"Le « J'accuse » de Finkielkraut" (Le Point)

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11 Mar 2014 21:56 - 19 Aoû 2014 20:59 #9842 par Loys
A lire dans "Le Point" du 6/03/14 : "Le « J'accuse » de Finkielkraut".
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11 Mar 2014 21:58 #9843 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet "Le « J'accuse » de Finkielkraut" (Le Point)
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11 Mar 2014 22:00 - 11 Mar 2014 22:00 #9844 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet "Le « J'accuse » de Finkielkraut" (Le Point)
Réponse sur son blog de Mara Goyet : "L’école et les fantasmes qu’elle suscite" (9/03/14)


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11 Mar 2014 22:58 - 12 Mar 2014 08:49 #9845 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet "Le « J'accuse » de Finkielkraut" (Le Point)

Je ne vais pas me lancer dans une exégèse approfondie. Le propos est si figé, si unilatéral qu'on n'a plus l'impression qu'il émane d'un penseur, d'un observateur mais d'une mascotte. Un peu l'équivalent, pour l'Ecole, de ce qu'est Frigide Barjot à la famille. Tout cela me peine sincèrement. Et me donne cependant envie d'expliquer deux-trois choses à ceux qui font la leçon.

Passons sur la bassesse de l'invective et de la comparaison, qui n'est peut-être pas si fortuite.

"Ignorance démocratique" (tel est le thème principal). Je ne vais pas revenir là-dessus, même si je n'ai toujours pas compris comment on pouvait rendre des enfants ignorants.

C'est pourtant très simple : en ne leur apprenant pas grand chose... Et apprendre, ce n'est pas seulement mémoriser des connaissances, tant s'en faut.

On ne les rend peut-être pas assez savants

Le contraire d'ignorant, ce n'est pas "savant". :roll:

(c'est un problème, les élèves ne retiennent pas assez les cours...

Mara Goyet cède à son tour à la caricature de l'enseignement-gavage de connaissances pour les têtes bien pleines et donc "savantes".
Le problème, ce n'est pas qu'ils ne retiennent pas assez les cours, c'est par exemple qu'ils ne sachent pas écrire ou lire en fin de scolarité secondaire. :fur

...il faudrait peut-être songer, à ce titre, à enseigner plus pertinemment, avec moins de conformisme, d'automatismes avec plus de cohérence, de continuité, plus d'adresse et d'audace).

Tout ceci est bien vague, consensuel et même contradictoire. Avec cette phrase on pourrait justifier l'abandon aussi bien que la généralisation de l'enseignement en séquences pédagogiques, par exemple. :santa:

"Ignorance démocratique", l'expression n'est pas anodine. Au nom de la démocratie, de l'égalité, on aurait choisi, comme dénominateur commun, l'ignorance pour tous.

Si personne ne l'a choisie, on la subit et certains semblent s'en satisfaire très bien. Le nouveau cadre de référence devient progressivement PISA qui évalue à quinze ans un niveau de lecture de fin de primaire et n'évalue même pas l'écriture.

C'est tout simplement aberrant. Et faux. Et c'est dégueulasse de prétendre de telles choses.

Personnellement, ce que je trouve "dégueulasse", c'est un IPR relativisant l'importance de l'orthographe pour les élèves défavorisés, ou un autre défendant leur "français vernaculaire" contre le "français académique" que nous voulons leur inculquer. Ou encore un formateur d'IUFM me déconseillant fortement de rédiger mon mémoire de stage sur une séquence visant à faire prendre conscience de l'importance sociale de l'orthographe à mes élèves d'un établissement difficile. Des examens démagogiques qui n'évaluent plus rien ou des programmes valorisant l'oral, les lectures de jeunesse, l'image au lieu de l'écrit. Ce que je trouve "dégueulasse", ce sont les chefs d'établissement plus préoccupés par l'absence de vague que par la défense des conditions d'enseignement et les progrès scolaires des élèves. Etc. etc.

Ce qui est étonnant, c'est que ceux qui n'ont pas de mots assez durs pour "l'ignorance démocratique" ont un penchant assez assumé pour la "désinformation médiatique" et l'ignorance des faits.

