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Les pratiques de lecture de la jeunesse
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Echec ou réussite ? La tribune est assez ambigüe :
En trois ans, le Pass culture a parcouru un chemin déjà considérable. La part collective, celle qui est portée par nos professeurs pour les collégiens et lycéens, est une éclatante réussite. La part individuelle, disponible à partir de 15 ans, est également plébiscitée par les jeunes, qui lisent désormais davantage, tout en s’ouvrant pour la moitié d’entre eux à des découvertes artistiques et culturelles.
Pour autant, force est de constater que cette part individuelle reste encore, trop souvent, un instrument de consommation culturelle et de reproduction sociale, comme deux rapports viennent de le confirmer .
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Dans le "Café pédagogique" du 13/01/25 : "Comment étudier des livres que l’on n’a pas lus"
Dans "The Conversation" du 5/02/25 : "Ne pas lire les livres imposés au collège ou au lycée, c’est grave ?"
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Le "pass culture" : "Dans la story Instagram du président, des votes manga et séries pour la promo du #PassCulture ." Le but : favoriser "l’accès à la culture afin de renforcer et diversifier les pratiques culturelles".
pass.culture.fr/le-dispositif/
2025 :
Dans "Le Monde" (abonnés) du 28/02/25 : "Le Pass culture individuel diminué de moitié pour les jeunes de 18 ans : « Nous recentrons les efforts sur ceux qui en ont le plus besoin », annonce Laurence Tison-Vuillaume"Reprenant le constat fait par la Cour des comptes et l’inspection générale des affaires culturelles que la part individuelle « reste encore, trop souvent, un instrument de consommation culturelle et de reproduction sociale », Rachida Dati avait fait part, en octobre 2024, de son souhait de « revoir en profondeur » le modèle du Pass culture. S’il est bien prévu de donner un peu plus aux jeunes de condition modeste, les contraintes budgétaires réduisent de près de moitié l’enveloppe globale des crédits distribués.
A noter que la part collective du Pass culture (allouée aux établissements scolaires pour financer des projets culturels) a été gelée mais que "la ministre de l’éducation nationale a réaffirmé son attachement à ce dispositif" !
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Et cette chronique de Michel Guerrin dans "Le Monde" (abonnés) du 23/05/25 : "Les Français lisent beaucoup moins, on prédit la mort de la littérature, et tout le monde s’en fiche"
Et tant pis si "Le Monde" a aussi sa responsabilité dans ce relativisme universel et délétère (avec un changement depuis 2023)...
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www.laviemoderne.net/images/forum_pics/2025/20251005_tf1.m4v
Tribune de Philippe Claudel et Enrique Martinez dans "Le Monde" du 7/12/25 : "« La reconquête de la lecture est un impératif de civilisation, au sens le plus fort du terme »"
Après avoir avancé des chiffres effrayants sur la pratique des écrans, la tribune est très consensuelle :
Quant au soutien à la lecture scolaire, il est finalement intéressé :Rien ne sert d’opposer sommairement l’écran et l’écrit. Le combat pour un usage raisonné des écrans ne doit pas devenir un objectif rigoriste. Le numérique offre aussi des opportunités qu’il faut saisir. Quatre-vingts pour cent des 16-19 ans qui lisent par loisir ont eu envie de le faire après avoir vu une série ou un film adaptés d’un roman – l’exemple du Comte de Monte-Cristo l’a rappelé. Et les fictions en podcast, les livres audio sont autant d’occasions pour s’évader, apprendre et se cultiver. Toutes les technologies sont bonnes à prendre quand il s’agit de partager le savoir.
