La première organisation de parents d'élèves en chiffres

20150425

Les parents d’élèves soutiennent la réforme des rythmes scolaires. Tel est le crédo de la FCPE, « grande inspiratrice de cette réforme »1 et « première organisation de parents d’élèves en France ». En 2013, son président, Paul Raoult, balayait alors toute critique d’un revers :

Je crois que, comme souvent, on se fait surtout l’écho des parents les plus râleurs. Mais les râleurs n’ont pas forcément raison ! Voilà plusieurs jours, au contraire, que nous recevons des appels de parents pour nous dire : « La réforme se passe très bien chez nous, mon enfant est ravi ».

S’appuyant sur un amusant sondage, en mai 2014 (qui démontrait en réalité que la majorité des français n’avaient rien contre la semaine des quatre jours2…), la FCPE affirmait encore : « les parents ont bien pris en compte l'intérêt des enfants ! »3 Et Paul Raoult de renchérir :

Cela correspond aux retours que l'on a sur le terrain. Les parents qui l'ont expérimentée finissent par être convaincus. Ce sont les autres qui ont peur du changement.4

Une belle unanimité, en somme. En juillet 2014, Paul Raoult l’affirmait d’ailleurs : « Je peux vous annoncer officiellement aujourd’hui que le nombre de nos adhérents est, cette année encore, en hausse ! »5

Mais, dans son discours, Paul Raoult n’évoquait guère les derniers résultats de la FCPE aux élections de représentants de parents d’élèves. La FCPE, si prompte à se revendiquer « première organisation de parents d’élèves en France », n'a guère communiqué non plus à leur sujet. De fait, très curieusement et malgré tous ces soutiens, la représentativité déjà assez faible... de la FCPE dans le premier degré s’est largement effritée ces dernières années, passant ainsi de 17,9% en 2011 à 14,2% en 2014.

 

 

Un plein soutien des parents... mais de plus en plus mesuré, en somme ! Peu importe. Comme le déclare hautement Paul Raoult, pour qui « les ensei­gnants sont là au ser­vice des enfants comme la cais­sière est là au ser­vice des clients » :

Notre conception de la vie publique ce n’est pas de céder à l’opinion, c’est de faire l’opinion, de mener la bataille culturelle lorsque c’est nécessaire pour faire progresser nos idées. Tout ceci est inscrit dans le préambule de notre projet éducatif : « lorsqu’il le faut, nous savons nous opposer à la vox populi ».

Il est vrai qu’en pleine grogne contre la première application des rythmes, en 2013, la fédération avait reçu une subvention exceptionnelle du Ministère de l’Éducation6, appelé ensuite à voter contre les maires opposés à la réforme7 et finalement soutenu le ministre dont le poste était menacé en 20148. De bons « représentants », certes, mais de qui, au juste ?

C’est logiquement que la FCPE a par la suite appelé à étendre la réforme des rythmes dans le second degré9, exprimé ses « exigences » pour la réforme du collège et, à propos de cette même réforme, raillé récemment la représentativité de certains syndicats enseignants10.

Parole de connaisseur !

@loysbonod

Post scriptum du 1er mai 2015 : dans « L'Express » du 30 avril 2015, on apprend que « Plusieurs présidents départementaux de la fédération de parents d'élèves FCPE ont tenté de débarquer leur direction, reprochant à leur leader Paul Raoult son "suivisme" »...

Post scriptum du 24 mai 2015 : au congrès de la FCPE de Reims, le rapport d'activité a été rejeté avec 41% des voix pour et 48% des voix contre. Paul Raoult, président, n'a pas été reconduit.


[1] « Le nouvel Obs » du 4 octobre 2013 : « Rythmes scolaires : "Les râleurs n’ont pas forcément raison !" »

[2] Voir notre article « Sondage et carottage ».

[3] FCPE, communiqué du 30 mi 2014 : « Rythmes scolaires : les parents ont bien pris en compte l'intérêt des enfants ! »

[4] « Le Parisien » du 30 mai 2014 : « Rythmes scolaires : deux Français sur trois défendent la réforme »

[5] Discours d'ouverture de Paul Raoult au 68e congrès de la FCPE à Dijon (7 juin 2014)

[6] « L'Express » du 13 novembre 2013 : « Rythmes scolaires: une subvention qui tombe à pic »

[7] Discours d'ouverture de Paul Raoult au 68e congrès de la FCPE à Dijon (7 juin 2014) :

Nous devons continuer à mettre en échec cette poignée de maires qui pour des calculs politiciens refusent d’appliquer les lois de la République. Ceux qui font du chantage au gouvernement. Ceux qui croient que leur commune est une République autonome dans laquelle ils ne font que ce qu’ils veulent … Ceux qui pensent ne pas vivre dans un Etat de droit.

Voir aussi : « Le Figaro » du 27 décembre 2012 : « Réforme des rythmes : la FCPE menace les élus hostiles »

[8] « Le Café pédagogique » du 11 mars 2014 : « La FCPE souhaite le maintien de V Peillon après le remaniement »

[9] FCPE, communiqué du 13 février 2013 : « Repenser maintenant le temps et l'espace des collégiens et des lycéens »

[10] « Le Café pédagogique » du 3 avril 2014 : « Pour la Fcpe, il est urgent de continuer les réformes ».

Des syndicats freinent des quatre fers pour que plus rien n'avance... Le Snes, le Snalc, FO font beaucoup de bruit mais ne représentent pas grand-chose.

Ces syndicats représentent néanmoins 60,1% des personnels, selon les résultats des dernières élections professionnelles en 2014.