Quand une fédération de parents distille le mépris des enseignants

À l’occasion du 25e anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant, une fédération progressiste de parents d’élèves qui milite « pour une école bienveillante et prévenante »1, la FCPE, vient de donner une illustration saisissante de sa propre bienveillance en même temps que de l’estime dans laquelle elle tient les enseignants2.

Voici en effet à quoi ressemble aujourd'hui l’école publique française pour la FCPE :

20141120 FCPE liberte dexpression

L’image est grave, lourde de symboles : une imposante main anonyme d’enseignant bâillonnant une enfant terrifiée. On songe ici aux campagnes choc contre les mauvais traitements, le viol ou la pédophilie.

La FCPE considère en effet que l’école française ne respecte pas les droits fondamentaux des enfants et que l’orientation scolaire, notamment, est une atteinte à ces droits.

« L'article 12 de cette convention dispose que « Les États parties garantissent à l'enfant qui est capable de discernement le droit d'exprimer librement son opinion sur toute question l'intéressant ». Malheureusement, nombreuses sont les décisions qui se prennent sans l'enfant ou ses représentants légaux. A l'Ecole, l'orientation scolaire en est un exemple vivant.

En relisant attentivement ces lignes, on se demande néanmoins en quoi une petite fille de l’école primaire serait concernée par les questions d’orientation ou en quoi le droit d’expression des enfants vaudrait droit de « décision » : s’agissant d’enfants, c’est en effet toujours la responsabilité des adultes qui est engagée.

On se demande également en quoi l’orientation scolaire serait une atteinte au « droit d’exprimer librement son opinion », puisque les élèves (et leurs parents) sont nécessairement consultés au cours de la procédure, et de plus en plus souvent écoutés par les chefs d’établissement qui passent outre les décisions du conseil de classe : une « orientation choisie » (par qui d’ailleurs ? l’expression est elliptique) est même en cours d’expérimentation avant une probable généralisation.

On se demande enfin, et surtout, en quoi les droits de l’enfant seraient aussi, par un curieux glissement de sens, ceux de « ses représentants légaux ». De fait, il existe de nombreux cas où l’orientation des enfants est décidée non par eux mais par leurs représentants légaux. Et pour tout dire, s'agissant de cursus scolaire, l'avis d'une équipe de professionnels de l'éducation est souvent plus conforme à l'intérêt de l'élève que celui de parents nécessairement moins objectifs quand il s'agit de leur enfant.

Voilà sans doute un bel exemple de « co-éducation » moderne.

Car la FCPE est devenue experte en pédagogie : très écoutée par le ministère, quoique peu représentative des parents d'élèves (sa position sur les rythmes scolaires sufffit pour s'en convaincre) avec ses revendications radicales depuis plusieurs années qui deviennent réalité (suppression du travail à la maison, des exclusions disciplinaires, des notes, du redoublement, orientation choisie etc.) et sa proximité idéologique avec deux petits syndicats enseignants eux-mêmes aussi peu représentatifs qu'influents3, elle est coutumière de ce dénigrement : cette même année, elle a ainsi assimilé les exclusions disciplinaires des élèves ayant commis des actes graves dans les établissements scolaires rien moins qu’à une odieuse exclusion sociale4. Elle a considéré qu’il fallait « éliminer les options ségrégatives » pourtant ouvertes à tous5 car, bien sûr, les enseignants s’efforcent de créer une école la plus discriminatoire possible. Le président de la FCPE lui-même, Paul Raoult, a enfin considéré l’an passé que « Les enseignants sont là au service des enfants comme la caissière est là au ser­vice des clients »6, ce qui exprime d’ailleurs sans doute, dans un esprit libéral, autant de mépris pour les enseignants que pour les caissières.

Avec de tels « partenaires », nul doute que peut s'instaurer un dialogue dans la confiance et la sérénité. Un tel dénigrement est évidemment bienvenu en ces temps où des officines extrémistes appellent au retrait des enfants de l'école publique et à la défiance envers les enseignants.

L'école républicaine peut donc dire merci, encore une fois, au progressisme éclairé de la FCPE !

@loysbonod


[1] Texte commun FCPE – FNAME - FNAREN « Pour une école bienveillante et prévenante... » (mai 2013)

[2] FCPE, « 25 ans de la CIDE : le moment de l'appliquer enfin ? »

[3] Le SE-Unsa et le Sgen-CFDT. A ce sujet voir la vidéo mise en ligne par le Sgen-CFDT à l’occasion des élections professionnelles, très proche dans l'esprit du dénigrement pratiqué par la FCPE :

{youtube}uboSNUTj6CQ{/youtube}

[4] FCPE, « Lettre d'information n°26 - janvier 2014 »

[5] Tribune commune Terra Nova/FCPE dans « L'Express » du 27 mai 2014 : « Échec scolaire : 140.000 élèves exclus du système. 10 idées pour réinventer le collège ».

[6] « Une rentrée scolaire "assez mitigée" selon la FCPE » dans « L’Obs » (26 septembre 2013)