L'impartialité de Claude Lelièvre, historien de l'éducation

20151130

Parmi les historiens qui ont publiquement apporté leur soutien à la réforme du collège, il en est un plus offensif que tous les autres réunis et dont on ne compte plus les articles, tribunes ou interventions médiatiques : Claude Lelièvre. L’activisme de ce « vrai » intellectuel, de cet « historien de l’Éducation » cité par la ministre de l’Éducation nationale elle-même parmi les « éclairages » et « soutiens à la réforme du collège »[1], n’est malheureusement pas sans poser question.

Un militant engagé

Claude Lelièvre, s’il se défend d’être membre du parti socialiste, a le mérite de ne pas faire mystère de son engagement politique.

Il a ainsi participé aux équipes de campagne du parti socialiste, en devenant d’abord, avec Bruno Julliard, « référent éducation » de Martine Aubry dès 2011[2] puis en participant à l’élaboration du programme éducatif du PS. Après la victoire socialiste en mai 2012, il a animé l’atelier « Un nouveau socle commun » de la grande concertation pour refonder l’école pendant l’été[3] et, plus récemment, il a signé en 2015 une pétition de (rares) enseignants en faveur de la réforme du collège[4].

Le militant n’hésite pas à étriller les représentants de la majorité précédente[5], comme, par exemple, Luc Ferry « stupéfiant de niaiserie » (« On croyait que l'ex-ministre de l'Education nationale était au moins un professeur de philosophie politique sérieux »). Quand Luc Chatel évoque une « révolution de l’école » avec le numérique, l’historien rit de « l’emphase dans les discours ministériels »[7], mais quand Vincent Peillon ou Najat Vallaud-Belkacem emploient les mêmes termes, son scepticisme s'évanouit.

Avec l'opposition généralisée à la réforme du collège, les cibles de Claude Lelièvre à droite ont changé : Bruno Le Maire (« l'ineffable Bruno Le Maire a torché une tribune… ») ainsi que les centristes Valery Giscard d’Estaing ou François Bayrou[6]

Tout à l'inverse, Claude Lelièvre loue régulièrement les ministres de l’Éducation socialistes. Il se réjouit de la nomination au ministère (« un véritable miracle »[8]) d’une femme qui « a le courage de mettre toutes les cartes sur la table, de jouer franc-jeu »[9] : Najat Vallaud-Belkacem n’est-elle pas presque aussi jeune que Jean Zay, son illustre prédécesseur ? N’est-elle pas confrontée aux mêmes « polémiques assassines » que René Haby[10] ? Quant à Vincent Peillon, l'historien compare sa méthode à celle de Jules Ferry[11]. On cherchera en vain, chez Claude Lelièvre, un regard critique sur l’action des différents ministres socialistes.

Bref, un vrai militant, même si l’historien revendique son indépendance.

On a ainsi vu Claude Lelièvre accueillir avec Najat Vallaud-Belkacem rue de Grenelle les anciens ministres de l’Education nationale après l’attentat contre « Charlie Hebdo » en 2015[12]. Cet « homme libre »[13] a d’ailleurs reçu, le 14 juillet 2012, la légion d’honneur... de Vincent Peillon lui-même[14].

En toute indépendance, bien sûr !

Un curieux « historien »

Il serait évidemment malvenu de remettre en cause les qualités d’historien de Claude Lelièvre[15].

Malheureusement, quand il s’exprime dans l’espace médiatique, c’est toujours ─ et seulement ─ en qualité d’« historien » (ou d’« historien de l’éducation » ou encore de « spécialiste de l’éducation ») que le militant Claude Lelièvre est présenté. Pour s’en convaincre il suffit ─ par exemple ─ de consulter ses innombrables tribunes, interviews et citations depuis l’annonce publique de la très controversée réforme du collège (voir en notes notre relevé méthodique[16]).

Un exemple parmi d’autres :

20150620Bref, des présentations qui, chaque fois, lui confèrent le statut du vieux sage au-dessus de la mêlée, exprimant un jugement impartial, quand ─ bien au contraire ─ Claude Lelièvre s’autorise des tacles violents contre les adversaires (de droite ou de gauche) de la majorité socialiste.

Pire : quand il ne reprend pas les éléments de langage du ministère (par exemple sur « l’ennui » des élèves… la veille même de la présentation publique de la réforme[17] !), Claude Lelièvre est amené à commenter, en tant qu’historien de l’éducation, une réforme issue d’un programme… dont il a été l’artisan[18]. On apprend ainsi, avec amusement, dans la presse, que « Claude Lelièvre, historien de l’éducation, juge positives les propositions de la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, qui veut réformer le collège. »[19] C'est une chance, en effet !

Un bon sapeur-pompier

La moindre polémique éducative s’annonce-t-elle que Claude Lelièvre monte aussitôt au créneau pour une petite leçon d’histoire qui ─ par extraordinaire ─ va toujours dans le sens de la majorité qu’il soutient.

Et, en franc-tireur, Claude Lelièvre de s’attaquer aux « pseudo-intellectuels » tous azimuts, avec le sens de la mesure qui est le sien.

Ainsi, quand un professeur au Collège de France, Stanislas Dehaene, dénonce les ravages des méthodes non syllabiques, Claude Lelièvre rappelle que le Front national milite également pour la méthode syllabique[20] et lui oppose la liberté pédagogique des enseignants (par ailleurs bien écornée par la réforme du collège qu’il soutient). Quand Natacha Polony déplore la faillite de l’école[21], Claude Lelièvre se fait caustique : « On pourrait pour le moins attendre qu'elle-même ne profère pas des ''idioties'' ou ne fasse pas preuve d'une ''inculture'' historique patente. Mais ce n'est nullement le cas ». Quand un collectif de recteurs dénonce des nominations irrégulières ou bien plaide pour un retour à l’enseignement des fondamentaux, Claude Lelièvre fustige le corporatisme napoléonien et la « centration narcissique des « recteurs disparus » sur leurs « égos » meurtris »[22]. Quand l'Académie française unanime fait le procès de la réforme du collège 2016, Claude Lelièvre fait le procès… de l'Académie et ses « quarante oies sous la coupole »[23]. Et quand, enfin, une personnalité de gauche, Danièle Sallenave, s’inquiète de l’avenir de la transmission scolaire, Claude Lelièvre raille sa méconnaissance de l’histoire de l’école républicaine et l’« insoutenable légèreté historique » de l’universitaire[24].