J'aurai sans doute rêvé... :transpi:

Ceux qui revendiquent la profondeur, l'analyse, la connaissance, la culture ne semblent pas embarrassés par l'accumulation de raccourcis, de préjugés, d'absence de nuance, de mépris pour la justesse et l'observation. Ceux qui se revendiquent de la finesse, de l'aidos et du tact ne paraissent pas avoir de scrupules à se vautrer dans la rigidité la plus outrancière (il faut aller relire Péguy de toute urgence). Je n'aime pas dire de tel ou tel que sa parole est invalidée car "il ne va pas dans les classes".

Mais je le dis quand même (prétérition). :mrgreen:

On n'entre pas dans un établissement comme dans un moulin, on n'y fait pas du tourisme. C'est normal de ne pas "aller dans les classes". Mais enfin, il n'est pas totalement interdit non plus de parler en connaissance de cause.

En l'occurrence c'est ce que je ne m'interdis pas. :mrgreen:

Les programmes sont en ligne (et sur papier), la librairie de l'Education est à deux pas de Vrin, de la Procure et de la Hune et il n'est pas prohibé d'y faire un tour et il est facile de vérifier qu'on a quantité de choses ardues à transmettre dans toutes les disciplines.

Si les "choses ardues" sont dans les programmes, tout va bien, alors. :mrgreen:

Comme je l'ai déjà dit et redit, ils ont parfois des défauts majeurs, ils expriment des lubies curieuses (la manie de l'étude de cas, en géo par exemple) mais ils sont la lettre et la liberté pédagogique en est l'esprit.

Et la séquence pédagogique en français, c'est la lettre ou l'esprit ? :devil:

Il est facile aussi, pour se renseigner, de lire, de manière non parcellaire, ce que disent les enseignants dans les blogs divers et variés...

De préférence celui de Mara Goyet, visiblement.

...dans la vie, dans les livres (et de ne pas se contenter d'un détour de phrase qui transformerait l'enseignement en apocalypse) et d'avoir une vision nuancée de la situation.

Relativisons donc. Jusque là tout va bien.

Nuancée ne veut pas dire tiède, optimiste, béate.

Même si ça y ressemble fortement. :doc:

Nuancée ne veut pas dire éclatée : il est fort étonnant de constater que la plupart des enseignants de bonne foi qui racontent leur quotidien se retrouvent sur l'essentiel, non pas tant pour l'analyse que pour le récit des faits, pour l'exposition des contradictions.

C'est quand même embêtant que "l'essentiel", ce ne soit pas l'analyse des faits. Et quel est cet "essentiel" qui n'est ni béat, ni apocalyptique ?

Bref, c'est faire fausse route, si l'on tient vraiment à comprendre les mauvais résultats de l'Education nationale, d'aller chercher du côté d'une prétendue volonté d'empêcher la culture de passer, de rendre les enfants crétins ou ignorants, de mettre sur le compte d'une idéologie pédagogique (qui peut exister, qui a pu avoir un rôle mais qui n'est qu'un épiphénomène) une évolution profonde de la société, de son rapport au savoir, au temps, à la mémoire, à l'étude.

Nous y voilà. Mara Goyet reconnaît du bout des lèvres qu'existe une "idéologie pédagogique", mais en la relativisant aussitôt la portée ("épiphénomène").
Mais le plus intéressant dans cette dernière phrase de Mara Goyet, c'est qu'inconsciemment ou pas, elle donne raison à Alain Finkielkraut : la fausse route, ce n'est pas "les enfants crétins ou ignorants", mais la cause de cet effet, non pas une intention de l'institution, mais une évolution de la société. Le "rapport au savoir" a changé (antienne pédagogiste), et visiblement ce n'est pas en mieux.

Cela relève du fantasme. Et cela fait perdre du temps. Cela détourne de la vraie question qui devrait tous nous occuper : comment enseigner avec pertinence et justesse en 2014.

Et pour ma part j'ai dans l'idée que le déni d'une quelconque influence de l'idéologie pédagogique ne risque pas de nous aider.

C'est quand même désolant que certains persistent à vouloir ajouter des images fantasmatiques quand l'image réelle de l'Ecole est déjà assez problématique.

