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Bien-être (et bienveillance) à l'école
- Loys
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Le mal-être à l'école n'est pas un phénomène marginal en France. Dans cette société de concurrence, où l’on pousse l’adolescent à prendre des décisions d’adultes bien trop tôt, où l’opacité des critères de sélection comme Parcoursup est bien réelle, comment trouver l’apaisement ? David Cohen souligne malheureusement que la France n’a pas le bon système de pensée : “On a tendance à penser que l'on est meilleur quand on crée de la compétition, de l'émulation par la punition, alors que c'est faux. Toutes les expériences de pédagogie ont montré que les enfants sont plus heureux et plus efficaces quand ils sont motivés positivement. Et ça, c'est quelque chose qu'on a beaucoup de mal à introduire dans notre système scolaire actuellement.”
Quant à Sophie Balhu, professeure d’anglais, explique que pour elle, “l’école a toujours été une institution très violente parce que c'est du tri de masse, je suis même épatée qu'il y ait autant d'élèves qui arrivent à être adaptés au système scolaire.”
L’incapacité à se calmer, ces crises de larmes et d’angoisses qui empêchent de se lever ou de franchir l’établissement, nausées, nuits sans sommeil et angoisses violentes à l'idée de se rendre au lycée. Derrière ces moments de vie, qui racontent tant de leurs années passées, se perçoit une autre tension, liée à l’attente et à l’incertitude de ne pas savoir ce qu’ils vont devenir.
Des jeunes, des professeurs et des équipes éducatives au cœur d’un hôpital public, un proviseur, une mère et son fils, et une professeure d’anglais. Une longue chaine pour comprendre la prise en charge psychique du jeune et mieux appréhender ce phénomène de phobie scolaire, qui s’étend.
Un documentaire de Johanna Bedeau réalisé par Marie-Laure Ciboulet.
Avec :
Fadela Alilat, professeure de français au centre scolaire de la pitié Salpetrière, Karel,
Nicolas Hespel, directeur du centre scolaire de la Pitié Salpêtrière,
Attika Lemerle, professeure des écoles spécialisées,
David Cohen, psychiatre, professeur et chef du service de pédopsychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Pitié-Salpêtrière …,
Simon, Flavie, Pauline, Alix
Sophie Balhu, professeure d’anglais,
Hélène Romano, psychologue
Laurent Kaufman, proviseur de collège en Seine st Denis,
Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste
Dr. Elie Khoury, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent à l’hôpital Robert Debré à Paris
Maurice Corcos, professeur de psychiatrie infanto-juvénile à l'Université Paris Cité, chef de service du département de psychiatrie de l'adolescent et de l'adulte jeune à l'Institut Mutualiste Montsouris
Vanessa Milhiet, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, accueil urgence de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière
Merci à Olivier Galland
Au Centre hospitalier de Macon et au CHS de Sevrey et à Odile Mandagaran présidente de l’association phobie scolaire
La réflexion sur la phobie scolaire est l'éternel lieu de promotion des pédagogies progressistes et alternatives. Une collègue accuse l'école de "tri de masse" (alors que l'orientation n'intervient qu'en toute fin de la scolarité obligatoire : certains cas de phobie scolaire dans les témoignages commencent... à la maternelle). Pour Laurent Kaufman, principal de collège, "la façon dont on évalue les élèves reste extrêmement violente" et tant pis si nombre des élèves victimes de phobie scolaire sont de bons élèves obtenant de bons résultats.
Il est étonnant que la phobie scolaire soit essentiellement expliquée par certaines pratiques pédagogiques - mises en accusation (un enseignement compétitif, sans motivation positive, "l'émulation par la punition") -, et par par des conditions d'enseignement (effectifs des classes, multiplication des classes pour les enseignants. Il est plus facile d'être bienveillant dans le cadre (psycho-médical) d'un rapport personnel avec un élève que dans le cadre d'un rapport intermittent et collectif. Le reportage mentionne d'ailleurs les "micro-collèges".