On le voit : chaque fois que le feu prend dans l’espace médiatique, Claude Lelièvre, en bon sapeur-pompier, s’évertue à éteindre aussitôt l’incendie. Ses références et citations lui permettent d’assurer le ministère d'un soutien sans faille de l’Histoire.

Un progressisme à toute épreuve

Historien de référence notamment du « Café pédagogique » et des « Cahiers pédagogiques », Claude Lelièvre surprend par ses aspirations réformatrices (au gré de l’agenda ministériel), au point qu’on ne sait par où commencer.

Le ministère envisage-t-il d’en finir avec le brevet sous sa forme actuelle ? Claude Lelièvre s’en réjouit[25]. Le ministère décide-t-il de permettre aux candidats qui ont échoué de conserver leurs meilleures notes au bac ? Claude Lelièvre s’en félicite également[26], regrettant par ailleurs qu’on ne supprime pas les mentions[27]. Le ministère souhaite-t-il instaurer le contrôle continu au bac ? Claude Lelièvre condamne « ce verrou dont l’Education nationale ne peut se passer »[28] : le bac n’est-il pas « une fiction juridique »[29] ? D’ailleurs « le bac général a finalement peu augmenté depuis la présidence de De Gaulle, qui le premier a poussé à la massification pour élargir les élites »[30] : la proportion d’une génération obtenant un bac général a pourtant doublé depuis les années 1960…

Claude Lelièvre, agrégé de philosophie, éreinte au passage la dissertation de philosophie, cet exercice de réflexion et de culture évidemment obsolète à l’ère d’Internet[31].

Ennemi de toute forme d’élitisme, Claude Lelièvre appelle à supprimer les concours sur épreuves[32] avec « des grandes écoles vraiment pour tous »[33] : après tout, les concours ne sont-ils pas une source inadmissible de « distinction »[34] ? A l’inverse, Claude Lelièvre se félicite de la « “secondarisation” des universités »[35].

Le ministère envisage-t-il supprimer les notes ? Claude Lelièvre, partisan déclaré de l’évaluation par compétences, applaudit[36]. Du moins jusqu’à ce que le président de la République semble finalement en abandonner l’idée... Le ministère de l’Éducation nationale accuse-t-il les programmes scolaires de la précédente majorité ? L’historien donne son approbation[37] ! Le Conseil supérieur des programmes propose-t-il de nouveaux programmes d’histoire bien maladroitement rédigés ? Claude Lelièvre n’hésite pas à en prendre la défense[38] ! Le ministère remet-il en cause le caractère le caractère national des programmes ? Claude Lelièvre voit dans ce caractère « national » une aberration historique de l’époque napoléonienne[39].

Claude Lelièvre s’agace par ailleurs du jargon de « référentiel bondissant », récusant ce « faux-procès récurrent »[40] de dérives pédagogiques imaginaires : malheureusement l’authenticité de cette expression a récemment été avérée[41]. A vrai dire la première mouture des nouveaux programmes du CSP, faisant rire la France entière, est allée beaucoup plus loin dans cette « tendance jargonnante » imaginaire…

Acquis à la (vieille) Pédagogie nouvelle, devenue le dogme de l’école moderne, l’historien récuse le par-cœur et le systématisme des apprentissages, voire « l’effort »[42] à l’école. Ne faut-il pas plutôt, à l’heure d’Internet, « apprendre à apprendre »[43] ? Et Claude Lelièvre de célébrer l’école numérique en faisant l’éloge des manuels numériques, des moocs, de la classe inversée. L’historien n’hésite pas à se faire prospectiviste : « Internet sera autorisé au baccalauréat d'ici trois à huit ans »[44].

Le ministère souhaite-t-il imposer aux enseignants d’être formé ou de travailler autrement ? Claude Lelièvre critique un recrutement encore trop disciplinaire[45] et réclame une nécessaire réforme des statuts des enseignants[46]. Citant Poincaré, il appelle de ses vœux une « autonomie des collèges et lycées »[47] qu’il confond, très curieusement, avec le travail en équipe[48]. Et lorsqu’il s’agit de raccourcir les vacances d’été des enseignants, le professeur retraité soutient le ministère contre les « infiniment petits » : « Une rentrée en août ? Bouh ! »[49] Le gouvernement envisageant de réformer l’évaluation des enseignants, comme a voulu le faire la majorité précédente en 2012, on pourra bientôt relire avec amusement les critiques sévères que formulait alors Claude Lelièvre[50].

Autre exemple : soutien sans faille de la réforme des rythmes scolaires en 2013 (réforme qu’il a lui-même conseillée pour lancer la refondation de l’école[51]), l’historien n’hésite pas, au moment d’une grande mobilisation des professeurs des écoles, à éreinter leur désolante perte de « vocation »[52]. Et quand, en 2015, les enseignants s’opposent massivement à la réforme du collège, il exhume courageusement un vieil article d’Edwy Plenel fustigeant en 1981 le « confort enseignant »[53]. Il est vrai que ce « confort » s'est tellement amélioré en trente ans que le métier est attractif comme jamais !

Dernier exemple : le ministère supprime-t-il brutalement les options de langues anciennes ? Claude Lelièvre multiplie les articles assassins contre le latin. Oubliant que le décret de la réforme du collège a été publié le jour même d'une vaste mobilisation nationale des enseignants, il évoque ainsi ce qu’il appelle le « coup d’état » de François Bayrou en 1993 : la proposition de l’option latin dès la 5e qui induisait, selon lui, « une pré-orientation de fait » (sic)[54]. Pour celui qui a connu le latin d'avant les années 1960, obligatoire dans la section classique de l’ancien collège, cette suppression ne peut aller que dans le sens (unique) de l’Histoire : celui du progrès. Et tant pis si la moitié des latinistes en 2015 appartiennent aux deux catégories sociales les plus défavorisées. Défendre l’enseignement des langues anciennes, y compris dans la presque totalité des établissements défavorisés qui les proposent, c’est refuser le progrès et la démocratisation scolaire !