Les auteurs de la tribune sont le président de l’Académie Goncourt et le directeur général du groupe Fnac Darty.Et dans le droit fil de l’esprit du Goncourt des lycéens, afin de renforcer l’attrait pour la littérature d’aujourd’hui, ne pourrait-on envisager que soit favorisée, dans les programmes de lycée, l’étude des ouvrages qui ont été récemment couronnés par le prix, c’est-à-dire élus par des jeunes gens – et non par un jury adulte –, qui ont reçu leur faveur parce qu’ils ont capté leur attention et leur intérêt ? A l’heure où l’obligation suffit de moins en moins à faire lire, la recommandation par des jeunes lycéens aurait une force inégalée. Intégrer les lauréats du prix dans les programmes vaudrait reconnaissance, aux yeux des élèves, de la valeur de la littérature contemporaine, de l’aide qu’elle apporte face aux défis du temps présent, de son actualité, et de leurs choix propres.
Au reste, le raisonnement est amusant : les auteurs contemporains reçoivent des prix donc la littérature contemporaine a de la valeur.
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Extraits :
On a eu la vague d’articles expliquant « comment donner le goût de la lecture aux enfants », on peut s’attendre à des émissions sur France Inter consacrées à « comment faire regarder des films en entier à vos ados ».
Quand le spectateur décroche, le cinéma s’adapte. Après les profs de français se plaignant d’élèves qui ne lisent plus, place aux profs de cinéma dont les étudiants ne regardent plus de film. Dans le magazine culturel américain The Atlantic, l’une de ces enseignantes signale que, à la traditionnelle question de début d’année : « Quel film avez-vous vu récemment ? », elle constate qu’elle a maintenant des étudiants (en cinéma, donc) qui peinent à en citer un seul. Un autre raconte avoir soumis un quiz à ses élèves censés avoir regardé Jules et Jim, de François Truffaut. A la question « comment le film se termine-t-il ? », plus de la moitié de la classe a choisi « les personnages se cachent pour échapper aux nazis » ou « ils se saoulent avec Ernest Hemingway »
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La bande dessinée reste le premier choix des jeunes pour leur lecture loisir (les mangas en 3e position après les romans).
Pour leurs loisirs, on note que les garçons de 10-12 ans ont lu en moyenne 3,7 mangas (dans les trois derniers mois), ce qui suffit à les qualifier comme "moyens lecteurs". Avec 1,3 livre de plus, ils deviennent même de "gros lecteurs" (5 livres ou plus).
La moyenne de la lecture loisir pour les 7-12 ans est de 7,3 livres, avec seulement 45% de "gros lecteurs", ce qui laisse penser à une moyenne tirée vers le haut par cette catégorie (dont on peut estimer qu'elle a lu en moyenne 13,5 livres) : 55% des 7-12 ans ont donc lu 4 livres ou moins (incluant bande-dessinée, mangas ou comics) dans les trois derniers mois.
Le point suivant n'apparaît pas dans l'étude : s'agissant de la lecture de loisirs, le temps de lecture des jeunes Français était de 3h par semaine. Il n'est plus que de 2h04, soit une baisse de quasiment un tiers (-31%).
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Tout est bon pour fustiger le "déclinisme" et la "panique morale".
C'est vrai qu'il n'y a là rien à déplorer !Comme d’habitude, l’étude déplore la concurrence entre les livres et le numérique : les jeunes consacrent 18 minutes par jour à la « lecture loisir » (1 minute de moins qu’en 2024 !) contre 3 h 01 aux « écrans », et jusqu’à plus de 5 h à 16-19 ans.
Le meilleur outil de l'anti-déclinisme est le relativisme. Relativisme des chiffres (les évolutions comparées sont avec... 2024 donc peu significatives en effet). Mais pas seulement. Exemple :
C'est vrai que c'est tout à fait la même chose...Faut-il par exemple rappeler ce passage au début du roman de Stendhal Le Rouge et le Noir : le jeune Julien Sorel est surpris en train de lire par son père, qui le rabroue violemment et jette son livre ; lorsque les élèves d’aujourd’hui lisent ce passage, ils s’identifient et s’esclaffent, se voyant sur leur canapé le soir en train de se faire houspiller par leurs parents pour abus de smartphone. Serions-nous les pères Sorel de notre siècle numérique ?
Il faudrait d'abord que M. le Baut accorde une fois pour toutes son argumentaire puisqu'il n'y a pas de déclin des pratiques de lecture...