Mais quelle est cette image réelle ? Quel "fantasme" exactement Mara Goyet dénonce-t-elle ? Parce qu'en vérité, en pointant des connaissances de culture générale, Alain Finkielkraut ne se doute pas que le désastre est d'ores et déjà bien plus avancé.

Ça met mal à l'aise, à la fin, ce délire.

Moi c'est le naufrage de l'école qui me met mal à l'aise, mais chacun ses combats.

Ce plaisir à se représenter en boucle des maîtres malmenés par des élèves rois qui ont la culture en haine...

Non : que la culture laisse tout simplement indifférents ou -plus sûrement - dont il n'ont pas même conscience.

...de preux enseignants, la littérature chevillée au corps, maltraités par des supérieurs incultes, des héros qui font des cours clandestins, des barbares qui ânnonent trois mots informes et anéantissent la civilisation de leurs grognements, des chefs d'oeuvre refoulés au nom de l'égalité...

C'est vrai que le Capes de lettres classiques, d'abord vidé de sa substance, ne vient pas d'être supprimé et avec lui la garantie de pouvoir porter les humanités classiques, le latin, le grec et notre littérature qui y puise depuis toujours aux publics les plus défavorisés.

On se croirait moins dans une analyse raisonnée de l'état de l'Ecole que dans le récit d'un cauchemar érotique, que dans l'organisation d'une soirée sado-maso dans un club libertin des faubourgs de Limoges, dans l'expression malsaine de pulsions gênantes ("tu vas la sentir, mon ignorance" ).

Passons sur l'invective à nouveau...
C'est vraie qu'une école étendue jusqu'au lycée pour tous mais qui ne parvient même pas à apprendre à lire et à écrire à une très grande partie de ses élèves, c'est tout sauf un "cauchemar".
L'"analyse raisonnée" de l'école par Mara Goyet se fait toujours attendre...

Une supplique , donc, à ceux qui se font plaisir ou du mal, avec l'état de l'Ecole.

Finkielkraut n'a que des coups à prendre dans ce combat perdu d'avance. Cet article de Mara Goyet en est l'illustration. Alain Finkielkraut n'a pas attendu PISA 2012 pour alerter l'opinion sur l'état de l'école : il aurait fallu l'écouter bien plus tôt.

Qui ressassent, qui déplorent en boucle, qui jouissent de tant de décadence, qui se vautrent dans l'outrance et la fantasmagorie au mépris de la réalité et de la complexité.

Mais quelle "réalité" ? Mara Goyet va-t-elle enfin le dire au lieu de se vêtir d'une prude indignation de convenance ?!

Pensez à nous, aux enfants. Ne transformez pas l'Institution en sex toy. On n'est pas consentants.

Comment céder à la facilité d'un bon mot... Bel exemple de "complexité" et "d'analyse raisonnée" pour répondre à quelqu'un qu'on accuse de n'être plus un "penseur" car, avec cette invective médiocre, Mara Goyet s'évite de répondre à certaines questions précises soulevées par Alain Finkielkraut. Pense-t-elle par exemple, comme Christian Baudelot et Roger Establet, que "Le niveau monte" ?
Bref, juger... mais sans se mouiller.

Peut-on encore confier les débats sur l'Ecole à ceux qui s'en servent à des fins peu avouables ? Politiques, fantasmatiques, personnelles.

L'accusation devient diffamatoire, en mélangeant tout de façon allusive. De quelles "fins peu avouables" s'agit-il concernant Alain Finkielkraut ? :shock:
La conclusion de l'interview montre qu'il ne s'associe en rien au combat des anti-écoles de tout poil, mais au contraire qu'il défend l'école publique de la république, celle d'un Péguy et d'un Camus : "Si on continue sur la voie qui est tracée depuis un demi-siècle, l'enseignement véritable se fera de moins en moins dans l'école publique. Ce seront des écoles privées qui en maintiendront l'exigence. Mais alors le critère de l'argent jouera à plein."
Mara Goyet navigue à vue entre les pédagogistes et les républicains et démontre surtout dans cet article son incapacité à se positionner tant sur sur le constat que sur les solutions. Ses pirouettes rhétoriques ne font que noyer le poisson.

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