L’Histoire à sens unique

Car, au lieu d’apporter une perspective historique utile, le spécialiste de l’éducation propose bien souvent une vision bien à lui de l’Histoire. Dénonçant « mythes » et « clichés », Claude Lelièvre cultive en effet paradoxes discutables et analogies peu amènes.

De fait l’Histoire qu’il peint est à sens unique : Claude Lelièvre, en juge-arbitre des deuxième et troisième millénaire, distribue les bons et les mauvais points de l’Histoire, avec le Bien et les « progressistes » d’une part (dont Claude Lelièvre est, bien sûr) et les « conservateurs » ou « réactionnaires » d’autre part.

Comme Antoine Prost, il décerne ainsi ses félicitations au Sgen-CFDT, « le syndicat enseignant qui s’est le plus engagé pour des évolutions éducatives et pédagogiques »[55] ou aux « Cahiers pédagogiques »[56]. A l’inverse, Claude Lelièvre déplore les résultats des dernières élections professionnelles enseignantes de 2014 ainsi que « l’immobilisme »  des enseignants[57] : des élections qui vont malencontreusement contre le sens (unique bien sûr) de l’Histoire, façon Claude Lelièvre.

De la réécriture historique au déni de réalité

Claude Lelièvre aime aussi à surprendre, quitte à distordre quelque peu la vérité historique, comme on l'a vu précédemment avec le baccalauréat général.

Il affirme ainsi, non sans amusement, que l’éducation est, autant que l’instruction, au fondement de l’école républicaine. La thèse de Claude Lelièvre est, en effet, que Jules Ferry serait en quelque sorte le premier grand pédagogue[58] de notre « République éducative ». Il est vrai que Jules Ferry incarne une école républicaine particulière, assez éloignée de celle d’un Condorcet, le premier cherchant un endoctrinement moral républicain, le second au contraire une émancipation par l’instruction. Claude Lelièvre, qui reconnaît l’existence d’une idéologie (républicaine) chez Jules Ferry[59], n’en récuse pas moins le modèle révolutionnaire de Condorcet au motif que l’auteur des Cinq mémoires sur l’instruction publique eut moins d’importance historique qu’un Rabaut Saint-Etienne[60]… dont on devrait précisément se détourner avec inquiétude !

Autre paradoxe : l’école traversant depuis plus d’une décennie une grave crise des vocations, avec notamment des milliers de postes d'enseignants non pourvus en 2013 et 2014, Claude Lelièvre cultive le paradoxe : « quelle crise ? ». Dans le primaire, il s’agit selon lui d’une simple « crise de croissance » et non, en pleine période de chômage et de crise économique, d’une « crise d’attractivité »[61]. L’historien, dans la lignée des communiqués optimistes du Ministère de l'Éducation nationale, est catégorique : « Le métier d’enseignant motive encore »[62]. Dans le secondaire, il minore la crise avec quelques exemples de disciplines rares et bien choisies et relativise les notes alarmantes obtenues par les derniers admis[63]. Curieusement, Claude Lelièvre tenait, au contraire, un discours très alarmiste sur les concours sous la majorité précédente[64].

Autre exemple : devant l’évidence d’une baisse considérable des horaires de français dans le primaire et le secondaire (en particulier depuis la mise en place du collège unique), Claude Lelièvre, remontant le cours du XXe siècle, arrange quelque peu l’Histoire : « In fine, la proportion du temps alloué spécifiquement à l’apprentissage du français est le même que dans les débuts de la troisième République, à savoir un bon tiers. »[65] Evoquer la seule « proportion » pour faire oublier l’horaire lui-même : il fallait y penser ! Sans crainte de se contredire, il reconnaît par ailleurs la baisse des horaires des « fondamentaux »… pour critiquer ceux qui y ont contribué (du moins quand ils sont dans un camp politique opposé)[66]. Il oublie enfin que la réforme du collège 2016, avec ses enseignements « complémentaires » diminuant encore les horaires disciplinaires, risque bien d’aggraver cette baisse.

Le déni de la réalité n’est pas exempt de contradiction : ainsi, tout en craignant en 2013 la « nouvelle gifle »[67] de PISA, Claude Lelièvre récuse toute baisse de niveau dans l’école d’aujourd’hui : « de quel niveau parle-t-on ? » demande-t-il, non sans provocation[68]. Et l’historien, au contraire, de citer Le Niveau monte[69], accusant par ailleurs un collège conçu pour les élites... sans s’interroger sur les difficultés des élèves dès l’école primaire.

De fait, l’historien nie les difficultés de lecture à la sortie de primaire[70]… en s’appuyant sur les tests de lecture de la « Journée Défense et citoyenneté », c’est-à-dire des tests menés... à l’issue d’une scolarité entière ! Citant Jaurès sur l’importance de la lecture approfondie[71], Claude Lelièvre considère d’ailleurs ─ avec la DEPP il est vrai ─ qu’on peut inclure dans les 82% de « lecteurs efficaces » des jeunes rencontrant une « mauvaise automatisation des mécanismes de base de la lecture (décodage, identification des mots) »[72] !

Reste que son déni du naufrage n'empêche pas l'historien d'appeler ─ en toute logique ─ à la refondation de l'école...

Le relativisme comme méthode

Plus généralement, Claude Lelièvre récuse la baisse du niveau en français d’une façon pour le moins contradictoire : « Il n'y a pas un effon­dre­ment du niveau en rap­port avec l'effondrement des horaires consa­crés. Ça pour­rait être net­te­ment pire »[73] ! Refusant de prendre la mesure du désastre, il incrimine ce mal français : « l’intolérance aux fautes de français »[74], n’hésitant pas à railler Charles Péguy à ce sujet[75]. A l’en croire, tout retour à la dictée est absurde, puisque l’orthographe est absurde[76]. Malheureusement ce partisan de l’orthographe rénovée[77] oublie bien souvent... de l’appliquer à ses propres écrits  !

