À acheter pour la rentrée : un ordinateur portable

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Équiper plus de deux cent mille lycéens d’ordinateurs, telle est l’ambition de la région Grand Est, avec la bénédiction de l’Éducation nationale1 : une première vague d’une cinquantaine de lycées entre en vigueur dès la rentrée 2017. Mais en fait d'équipement, l'effort est surtout demandé... aux parents. Quant aux enseignants, ils n'ont guère été consultés.

Une pseudo « expérimentation » des lycées « volontaires »

« L’urgence du numérique est réelle » a déclaré le président du conseil régional du Grand Est2. Une urgence telle qu’il faut déjà passer au « lycée 4.0 » sans qu’on sache très bien où sont passés les précédents.

D’ailleurs, pour aller plus vite encore, cette première « expérimentation » dans des lycées « volontaires » est déjà prévue pour être généralisée d’ici 2020 dans l’ensemble de la région Grand Est3. Que les lycées suivants soient volontaires ou non et quels que soient les résultats de l’expérimentation.

À vrai dire, les vives protestations des fédérations de parents d’élèves ou des principaux syndicats enseignants font quelque peu douter du caractère volontaire des premiers lycées concernés4. Certains proviseurs se diraient même « ne pas être en capacité de mettre en œuvre ces nouveautés à la rentrée »5.

En fait de lycées volontaires, ce sont surtout des chefs d’établissement à qui on a promis la rénovation de leur réseau informatique6. Les enseignants, qui auraient bénéficié de « formations » (comme le président du conseil régional l’a assuré), « n’ont souvent pris conscience de l’ampleur des changements qu’en fin d’année scolaire » : de curieux « volontaires », donc.

Urgence encore : les familles n’ont été prévenues qu’en toute fin d’année des modalités concrètes du plan et une minorité seulement d’entre elles ont passé commande d’un ordinateur, sur le site du Conseil régional, avant la date limite au milieu de l’été7. Un ordinateur sera pourtant nécessaire pour consulter les manuels uniquement numériques.

Le caractère expérimental de ce dispositif donne une apparence de rationalité à une démarche communicationnelle et idéologique.

La région : quelle compétence pédagogique ?

« Une révolution pédagogique est en marche »8 affirme la région, qui n'a pourtant pas de compétence pédagogique et s’en défend d’ailleurs. Malheureusement, elle n’a guère consulté, ni sur le principe ni sur les modalités de cette « révolution », ceux qui disposent de cette compétence.

De fait, si les élèves ne disposent plus de manuels imprimés, il ne s'agit pas « d’encourager une démarche pédagogique nouvelle »9, mais bien de l'imposer à des enseignants qui n’ont rien demandé et n’en voient peut-être pas la pertinence. Il s’agit même de transformer les pratiques « à toutes les étapes de l’enseignement : cours, manuels, notes, contrôles… et bientôt les examens. Plus de papier. »10 En plus de la pédagogie des enseignants, la région définirait-elle les modalités des examens nationaux ?

En réalité, les préoccupations pédagogiques semblent bien lointaines : à titre d’exemple, l’équipement non progressif des lycéens est ainsi apparu « plus simple et plus cohérent »11 à la région, et tant pis si c’est moins simple pour les élèves de première ou terminale, qui devront expérimenter ce dispositif l’année de leurs examens !

La compétence de la région apparaît dans sa grande connaissance même du système scolaire : elle préconise ainsi aux élèves de choisir leur équipement informatique « en fonction des sections et des enseignements »12… quand, au lycée général et technologique, le choix de l’orientation se fait non pas avant mais après la seconde de détermination !

Fin de la gratuité, nouvelles inégalités

Dans la plupart des régions, les manuels scolaires sont pris en charge au lycée : dans les autres cas, des bourses aux livres permettent aux familles de se rembourser13. Avec les manuels numériques (dans leur version la plus économique), la région Grand Est assure la prise en charge du contenu mais entend laisser aux familles la charge du contenant.

Lors de la présentation du plan, la région promettait la gratuité totale « pour les familles les plus en difficulté » et une prise en charge à hauteur de « 50 % du coût du matériel » pour les autres. Ces deux promesses n’ont pas été tenues puisqu’un plafond de remboursement (de 225€) a finalement été fixé pour toutes les familles.

