constater dans plusieurs établissements dont le très emblématique lycée Feyder à Épinay-sur-Seine (93), l’effet est bel et bien perceptible, même s’il est difficile à quantifier.

Ah...

Sur ce point, l’Institut de l’innovation et de l’entrepreneuriat social de l’ESSEC et Passeport Avenir ont chacun tenté d’évaluer "l’impact social" de leurs dispositifs. En se basant sur la méthode dite du SROI (Social Return On Investment), tous deux ont mesuré le retour sur investissement. Ainsi, pour un coût estimé à 428.000 € de programme PQPM, la valeur sociale créée serait de 1,3 million d’euros, soit un ratio de 3.

Mais qu'est-ce que la "valeur sociale" ? :scratch:

Pour sa part, le programme Passeport Avenir, qui coûte 1,8 million d’euros, en rapporterait 2,1 fois plus, soit une valeur sociale créée de 3,8 millions d’euros.

En rapporterait à qui ?

"Ni excès d’honneur, ni excès d’indignité"
"Les Cordées ayant fait la preuve de leur efficacité, il faut désormais les renforcer en les mettant mieux en réseau", note Claude Boichot, qui milite pour que le principe des Cordées soit intégré au Code de l’éducation.

Histoire qu'on sache à quoi s'en tenir sur la réalité de la réussite de notre système éducatif. :devil:

"Cette question n’est pas d’actualité", rétorque-t-on au ministère de l’Enseignement supérieur qui précise : "Ces dispositifs ont certes des résultats et ont permis une véritable prise de conscience, mais ce sont, dans la plupart des cas, des mesures d’accompagnement de démarches personnelles qui ne sont pas pensées comme un effort collectif du système éducatif."

Un surtout un effort au bon moment de la scolarité.

Autrement dit, précise l’entourage de la ministre : "Les Cordées ne méritent ni excès d’honneur, ni excès d’indignité. Elles ne sont pas l’alpha et l’oméga de notre politique Égalité des chances et ne sont pas un moyen de nous défausser de notre responsabilité."

Je ne vois pas en quoi une réussite artificielle a quelque chose de digne...

Le message est clair, qui témoigne d’une volonté politique de ne pas laisser aux seules grandes écoles ce dossier de l’égalité des chances sur lequel l’État a souvent été accusé de défaillance (voir l’interview du sociologue Paul Pasquali).

Les grandes écoles se sont surtout attachées à faire disparaître du champ médiatique ce dont on peut les taxer le plus : la reproduction sociale. De ce point de vue, c'est une belle réussite de communication.

D’autant plus que le bilan des Cordées montre de fortes disparités territoriales.
Sur l’allocation des crédits d’État (6,5 millions en 2012), l'écart est de 1 à 26 selon les académies, huit territoires académiques captent les deux tiers des crédits et un tiers des financements se porte sur la seule région francilienne.

Tout dépend où sont les élèves et les grandes écoles, en même temps. :roll:

Ce qui fait dire au politologue Patrick Weil que "ces dispositifs ne garantissent en rien d'égales chances d'accès aux filières sélectives quel que soit son lycée d'origine" et que "la France des lycées est devenue un morceau de gruyère avec des énormes trous".

Façon de dire que l'échec reste patent ailleurs. Les trous sont d'avantage issus de l'échec de la scolarité obligatoire que de la politique d'égalité des chances au niveau du supérieur.

Rapprocher les filières
Dans ce conteste, le ministère rappelle que l’égalité de chances est aujourd'hui inscrite dans la nouvelle loi ESR à travers quelques mesures phares, telles que la priorité donnée aux bacheliers professionnels en STS (sections de techniciens supérieurs) et aux bacheliers technologiques en IUT (instituts universitaires de technologie) via des quotas académiques, le continuum de formation du bac-3 au bac+3, ou encore les places en filières sélectives réservées aux bacheliers méritants.

Ce qui était ainsi conçu comme une filière courte, le Bac professionnel, devient une filière comme les autres, mais artificiellement. Dans cette perspective, le recrutement sur niveau devient secondaire à l'idéologie de la réussite pour tous.

"Ces mesures soulignent que l'égalité des chances ne peut pas se résumer à des questions d'autocensure vis-à-vis de quelques grandes écoles emblématiques", précise le ministère, qui a fait du rapprochement des filières une priorité, notamment pour les classes prépas et les universités. Des rapprochements qui traduisent une volonté de diversifier les voies d'accès aux filières d'excellence, quitte à bousculer le système.

Ou même à le dénaturer. S'occuper de l'égalité des chances après le lycée, c'est déjà trop tard. Mais nulle part dans cet article il n'est question de s'attaquer aux racines du mal.

Une perspective qui pourrait susciter quelques résistances, comme l'avait fait en d'autres temps l'objectif annoncé mais jamais tenu de 30 % de boursiers en classes prépas.

On devrait même fixer 30% de réussite aux concours pour les boursiers, en suivant cette logique ubuesque.

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31 Aoû 2013 09:57 #7274 par Loys
A lire dans "Le Monde" l'article évoqué plus haut : "Le moteur de l'égalité des chances en panne"


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