Sur le même principe, l'historien nie toute baisse des exigences au bac[78] : l’impressionnante inflation des mentions depuis une quinzaine d’années s’explique par « un changement dans la notation » devenue enfin bienveillante[79]. Un succès si éclatant devrait ─ à vrai dire ─ rendre inutile toute réforme du collège !

Autre curieux relativisme, plus grave peut-être, dans la réponse de l’historien à Danièle Sallenave : le relativisme de la « transmission » scolaire (réduite à l’enseignement magistral), « transmission » qui n’est, selon l’historien de l’éducation, qu'un phénomène contingent dans l'histoire de l’école républicaine, daté par lui « vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle ».[80]

La mémoire sélective et l'amalgame

Autre iconoclasme : selon l’historien, « Il faut rompre avec l’idée que des standards nationaux sont une condition nécessaire (et a fortiori suffisante !) de l’égalité. »[81] Le travail de mémoire de Claude Lelièvre ne va malheureusement pas jusqu’à rappeler que cette autonomie, qu’il appelle de ses vœux et qui caractérise la réforme du collège 2016, est une vieille aspiration... de la droite. Jean-Pierre Raffarin n’a-t-il pas déclaré, quand il était premier ministre, que l’autonomie des établissements scolaires était « la clef de toutes les autres réformes »[82] ?

Plus généralement, notre spécialiste des politiques scolaires oublie de rappeler que la réforme du collège s’inspire de la réforme du lycée en 2010 (menée par la droite) et surtout d’un rapport commandé par la droite en 2006. De même, Claude Lelièvre oublie étourdiment de signaler que la plupart des organisations à la gauche du parti socialiste rejettent vivement la réforme du collège : le Parti Communiste, le Parti de Gauche, le NPA, Lutte ouvrière etc. Ou que de nombreuses organisations libérales, comme le Medef, l’institut Montaigne ou l’OCDE la soutiennent au contraire, avec Alain Madelin.

Pour Claude Lelièvre, comme il n’y a qu’un sens de l’Histoire, il n’y a qu’une seule Gauche : la sienne.

Autre exemple d’amalgame : quand l’historien met en accusation deux syndicats opposés à la réforme du collège 2016, le Snes et le Snalc, en rappelant leur opposition à la réforme Haby en 1975[83], il oublie étourdiment de rappeler que cette opposition n'était pas une opposition au principe du collège unique et surtout que d’autres syndicats, dont les descendants soutiennent aujourd'hui la réforme du collège, s’y sont alors opposés : le SNI (ancêtre du SE-UNSA) ou le très progressiste Sgen-CFDT[84]. De fait, un vrai travail d’historien aurait rappelé toutes les ambiguïtés libérales de cette réforme de droite en 1975, qui ne se résumait pas à la mise en place d’un « collège unique » et dont l’échec regrettable en tant que réforme égalitaire, n’est d'ailleurs pas analysé par l’historien.

Il s’agit simplement de laisser entendre que les opposants au collège 2016 sont bien les mêmes que les opposants réactionnaires au collège unique quarante ans plus tôt, « un bis repetita de postures » avec les mêmes « polémiques assassines »[85].

Autre exemple : défendre une forme d’élitisme aujourd’hui (comme le font au demeurant Najat Vallaud-Belkacem[86] ou Manuel Valls), c’est ressembler à ceux qui, dans les années 1920, critiquent ou refusent les débuts de l’unification du premier degré : « les argumentaires en faveur de l’élitisme viennent de loin »[87].

Et quand, de son côté, Natacha Polony dénonce l’accès plus inégalitaire aux grandes écoles aujourd’hui qu’avant la mise en place de ce collège unique, Claude Lelièvre, au lieu de s'en préoccuper comme elle, raille ses compétences arithmétiques… sans citer les travaux qui lui donnent malheureusement raison[88]. Natacha Polony serait réactionnaire au point de souhaiter le retour… à « une école d’Ancien Régime »[89] : c'est en effet très crédible !

Le jugement de l’Histoire

Si l’on peut évidemment trouver des points d’accord avec les points de vue de Claude Lelièvre[90], on ne peut que regretter que l’historien, s’en tenant le plus souvent à la polémique la plus détestable, n’analyse jamais véritablement les graves problèmes qui sont ceux de l’Éducation nationale, à commencer par les causes profondes d’une reproduction sociale accrue dans cette école plus réformée que jamais. Le militant, tout au contraire, s'attache tristement à occulter ces problèmes et à discréditer ceux qui en font état.

Dernier exemple récent : sa brève histoire de la carte scolaire, pour le compte du CNESCO[91]. Nulle part Claude Lelièvre n’y évoque cette sidérante entorse historique à la mixité sociale et scolaire depuis 1959 : l’exception de l’enseignement privé, pourtant financé par l'Etat…

Il est malheureusement à craindre que l’Histoire, comme l’École à venir, ne juge sévèrement l’historien et le militant. Puisse-t-on, d'ici là, non pas lui dénier le droit de s'exprimer sur l'École mais du moins le citer pour ce qu'il est.

@loysbonod

 

Liens :

« Claude Lelièvre » dans l’actualité (lien permanent)

Le blog « Mediapart » de Claude Lelièvre

Le blog « EducPros » de Claude Lelièvre

Les analyses de Claude Lelièvre pour « L’Express »

Claude Lelièvre dans le « Café pédagogique »

Claude Lelièvre dans les « Cahiers pédagogiques »

Claude Lelièvre sur Twitter


[1] Sur le blog de Najat Vallaud-Belkacem du 19 mai 2015 : « Collège 2016 : éclairages et soutiens à la réforme du collège ». Comprendre qu’un « éclairage » ne peut être qu’un « soutien ».

Roman national or not ? L’erreur historique de Bruno Le Maire, par Claude Lelièvre, historien de l’Éducation. Tribune parue sur MediaPart.

Les langues anciennes peuvent avoir un avenir, par Claude Lelièvre, historien de l’Éducation. Tribune parue sur MediaPart.