On pourrait d'ailleurs se demander, comme le fait le docteur Cohen, quelle transformation de la société fait que la dimension collective de l'école puisse devenir un problème (au point qu'on exige aujourd'hui des enseignants qu'ils personnalisent en classe les apprentissages) : il est d’ailleurs symptomatique que l'expérience de l'école à la maison pendant le confinement ait contribué à la vague de phobie scolaire actuelle. La dimension affective même pourrait être évoquée ("l'anxiété de séparation").
Plusieurs témoignages montrent que la phobie scolaire n'est pas nécessairement liée aux apprentissages ou aux enseignants, mais à l'environnement (pas toujours bienveillant) des autres élèves, avec la question du harcèlement. En ce cas la phobie n'est plus "scolaire" que par l'insuffisance d'un environnement scolaire protecteur (une élève témoigne d'une phobie liée au car scolaire), si tant que l'environnement n'échappe pas à l'école à cause des objets numériques.
Sur "France Inter" du 21/11/23 : ""Épuisés", "stressés", peu soutenus : 15% des lycéens présentent des signes de burn-out, selon une étude"
Par Sonia Princet
La chercheuse en psychologie Aline Vansoeterstede a repéré les signes du burn-out chez 15% des adolescents qu'elle a rencontrés pour sa thèse La chercheuse en psychologie Aline Vansoeterstede a repéré les signes du burn-out chez 15% des adolescents qu'elle a rencontrés pour sa thèse © Getty - Carol Yepes
Le Conseil national d'études des systèmes scolaires organise mardi et mercredi une conférence sur le bien-être à l'école, avec des comparaisons internationales. La France, qui se distingue par une forte pression sur les élèves, n'est pas bien placée en la matière.
Épuisement, manque de motivation, perte de sens... Tels sont les signes qui permettent d'identifier un burn-out. Dans une thèse intitulée "Ta vie au lycée" et pour laquelle elle a enquêté en 2021-2022 auprès de 500 lycéens à travers la France, la chercheuse en psychologie Aline Vansoeterstede a repéré ces signes chez 15 % des adolescents. "Ils sont nettement plus épuisés que la moyenne, et nettement moins engagés", observe-t-elle. "Ils ont un sentiment de lassitude permanent. Ils se sentent fatigués dès le début de la journée, ils n'ont pas d'énergie et ont des difficultés à se concentrer dans leur travail."
"Ils ressentent très peu de soutien"
Ces mêmes élèves ont tendance à se coucher plus tard que les autres, s'assoient au fond de la classe, sont plus souvent absents. "Ils déclarent être stressés par tout ce qui se passe à l'école", poursuit la doctorante au Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Santé de l'Université Paris Cité. "Ils ressentent très peu de soutien à la fois de leurs parents, de leurs enseignants, mais aussi de leurs camarades, ce qui pose la question de savoir s'ils ne sont pas potentiellement victimes de harcèlement à l'école."
Leurs stratégies, pour faire face au stress sont par ailleurs "plutôt dysfonctionnelles", selon Aline Vansoeterstede, et se traduisent souvent par la consommation de substances psychoactives, dans une proportion plus importante que les autres jeunes. "Paradoxalement, ils ont de l'ambition scolaire. Quand on leur demande ce qu'ils veulent faire plus tard, en tout cas chez les bacs généraux, ils veulent en majorité aller jusqu'à bac +5, mais ne savent pas quoi faire. Ils sont probablement perturbés dans leur projection et sûrement un peu inhibés", souligne la chercheuse.
Les "désengagés"
Un autre profil a attiré l'attention de la chercheuse : ceux qui ne voient pas l'intérêt de l'école, et qu'elle appelle les "désengagés". Ils sont 17 %. "L'école n'a pas beaucoup de sens pour eux", précise Aline Vansoeterstede. "Par contre, ils ne sont pas du tout épuisés, ils ne sont pas stressés. Quand on voit ce profil-là, on se dit : ils ne prennent pas beaucoup de plaisir dans ce qu'ils font, ils n'éprouvent pas beaucoup de satisfaction dans leur travail. Ces élèves-là ne 'matchent' pas bien avec l'école. Cela ne veut pas forcément dire qu'ils ne réussissent pas du tout. Mais ils sont là parce qu'il le faut."