Mais réfléchissons à l'analogie et à sa pertinence.
Julien Sorel représente-t-il au début du XIXe siècle une génération de jeunes gens ? On peut en douter compte tenu du faible nombre de lecteurs alors et surtout du caractère exceptionnel de son personnage...
Mais plus intéressant : l'opposition entre Julien et son père a moins à voir avec une génération qu'avec une classe sociale. Son père, qui ne sait pas lire, lui reproche de lire au lieu de travailler dans la scierie. Le livre est ce qui permet à Julien Sorel d'échapper à son destin social (de façon quelque peu naïve car il lit le Mémorial de Saint-Hélène...).
Mais libre à M. le Baut de présenter les jeunes sur leurs smartphones comme des Julien Sorel romantiques...
Autre forme de relativisme :
Eh oui : lire, ce n'est plus lire. Lire une vidéo, c'est lire : il fallait y penser. Dès lors il n'y a plus rien à déplorer !Soulignons-le avec force : il y a incontestablement un problème de vocabulaire, qui crée un biais. Nous donnons au mot lecture un sens très réducteur, et fortement idéologique : la lecture, c’est pour beaucoup lire des livres, forcément imprimés, essentiellement de nature littéraire, c’est-à-dire avec un enjeu esthétique. [...] A nous d’en tenir compte en cessant d’enfermer la lecture dans ses traditions. Ouvrir son smartphone, c’est très souvent lire ! Contrairement à ce que suggère le CNL, parcourir les réseaux sociaux, c’est aussi être en activité de lecture. Contrairement à ce que semble penser le CNL (et l’Ecole ?), une nouvelle textualité se déploie désormais, faite non seulement de mots, mais aussi de sons, d’images, de vidéos, d’hyperliens, de hashtags, d’émoticônes … Il nous faut bel et bien dé-livrer la lecture, c’est-à-dire la libérer du livre, et de ses thuriféraires.
Si le numérique doit être mis hors de cause (voire célébré pour les nouvelles "lectures" qu'il offre), l'école peut en revanche être mise en accusation : "Comment les élèves pourraient-ils se construire comme lecteurs et lectrices alors que très souvent l’Ecole ne les reconnait pas en tant que tels" ?
Autre relativisme :D’abord, sans aucun doute, en ouvrant le champ des lectures ! Ce que faisait timidement un rapport 2025 de l’IGESR sur le sujet. Ce que fait heureusement le futur programme de cycle 4. L’Ecole doit enfin reconnaitre et intégrer, dans ses corpus et ses dispositifs, la littérature jeunesse, les ouvrages documentaires, les bandes dessinées, les mangas, des genres occultés comme la fantasy ou même la romance, la poésie contemporaine, la littérature étrangère, des narrations visuelles comme les séries ou les jeux vidéos, des pratiques numériques comme Wattpad, les blogs, les vlogs, les réseaux sociaux, les textualités multimodales, les créations multimédias, les vidéopoèmes, l’Intelligence Artificielle...
Car écrire, c'est écrire de "la littérature" ! Et c'est donc lire.Pour qu’advienne l’authentique lecteur, « mon semblable, mon frère », il nous faut l’amener à déployer et construire sa subjectivité ; l’accompagner dans des pratiques d’écriture créative qui feront de la littérature non un objet (mis à distance) mais une pratique (vivante) ;
Tout est dans tout, finalement !
Car publier est la suite logique. Tout le monde peut écrire de la littérature, tout le monde peut-être publié, tout le monde est Julien Sorel avec un smartphone !reconnaitre même la culture numérique, désormais notre lieu des apprentissages ; œuvrer à des projets pédagogiques qui autorisent tous et toutes à déployer simultanément lecture-écriture-publication, à éprouver les bonheurs si divers et si féconds de la « lettrure » pour reprendre le joli mot médiéval ressuscité par Emmanuel Souchier.
Ce confusionnisme, ces relativismes ridicules et cette démagogie expriment, en réalité, un vrai mépris de la jeunesse.
Merci M. le Baut !
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