[2] Claude Lelièvre sur son blog « Médiapart » du 18 juillet 2011 : « L'éducation, sujet majeur des présidentielles ? » Extrait :

« Il y a quelques jours, Bruno Julliard et Martine Aubry m'ont proposé de rejoindre l'équipe de campagne de Martine Aubry en tant que “membre de la société civile” (je ne suis pas au PS, et je n'appartiens d'ailleurs à aucune organisation) pour former avec Bruno Julliard un tandem chargé de « l'éducation ». J'avais déjà eu l'occasion de travailler épisodiquement avec eux à l'élaboration du programme du PS sur les questions scolaires, et j'avais pu apprécier leurs préoccupations et leur détermination. Par ailleurs ce programme n'est pas très éloigné, loin s'en faut, de nombre des propositions de l'Appel de Bobigny. J'ai donc accepté sans problème, d'autant plus que je me retrouve ainsi en bonne compagnie avec un certain nombre de soutiens à Martine Aubry, à savoir notamment les sociologues Christian Baudelot et François Dubet, et aussi - last but not least - Stéphane Hessel (« Indignez-vous ! »). »
Sur un blog de soutien à Martine Aubry en 2012 présentant son équipe :
Claude Lelièvre Historien de l’éducation, il a été professeur d’histoire de l’éducation à la Faculté de sciences humaines et sociales – Sorbonne (Paris V) de 1987 à 2010. Spécialisé dans l’histoire des politiques scolaires, il a notamment été membre de la commission « Thélot » en 2003-2004. Il a écrit : Les politiques scolaires mises en examen : onze questions en débat, ESF, 2008 et L’école obligatoire : pour quoi faire ?, Retz, 2004. C’est un des meilleurs connaisseurs actuels des questions éducatives et un défenseur de l’école laïque et républicaine. Il plaide notamment pour la refonte des rythmes scolaires et l’invention de nouvelles pédagogies.

[3] MEN, « Trois questions à Claude Lelièvre » (2012)

« J’ai volontiers accepté de participer à cette concertation car je pense que nous vivons un moment historique pour l’École que nous ne devons pas manquer (sous peine d’un “retour de bâton” qui risque d’être terrible) et qu’un moment de concertation est nécessaire pour associer le maximum de parties prenantes (si possible dans leur diversité) à ce moment de refondation et de redéfinition. Et à un poste assez sensible, celui d’animateur de la « redéfinition du socle commun », pour un « nouveau socle commun ».

[5] Sur Luc Chatel

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/12/28122011_bilanCLelievre.aspx

Sur Luc Ferry :

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/161214/les-notes-republicaines-de-luc-ferry

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/021214/luc-ferry-stupefiant-de-niaiserie

Sur François Fillon :

http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2014/04/16/souvent-fillon-varie-fol-qui-sy-fie/

Sur Valéry Giscard d’Estaing :

http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2015/06/19/non-vge-le-college-unique-na-pas-ete-concu-comme-lantichambre-du-lycee/

Sur Bruno Le Maire :

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/280415/roman-national-or-not-lerreur-historique-de-bruno-le-maire

Sur François Bayrou :

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/031114/bayrou-lillettrisme-en-bandouliere

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/130415/une-mise-en-cause-unilaterale-de-bayrou

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/210515/college-unique-college-inique

« On en est enfin là. Il s'agit de terminer cette tâche pour fonder vraiment le collège unique sur une base culturelle commune. Ou alors, ce sera la fin de la perspective d'un ''collège unique'' et de l'ambition d'une scolarité obligatoire ambitieuse et aux obligations effectives. On a déjà accompli une partie du chemin en définissant le « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » et les programmes de l'école maternelle. Reste à finir le travail pour ceux de l'élémentaire et du collège : c'est actuellement le moment de la concertation dans les établissements scolaires jusqu'au 12 juin et une étape qui peut être historique (on l'attend depuis 40 ans !). On comprend que cela peut susciter de fortes réactions chez certains... »

[6] http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/210515/college-unique-college-inique

« On en est enfin là. Il s'agit de terminer cette tâche pour fonder vraiment le collège unique sur une base culturelle commune. Ou alors, ce sera la fin de la perspective d'un ''collège unique'' et de l'ambition d'une scolarité obligatoire ambitieuse et aux obligations effectives. On a déjà accompli une partie du chemin en définissant le « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » et les programmes de l'école maternelle. Reste à finir le travail pour ceux de l'élémentaire et du collège : c'est actuellement le moment de la concertation dans les établissements scolaires jusqu'au 12 juin et une étape qui peut être historique (on l'attend depuis 40 ans !). On comprend que cela peut susciter de fortes réactions chez certains... »

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/031114/bayrou-lillettrisme-en-bandouliere

[9] Interview dans « Le Progrès » du 11 mars 2015 : « Question à Claude Lelièvre. Toutes les cartes sont sur la table »

[10] « Café pédagogique » du 4 mai 2015 : « Claude Lelièvre : Il faut dénoncer les polémiques assassines »

[11] http://www.mediapart.fr/journal/france/040712/ecole-comment-peillon-demine-le-terrain-depuis-un

« Pour Claude Lelièvre, qui a beaucoup inspiré le programme éducation du PS, la force de la méthode Peillon est « d’écouter beaucoup sans perdre la ligne générale. En héritier de Ferry, c’est un “opportuniste” au sens où il appliquera son programme en voyant de manière pragmatique sur quelles réalités s’appuyer ». »

[13] « Le Courrier picard » du 6 avril 2013 : « Claude Lelièvre éclaire l'école »

[15] Agrégé de philosophie, Claude Lelièvre est professeur honoraire d’histoire de l’éducation à la faculté des sciences humaines et sociale de la Sorbonne (Paris V). Il est spécialiste de l’histoire des politiques scolaires aux XIXe et XXe siècles.