En incluant l’assurance (nécessaire pour une scolarité de trois ans), le coût pour la plupart des familles varie donc entre 244€ et 916€ selon les modèles d’ordinateurs proposés (entre 280€ et 1046€ pour les familles contraintes de prendre un crédit sur trois ans).

Aux inégalités des familles face à ces nouvelles dépenses s’ajoutent les inégalités de matériel. Les trois modèles sont en effet très différents, de la tablette économique à l’ordinateur ultra léger et ultra performant14. Pour la directrice des lycées au conseil régional du Grand Est : « Quand un lycéen achète du matériel scolaire classique, il y en a déjà qui ont des choses plus développées que d'autres. Après, c'est un choix des parents »15. Comme si les familles les plus défavorisées pouvaient consacrer le trentième de leurs revenus annuels disponibles à l’achat d'un ordinateur16.

Avec ce dispositif, la région se félicite d'économies réalisées sur la maintenance du parc informatique des lycées17 : de fait, la maintenance est désormais sous-traitée aux familles : à charge pour elles de souscrire une garantie ou de renouveler à leur frais le matériel informatique de leur enfant !

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Une bonne affaire, mais pour qui ?

Il y a une dernière inégalité : contrairement aux annonces de la région, les tarifs « préférentiels » ne diminuent que très peu le coût du modèle proposé le plus économique18. Les rabais consentis par le constructeur ne sont vraiment intéressants que pour les modèles les plus chers : les familles relativement aisées (jusqu’à 6 000€ de revenus mensuels tout de même19) pourront ainsi acheter un ordinateur de près de 2 000€ (prix public, garantie comprise) à moitié prix : une aubaine !

Mais la bonne affaire est surtout pour les grands groupes technologiques : Hewlett-Packard à qui la région Grand Est offre un marché nouveau d’un quart de million d’acheteurs potentiels (lycéens et enseignants) pour écouler ses ordinateurs de fin de série, et Microsoft : avec son système d’exploitation, sa suite bureautique20 et son cloud, c’est tout un environnement Microsoft qui équipera ces ordinateurs et s’imposera aux élèves, avec les questions que cela pose, comme le conditionnement des élèves ou la confidentialité : Windows 10, plus que les systèmes d’exploitation précédents, collecte par défaut de nombreuses données sur les utilisateurs (localisation, historique des recherches etc.) et Office 365 ProPlus nécessite la création d’un compte utilisateur Microsoft.

Mais la région l’assure : « Aucune donnée personnelle n’est transmise à aucun opérateur ni aucune plate-forme tiers dans le cadre de cette opération. Aucune donnée d’usage n’est recueillie. » L’opération a, de toute façon, reçue l’onction de la Direction nationale du numérique (DNE), qui a récemment donné aux établissements scolaires toute latitude pour utiliser librement les services numériques des grands groupes technologiques : l'Éducation nationale n'a-t-elle pas elle-même signé un contrat avec Microsoft ?21

Des antécédents consternants

Contrairement à ce qu’affirme son président, la région Grand Est est loin d’être « la première région de France à entreprendre cette démarche. »

Depuis 2010, plusieurs départements (de la Corrèze au Jura, en passant par l’Oise ou les Bouches-du-Rhône) ont équipé en fanfare tous leurs collégiens d’ordinateurs ou d’iPads avant, plus discrètement, d’y renoncer sous une forme ou sous une autre : en plus du coût élevé, les élèves en faisaient une utilisation bien peu scolaire22.

Avec des lycéens, plus mûrs, la démarche semble moins absurde, à défaut d’être pertinente, d’autant qu’il s’agit de véritables ordinateurs permettant l’utilisation de logiciels professionnels. Il existe d’ailleurs un précédent depuis 2011 : l’équipement de tous les lycéens de la région Languedoc-Roussillon. Malheureusement les résultats ont été décevants : au-delà de son coût élevé (14,5 M€ chaque année pour seulement 32 200 lycéens), l'efficacité de l’opération a été mise en doute, notamment du fait du peu d'implication des enseignants, encore une fois non consultés, au point que la nouvelle région Occitanie a renoncé à sa généralisation en 2017.

Car au-delà de l’inefficacité se pose la question du coût pour la région Grand Est. Celle-ci consacre déjà à cette première tranche (ne concernant que 14% des lycéens) un budget de 14 M€ (9,5 M€ pour l’investissement initial et 5,5 M€ pour le fonctionnement). Combien au total pour l’ensemble des lycéens de la région23 ? Les licences annuelles pour les manuels numériques, même les plus économiques, risquent bien à terme d’être plus coûteuses que l’achat de manuels traditionnels.

