"Education : Le soleil se lève-t-il toujours à l'est ?" (Café pédagogique)

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14 Jui 2014 09:56 - 14 Jui 2014 10:20 #10913 par Loys

Gwang Jo Kim avance plusieurs hypothèses expliquant les performance de plusieurs pays asiatiques aux évaluations internationales PISA, PIRLS et TIMSS. Du point de vue de la tradition culturelle il souligne les facteurs suivants : l’existence d’une longue tradition de méritocratie, la valorisation de l’éducation, le respect dû aux métiers de l’enseignement et l’accent sur les compétences non-cognitives et les compétences transversales.

Tiens, tiens...

Les résultats des pays asiatiques aux évaluation PISA 2012
En clôture de la première journée, Jean-Marie de Ketele, professeur émérite à L’Université catholique de Louvain s’est penché sur les résultats des pays asiatiques aux évaluations PISA 2012. Shanghai, Singapour, Hong Kong, Taïwan, Corée du Sud obtiennent les meilleurs classements et ont les systèmes les plus équitables.

M. de Ketele s'est penché mais pas assez... :roll:

A titre d’exemple en maths, 25,1 des élèves de Shanghai sont surperformants et seulement 2,7% ont de faibles résultats.

Les élèves "scolarisés" de Shanghai...

La conclusion s’impose : les épreuves sont concordantes, il existe un groupe de 7 pays asiatiques dont le système éducatif est particulièrement efficace et équitable. Pour expliquer cela, M. Ketele met en exergue quelques covariances, notamment l’indice de fécondité : plus il est faible meilleurs sont les résultats.

Pas de chance pour la France ! :santa:
Pour mémoire les taux de fécondité en 2013 :
France : 2.05
Chine : 1.55 (mais Shanghai a l'un des taux de fécondité les plus bas du monde)
Japon : 1.39
Corée : 1.24

De même pour la proportion de population rurale, de la part de l’agriculture comparée à celle des services dans l’économie du pays, le PIB, le soutien familial et le recours à l’école de l’ombre et enfin l’espérance de vie scolaire.

Bref des facteurs exclusivement scolaires.

M. Ketele met en garde contre une lecture rapide de ces évaluations et invite à s’interroger sur ce que PISA n’évalue pas et rappelle qu’à caractéristiques socio-économiques semblables, la France n’a ni le même niveau d’efficacité ni le même niveau d’équité. M. Ketele conclue en faisant appel non à l’excellence exclusive et à l’effet de compétition créé par PISA mais à l’excellence inclusive et à préserver l’équité des systèmes.

Ce qui est quand même assez extraordinaire puisqu'on compare ici des pays qui ne scolarisent pas 100% des enfants dans le secondaire (à l'exception notable du Japon). :fur

L’un des effets pervers de PISA est d’exacerber la compétitivité au détriment de l’équité et de renforcer le recours à l’éducation de l’ombre.

:santa:

C'est une particularité des systèmes éducatifs asiatique : l'école de l'ombre, les cours particuliers privés, y est très répandue. Quels effets cela a -t-il sur l'éducation ? L'Europe, qui connait une forte croissance des ce s cours privés, doit-elle se protéger ?
L’école de l’ombre, celle des cours particuliers, supplémentaires, dispensés par des professeurs ou des entreprises occupe une place croissante dans les débats en éducation. Qui sont les plus gros consommateurs et pourquoi ?

Mais non : il faut moins d'école et respecter des rythmes scolaires modernes pour réussir ! :santa:

Marc Bray : Les champions asiatiques sont : la Corée du Sud, le Japon et Taïwan. L’école de l’ombre gagne très rapidement du terrain en Chine. En Europe, la Grèce, Chypre et Malte sont sur le podium mais la France est en train de les ratrapper.

On est très loin des modèles asiatiques d'école du soir... Chez nous, le travail est même supprimé en primaire et la FCPE demande qu'il le soit au collège.
Encore un bon exemple de schizophrénie française.

Les raisons en sont multiples. En Asie de l’est, il s’agit de pays riches où une bonne éducation est recherchée et le recours aux leçons particulières massif. En Asie du Sud, le système éducatif est déliquescent et les enseignants dispensent eux-mêmes des cours particuliers. Dans les pays asiatiques issus de l’ex-URSS, les cours particuliers ont toujours existé mais étaient clandestins. Avec l’acceptation du marché, cette pratique a perduré et est devenue ouverte. En Europe, les salaires des enseignants se sont effondrés avec la disparition de l’URSS, les enseignants étaient obligés de donner des cours particuliers pour subvenir aux besoins de leurs familles et la société dans son ensemble a accepté ce fait.

Ah... c'est pour ça que la France "rattrape" les autres pays, alors... :twisted:

La situation est particulièrement perverse en France : le gouvernement encourage lui-même l’école de l’ombre grâce aux abattements fiscaux avantageux. Seuls les riches paient des impôts et bénéficient de ce système, les familles pauvres sont exclues de ce système et leurs enfants ne bénéficient pas de cours particuliers. En agissant ainsi, le gouvernement reconnaît et légitime l’école de l’ombre.

C'est vrai.