[16] Citations

« L’historien Claude Lelièvre se souvient qu’en 1992 Jack Lang, alors ministre de l’éducation nationale, avait déjà essayé de faire adopter la conservation des notes en cas de redoublement au bac. » (« Le Monde » du 9 juillet 2015)
« Pour les tout-petits, les leçons d’histoire tracent « le roman national », avec les grandes époques et les grandes figures, explique Claude Lelièvre, historien de l’éducation. » (« La Voix du Nord » du 18 juin 2015)
« Ce qui, pour Claude Lelièvre, historien de l'éducation, serait une bonne chose » (« L’Etudiant » du 17 juin 2015)
« L’objectif de 80% de bacheliers dans une classe d’âge est donc atteint mais l’historien Claude Lelièvre émet des réserves » (« RFI » du 17 juin 2015)
« Selon l’historien Claude Lelièvre, c’est un serpent de mer depuis... Emile Combes, en 1896. » (« Les Echos » du 17 juin 2015)
« « On ne compte plus les tentatives d'instauration d'un contrôle continu, pour la plupart avortées », rappelle l'historien Claude Lelièvre » (« Le Monde » du 12 juin 2015)
« L'historien de l'éducation, Claude Lelièvre, a livré son analyse dans "Cinq à Sept" ce vendredi sur les programmes scolaires » (« LCI » du 12 juin 2015)
« A leur époque, Napoléon ou Jules Ferry se sont servis des programmes d'histoire pour que l'Etat fasse nation, rappelle l'historien de l'éducation Claude Lelièvre. » (« L’Express » du 11 juin 2015)
« «Avec Lavisse, les gallo-romains succèdent aux gaulois. On enseigne aux petits Algériens que leurs ancêtres ce ne sont pas les gaulois, mais les gallo-romains. Les particularismes ne sont pas exaltés. C'est tout le contraire d'Astérix», résume Claude Lelièvre, historien de l'éducation. » (« Le Figaro » du 3 juin 2015)
« Cette expression, note le spécialiste de l’éducation Claude Lelièvre, renvoie à « une histoire exaltante, romanesque, voire légendaire, qui frappe les imaginaires pour façonner une unité nationale ». » (« La Croix » du 3 juin 2015)
« Sous Mitterrand, il n'y a pas eu une fidélité à toute épreuve", rappelle ainsi Claude Lelièvre, historien spécialiste de l'éducation » (« Europe 1 » le 19 mai 2015)
« Historien de l’éducation, l’Amiénois Claude Lelièvre publiera lundi une tribune dans le Monde en forme de plaidoyer pour la réforme du collège. » (« Courrier picard » du 17 mai 2015)
« Et l’historien Claude Lelièvre de compléter: «Le cocktail langues anciennes-histoire, c’est toujours une bombe. » » (« Le Temps » du 15 mai 2015)
« Il n’en fallait pas plus pour déchaîner les passions, d’autant que le cocktail langues anciennes- histoire est toujours hautement « explosif » dans notre pays, rappelle l’historien Claude Lelièvre. » (« Le Parisien » du 12 mai 2015)
« Portée par une jeune ministre, cette vieille réforme remonte pourtant à 1975. C’est l’histoire inachevée du collège unique lancé par René Haby il y a quarante ans, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, et qui se poursuit, rappelle l’historien de l’éducation, Claude Lelièvre. Une histoire houleuse. « Chaque fois que les débats sont centrés sur la question du collège, ils sont violents, outranciers », constate-t-il, et ils dépassent parfois les clivages politiques. […] Après les tentatives inabouties de René Haby, puis de François Fillon en 2005, qui avait créé, « mais de façon chaotique », le fameux socle de compétence indispensable à chaque élève, Claude Lelièvre estime que c’est aujourd’hui « la troisième et dernière chance du collège pour tous », parce que jusqu’ici, « on s’est préoccupé surtout des bons élèves, mais sans le dire ». Quant aux querelles entre républicains — partisans de l’effort et de l’autorité — et des pédagogues qui ont inspiré cette réforme, elles sont « absurdes, tacle Claude Lelièvre. Autrefois, les grands républicains étaient de grands pédagogues et Jules Ferry disait : Il ne faut pas dicter la règle à l’enfant, il ne faut pas qu’il s’ennuie ». » (« Le Parisien » du 12 mai 2015)
« La polémique actuelle fait suite à beaucoup d'autres depuis la présidence de Georges Pompidou dans les années 1970, rappelle l'historien Claude Lelièvre. » (« Les Echos » du 12 mai 2015)
« Il s’agirait, selon l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, "de motiver des élèves dont la majorité disent s’ennuyer au collège, en leur montrant que les disciplines classiques, nécessaires, sont aussi complémentaires […] Car "l’enjeu n’est pas de savoir si les élèves apprennent de la même manière, mais s’ils maîtrisent au final la même chose", souligne Claude Lelièvre. » (« DirectMatin » du 10 mars 2015)
« Claude Lelièvre, historien de l'éducation, décrypte la situation actuelle en France, notamment la répartition entre école publique et école privée. » (« Le JDD » du 4 mai 2015)
« Il a démarré tard et il finit tard, le tempo n’est pas idéal », reconnaît Claude Lelièvre, historien de l’Education. […] Les professeurs de collège sont appelés à manifester le 19 mai. « On verra si ceux qui se sentent menacés dans leurs horaires et estiment donc qu’il manque des choses dans les programmes seront nombreux à défiler », note Claude Lelièvre. » (« L’Opinion » du 28 avril 2015)
« « À chaque changement de programmes scolaires, certaines disciplines sont toujours dans le viseur : l'orthographe, l'apprentissage de la lecture, le latin, l'éducation civique... et, évidemment, l'histoire, qui est une grande passion française », estime Claude Lelièvre, historien de l'éducation. » (« Le Parisien » du 27 avril 2015)
« « Le bac, sous sa forme actuelle, ne pourra pas survivre aux évolutions techniques » , estime Claude Lelièvre. Pour cet historien de l’éducation, les lycéens utiliseront « tôt ou tard » Internet lors du baccalauréat. « On ne pourra pas y échapper. » (« La Croix » du 10 avril 205)
« Pour Jules Ferry, la République n’était pas dans l’assiette !, ironise l’historien de l’éducation Claude Lelièvre. » (« Le Monde » du 24 mars 2015)
« Claude Lelièvre, historien de l’éducation, juge positives les propositions de la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, qui veut réformer le collège. » (« Ouest France » du 11 mars 2015)