Mais rien n’est trop beau pour « proposer à la jeunesse des conditions de travail modernes » et tant pis si ces sommes considérables seraient plus utiles à la mise aux normes et à la rénovation urgente de nombreux lycées, par exemple : pas assez moderne, sans doute.

Des contestations ambigües

Comme souvent, les oppositions sont purement politiques : les élus socialistes de la région Grand Est ont voté contre cet équipement alors même que le président du Conseil régional (LR) entend s’engager dans le grand plan national « école numérique » lancé… par la majorité socialiste24. De fait, tout en déplorant l’impréparation de cette opération (« une impasse pédagogique ») et les inégalités qu’elle ne manquera pas de creuser (« un recul social »), les conseillers régionaux socialistes assurent pourtant en partager les objectifs25. Une opposition sur la forme, et non sur le fond, donc.

Les associations de parents d’élèves, dont les enfants sont exposés à cette « expérimentation » hasardeuse et qui doivent en supporter le coût, hésitent davantage entre une opposition sur les modalités (fin de la gratuité, inégalités entre les familles, précipitation et manque de concertation) ou sur le principe. Ainsi, pour la FCPE du Bas-Rhin, « les bénéfices d’une utilisation du numérique dans la délivrance de connaissances ou de savoir-faire n’ont absolument pas été prouvés. C’est même l’inverse26. » Depuis plusieurs années pourtant, la FCPE nationale appelle résolument à la « révolution numérique scolaire »27 !

Plus prudemment, dans le cas concret qui nous occupe, la FCPE nationale demande désormais que les manuels numériques ne fassent que s’ajouter aux manuels imprimés28 et tant pis si les cartables, importante revendication de la FCPE, n’en sont que plus lourds... De son côté, la FCPE Grand Est ne réclame plus, dans une pétition, que la gratuité et la progressivité de cet équipement.

On le voit : les contradictions ne manquent pas.

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La fée numérique

À en croire la région (qui ne fait que copier-coller le site du ministère), l’équipement numérique, « au service de toutes les réussites », aurait des vertus merveilleuses :

« La diffusion des usages du numérique dans l’enseignement constituant un puissant levier de modernisation, d’innovation pédagogique et de démocratisation du système scolaire. […] La différenciation pédagogique, l’individualisation des parcours, la lutte contre le décrochage scolaire sont des priorités que le numérique contribue à mettre en œuvre. »

Et tant pis si l’école numérique n’a guère fait la démonstration de son efficacité. Le rapport de l’OCDE en 2015 sur les nouvelles technologies à l’école n’est guère encourageant : « les pays qui ont consenti d’importants investissements dans les TIC dans le domaine de l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves. »

Peu importe, affirme la région : « 90% des enseignants estiment que les élèves sont plus attentifs avec des contenus interactifs, dont ils maîtrisent les codes ». La source de ce chiffre, un groupe d'éditeurs scolaires, est malheureusement aussi problématique qu’amusante29. Mais, de façon quelque peu contradictoire, la région se veut rassurante : les élèves ne passeront pas tout leur temps devant leur écran puisque, « l'enseignant pourra aussi utiliser un tableau numérique interactif pour reposer les yeux des élèves »30. Un écran à la place d’un autre, voilà qui est convaincant, en effet !

Numérisme etc.

On retrouve dans cette opération tous les ingrédients d’une folie du tout-numérique qui transcende les clivages politiques : fascination pour les « outils » numériques, culte de la modernité, absence de recul critique, pédagogie-prétexte, prédominance de la communication, lobbying des grands groupes technologiques, politiques locales et nationales erratiques, loin des vraies priorités de l'école etc.

Pas de doute : un exemple probant de l'usage « raisonné, raisonnable et pensé » du numérique, pour reprendre l’expression de l’ancienne rectrice de la région académique.

Et si les enseignants, non consultés, font preuve de scepticisme face à cette dispendieuse opération de communication, leur inertie fournira à son échec des responsables tout trouvés.

@loysbonod

Édition du 17 août 2017 : interrogée sur le modèle d'entrée de gamme, la région, après quelques jours de silence, a annoncé la négociation avec HP d'un modèle supérieur pour le même prix.


[1] Le 22 mars 2017, la présentation du dispositif s’est faite en présence des recteurs, de la rectrice de la région académique et du directeur de la DNE.

