Cinq propositions pour une École plus juste et plus efficace (SGEN-CFDT/SE-UNSA)

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03 Oct 2012 00:00 - 12 Fév 2014 14:16 #1489 par Loys
Main dans la main avec la FCPE et ses récentes revendications ébouriffantes , ce communiqué de presse extraordinaire du SGEN et du SE-UNSA : "Cinq propositions pour une École plus juste et plus efficace" .


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05 Oct 2012 15:51 - 29 Aoû 2013 12:34 #1520 par Loys

Cinq propositions pour une École plus juste et plus efficace

Il y a des propositions pour une école injuste et inefficaces ? Je note - non sans une certaine malice - que le terme "efficace" remplace enfin - dans la rhétorique pédagogiste - le terme "innovant".

Tribune co-signée par Thierry Cadart (Secrétaire Général du Sgen-CFDT), Laurent Escure (Secrétaire général de l’UNSA Éducation) et Jean-Pierre Obin (Inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire).

Faut-il rappeler que M. Obin s'exprime ici à titre d'adhérent à l'un de ces syndicats, en non en tant que représentant de l’Éducation nationale ? Il y a des confusions qui font mauvais genre.

Le ministre a ouvert en juillet une large concertation afin de « refonder l’École de la République ». Un grand nombre de personnes et d’organisations y participe, et les idées et positions qui s’expriment sont nombreuses. Mais l’abondance ne fait pas la cohérence et la variété des points de vue, des objectifs et des intérêts ne peut garantir une école demain au service de l’intérêt général.

L'"abondance" et la "variété des points de vue" n'a pas eu l'heur de plaire à nos deux syndicats frères. :mrgreen:
Pour la "cohérence", revenons au point de vue unique, le leur. En vertu duquel toute concertation deviendra automatiquement inutile, d'ailleurs.

Car tel n’est pas le cas aujourd’hui. C’est pourquoi, avant d’avancer nos propositions, nous voudrions faire deux rappels pour en éclairer le sens.
Le premier concerne les performances des élèves français à 15 ans, en fin de collège ou de scolarité obligatoire. On a beaucoup écrit sur leur position médiocre dans le classement de l’OCDE, et sur la perte de quelques places de la France entre les études de 2003 et 2009. Mais ce qui a été tu représente pourtant l’essentiel : notre pays est devenu la lanterne rouge des nations développées pour ce qui est de l’influence de l’origine sociale sur les résultats des élèves !

Et pourtant les conseils de réformes des nos amis pédagogistes ont été appliqués depuis vingt ans... :spider:

C’est désormais notre pays qui possède le « gradient socio-économique » des performances des élèves le plus élevé ; ce qui signifie que notre école est la plus injuste de toutes, ou encore qu’elle fait réussir les élèves qui ont le moins besoin d’elle pour réussir !

Belle réussite que la massification.

Un tel constat alors que la dépense éducative de la nation atteint cette année 140 milliards d’euros mérite bien qu’on tente de « refonder » notre école !

Nos dépenses d'éducation sont inférieures à celles de tous les grands pays de l'OCDE. Source : http://www.oecd.org/fr/sites/panoramade ... 749520.pdf

Mais, second point, comment en est-on arrivé là, à cet élitisme, et à abandonner les enfants des classes populaires à leur sort ?

En renonçant à leur donner un niveau scolaire.
Un élitisme sévère, puisque le taux de réussite au Bac d'une génération est de 72%.

Un élément de réponse essentiel réside dans la manière dont la Droite a constitué le collège unique en 1975.

Avec la bénédiction de la gauche !

Deux systèmes coexistaient alors, le Secondaire et le Primaire, qui se concurrençaient de la maternelle à la Troisième et même au-delà. Le premier au recrutement social étroit et de tradition élitiste et malthusienne, le second scolarisant la masse des enfants et assurant la promotion des meilleurs. C’était celle-ci l’école républicaine, et non pas l’autre !

On a réussi à casser la machine...

Les pratiques pédagogiques adaptées à une élite ont donc été généralisées à tous les élèves.

Par "pratiques pédagogiques adaptées à une élite", comprendre : savoir lire et écrire. Ce genre de relecture est assez drôle quand on considère la multiplication des matières, la recherche du décloisonnement et la complexification des programmes engendrés par vingt ans de pédagogisme. Curieux de reprocher à l'école un élitisme qu'on a soi-même promu. :fur

Grâce à un important effort budgétaire, la massification du second degré a été un succès, mais pas sa démocratisation qui, par certains aspects, a même reculé.

En quoi la massification est-elle un succès si elle n'est pas accompagnée d'une démocratisation ? :scratch:

« Refonder l’École de la République » signifie donc pour nous lui donner pour ambition la réussite des enfants qui n’y réussissent pas aujourd’hui : les enfants des classes populaires.