Interviews

Interview dans « L’Opinion » du 17 avril 2015 :« Dernière chance pour le collège unique »Claude Lelièvre, historien de l’éducation, Professeur émérite à Paris V »)
Interview dans « Ouest-France » du 11 mars 2015 : « Le collège unique joue sa dernière carte » : « Pour vous c’est plutôt une bonne réforme ? »
Interview dans « Le Progrès » du 11 mars 2015 (« historien de l’éducation ») : « Question à Claude Lelièvre. Toutes les cartes sont sur la table » : « La réforme proposée par Najat Vallaud-Belkacem sera-t-elle la bonne ? » Voir aussi : http://www.lalsace.fr/actualite/2015/03/11/toutes-les-cartes-sont-sur-la-table
Interview dans « Le Monde » du 3 mars 2015 (« L’historien Claude Lelièvre est professeur honoraire d’histoire de l’éducation à l’université Paris-5, et spécialiste des politiques scolaires. ») : « Calendrier scolaire : « Rien n’est joué d’avance », estime l’historien Claude Lelièvre »

Tribunes

Tribune dans « Le Monde » du 12 mars 2013 (« Par Claude Lelièvre, historien de l'éducation ») : « Laisser du temps au temps pour bien refonder l'école républicaine » : « une vraie refondation doit prendre du temps et prendre son temps »
Co-signataire d’une tribune dans « Libération » du 15 février 2015 (« Claude Lelièvre (historien de l’éducation) ») : « Refondons l’école »

[17] « Il s’agirait, selon l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, "de motiver des élèves dont la majorité disent s’ennuyer au collège, en leur montrant que les disciplines classiques, nécessaires, sont aussi complémentaires. » (« DirectMatin » du 10 mars 2015)

[18] Il y aurait, à ce sujet, une étude à faire sur les tournures impersonnelles dans les articles de Claude Lelièvre. l’historien parle parfois… de lui-même à la troisième personne ! Sur le blog de « Mediapart » de Claude Lelièvre du 15 mai 2015 : « Collège unique, collège inique ». Extrait :

« On en est enfin là. Il s'agit de terminer cette tâche pour fonder vraiment le collège unique sur une base culturelle commune. Ou alors, ce sera la fin de la perspective d'un ''collège unique'' et de l'ambition d'une scolarité obligatoire ambitieuse et aux obligations effectives. On a déjà accompli une partie du chemin en définissant le « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » et les programmes de l'école maternelle. Reste à finir le travail pour ceux de l'élémentaire et du collège »

[19] Interview dans « Le Progrès » du 11 mars 2015 : « Question à Claude Lelièvre. Toutes les cartes sont sur la table »

[20] Tribune de Stanislas Dehaene dans « Le Monde » du 20 décembre 2014 : « Enseigner est une science »

Réponse de Claude Lelièvre dans « L’Express » du 8 janvier 2015 : « Vers une nouvelle guerre pour la méthode syllabique » (et sur son blog « Mediapart » du 6 janvier 2015 : « Une nouvelle guerre pour la méthode syllabique » )

Voir aussi : http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/171114/le-politique-et-les-methodes-de-lecture

[23] En laissant sous-entendre que Jean d’Ormesson ne s’opposerait pas à la réforme, ce qui est assez amusant…

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/290615/quarante-oies-sous-la-coupole

[24] Voir la tribune de Danièle Sallenave dans « Le Monde » du 1er janvier 2015 : « Et la gauche oublia l’école »

Et la réponse de Claude Lelièvre le jour même : « L’insoutenable légèreté historique de Danièle Sallenave »

[25] http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/240615/le-temps-du-brevet

« En 1988, le « diplôme national du brevet » est créé avec trois séries (collège, technologiques et professionnelles). Il est pour l'essentiel le résultat de cette longue histoire foncièrement compliquée, une histoire qui s’est d'ailleurs davantage encore ‘’emballée’’ ces dernières années au point que l’on a abouti à un montage tout à fait composite et intenable où différentes ‘’strates’’ se juxtaposent sans se conjuguer. Le Conseil supérieur des programmes et le ministère de l'Education nationale devraient faire bientôt des propositions susceptibles d'opérer une clarification et une stabilisation manifestement nécessaires, et de donner peut-être une « seconde vie », voire une « vraie vie » au « brevet » »

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/240615/le-temps-du-brevet http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/170413/le-brevet-et-apres

http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2014/06/06/la-fin-du-brevet/

[30] Claude Lelièvre dans « Libération » du 16 juin 2013 : « Six idées reçues sur le bac »

[31] http://www.lexpress.fr/education/bac/mais-qui-a-mis-en-place-une-dissertation-de-philosophie-au-bac_1551578.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/160615/pleins-feux-sur-la-dissertation-philosophique

« Ce sera encore le cas mercredi où la presse ne manquera pas de citer le libellé des sujets de dissertation proposés dans les différentes séries des baccalauréats généraux ou technologiques. Une spécialité annuelle bien française. Et cela alors même que la dissertation est l'épreuve la moins choisie des candidats qui connaissent sa réputation de difficulté. Un emblème de l'écart entre ce que nous valorisons et ce que nous sommes effectivement capables de faire en matière scolaire.. . »

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/150615/mercredi-cest-philosophie

« Mercredi, c'est philosophie ! Enfin, pas pour tout le monde. Et dans l'ordre de préséance. D'abord le matin pour les bacs généraux. Ensuite l'après-midi pour les bacs technologiques. Quant aux bacs professionnels, on attendra la nuit profonde... Ce dispositif en dit plus long qu'il ne paraît sur ce qui devrait sauter aux yeux : « le » baccalauréat (dont on nous rebat chaque année les oreilles) n'existe pas. Et l'épreuve de philosophie (considérée comme la clé de voûte d'un enseignement secondaire accompli) en est l'emblème, par sa première place symbolique conservée, et ses limites ou lacunes de fait. […] Il est semble-t-il admis qu'intrinsèquement la philosophie est partie intégrante de l'éducation à l'esprit critique. Mais il est non moins patent que cela ne concerne au mieux dans les faits que la moitié d'une classe d'âge (à savoir les candidats aux baccalauréats généraux ou technologiques). Comprenne qui pourra ! »

[47] Claude Lelièvre sur son blog « Mediapart » du 7 avril 2015 : « L’autonomie des collèges et lycées : une longue histoire »