[2] Philippe Richert (LR) est également président de l'Association des régions de France depuis 2016.

[3] « Expérimentation du lycée 4.0 : les 50 établissements choisis », dossier de presse de la région (22 mars 2017)

« A la rentrée 2020, l’ensemble des établissements du Grand Est seront des lycées 4.0 »

Les résultats des expériences déjà menées dans certains lycées n’ont pas été communiqués

[4] Sur le site de la région est indiqué : « 50 lycées choisis, parmi les 101 volontaires ». Mais qu'est-ce qu'un lycée « volontaire » ? Selon la PEEP du lycée Kastler, un « projet pédagogique » doit être voté en CA et une candidature doit « normalement » être « discutée » en conseil d'administration. A noter qu'un vote en CA ne signifie pas nécessairement l'accord des premiers concernés : les enseignants (ou leurs représentants).

[5] « L’Est républicain » du 29 juin 2917.

[6] « L’Alsace » du 10 juin 2017 : « Le manuel numérique fait couler de l’encre »

« Mais, selon « les échos » plus globaux qu’en a Jean-Louis Hamm, co-secrétaire académique du syndicat enseignant SNES-FSU, « les chefs d’établissements ont candidaté, d’autant qu’il a été dit que le réseau informatique serait rénové, et les enseignants n’ont pas été beaucoup consultés. » »

[7] Plus de 13 000 lycéens (sur 31 000) avaient commandé un ordinateur avant la date limite du 30 juillet 2017.

[8] « Expérimentation du lycée 4.0 : les 50 établissements choisis », dossier de presse de la région (22 mars 2017)

[9] « La politique régionale » : http://numerique-educatif.fr/

« Afin de proposer à la jeunesse des conditions de travail modernes, La Région Grand Est a fait le choix d’encourager une démarche pédagogique nouvelle au travers d’un ambitieux plan numérique éducatif. »

[10] « Rue89 » (édition Strasbourg) du 27 juillet 2017 : « Questions sur le passage des lycées du Grand Est aux manuels numériques »

[11] « Rue89 » (édition Strasbourg) du 27 juillet 2017 : « Questions sur le passage des lycées du Grand Est aux manuels numériques »

« Étant donné l’ampleur des changements, et des investissements en matériel et supports pédagogiques, il nous est apparu plus simple et plus cohérent que tous les élèves et tous les enseignants au sein d’un même lycée passent au numérique en même temps. »

[12] http://numerique-educatif.fr/aide-a-lequipement-individuel/

« Vous choisirez vous-même l’équipement informatique, en fonction de l’usage ou de vos préférences. Cependant, en fonction des sections et des enseignements, votre lycée pourra faire des préconisations. »

[13] Les familles dans ces académies ne pourront pas se rembourser de leurs manuels et devront de plus assurer la charge de l’achat d’un ordinateur.

[14] La mémoire vive varie de 2 Go à 8 Go, l’autonomie (déclarée…) de 10 à 13h, la capacité de stockage de 32 Go à 256 Go, la taille de l’écran de 10’ WXGA à 15’ Full-HD, etc.

[15] « France Bleu Champagne Ardennes » du 7 août 2017 : « 30 000 lycéens du Grand-Est doivent s'équiper d'un ordinateur pour la rentrée »

[16] 10% des couples avec trois enfants ou plus disposent de moins de 27 000€ de revenus par an selon l’Insee (2014).

[17] Dans les lycées « le nombre d’ordinateurs fixes va baisser de 72 000 à 30 000, ce qui permettra d’économiser sur les coûts de maintenance. »

[18] Sur le site de la région, la tablette est présentée comme coûtant 586€ (+ 252€ de garantie matérielle trois ans) alors qu'on la trouve à un prix public de 399€ (prix constaté à la date du 29 juillet 2017 sur le site d'Hewlett-Packard) + 60€ garantie matérielle pour trois ans soit, au lieu de 838€, un total prix public de 459€, à peine supérieur au « tarif préférentiel négocié dans le cadre d'une commande groupée », à savoir 441€).

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La différence s’explique facilement par une erreur de la région : le prix de 586€ correspond à un modèle haut de gamme (128 Go de stockage et 4 Go de mémoire). Le modèle de la région est d’entrée de gamme et n'a que 32 Go de stockage et 2 Go de mémoire.