Préoccupation qui serait louable si ces deux syndicats n'étaient pas les principaux responsables de ce désastre scolaire.

Les cinq propositions que nous formulons ne prennent sens et cohérence que par rapport à cet objectif : construire une école fondamentale, de la maternelle au collège, démocratique, inclusive et inscrite dans son territoire.

"inclusive" ? "inscrite dans son territoire" ? :scratch:

1-Développer la mixité sociale dans les classes, les écoles et les établissements.
L’ensemble des études le prouve ; qu’elles se donnent pour objet les classes, les établissements, les territoires ou l’ensemble des pays développés, on retrouve toujours la même équation : la mixité sociale améliore les résultats des élèves les plus faibles, ce qui entraîne de meilleures performances d’ensemble.

On aimerait bien que certains de nos dirigeants des beaux quartiers s'appliquent à eux-mêmes ces conclusions.

La justice et la performance vont donc de pair, la première est même l’une des conditions de la seconde.

C'est gagnant-gagnant ! :xx:

Le développement de la mixité sociale ne relève certes pas principalement de l’école, il nécessite une politique gouvernementale d’ensemble, ainsi que la mobilisation des collectivités territoriales. Mais l’éducation nationale peut y contribuer en confiant de plus grandes responsabilités aux établissements, notamment dans la régulation sur un territoire des demandes des familles et en les incitant à la mixité par le mode de dotation des moyens.

On ne régule pas en incitant.
Quand à retirer des moyens aux établissements les plus favorisés, si c'est louable, le résultat est joué d'avance : le développement du privé, déjà bien ragaillardi par la défaillance du système scolaire public. Pas sûr

Développer une mixité sociale satisfaisante dans le cadre des objectifs nationaux de réussite implique de donner aux établissements plus d'autonomie afin de développer des pratiques adaptées et plus coopératives et pour établir des relations pertinentes avec l'environnement institutionnel culturel et socio-économique.

Beaucoup de mots compliqués pour une phrase vide de sens.

2. Concevoir l'éducation des enfants sur le principe d’une coéducation impliquant l'ensemble des acteurs et les familles.

Et si l'éducation revenait aux familles et qu'on en déchargeait l'école, dont la mission est l'instruction publique ?

La situation actuelle est désolante, où parents et enseignants se rejettent la responsabilité des comportements des enfants et demandent aux autres d’assumer la nécessaire autorité, l’apprentissage des règles et l’éducation morale.

Sauf que les parents ont à exercer leur autorité sur leurs seuls enfants, les enseignants sur des classes entières. Ce ninisme est désespérant pour des syndicats enseignants.

Il y a bien sûr des causes culturelles et sociologiques à ce différend, mais l’école porte sa part de responsabilité. Avant 1975, les professeurs du Primaire supérieur enseignaient et éduquaient, tandis que ceux du Secondaire avaient à leurs côtés des personnels spécialisés pour assurer la discipline. C’est ce second modèle, séparant l’instruction de l’éducation qui a été généralisé. Il faut élargir la mission éducative aux enseignants de l’école du socle...

Primariser l'enseignement, quel progrès en ce XXIe siècle ! L'école "du socle" risque bien d'être entraîné vers le bas par celui-ci...

... et les y former dans un esprit d’étroite collaboration avec les familles, les mouvements d’éducation populaire et les autres associations complémentaires de l’école;

C'est donc les professeurs qu'il faut former à l'éducation, pas les parents. La responsabilité n'était-elle pas supposée partagée ?

c’est là aussi un enjeu important pour l’école publique laïque dans sa concurrence avec les établissements privés.

Qui peuvent remercier l'activisme de ces dernières années du Sgen et du SE-Unsa.

3-Reporter à la fin de la Troisième tout processus d’orientation

Il n'y a pratiquement plus d'orientation avant la fin de la troisième. :scratch:

Un autre résultat des comparaisons internationales est que les pays les plus performants sont non seulement les plus justes mais aussi ceux où le tronc commun des études obligatoires est le plus long.

Des exemples précis ?

En effet, à chaque fois qu’un choix scolaire est offert (carte scolaire, orientation, options, etc.) ce sont toujours les mêmes qui en profitent, ceux qui possèdent l’information, les réseaux et l’ambition.

C'est vrai que les options latin et grec ou les langues sélectives ne sont proposées sous le manteau qu'aux parents de la bourgeoisie.

Notre école ne doit donc pas offrir de processus d’orientation ou de présélection avant la fin de la Troisième et l’orientation subie doit cesser.

Tiens, un gimmick du dernier communiqué de la FCPE : www.laviemoderne.net/forum/viewtopic.php?f=44&t=372

4-Rapprocher l’école primaire et le collège dans une « École du socle commun »

Primariser le collège, ce n'est pas politiquement correct : mieux vaut parler de "rapprochement".