Claude Lelièvre sur son blog « EducPros » du 4 juin 2015 : « Qui a dit ? Et quand ? Voyage dans le temps de « l’autonomie » »

Il est amusant de relire ce que disait Claude Lelièvre de l’autonomie des établissements en 2011 : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/12/28122011_bilanCLelievre.aspx

« Quant à "l’autonomie", il y a autonomie et autonomie. Comme l’a dit ici même (dans le "Café pédagogique" du 16 décembre) Vincent Peillon (chargé de l’enseignement scolaire dans l’équipe de campagne de François Hollande), « si l’autonomie c’est le management, la logique des moyens, l’abandon des cadres nationaux, non. Si c’est l’équipe pédagogique, le projet éducatif local, la construction de réponses spécifiques, oui, et cela existe déjà ». Quant à la "personnalisation", c’est une reprise abusive de la part du pouvoir de droite en place d’une notion qui était bien en vue dès les années 70 dans des écrits de militants du mouvement "Freinet". On assiste depuis quelques années (et cela s’est accentué durant ces deux dernières années sous la houlette du "grand communicant" Chatel) à un détournement de notions venant de la gauche (et de ses mouvements pédagogiques en particulier) afin de brouiller les cartes et de jeter le trouble et la confusion. Mais il ne convient pas de se laisser impressionner, et de laisser aux mains de ses adversaires ces notions positives détournées. »

[54] Voir notre analyse détaillée sur « Avenir latin grec » : « Claude Lelièvre, le latin et les arrangements avec l’histoire » . Sur le latin depuis le lancement de la réforme du collège, nombreux articles de Claude Lelièvre :

- 30 mars 2015 sur « EducPros » : « Latin : le point de non retour »

- 27 mars 2015 : « Les langues anciennes peuvent avoir un avenir »

- 27 mars 2015 : « De la culture intensive à la culture extensive du latin »

« Dans la nouvelle grille horaire que vient de proposer le ministère (dans le cadre de la réforme du collège en cours) figure un « enseignement de complément » de langues anciennes à raison d’une heure en 5ème et 2 heures en 4ème et 3ème. « C’est certes moins, en soi, que les horaires actuels » admet le ministère ; mais les langues anciennes seront prises en compte aussi dans le programme de français comme constitutives de notre langue. Dans le socle, une phrase marquera que les élèves sont « sensibilisés aux origines latines » de la langue. Par ailleurs, les élèves pourront compléter avec l’un des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires), celui des « Langues et cultures de l’Antiquité ». Au total, pour le ministère, cela permettra de répondre aux attentes des enseignants tout en luttant contre l’utilisation des langues anciennes dans les stratégies d’établissement en les offrant à tous. »

- 3 avril 2015 : « Une mise en cause unilatérale de Bayrou »

- 8 juin 2015 : « Collège: De Gaulle en butte à deux conservateurs, Pompidou puis Bayrou »

Voir aussi des articles plus anciens :

http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2013/09/15/le-premier-essai-deducation-nationale/

« La Chalotais s’en prend aussi, d’un même mouvement, à l’enseignement donné dans ces collèges qui lui paraît fermé au »monde réel » en raison notamment de la place éminente donnée au latin et à la culture latine : « la plupart de jeunes gens ne connaissent ni le monde qu’ils habitent, ni la terre qui les nourrit, ni les hommes qui fournissent à leurs besoins, ni les animaux qui les servent, ni les ouvriers et les artisans qu’ils emploient ; ils n’ont même là dessus aucun principe de connaissances ». C’était il y a deux siècles et demi. »

http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/290512/vers-une-renaissance

A noter que Claude Lelièvre était beaucoup plus solidaire des lettres classiques sous la majorité précédente : http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2012/02/19/la-filiere-classique-en-desherence/

[59] Claude Lelièvre, L’École « à la française » en danger ? (1997)

[73] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130315.AFP6654/lecture-ecriture-calcul-pourquoi-le-niveau-baisse.html

« Le temps alloué à l'enseignement du fran­çais a aussi for­te­ment baissé, relève l'historien Claude Lelièvre. "Les élèves font plus de fautes de gram­maire ou de lexique parce qu'on passe moins de temps à faire de la gram­maire expli­cite et encore moins à faire des répétitions". En revanche, "si vous met­tez entre paren­thèses la ques­tion de l'orthographe, on a des élèves qui font des rédac­tions supé­rieures par rap­port à des copies du cer­ti­fi­cat d'études de 1923", souligne-t-il. "L'orthographe est un totem français ! Vous pou­vez vous van­ter d'être nul en maths, mais pas d'être nul en ortho­graphe. C'est l'apitoiement géné­ra­lisé !", relève avec amu­se­ment M. Lelièvre. Et il rela­ti­vise : "Il n'y a pas un effon­dre­ment du niveau en rap­port avec l'effondrement des horaires consa­crés. Ça pourrait être nettement pire". »

[77] « événement », « maître », « août » etc.

[82] « Libération » du 20 mars 2003. Voir aussi « Le Monde » du 5 mars 2003 : « Les personnels de l’Éducation nationale se mobilisent contre la décentralisation » .

[83] Claude Lelièvre sur son blog « EducPros » du 10 juillet 2015 : « La loi Haby a été promulguée il y a quarante ans déjà » .

Extrait :

« Quelques rappels significatifs de prises de positions venant des deux principaux syndicats de professeurs de l’époque, le SNES et le SNALC ( que l’on pourra éventuellement comparer avec celles que l’on entend actuellement à propos de « la réforme du collège », un point toujours éminemment »sensible »). »

[84] « Non au projet Haby » dans le SU du Sgen-CFDT n°645 du 25 février 1975.

[88] Par exemple Valérie Albouy et Thomas Wanecq :« Les inégalités sociales d’accès aux grandes écoles », Économie et statistique (2003), n°361.

Voir aussi les travaux plus anciens de Michel Euriat et Claude Thélot en 1995 : « Le recrutement social de l'élite scolaire en France - Évolutions des inégalités de 1950 à 1990 » dans les quatre grandes écoles françaises (Normale Supérieure, Polytechnique, ENA, HEC).