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Edition du 17 août 2017 : rebondissement puisque la région, après quelques jours de silence, a apporté cette réponse, en forme de compromis :

Tant mieux si, à défaut de permettre à la région d'interroger la pertinence de l'opération, mon billet a pu au moins permettre aux familles de bénéficier d'un ordinateur plus adapté et à un prix réellement négocié. A noter que, si le prix public du modèle 2Go/32Go a été relevé de 399€ à 443€ début août (avec la mention « stock bientôt épuisé »), le prix public du modèle 4Go/64Go a, lui, baissé de 491€ à 463€. Si bien que la différence de prix est désormais relativement faible.

[19] Selon l’Insee (2014), la moitié des couples avec enfants ont des revenus supérieurs à 3 500-3 900€.

[20] Tous les ordinateurs proposés sont sous Windows 10 professionnel. La région Grand est a par ailleurs choisi d’équiper les lycéens avec la suite Office ProPlus (pour un demi-million d’euros par an). Cf « L’Informaticien » du 13 janvier 2017 : « Grand Est : 217 000 lycéens et 28 000 enseignants équipés avec Office ProPlus »

Par défaut Windows 10 collecte de nombreuses données sur les utilisateurs (localisation, historique des recherches etc.).

[21] Sur le contrat de la région Grand Est avec Microsoft, voir « L'Humanité » du 23 mai 2017 : « Éducation. Les élèves abandonnés aux géants du Net ? »

Sur le contrat de l'Éducation nationale avec Microsoft, voir « L'Humanité » du 18 décembre 2015 : « Microsoft fait son marché à l’école. »

[22] Voir notre article « Environnement personnel d’apprentissage ».

[23] « Expérimentation du lycée 4.0 : les 50 établissements choisis », dossier de presse de la région (22 mars 2017)

 « Le numérique au service des jeunes représente un chantier prioritaire pour la Région Grand Est qui y consacre, en 2017 près de 14 M€ : 9,56 M€ en investissement et 5,5 M€ en fonctionnement sont prévus. »

[24] « Rue89 » (édition Strasbourg) du 27 juillet 2017 : « Questions sur le passage des lycées du Grand Est aux manuels numériques »

« L’Éducation nationale est engagée dans un vaste plan appelé « école numérique ». Les collèges seront progressivement amenés à passer au numérique. Il est donc logique que la Région, chargée de l’équipement et de l’entretien des lycées, accompagne la démarche de l’État. ».

[25] « L’Est républicain » du 29 juin 2917 :

« Le conseil régional passe à l'examen son plan numérique des lycées. La région Grand Est est la première région de France à entreprendre cette démarche.

Pour Bertrand Masson, du PS : "Cette expérimentation s'annonce déjà comme une impasse pédagogique et un recul social."

Bertrand Masson, du PS Meurthe-et-Moselle : "Le passage au numérique doit s'accompagner d'un saut pédagogique qualitatif et sur ce point nous n'y sommes pas si c'est simplement le scan d'un manuel papier sur une tablette."

Bertrand Masson, PS Meurthe-et-Moselle : "Vous parlez de gratuité pour les familles alors que le reste à charge s'étalera entre 196 et 881 €. Le principe de gratuité est mis à mal. Les lycéens vont servir d'expérimentateurs dans de mauvaises conditions. Bon nombre d'équipes pédagogiques ne sont par ailleurs pas prête. Vous dites qu'elles ont bénéficié de formations. Cela est faux !"

Colère de Philippe Richert : "Les 50 lycées pilotes sont volontaires. Quant à la pédagogie, c'est à l'Education nationale de la définir."

A la surprise générale, le groupe FN, habitué à s'opposer sur quasiment tous les dossiers portés par la majorité, fait savoir qu'il votera en faveur de ce plan numérique pour les lycées.

Lise Roseleur, majorité LR Meurthe-et-Moselle : "En 2015, nous avions décidé de faire de la jeunesse une priorité. Cette mesure en est l'illustration."

Atissar Hibour, de la majorité : "Les formations des enseignants sont en cours. Les socialiste répandent des contre-vérités."

Jean Rottner, LR Haut-Rhin, aux socialistes : "Je peux comprendre les inquiétudes face à ces nouveaux outils. Mais notre responsabilité d'élus est d'accompagner ces changements. Je regrette que vous ne soyez pas plus positifs."