Un troisième facteur de réussite des enfants des classes populaires est la continuité éducative. Ce sont eux qui pâtissent le plus aujourd’hui des discontinuités entre l’école et le collège, de la confrontation de plus en plus brutale, avec la sélection scolaire, de contenus instrumentaux à des contenus culturels, d’un maître unique à dix professeurs.

Quelle sélection scolaire au collège ?
Les élèves en primaire sont fréquemment confrontés à plusieurs enseignants (langue, musique, sport). :roll:

Il n’y a plus de nos jours de justification à cette séparation arbitraire des cinq premières années de l’école obligatoire des quatre suivantes.

On peut donc donner dix professeurs à chaque classe de primaire ? :mrgreen:
Il faut donc construire progressivement l’école du socle commun en commençant par la mise en place d'un réseau, cohérent, associant chaque collège avec les écoles de son secteur.
Et pourquoi les élèves ne continueraient-ils pas leurs années de collège dans leur école primaire, par souci de "continuité éducative" ?

5-Recruter et former les enseignants sur des compétences professionnelles

La compétence disciplinaire n'est donc officiellement plus une compétence professionnelle.

La formation actuelle des enseignants est essentiellement académique.

Il faut aussi une "continuité éducative" ? :transpi:

Elle est évidemment très cohérente avec le constat de l’élitisme des résultats qu’ils produisent. Aujourd’hui, formatés pour faire devant un jury d’universitaires la leçon la plus brillante qui soit, ils ne voient leurs premiers élèves qu’après avoir été recrutés (et alors souvent quel choc !).

La haine polpotiste de l'agrégation semble animer nos syndicats réformistes, qui oublient qu'il n'y a pas de leçon pour recruter des professeurs certifiés ou des professeurs des écoles. Non contents d'avoir progressivement dépouillé l'école primaire et secondaire de ses contenus culturels, ils voudraient à présent en dépouiller les enseignants. Il y a là une vraie cohérence qu'il convient de souligner : il faut donner à ces élèves que nous avons rendu médiocres des enseignants médiocres.
Oublions au passage que les reçus au concours ne deviennent pas titulaires, mais stagiaires, et qu'ils doivent valider leur stage face à des élèves pendant un an.

Pourtant, des études le montrent, il ne manque pas d’étudiants à l’éthique sociale affirmée et qui ne demanderaient pas mieux que d’enseigner ;

:o
Il suffit donc d'un peu d'"éthique sociale affirmée" pour devenir professeur ? Faut-il l'affirmer par la parole, ou en y joignant le geste ? Et pour ce qui est de l'éthique, elle sera mesurée par éthicomètre ?
On ne peut donc - en toute logique - recruter "les plus brillants" pour ensuite les former au contact des élèves ?

...mais les épreuves actuelles des concours les défavorisent au profit des plus brillants dans leur discipline...

Si ce n'est pas honteux ! Abandonnons l'élitisme, promouvons le nullisme !

...qui, une fois reçus, n’auront de cesse de retrouver des élèves à leur image.

C'est vrai : d'anciens bons élèves qui voudraient faire des bons élèves, c'est un système idiot. Recrutons plutôt des petits caïds qui sauront affirmer leur éthique sociale.

La formation initiale, en alternance, doit donc précéder le concours, dans lequel il faut introduire une épreuve devant de vrais élèves.

Il faudra bien affirmer son éthique devant certains élèves. :doc:

Il faut prendre le temps, au cours des deux années de master, de former puis d’évaluer des compétences professionnelles : les enseignants doivent devenir des experts de la pédagogie et des apprentissages et non seulement des contenus à enseigner.

Des pédagogies réformistes, bien sûr. Celles qui ont fait leurs preuves depuis vingt ans.

Une formation continue de proximité et diversifiée doit aussi être offerte afin de réorienter les compétences vers la réussite des élèves qui aujourd’hui ne réussissent pas.

Si la réussite est liée à la capacité à lire un texte ou s'exprimer à l'écrit, effectivement la réussite de tous reste "en voie d'acquisition", pour reprendre le novlangue du LPC. C'est curieux, car de ce point de vue l'école primaire a connu une belle régression.

Une part de formation commune à tous les enseignants –et même à l’ensemble des éducateurs- faciliterait un métier plus ouvert permettant d'exercer sur les différents niveaux d'enseignement au cours d'une carrière.

La flexibilité professionnelle : le Ministère en a rêvé, le Sgen l'a fait !

"Parmi ses revendications caractéristiques : l'alourdissement général des services ; la suppression du temps autonome et l'obligation de présence constante des enseignants dans les établissements ; l'alignement du professeur au Collège de France sur l'instituteur de maternelle ; l'abolition de toute différenciation due au savoir ou à la recherche. En bref, le SGEN est cette rareté : un syndicat d'enseignants qui réclame systématiquement l'abaissement matériel et moral de tous les enseignants."
Jean-Claude Milner, De l'École (1984)

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