Quelles sont les facteurs à l’origine de ce phénomène croissant ?
La confiance se trouve érodée. L’anxiété parentale est le fond de commerce des entreprises pourvoyeuses de cours de soutien qui l’entretiennent et nourrissent la défiance vis-à-vis des écoles. Le discours typique est celui de la responsabilisation des parents « votre fille a besoin d’un soutien vous devez le faire pour elle, donnez-nous quelques euros et nous nous en chargeons. » Cette anxiété trouve son origine donc en partie dans le discours de ces entreprises mais également dans la mondialisation. Auparavant, les familles n’avaient pas le sentiment que la compétition se jouait au-delà des frontières nationales. Les évaluations comparatives internationales entretiennent cette anxieté parentale.

Si l'école publique fonctionnait mieux, ce discours n'aurait pas de prise sur les parents. Mais là, il faudrait s'interroger sur des choix dans lesquels de nombreux pédagogues portent une responsabilité. Mieux vaut accuser l’État, c'est plus commode...

Plus le nombre d’enfant bénéficiant d’une éducation parallèle croît, plus cela devient la norme et plus de familles y ont recours. Par exemple à Hong Kong 58% des élèves ont recours aux cours particuliers à la fin du collège et cette proportion atteint les 72% à la fin du lycée !

Tout à fait comme en France. Et encore ces chiffres n'indiquent pas le nombre d'heures hebdomadaires...

Par conséquent, ceux qui n’en bénéficient pas deviennent nerveux et intègrent le système aussi. On arrive ainsi à un point de basculement.
Cela a un effet pervers : les élèves respectent moins les enseignants des écoles et ces derniers, constatant que leurs élèves se tournent ailleurs pourraient relâcher leurs efforts et s’appuyer sur le secteur privé. Un cercle vicieux s’installe.

Il n'y a plus qu'à attendre que tout s'écroule, si je comprends bien...

Le phénomène de l’école de l’ombre est vieux et bien installé en Asie. De ce fait, l’Asie pourrait délivrer un message à l’Europe : évitez que cela fasse partie de la culture, découragez cette école de l’ombre.

Et acceptez de sombrer dans les comparaisons internationales ! :doc:

On peut partager l’Europe en quatre groupes : le sud où il est trop tard, le marché des cours privés est bien ancré. L’Europe de l’est : pour les raisons historiques déjà expliquées, le phénomène est accepté par la société. En Europe de l’Ouest : il n’est pas encore trop tard, il faut agir vite. Dans les pays scandinaves, les parents font confiance aux enseignants et à l’école, c’est un bon endroit pour être un écolier, alors protégez ce que vous avez de bien ! Une arme efficace est la réglementation de ces cours particuliers. C’est une tâche à laquelle il faut s’atteler.

Rendre l'école publique meilleure, par contre, en revenant sur certains choix pédagogiques catastrophiques, ce n'est pas une "arme efficace" par contre. :doc:

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14 Jui 2014 10:04 - 14 Jui 2014 10:07 #10914 par Loys

Education : Le soleil se lève-t-il toujours à l'est
Pourquoi réunir autant de spécialiste des systèmes éducatifs asiatiques en région parisienne du 12 au 14 juin ? Comparer les systèmes éducatifs peut paraitre ingrat car les transpositions sont souvent impossibles ou vaines.

Elles l'étaient moins quand il s'agissait de comparer la France et la Finlande, dont les méthodes pédagogiques semblaient concorder avec les lubies des plus progressistes de nos pédagogues. :santa:
www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/...llegefinlandais.aspx
www.cafepedagogique.net/lexpresso/pages/...delecoledereve_.aspx
www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Page...enceFinlandaise.aspx

Pourtant le colloque est riche en apports pour notre éducation nationale.
A première vue, réunir les meilleurs spécialistes des systèmes éducatifs asiatiques c'est déjà se prendre une claque. Une partie d'entre eux, pas tous, caracolent en tête des résultats de Pisa. C'est le cas par exemple du Japon, de la Corée du Sud et même du très pauvre Vietnam. Au regard de cet exemple, les résultats du système éducatif français, beaucoup plus coûteux, paraissent nettement insuffisants.

Les systèmes éducatifs asiatiques sont moins coûteux pour une raison structurelle : le nombre d'élèves par classe. La vraie question qui se pose : comment est-il possible de travailler convenablement avec de tels effectifs ? ET c'est ici que se pose une autre question : le respect pour l'école, la considération pour les enseignants, l'attitude en classe, le climat de discipline etc.

Mais c'est oublier les apports réels de l'éducation comparée. En mettant face à des univers aussi distancés, l'éducation comparée nous ramène à l'essentiel. Certes l'éducation a à voir avec l'économie et le budget. Mais l'exemple asiatique montre que l'efficacité éducative, si elle entretient une dialectique avec le développement, ne se résout pas à une simple équation budgétaire. Pour qui veut comprendre les systèmes éducatifs asiatiques, il faut se souvenir que l'éducation est d'abord familiale.

Message à transmettre d'urgence à la FCPE...

Pour nous dont la boussole éducative est souvent affolée par le quotidien, ce détour par l'éducation comparée est riche en enseignements. C'est la distance qui permet aussi de saisir la proximité.

Il y a bien des enseignements que François Jarraud oublie de tirer. :twisted:

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17 Jui 2014 16:56 #10962 par Loys
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17 Jui 2014 17:03 #10963 par Loys

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17 Jui 2014 17:03 #10964 par Loys

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