Bertrand Masson, du PS : "Des proviseurs nous disent ne pas être en capacité de mettre en œuvre ces nouveautés à la rentrée. Nous partageons les objectifs de ce dispositif mais regrettons que le temps n'ait pas été pris pour sa mise en œuvre."

Philippe Richert, président LR de la Région très en colère de ne pas être suivi sur ce point par le groupe socialiste : "Ce n'est pas parce que cela pose problème dans quelques lycées que nous allons renoncer à tout !"

Malgré le vote contre du groupe socialiste, le plan numérique des lycées est adopté grâce au vote de la majorité et du FN. »

[26] « Rue89 » (édition Strasbourg) du 27 juillet 2017 : « Questions sur le passage des lycées du Grand Est aux manuels numériques »

 « Les bénéfices d’une utilisation du numérique dans la délivrance de connaissances ou de savoir-faire n’ont absolument pas été prouvés. C’est même l’inverse. Pour l’ingénieur Philippe Bihouix, le numérique est nuisible à l’acquisition des fondamentaux et fait perdre le goût de l’effort. Une récente étude de l’Université du Michigan a montré que l’ordinateur, plutôt que d’aider, est une source de distraction pour les étudiants. Nous avons demandé un moratoire jusqu’à l’année prochaine. […] La question d’utiliser Internet en cours pour faire autre chose (réseaux sociaux, consultation sites, jeux videos…) que de consulter un livre numérique va fatalement se poser. Rappelons que dans les lycées, les téléphones portables sont interdits en cours. En outre, allumer un ordinateur prend plus de temps qu’ouvrir un livre, sans compter les bugs et les problèmes de pannes informatiques qui vont se poser. »

[27] FCPE, « Le numérique à l’école : un enjeu encore incompris ? » (août 2012)

[28] « France Bleu Champagne Ardennes » du 7 août 2017 : « 30 000 lycéens du Grand-Est doivent s'équiper d'un ordinateur pour la rentrée ».

« La présidente nationale de la FCPE, l'Ardennaise Liliana Moyano, demande à la Région de financer l'intégralité de l'équipement informatique pour les familles et prône un usage mixte de l'ordinateur et du manuel imprimé. L'inégalité des ressources n'est pas l'unique argument de la représentante des parents d'élèves : "Tous les contenus pédagogiques ne sont pas disponibles en numérique. Il faut prévoir la formation des enseignants. Par ailleurs, des études sur la santé montrent qu'une trop forte pratique des écrans n'est pas une bonne chose". Pour Liliana Moyano, le Conseil régional du Grand-Est doit revoir sa copie. »

[29] Petite archéologie des sources numériques, qui permet de mieux comprendre la fabrique du consentement.

Selon la région Grand Est :

« 90% des enseignants estiment que les élèves sont plus attentifs avec des contenus interactifs, dont ils maîtrisent les codes »

Sur le site de la région, les « contenus interactifs » se limitent finalement aux seuls manuels numériques, avec une source très évasive :

« 90% des enseignants interrogés dans le cadre d’un sondage récent estiment que le manuel numérique leur permet de mobiliser l’attention de toute la classe (source: sit e du ministère de l’Education Nationale : http://eduscol.education.fr/ ) »

Après recherche sur le site Eduscol, on découvre qu'en fait de « sondage récent », il s’agit d’un sondage de « Livre hebdo » en date du 27 mai... 2010 :

« Les enseignants plébiscitent le manuel numérique

90% des enseignants interrogés dans le cadre d’un sondage de Savoir livre estiment que le manuel numérique leur permet de mobiliser l’attention de toute la classe. »

Nouvelle recherche car le lien n'est pas donné par Eduscol : ce sondage TNS-Sofres de 2010 a été mené pour le compte du Syndicat national de l’édition (SNE), groupe des éditeurs scolaires, auprès de 500 professeurs de 6e utilisateurs de manuels numériques : il s’agit donc de professeurs volontaires et mettant en pratique ces manuels numériques, professeurs dont on se demande auprès de qui l'institut de sondage a pu se procurer la liste.

A noter que le même sondage indique 90% des enseignants utilisateurs de manuels numériques interrogés ne souhaitent pas la disparition des manuels papier, ce que la région Grand Est se garde bien de rappeler et qui ne peut que réjouir les éditeurs de manuels imprimés et numériques !

[30] « France Bleu Champagne Ardennes » du 7 août 2017 : « 30 000 lycéens du Grand-Est doivent s'équiper d'un ordinateur pour la rentrée »