"Si on prend 'les désengagés' et 'les burn-out'", analyse la chercheuse en psychologie, "cela veut dire qu'on a un peu plus de 30% des élèves qui sont à risque de décrochage et qui ne sont pas épanouis dans leur travail et à l'école". La France ne possède pas d'indicateurs de suivi de la santé psychologique à l'école au niveau national. "On aurait besoin de cela", juge-t-elle. "On pourrait mesurer la qualité de vie, le bien-être à l'école, mais aussi le burn-out, le stress des élèves, avec des mesures fiables. Ce serait une source importante d'enseignements."
Pour la chercheuse, le burn-out est lié à une organisation de travail. "Dans un lycée, il peut y avoir plus ou moins de soutien de la part des équipes. Il peut aussi y avoir des espaces informels où on peut parler ensemble. Tout cela joue sur le vécu des élèves et ce serait intéressant de pouvoir comparer d'un établissement à l'autre, s'il y a différences significatives. Cela nous aiderait à savoir ce que l'on peut mettre en place pour que les élèves aient un meilleur vécu psychologique de leur passage au lycée."
Davantage de temps pour parler avec les professeurs
Aline Vansoeterstede a mené des entretiens qualitatifs avec des élèves, à l'issue desquels elle leur a demandé ce qu'il faudrait améliorer pour qu'ils se sentent mieux. Et quasiment tous, même ceux qui vont très bien, ont répondu qu'ils auraient besoin de plus de temps pour parler avec leurs professeurs, en dehors des cours, parler de leur ressenti, de ce qui ne va pas, du stress, de la pression pour la préparation des examens.
Selon la chercheuse, la réforme du lycée, Parcoursup et la pression du contrôle continu ont rendu les élèves beaucoup plus anxieux. "On n'a pas une très bonne qualité de vie à l'école en France", estime-t-elle. "La manière dont a été mise en place la réforme du lycée a été assez maltraitante, parce que la stratégie de lancer les choses et d'adapter au fur et à mesure, cela malmène les gens et cela peut mener au burn-out, qui est un précurseur de la dépression."
Elle préconise d'instaurer des temps formels ou informels, des espaces pour que les élèves puissent rencontrer leurs enseignants. "Un autre moyen d'agir", ajoute-t-elle, "serait de former les professeurs sur le stress et leur apprendre comment favoriser en classe une bonne adaptation des élèves pour les aider à mettre en place des stratégies pour y faire face. Planifier son travail par exemple, plutôt que fumer du cannabis !"
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- Loys
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On notera la rapidité d'exécution : quelle efficacité pendant les... vacances scolaires !
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- Loys
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Il faut une même prise de conscience face aux violences éducatives ordinaires, qui doivent être prévenues à la hauteur de leur gravité. Pour y parvenir, il faut non accabler les enseignants, mais les soutenir, valoriser les questions pédagogiques et le bien-être à l’école ainsi qu’investir sur leur formation et leur encadrement.
Voir le fil et sa moulinette.
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Sur "France Inter" du 22/01/25 : "En Allemagne, on enseigne le bonheur à l'école"
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- Loys
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Dans "Le Café pédagogique" du 13/02/25 : "Philippe Meirieu : pourquoi il faut rompre avec l’idéologie du bien-être en éducation"
L'article entier : journals.openedition.org/ree/13108
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- Loys
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Guirchaume Abitbol est le cofondateur de Lyynk, une application consacrée au bien-être des jeunes, créée après une période de détresse vécue par sa fille pendant l’adolescence, avec la psychiatre Claire Morin.
Le bonheur, il y a une appli pour ça.
L'auteur-entrepreneur de la tribune fait le procès de l'école (accusée de n'avoir pas changé), mais réfute toute corrélation entre émergence des réseaux sociaux et mal-être des adolescents...
PS On apprend que l’application est gratuite pour les jeunes mais est payante pour les adultes qui devront débourser 7,99 euros par mois : or l'application est censée "renforcer la relation avec son adulte de confiance". "Miel, influenceuse très suivie sur les réseaux sociaux, s’est entourée de son père Guirchaume Abitbol et du docteure Claire Morin qui est aussi psychiatre et associée sur le projet." ( source )
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